Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par paco » 12 oct. 2017, 21:37

Hiero von Stierkopf a écrit :
12 oct. 2017, 18:00
J'ai trouvé le français de Abdrazakov vraiment gênant en salle et à la limite du rédhibitoire
Effectivement, mais vocalement il était quand même bien, et théâtralement j'ai trouvé qu'il avait un certain impact.

Ceci dit, j'ai passé toute la soirée à me dire "mais pourquoi n'ont-ils pas pris Courjal ?". Il est THE Philippe II version française que l'on n'a plus eu depuis Van Dam. Il est français, il vit en France, il coûte moins cher et il serait nettement meilleur dans ce rôle qu'Abradzhakov. Absurde !

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par micaela » 12 oct. 2017, 21:43

Parce que ce n'est pas une star internationale ?
Cette saison, on le verra juste dans la soirée Heure espagnole/Gianni Shchichi (un rôle dans chaque œuvre)
S'il n'y a pas de solutions, c'est qu'il n'y a pas de problème Proverbe shadok

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par David-Opera » 12 oct. 2017, 22:01

paco a écrit :
12 oct. 2017, 21:32
Mais j'ai l'impression, en lisant les louanges passionnées de beaucoup d'entre nous, que nous ne sommes pas très nombreux à avoir trouvé qu'il s'agissait d'un cru très moyen de la part de Warli..
Je pense au contraire qu'il s'en sort très bien quand l'on sait que Joel a détruit sa production de Parsifal. Il y avait quand même haut-risque à proposer une nouvelle production d'une œuvre spécialement créée pour Paris, dans une version jamais jouée en ces lieux depuis les répétitions de 1866, et Krzysztof Warlikowski a choisi une ligne psychologique qui se lit surtout dans le travail expressif des chanteurs.
Pour la première fois, j'ai trouvé que Ludovic Tézier incarnait un personnage intéressant, vivant, et Elina Garanca ne m'a pas donné un seul instant l'impression de prendre des attitudes attendues.
Et le premier acte, qui pourrait être rasoir, m' a au contraire passionné par cette manière pathétique de raconter un souvenir qui s'estompe.

Par conséquent, il faut prendre en considération que le metteur en scène ne peut pas passer outre l'histoire de l'institution, et que, quelque part, il sent qu'il y a un poids qu'il ne peut pas faire voler en éclat délibérément.

Ensuite, on peut choisir d'être dans la peau d'un Christian Merlin qui attend toujours ce qui va le surprendre, le prendre à contrepied, mais Warlikowski ne fait pas du théâtre pour les spectateurs en mal de sensations fortes. Il sait se concentrer sur la vérité qu'il décèle sous les traits de chaque caractère, sachant que, dans cette optique là, la difficulté est de rendre sensible dans une salle aussi grande que celle de la Bastille, sans forcer le trait, ce qu'il perçoit de chaque personnage.

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par paco » 12 oct. 2017, 22:14

David-Opera a écrit :
12 oct. 2017, 22:01
paco a écrit :
12 oct. 2017, 21:32
Mais j'ai l'impression, en lisant les louanges passionnées de beaucoup d'entre nous, que nous ne sommes pas très nombreux à avoir trouvé qu'il s'agissait d'un cru très moyen de la part de Warli..
Je pense au contraire qu'il s'en sort très bien (...) et Elina Garanca ne m'a pas donné un seul instant l'impression de prendre des attitudes attendues
Pour le coup oui, je plussoie, ce qu'il fait du personnage d'Eboli est très intéressant - et tout à fait plausible par rapport au personnage "historique", même si j'imagine que ce n'était pas là ce qu'il recherchait le plus, mais en tous cas ça tombe bien !-.

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par micaela » 12 oct. 2017, 22:45

L'escrime colle d'ailleurs particulièrement bien, puisque la vraie Eboli aurait perdu un oeil lors d'un duel (j'ignore s'il s'agit d'un vrai duel, ou d'une pratique sportive). Par contre, la mise en scène ne colle pas de bandeau à Eboli (ce qui est d'ailleurs rarement fait, même dans les mises en scène respectant la période historique). Troyanos ou Bumbry en portaient un dans la mise en scène du Met du début des années 80.
S'il n'y a pas de solutions, c'est qu'il n'y a pas de problème Proverbe shadok

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par lamammamorta » 12 oct. 2017, 23:21

