Cosi Fan Tutte (et livrets mozartiens) A GARDER DISCUSSION DE FOND

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DavidLeMarrec
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La mère coupable

Message par DavidLeMarrec » 30 avr. 2005, 12:12

Un jour ou l'autre, il faudra que je prenne huit jours de vacances pour répondre au fond de ce fil, que vous me semblez avoir admirablement nourri (il m'en reste à lire, c'est copieux).

Amator a écrit :De même qu'on ne sait pas si Almaviva restera fidèle après son repentir sincère, non ?
Même si La mère coupable a été rédigée sous la contrainte, Beaumarchais ne semblait pas convaincu de ce "repentir sincère". Il faut dire que recevoir l'humiliation de sa faute et de son ingratitude, grâciées, en public, ça convainc votre homme, l'espace d'une seconde. La mère coupable, par ailleurs nettement moins réussie que Le mariage, est d'une amertume sans grandes limites. On apprend même que la Comtesse, qui trouvait simplement charmant Chérubin, a eu un fils de lui. C'est dire.
A mon goût, ce n'est d'ailleurs pas une immense réussite. Comme dans Boccanegra, toutes les crasses proviennent du seul méchant (Begearss l'Irlandais), qui n'a que la psychologie d'un méchant pur. Dans Boccanegra, le livret est truffé d'invraisemblances et de bons sentiments mous, à cause de ce report ; alors que Fiesco aurait parfaitement pu être l'opposant de Simone. Beaumarchais n'en est évidemment pas là, mais le ressort de l'intrigue en est amoindri : l'histoire est menée par les agissements louches de Begearss le vénal. On est loin de l'enjeu du mariage et de sa crédibilité, beaucoup plus flou, interprétable, accommodable. Beaucoup plus grave, aussi.
Et si la réconciliation du Mariage est amère, prémonitoire, présage d'un désagrègement inexorable, pose la question du sens même de la vie, de l'union qui est censé en constituer la colonne vertébrale, au regard des discours officiels, la réconciliation à la fin de La mère coupable ne tient que des nécessités de la comédie, et n'a plus aucun sens : tout reste perdu, tout était déjà perdu au début, et même avant. Encore pire qu'une tragédie, ce truc : c'est l'étude du temps post-catastrophe..

David - danstoussesétats


P.S. : On comprend pourquoi c'est surtout le vingtième siècle - à ma connaissance - qui exploitera le texte musicalement.

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Message par Friedmund » 30 avr. 2005, 15:33

A propos de Salieri et de la Grotta di Trofonio, je crois qu'elle part du postulat inverse: deux couples dont homme et femme sont ressemblants de caractères et qui se retrouvent par la magie de Trofonio appariés disymétriquement en caractères.

Quelqu'un pourrait me renseigner sur l'intrigue et la conclusion de cet opéra dont je n'arrive pas à trouver de synopsis? (aussi, existe t'il une intégrale, je n'en trouve pas trace sur Internet).

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Message par JdeB » 30 avr. 2005, 15:56

Friedmund a écrit :A propos de Salieri et de la Grotta di Trofonio, je crois qu'elle part du postulat inverse: deux couples dont homme et femme sont ressemblants de caractères et qui se retrouvent par la magie de Trofonio appariés disymétriquement en caractères.

Quelqu'un pourrait me renseigner sur l'intrigue et la conclusion de cet opéra dont je n'arrive pas à trouver de synopsis? (aussi, existe t'il une intégrale, je n'en trouve pas trace sur Internet).
Honte à toi !!!! :wink:
La Grotta di Trofonio fait l'objet d'un dossier ODB depuis 2 mois, écrit par les 2B.
lien direct : http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... age&pid=63

Des compte-rendus des représentations de Lausanne et du concert de Poissy se trouvent sur ce fil :
http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... pic&t=1296 (On peut retrouver les vieux fils en se servant du moteur de recherche du forum, dans le cadre du haut, à "rechercher" ...)

