Musique vocale anglaise du XVIIIe siècle

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Clement
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Message par Clement » 12 août 2005, 18:18

Je viens de réécouter l'Artaxerxes de Thomas Arne paru chez Hyperion avec :
Catherine Bott : Mandane
Christopher Robson : Artaxerxes
Patricia Spence : Arbace
Ian Partridge : Artabanes
direction Goodman.

ce fut le plus grand succès de Arne en 1762, véritable opera seria "à l'italienne" mais en langue anglaise. le grand castrat Tenducci créa le rôle principal, John Beard, plus tout jeune, y fut Artabanes, et une brillante élève de Arne, Charlotte Brent, créa Mandane. c'est pour cette chanteuse qu'Arne délaissa sa femme, la célèbre Cécilia Young qui, a l'instar de l'immense Beard, est restée connue des mélomanes comme créatrice d'opéra et oratorios de Haendel (notamment Morgana).

la partition est magnifique, les airs contrastés depuis la séduisante haute virtuosité de "amid a thousand racking woes" ou "fly, soft ideas, fly", aux airs tendres, airs de facture plus typiquement sentimentale et populaire (très présents dans "Alfred") à l'anglaise, jusqu'à la plainte déchirante "Ah too lovely"... le livret reprend parfois de près les airs de Metastase : le célèbre "per questo dolce amplesso" rendu populaire dans la version que Hasse écrivit pour Farinelli devient "by that belov'd embrace". De manière générale, certains airs restent dans une veine très galante, d'autres plus classiques, d'autres plutôt à l'ancienne (Haendel...), sans compter les airs populaires déjà évoqués.
l'orchestration est aussi séduisante que les idées mélodiques et dramatiques, et l'on peut signaler que Arne fut a priori le premier Anglais à utiliser les clarinettes.

on pourrait rêver équipe plus brillante encore que celle réunie par Hyperion mais elle suffit à donner une idée de l'oeuvre et procurer de nombreux plaisirs. pour les amateurs du jouissif "The soldier, tir'd of war's alarms", le reste du rôle de Mandane est superbe, et Bott s'y débrouille pas mal, sans prétendre à l'envergure de Sills ou Sutherland. Cet air n'est jamais entièrmeent sorti du répertoire, et l'oeuvre a connu une très belle carrière en Angleterre jusqu'assez avant dans le 19ème siècle.

Une découverte que je conseille à ceux que ce maillon important de l'opera anglais (et seria) pourrait intéresser.

d'autre part Sutherland a chanté un charmant "the traveller beknighted" tiré du Love in a village de Arne. je retiens surtout les quelques extraits succulents (et sucrés) de la "Rosina" de Shield, sans doute typique des comédies mêlées d'ariettes à l'anglaise qui ont constitué la majorité de la production musicale de l'époque. je ne savais pas que Dibdin, autre représentant du genre, avait été publié au disque, et c'est tentant !
Kirkby, à part les gazouillages de Vaxhall, a enregistré un disque hommage à Cecila Young/Arne sur lequel on trouve du Haendel, du Arne (oeuvre variées), et du Lampe.
sur ce dernier je sais bien peu de choses, mais je crois qu'il y a eu plusieurs parutions le concernant.

Enfin, qui a écouté le très fameux "beggars' opera" ?? qu'est-ce que ça donne ?

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Rameau
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Message par Rameau » 12 août 2005, 20:06

Le Beggar's Opera paru chez Hyperion est je crois plutôt mal critiqué, mais personnellement j'y prends beaucoup de plaisir; évidemment il faut bien comprendre que c'est une pièce de théâtre avec des songs et pas un opéra (ce qui signifie aussi qu'il n'est pas question d'y chercher du spectaculaire!).

Sinon, et encore et toujours dans la série The English Orpheus d'Hyperion, je signale un disque que j'aime beaucoup, de Boyce, autour du petit opéra (ou cantate, comme on veut) Peleus and Thetis, accompagnée de musiques de scènes notamment pour des pièces de Shakespeare. Musique pleine de séduction, pas forcément virtuose, car misant constamment sur l'effet émotionnel avant tout. Sinon d'autres titres de la série sont très intéressants aussi, comme le Pyrame et Thisbe de Lampe... Désolé pour vos portefeuilles!