Don Carlos mis en scène par Warlikowski est traité comme un film noir et un thriller psychologique. D'où la transposition dans une espagne XX ème siècle. On pense à Franco et à l'Opus dei, ce qui est loin d'être absurde, mais c'est surtout l'ambiance des films hollywoodiens des années 50, très noirs et pessimistes que Warlikowski veut nous faire ressentir. Autre film qui hante la production : Shining. Un des plus grands et mésestimés films de Kubrick. La moquette de la salle de projection/réunion de l'acte IV est la même que celle de l'hôtel Overlook. Hôtel vide et immense, espace mental empli de fantômes et qui sera la prison de l'âme damnée de Jack Torrence.
Une fois ces quelques clés à l'esprit, et le postulat de départ intégré : tout est vu par les yeux de Carlos, tout m'a paru clair et coulant de source. Les vidéos, projections des pensées de Carlos s'intègrent naturellement à l'action.

Carlos est damné, hanté par l'ombre de son aïeul. Il paiera pour les fautes de ses ancêtres et de son père.
Tout l'opéra sera donc une radiographie de sa chute, de son combat vain contre son sort inéluctable.

Ce que certains peuvent voir comme un défaut: les espaces immenses et vides et la froideur glaciale qui s'en dégage, m'ont beaucoup impressionné. Quoi de plus fort que de faire chanter "Toi qui sus le néant des grandeurs du monde" d'Elisabeth dans l'immense plateau vide de Bastille. La voir seule et forte dans cette immensité nous fait aussitôt ressentir son émotion. C'est d'une simplicité et d'une puissance rare.
J'ai été renversé par la prestation de Ludovic Tézier. Autant vocale que dans son jeu. Travailler avec un tel metteur en scène lui a fait un bien fou. Je n'ai jamais vu de Rodrigue aussi complexe. C'est extrêmement fin comme incarnation. Et vocalement, c'est exceptionnel.
Tout comme Elina Garanca. Portait de la femme fatale multi-facettes. Un électrochoc !
Adbrazakov est un Philippe émouvant, rongé par l'amour, la jalousie et le remord. Son "Elle ne m'aime pas" est splendide
Kaufmann semble se battre contre cette vision d'un Don Carlos perdu d'avance, tant mieux : ça donne du relief au personnage. Et vocalement, chapeau. Le rôle en français, sans les coupures est effroyable de difficulté.
Yoncheva campe une Elisabeth parfaite de dignité.
Quel plateau ! Tous les autres rôles sont excellents, du choryphée au début en passant par le magnifique moine, jusqu'aux plus grands rôles. Signe d'une grande maison, comme le dit souvent et justement Christian Merlin.
La direction musicale, au scalpel, peut dérouter. Mais la vision de Jordan colle parfaitement avec ce qu'on voit. Le feu sous la glace. L'orchestre et le chœur sont à leur meilleur.
Une soirée exceptionnelle, autant vocale que scénique.

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par Franz Muzzano » 13 oct. 2017, 00:45

lamammamorta a écrit :
12 oct. 2017, 23:21
La moquette de la salle de projection/réunion de l'acte IV est la même que celle de l'hôtel Overlook. Hôtel vide et immense, espace mental empli de fantômes et qui sera la prison de l'âme damnée de Jack Torrence.

Ce que certains peuvent voir comme un défaut: les espaces immenses et vides et la froideur glaciale qui s'en dégage, m'ont beaucoup impressionné. Quoi de plus fort que de faire chanter "Toi qui sus le néant des grandeurs du monde" d'Elisabeth dans l'immense plateau vide de Bastille. La voir seule et forte dans cette immensité nous fait aussitôt ressentir son émotion. C'est d'une simplicité et d'une puissance rare.

Adbrazakov est un Philippe émouvant, rongé par l'amour, la jalousie et le remord. Son "Elle ne m'aime pas" est splendide
Oui, mais ce que tu évoques là se déroule après le second entracte, troisième partie où la mise en scène est purement splendide. Mais je trouve que ça passe beaucoup moins bien dans les deux premières.
Quant à Jordan, direction au scalpel (ou à la cognée métronomique), je veux bien te suivre...sauf que ce n'est pas vraiment ce que souhaitent les chanteurs, trop souvent bousculés. Plus je l'entends, plus je me demande ce qu'il fait dans une fosse. Son travail indéniable sur les couleurs porterait ses fruits dans le symphonique, mais la notion "d'équipe" lui échappe totalement. Il suffit pour cela de le regarder diriger : il ne pose un oeil sur le plateau que quand il sent venir un possible problème, ou pour résoudre un décalage, jamais pour "sentir" ce que les artistes font. Sans rêver de ce qu'aurait donné cette production avec un Pappano, voire un Petrenko, nous connaissons au moins 10 chefs qui auraient été plus en osmose.
Nous n'avons pas besoin d'artistes, nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes...