L'argument donné par l'Opéra de Lausanne est le suivant :
Acte I
Les deux filles d'Aristone, Ofelia et Dori ont l'âge de convoler en justes noces. Leur père les incite à se choisir un mari à leur convenance. Les jeunes filles optent pour des compagnons qui sont les miroirs de leur propre caractère : ainsi Ofelia, de nature sérieuse, aimant la lecture et la philosophie, choisit l'intellectuel Artemidoro, tandis que Dori, de tempérament espiègle et pétillant jette son dévolu sur le jovial et folâtre Plistene. Aristone, satisfait, leur donne son consentement.
Ofelia, restée seule pour lire en paix, célèbre l'idée d'un amour vertueux, (" D'un dolce amor la face "). Elle est aussitôt rejointe par Artemidoro, un livre de Platon à la main. Ensemble ils louent la lecture des philosophes qui enseignent la vertu et instruisent l'esprit. Très vite leur échange est perturbé par les éclats de voix des joyeux et bruyants Dori et Plistene, ce qui a le mérite de les agacer fortement (quatuor " Il diletto che in petto mi sento ").
Arrive Aristone qui désire s'entretenir seul à seul avec les jeunes hommes, afin de s'assurer de leurs bonnes intentions et définir ensemble les conditions du contrat de mariage. Voyant Artemidoro et Plistene déconcertés par la grande diversité de caractères des deux s?urs, Aristone leur explique que de semblables contrastes sont habituels dans la nature (" Da una fonte istesso ").
Artemidoro s'éloigne, solitaire, dans le bois pour continuer sa lecture, tandis que Plistene rejoint sa Dori afin de lui annoncer leur mariage imminent (duo " Ne lo stato conjugale ").
Dans un lieu écarté au c?ur de la forêt, Trofonio, philosophe et magicien, invoque les esprits de sa grotte par un chant incantatoire (" Spiriti invisibili ") et rappelle que quiconque ose traverser son antre de part en part voit son humeur maussade changée en gaîté ou sa bonne humeur en morosité; mais s'il en ressort par la même issue l'enchantement perd aussitôt son effet.
Artemidoro appréciant, pour ses réflexions philosophiques, le silence et la solitude de la forêt (" Di questo bosco ombroso ") se retrouve par hasard à l'entrée de la grotte de Trofonio. Celui-ci l'invite à y entrer. Artemidoro accepte par curiosité. Plistene à la recherche d'Artemidoro y pénètre à son tour. Tous deux en ressortent leur humeurs transformées.
Face à cette découverte déconcertante Ofelia et Dori sont bouleversées, croyant leurs fiancés devenus fous. Les querelles ne se font pas attendre : les jeunes femmes refusent désormais de se marier au grand désarroi d'Aristone qui vient de fixer le jour des noces.

Acte II
Aristone tente de consoler ses filles : un changement d'humeur passager n'est pas forcément synonyme de folie. Elles n'en sont pas convaincues pour autant.
Artemidoro et Plistene, troublés par le rejet de leurs promises, se retrouvent une nouvelle fois aux alentours de la grotte magique. Sans attendre d'y être invités par Trofonio ils y pénètrent par l'autre issue. Tous deux en ressortent comme éveillés d'un songe, recouvrant, ce faisant, leurs personnalités respectives. ("Che fu', che m'avvenne !" et "Sognai, o sogno ancor ?")
De leur côté Ofelia et Dori, à la recherche de fraîcheur, s'engagent dans la forêt et découvrent à leur tour la grotte de Trofonio. Sur invitation du mage, qu'elles prennent de prime abord pour un sauvage, les jeunes femmes acceptent de pénétrer dans la grotte magique pour s'y reposer. Lorsqu'elles en ressortent, leurs caractères modifiés, les retrouvailles avec Artemidoro et Plistene, qui ont précédemment retrouvé leurs personnalités d'origine, sont une nouvelle fois particulièrement houleuses.
Aristone est atterré. Suspectant Trofonio d'être à l'origine de ce chamboulement, Aristone se rend auprès du mage pour lui implorer de l'aide. Trofonio, entouré des esprits de la grotte, révèle à tous le stratagème et invite les demoiselles à renouveler l'expérience magique afin d'être délivrées de l'ensorcellement.
Les jeunes femmes s'exécutent. Réconciliation générale dans l'allégresse, la noce peut enfin avoir lieu.
Alors que Trofonio s'apprête à accomplir une prophétie pour le mariage, il est sèchement congédié par l'assemblée qui l'exhorte à retourner éternellement dans sa grotte.


Un CD Ambroisie va sortir à l'automne : il a été enregistré à Lausanne entre les représentations.
Cet opéra est un chef-d'oeuvre musical et c'est un excellent livret, très drôle et enlevé.
Une version réduite du dossier ODB sera incluse dans le coffret CD.