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Message par tuano » 12 août 2005, 23:17

Rameau a écrit :Le Beggar's Opera paru chez Hyperion est je crois plutôt mal critiqué
Y a-t-il une version qui a les faveurs des critiques ? Je ne pense pas que ce soit le cas de la version Sutherland (n'est-ce pas un fil sur Joan Sutherland ?) qui réunit Angela Lansbury, Kiri Te Kanawa, Anthony Rolfe-Johnson, Regina Resnik, Ann Murray et James Morris. Quelqu'un a-t-il entendu cette version luxueuse, trop peut-être pour être l'opéra du pauvre ?

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Message par bajazet » 13 août 2005, 01:39

Il y a, je crois, un enregistrement chez Argo de cet Opéra des Gueux dans la révision de Britten, avec saint Langridge, Della Jones, Yvonne Kenny, etc. Je ne l'ai jamais entendu, mais à lire la distribution?

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Re: Musique vocale anglaise du XVIIIe siècle

Message par aroldo » 21 août 2018, 21:45

En tout cas, la version EMI, dirigée par Sargent, est ratée. Ce n 'est pas Britten, mais la révision la plus populaire, qui date des années 20. Les chanteurs ne disent pas les dialogues, confiés à des comédiens (mais ça permet d'entendre Rachel Roberts), ça contribue à l'impression d'objet glacial, dénué de charme et d'humour, dirigé avec une lenteur surprenante par le chef qui désosse chaque air qui n'en demandait pas tant. Du coup, on a l'impression à la fois d'un émiettement musical, avec ces courtes ballades au milieu des longs dialogues et d'une morne plaine continue. L'horreur. Rien ne réveille l'attention, même pas Monica Sinclair en Lucy. Rien à voir avec le côté technicolor de la version Bonynge. Je viens d'acheter la version dont Bajazet parlait plus haut, j'en dirai un mot plus tard (là, je m'ébroue dans Mozart).

Pour rappel, ce que je disais de la version Bonynge :

"Je fais remonter ce topic pour dire mon plaisir (un peu coupable) toujours ressenti à l'écoute de la version Bonynge ... de The Beggar's Opera. Je ne vais pas créer un fil pour ça, à mon avis, les clients de Balfe pourrait se retrouver dans ce répertoire. Comme on le sait (ou pas), l'opéra de Gray est musicalement un "opéra à ballades", c'est à dire qu'il a adapté des airs préexistants (folklorique ou non) à son intrigue. Ce principe a servi de prétexte à des réécritures variées de l'oeuvre, y compris, celle, très belle de Britten. Bonynge et Gamley (l'arrangeur "officiel" de Sutherland) se sont amusés comme des petits fous à transformer ce faux opéras du XVIIIème siècle en "revue" qui pioche dans tous les styles, abordant aussi bien le registre rose bonbon victorien, que l'opérette à la Gilbert et Sullivan, en passant par des moments qui louchent vers le jazz "facile" ou la comédie musicale des années 20. La distribution est impressionnante et personnelle. James Morris n'a vraiment pas la voix du bon Dieu, la voix caverne et charbone. En revanche, il est étonnamment séduisant et onctueux dans les dialogues, avec un très beau timbre parlé. On peut en dire autant d'Angela Lansbury, qui a été une vedette de Broadway, mais avec plus de caractère que de voix (c''est ce que son personnage demande). Le temps d'un air ou d'une scène on croise une délicieuse et charnelle Ann Murray et une impayable Resnik qui met un peu de sa Quickly dans sa "Madame". Enfin, duel de divas oblige, Bonynge a arrangé de belles parties pour Sutherland et Te Kanawa. Cette dernière a un instinct fantastique pour la musique légère anglophone, qu'elle confirme ici, flirtant parfois avec une technique moins lyrique, sans cesser d'être vocalement très en beauté. Sutherland, beaucoup plus mure (nous sommes en 82), ce qui forme un intéressant contraste, est géniale dans les dialogues parlées, avec un accent cockney très théâtrales. Vocalement, dans cette tessiture facile, elle ne craint personne et on peut se douter que son mari lui a écrit des variations qui la mettent en valeur.

Longtemps introuvable, depuis quelques années réédité (avec le livret complet et une notice intéressante) par Eloquence. Un petit plaisir qui se suit comme une pièce radiophonique avec un minimum d'anglais." Edit : a priori, elle est à nouveau difficile à se procurer.
l'enlevement de Clarissa a été un des évènements de ma jeunesse.

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