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par lionrougeetblanc » 13 oct. 2017, 06:49

lamammamorta a écrit :
12 oct. 2017, 23:21
Don Carlos mis en scène par Warlikowski est traité comme un film noir et un thriller psychologique. D'où la transposition dans une espagne XX ème siècle. On pense à Franco et à l'Opus dei, ce qui est loin d'être absurde, mais c'est surtout l'ambiance des films hollywoodiens des années 50, très noirs et pessimistes que Warlikowski veut nous faire ressentir. Autre film qui hante la production : Shining. Un des plus grands et mésestimés films de Kubrick. La moquette de la salle de projection/réunion de l'acte IV est la même que celle de l'hôtel Overlook. Hôtel vide et immense, espace mental empli de fantômes et qui sera la prison de l'âme damnée de Jack Torrence.
Une fois ces quelques clés à l'esprit, et le postulat de départ intégré : tout est vu par les yeux de Carlos, tout m'a paru clair et coulant de source. Les vidéos, projections des pensées de Carlos s'intègrent naturellement à l'action.

Carlos est damné, hanté par l'ombre de son aïeul. Il paiera pour les fautes de ses ancêtres et de son père.
Tout l'opéra sera donc une radiographie de sa chute, de son combat vain contre son sort inéluctable.

Ce que certains peuvent voir comme un défaut: les espaces immenses et vides et la froideur glaciale qui s'en dégage, m'ont beaucoup impressionné. Quoi de plus fort que de faire chanter "Toi qui sus le néant des grandeurs du monde" d'Elisabeth dans l'immense plateau vide de Bastille. La voir seule et forte dans cette immensité nous fait aussitôt ressentir son émotion. C'est d'une simplicité et d'une puissance rare.
J'ai été renversé par la prestation de Ludovic Tézier. Autant vocale que dans son jeu. Travailler avec un tel metteur en scène lui a fait un bien fou. Je n'ai jamais vu de Rodrigue aussi complexe. C'est extrêmement fin comme incarnation. Et vocalement, c'est exceptionnel.
Tout comme Elina Garanca. Portait de la femme fatale multi-facettes. Un électrochoc !
Adbrazakov est un Philippe émouvant, rongé par l'amour, la jalousie et le remord. Son "Elle ne m'aime pas" est splendide
Kaufmann semble se battre contre cette vision d'un Don Carlos perdu d'avance, tant mieux : ça donne du relief au personnage. Et vocalement, chapeau. Le rôle en français, sans les coupures est effroyable de difficulté.
Yoncheva campe une Elisabeth parfaite de dignité.
Quel plateau ! Tous les autres rôles sont excellents, du choryphée au début en passant par le magnifique moine, jusqu'aux plus grands rôles. Signe d'une grande maison, comme le dit souvent et justement Christian Merlin.
La direction musicale, au scalpel, peut dérouter. Mais la vision de Jordan colle parfaitement avec ce qu'on voit. Le feu sous la glace. L'orchestre et le chœur sont à leur meilleur.
Une soirée exceptionnelle, autant vocale que scénique.
Intéressant commentaire sur la mise en scène, dont je suis persuadée qu'elle recèle bien plus, en effet, que le vide apparent dénoncé par beaucoup.
Je suis plus nuancée sur la direction d'orchestre, qui m'a semblé très "perso ", avec un Jordan assez peu soucieux de mettre en valeur les artistes.

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par Snobinart » 13 oct. 2017, 07:24

Franz Muzzano a écrit :
13 oct. 2017, 00:45
Sans rêver de ce qu'aurait donné cette production avec un Pappano, voire un Petrenko, nous connaissons au moins 10 chefs qui auraient été plus en osmose.
Où es-tu Giacomo :coeur2: ?

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Re: Verdi - Don Carlos - Jordan/Warlikowski - ONP - 10-11/2017

Message par Adalbéron » 13 oct. 2017, 07:38

À Lyon il y aura Daniele :heart:
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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