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Message par DavidLeMarrec » 30 avr. 2005, 16:48

Friedmund a écrit :Quelqu'un pourrait me renseigner sur l'intrigue et la conclusion de cet opéra dont je n'arrive pas à trouver de synopsis? (aussi, existe t'il une intégrale, je n'en trouve pas trace sur Internet).


:glissant:

(Trop tard. Pauvre Friedmund.)


David - SiOnFaisaitUneJolieMosaïqueAvecLesRestes?

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Message par Friedmund » 30 avr. 2005, 16:48

Toute honte bue :zerosurdix: :oops: , je te remercie mille fois :dixsurdix:

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Message par DavidLeMarrec » 30 avr. 2005, 17:32

yves a écrit :Ainsi comprise, l'oeuvre ultime de mozart cesse de mériter la réputation qu'on lui a faite d'un chef-d'oeuvre musical bâti sur un livret inepte.
...Mais à tous les papagenos qui se sont succédés depuis cent cinquante ans, Goethe a dit un jour leur fait avec brutalité: "il faut plus de savoir pour comprendre la valeur de ce livret que pour s'en moquer"
En effet, la surinterprétation crédible n'est pas toujours un exercice facile.

David - laconique

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CFT, quelques enjeux

Message par DavidLeMarrec » 30 avr. 2005, 17:44

;

Beaucoup de vos messages ont pour mérite de proposer des pistes de réflexions transversales qui permettent de prendre de la hauteur en vous lisant, quel que soit l'avis exprimé. Merci.

Friedmund a écrit :Par ailleurs, et si Don Alfonso, travesti par les romantiques en cynique, n'était pas simplement en fait la voix de la raison?
Evidemment, il y a de cela. Mais le procédé est tout de même assez discutable : on pousse la victime dans un cas limite avec le désir de la piéger.
En outre, Don Alfonso se lamente de ce qu'elles puissent être fidèles, cherche à s'en venger, et a lancé le défi après avoir été piqué au vif par les railleries de ses amis.
Il serait certes une erreur d'y voir un vilain cynique, mais il n'a pas les manières d'un homme qui incarnerait strictement la Raison, puisque ses démonstrations rationnelles sont motivées par des passions peu glorieuses. En somme, il se sert de ses amis pour se prouver sa théorie, quitte à trafiquer autant que possible les conditions d'expérience (il recommence jusqu'à ce que défait s'ensuive, en augmentant ses chances statistiques ;) ).


Ce qu'il y a de fascinant dans Così, c'est justement la boucle infinie des responsabilités :
- le serment irrévocable bien vite trahi.
- le piège pernicieux, la torture gratuite imposée, avec une certaine jouissance dans l'imposture
- l'organisation à des fins de démonstration théorique et d'égo d'une catastrophe (en tout cas pour les émotions encourues, dirons-nous)
- mais le tout ne prend les hommes acceptent l'odieux pari sur chair (encore) fraîche et que si les femmes donnent dedans

En fait, ça tient peut-être plus du yoyo que du cercle. D'un côté, la faute, d'un autre, la démonstration, et on repasse sans cesse sur les intermédiaires.

Tiens, ça ferait bien, dans un mémoire : Così fan tutte ou la disposition philosophique du yoyo.

Et si Cosi Fan Tutte était un opéra féministe? Serait-ce si surprenant de la part d'un compositeur qui illustra Blonde, Suzanne, la Comtesse... et Pamina?
Il ne faut pas pousser, non plus. :) Je pense que ce serait surinterpréter très fortement en fonction de ce que notre époque voudrait penser de Mozart. Je ne crois que ce soit faire insulte à ce brillant livret que de lui reconnaître une part complaisamment misogyne (même si c'est en apparence, c'est complaisant).


La grande difficulté, en fait, c'est de parvenir à démêler ce qui tient du nécessaire, lié à l'époque et au genre (sujet misogyne, lieto fine de la comédie, exaltation de la Raison), et ce qui est véritablement désiré dans le discours théorique tenu.


Ajoutons que Così est admirablement bâti dramatiquement parlant (ça mériterait largement une étude à part de celle que nous faisons ici), ce qui rend viable un sujet philosophique. On échappe au parallélisme parfait, on échappe à la leçon univoque, et on contemple ce qui n'est pas une farce, avec, comme le disait Clément, de vraies psychologies, des personnages véritablement troublés. Ce n'est pas un égarement passager, un étourdissement causé par la rapidité des événements, par la vanité (de L'Amour du jeu et du hasard :p à l'Occasione fa il ladro) ; néanmoins l'on ne peut pas affirmer de ce qu'il s'agit de la solution, puisque ces changements n'ont pas été reconnus mais purement niés à la fin (amertume du faux repas de noces et lieto fine).
Les personnages reviennent à l'ordre social initial, conformément à la règle, mais, entre-temps, ce n'était pas un égarement passager, comme dit plus haut. On peut interpréter cela comme la vraie nature humaine qui s'accommode mal de ces automatismes, comme un charme de la rencontre destiné à perdurer ou à disparaître, bref, selon pas mal d'hypothèses, mais on peut en effet l'interpréter, sans forcer le texte comme pour La Flûte.


A propos de la non reconnaissance. On aurait pu faire déguiser chacun pour aller séduire sa belle, mais l'expérience pourrait toujours signifier qu'elle l'a reconnu - bien que la notion de perception inconsciente ne me semble pas très à sa place dans une comédie du XVIII°. Les deux jeunes femmes étant soeurs fiancées à deux amis, on peut aussi penser que l'amant de leur soeur n'était pas très éloigné de ce qu'elles attendaient (ou alors tout aussi éloigné). (Là aussi, on est sans doute assez loin des préoccupations des artisans de Così.)
Ce qui pose la question de la connaissance intime de l'autre, puisque les amants ont l'avantage de connaître les inclinations de Fiordi et Dora. Elle manque sans doute dans la situation initiale, mais en l'absence de données sur ce qui précède, on gloserait un peu dans le vide.
Plus important, comme dans Le Pauvre Matelot, on assiste aux effets de l'image rêvée de l'absent, qui fait en quelque sorte écran à la réalité (le premier duo). Sauf qu'ici, l'écran existe même en la présence de l'aimé. Toute l'orientation de l'interprétation finale de Così est là : la situation pouvait-elle être acceptée comme telle, au lieu de chercher un absolu illusoire de la fidélité par-delà tous les pires obstacles d'une vie et, dans le cadre de cette recherche, de placer le ver dans le fruit, ou l'illusion était-elle telle qu'elle installait une fausseté, et préparait un désenchantement plus grave que celui ménagé par Don Alfonso ?

Bref, en posant que l'illusion est forcément jugée néfaste dans la perspective de ce dix-huitième-là : doit-on penser qu'elle est un obstacle au bonheur véritable, celle des couples initiaux (illusion des deux femmes), ou doit-on au contraire se défier de l'autre illusion qui est celle de l'idéalisation du conjoint, poussée à l'extrême par une douloureuse et cruelle expérience vouée à l'échec (illusion des deux hommes) ?
Et, dans cette perspective, doit-on considérer que ces deux illusions simultanées rendent insoluble la situation (rester dans le mensonge, ou tester l'impossible, pour caricaturer très grossièrement), ou, à l'opposé, que ce sont deux perceptions erronées du monde qui s'affrontent (idéal quiétiste des femmes, idéal jaloux des hommes, pour caricaturer encore plus honteusement) ?

Bon. Dans tous les cas, la vie est complexe.
Il faudrait être sérieusement doué (ce que ne me semblent pas particulièrement les personnages de CFT) pour sortir des mailles du filet : ou l'on est d'emblée dans l'insoluble, ou l'on est prisonnier des réflexies de son état, chacun de son côté...
Et, sous quelque angle que ce soit, les personnages de Da Ponte ont effectivement une portée universalisante, si on en avait jamais douté. (eh oui, tout ça pour ça)




Avant que j'oublie : une (presque) petite question. J'ai toujours considéré le rôle de Despina comme une utilité comique, presque comme un alibi, si bien que je ne me suis pas posé beaucoup de questions à son sujet. Il faut dire que je ne trouve le personnage ni drôle, ni vocalement séduisant, alors on est moins tenté...
Avez-vous des pistes à son sujet qui la remettraient à sa place dans cette trame aux enjeux complexes ?




Eh bien, il faudrait que je retrouve mes notes d'antan sur le sujet, que je réécoute Così, ce que je n'ai pas fait depuis quelque temps, que je planche sur le texte et la musique et que je propose une lecture organisée, pour que ce soit valable.
(Dans l'idéal, il faudrait bien entendu combiner l'étude de l'écriture musicale, de l'écriture littéraire, du commentaire musical apporté sur le texte, et de la portée philosophique. Sans oublier le soin d'ajouter par-dessus les interprétations et les mises en scène... Ca réclame beaucoup (trop pour moi) de compétences, je trouve. :bye1: Le tout sachant qu'on a jusqu'ici abordé quasiment exclusivement la portée philosophique...)
Et pour l'instant, c'est un peu à l'emporte-pièce. Excusez-moi. :oops:


A quand la réunion d'une commission ODB sur Così ? :brevet:




Voilà, c'était ma petite élucubration hebdomadaire. Merci de votre compréhension, braves gens !

David - fléau


P.S. : Je n'ai pas encore lu les messages à la suite de celui que je cite, mais il y a trop de bonnes choses à digérer pour tout avaler d'un coup. Mes excuses si je faisais trop de redite.

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Re: CFT, quelques enjeux

Message par Friedmund » 30 avr. 2005, 18:13

Et bien David, que de choses intéressantes, à commencer par l'universalité des personnages de Cosi, ou plutôt des sentiments des personnages de Cosi, idée à laquelle j'adhère très fortement. Cosi est un catalogue en magique musique des émotions humaines face à la chose amoureuse. Là réside une grande part de la fascination de l'oeuvre à mon sens.
DavidLeMarrec a écrit :;
Avant que j'oublie : une (presque) petite question. J'ai toujours considéré le rôle de Despina comme une utilité comique, presque comme un alibi, si bien que je ne me suis pas posé beaucoup de questions à son sujet. Il faut dire que je ne trouve le personnage ni drôle, ni vocalement séduisant, alors on est moins tenté...
Avez-vous des pistes à son sujet qui la remettraient à sa place dans cette trame aux enjeux complexes ?
Despina est là pour la symétrie théatrale et musicale: 3ème femme face aux 3 hommes, alter ego d'Alfonso pour le 3ème 'couple', complice ignorante là où Alfonso est moteur, élément libre au féminin comme Alfonso l'est au masculin etc.

Par ailleurs, Despina est l'anti-soeurs: femme libre de couple, libre de sa féminité et de ses désirs, anti-sentimentale, et pro-plaisir. Là où Alfonso est philosophe du plaisir elle en est consommatrice, au même titre qu'initialement au I les hommes sont théoriciens de la fidélité dans la parole, et les femmes s'exercent à la mettre en pratique. Le second acte verra l'inversion du rapport discours/actes; dans cette inversion Despina se trouvera flouée au lieu de complice, au même titre que les deux autres femmes.

Les rapports en miroir de Cosi sont définitivement étonnants entre ces 6 personnages, ou tout un chacun appartient à un couple, un sexe, une théorie, une position victime/coupable, par groupe de 2, 3, 4 et 6 à la fin.

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Message par Tom » 30 avr. 2005, 21:56

D'accord sur bien des points avec David! Notamment, avec Friedmund aussi, sur le portée universalisante des personnages - le mot est peut-être un peu fort, tout de même. C'est pour cela qu'à mon sens, Cosi est le plus passionant des opéras de Mozart-Da Ponte: si les trois parlent finalement d'amour, des relations entre hommes et femmes, et plus largement, des rapports que l'amour crée entre les Hommes, Le Nozze est quand même -du fait de Beaumarchais- teinté de rapport social, de rapport de classe ( Figaro/Conte, Susanna/Contessa, Susanna/Marcellina, Figaro/Marcellina, etc...) et comment l'amour contourne ce rapport (l'alliance Figaro/Susanna/Contessa), et Don Giovanni, teinté de morale, de rapport à l'autorité, porte aussi le poids du mythe -du rôle-titre- qui domine un peu ses rapports avec les autres personnages (la figure du Don est finalement plus importante que ses relations avec les autres...)
Cosi, débarrassé de ces "parasites" sociaux, moraux et mythologiques, nous présente des hommes et des femmes, -qui sont nobles, mais après tout est-ce que c'est important?- dans leur plus grande simplicité, dont le seul moteur est leur amour ou leur non-amour (Alfonso, Despina) d'un autre. Comment différents caractères, différentes psychologies, réagissent à des situations amoureuses complexes, on sentait bien déjà dans Nozze et dans Don Giovanni, que c'était ce qui interessait le plus Mozart, et il nous le livre enfin, "pur", dans Cosi, et sa géniale collaboration avec Da Ponte prend ici tout son sens, dans un chef d'oeuvre du double sens, du détail révélateur, de la psychologie humaine, d'un réalisme universel et intemporel parce que uniquement humain, donnant lieu à des centaines d'interprétations possibles -comme en témoigne ce fil- , possibles parce que dépendant justement du caractère et de la psychologie du spectateur...

Il convient bien, cher Friedmund, de faire la part de ce qui ressort à l'esthétique et aux moeurs de l'époque, mais pour mieux en retirer ce qu'il y a d'universellement humain dans Cosi. Et c'est là que le personnage de Despina perd un peu en épaisseur par rapport aux autres: elle est la plus datée. Elle place une condition sociale et elle date le théâtre (les déguisements)... Mais elle apporte la modernité dans une figure positive de femme libre. J'avoue une tendresse pour les interprétations style gouvernantes sur le retour type Baltsa, qui garde ce coté libre en gommant un peu le coté daté, on est plus habitué aux Nannies et autres nourrices (un peu pochtronnes,déguisements) qu'aux domestiques.
A propos de la non reconnaissance. On aurait pu faire déguiser chacun pour aller séduire sa belle, mais l'expérience pourrait toujours signifier qu'elle l'a reconnu - bien que la notion de perception inconsciente ne me semble pas très à sa place dans une comédie du XVIII°. Les deux jeunes femmes étant soeurs fiancées à deux amis, on peut aussi penser que l'amant de leur soeur n'était pas très éloigné de ce qu'elles attendaient (ou alors tout aussi éloigné).
Ah oui, mais... Premièrement la non-reconnaissance est une convention de ce théâtre, le fait que les filles aient reconnus leurs amants, à un moment ou l'autre est inconcevable, cela fait partie des codes de l'époque qu'il faut prendre en compte pour interpreter Cosi
Deuxièmement, quand on lit précisemment le livret, on s'aperçoit qu'à aucun moment c'est Alfonso qui décide qui séduira qui!! D'ailleurs, c'est une autre des questions ouvertes de Cosi: qui et à quel moment décide de croiser les couples? la première didascalie suspecte est à la fin de l'air de Fiordiligi, mais elle est sybilline: "van per partire, Ferrando la richiama, Guglielmo richiama l'altra" : elles vont sortir (pluriel!), Ferrando la rappelle, Guglielmo rappelle l'autre... Qui rappelle qui? C'est vraiment pas clair.... Ce pourrait être Ferrando rappelle Fiordiligi (on ne répète pas son nom puisqu'elle vient de chanter), mais ce pourrait être aussi: Ferrando rappelle Dorabella (on ne repete pas son nom puisque c'est sa fiancée)!
Ensuite, quand ils se reveillent après le traitement de choc de Despina, il est ecrit: Ferrando a Fiordiligi, Guglielmo a Dorabella, c'est clair. Mais vu le capharnaum sur scène, il aurait pu tout aussi bien écrire, "à la plus proche", et puis, ils sont sensés ne pas savoir ce qu'ils disent...
Finalement, il semblerait que ce soit bien les filles qui décident dans le duo "Prendero..." de croiser les couples, sans le savoir! C'est tellement ouvert que c'est à l'interprétation de chacun, ainsi que le sens qu'on veut y donner, mais il n'est pas du tout évident que ce soit le choix d'Alfonso. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'en est pas question au moment du pari! Et il ne faut pas confondre ici texte et habitudes interprétatives: le pari ne dit pas "tentez de séduire la fiancé de l'autre" mais "faites tout pour tester la fidélité de votre fiancée". Un spectateur qui découvrirait l'oeuvre en déduirait logiquement que chacun va se déguiser pour tenter de séduire et tester sa propre fiancé. Or le croisement se fait, du fait de qui et à quel moment? La question demeure...

Voila, ouf!

P.S.: je le redis, j'adore Cosi!

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Message par Friedmund » 08 mai 2005, 01:09

Tom a écrit :Finalement, il semblerait que ce soit bien les filles qui décident dans le duo "Prendero..." de croiser les couples, sans le savoir!

Or le croisement se fait, du fait de qui et à quel moment? La question demeure...
Sans le savoir, certo, mais pas de façon innocente! Je suis presque prêt à parier que si les hommes avaient essayé de conquérir leur bien-aimée officielle respective, Alfonso aurait perdu son pari :wink:

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