Discographie de Norma -Bellini

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mc06
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Discographie de Norma -Bellini

Message par mc06 » 10 oct. 2006, 16:28

Prochainement , j'assisterai à Norma à Nice ..Pour me préparer ,j'écoute la seule version en ma possession (Schippers/Caballé-Domingo-Cossotto-Raimondi ) achetée par hasard il y a quelques années .
Je voudrais connaître vos avis sur cet enregistrement et savoir quelles autres versions vous me conseilleriez d'écouter .Merci d'avance pour vos réponses .

abaris
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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par abaris » 10 oct. 2006, 16:31

mc06 a écrit :Prochainement , j'assisterai à Norma à Nice ..Pour me préparer ,j'écoute la seule version en ma possession (Schippers/Caballé-Domingo-Cossotto-Raimondi ) achetée par hasard il y a quelques années .
Je voudrais connaître vos avis sur cet enregistrement et savoir quelles autres versions vous me conseilleriez d'écouter .Merci d'avance pour vos réponses .
Il existe un fil sur Norma.
modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=3164&start=0

Cette version n'est-elle pas dirigée par Cillario plutôt que par Schippers ?

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Message par Ruggero » 10 oct. 2006, 16:33

oui, c'est Cillario.
il y en a un exemplaire d'occasion ces jours-ci à Gibert, si ça intéresse quelqu'un...
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)

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Message par Barak » 12 oct. 2006, 20:39

Oui, il y a déjà eu un fil sur Norma.
pour ma part, certains Callas bien sûr mais la version Decca en stéreo et en studio avec Sutherland et Horne me semble un bon début

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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par jerome » 16 déc. 2015, 14:01

Rappel de la discographie officielle de l'oeuvre:

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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par MariaStuarda » 20 déc. 2015, 00:55

mc06 a écrit :Prochainement , j'assisterai à Norma à Nice ..Pour me préparer ,j'écoute la seule version en ma possession (Schippers/Caballé-Domingo-Cossotto-Raimondi ) achetée par hasard il y a quelques années .
Je voudrais connaître vos avis sur cet enregistrement et savoir quelles autres versions vous me conseilleriez d'écouter .Merci d'avance pour vos réponses .
La premiere version Callas est pour moi indiscutablement la meilleure. Et de loin ...

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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par jerome » 20 déc. 2015, 03:05

voilà la discographie comparée que je propose:

Norma fait partie de ces ouvrages que toutes les cantatrices veulent un jour interpréter au même titre que La Traviata et Tosca. Malheureusement, le rôle titre est un des plus exigeants de tout le répertoire et toutes les voix ne peuvent convenir! Nombreuses pourtant sont celles qui s'y sont plongées avec plus ou moins de bonheur et rares sont celles qui en sont sorties vocalement indemnes. L'idéal pour ce rôle serait de combiner une voix d'essence wagnérienne avec la flexibilité et la technique belcantiste héritée de Rossini. Certaines cantatrices avec des possibilités différentes (Callas, Gencer, Sutherland, Suliotis, Caballé, Deutekom, M. Price,…) ont approché cette sorte d'idéal et pour la plupart le disque a conservé leurs incarnations. D'autres se sont complètement fourvoyées dans un rôle excédant leurs moyens vocaux (Sills, Scotto, Gruberova et aujourd'hui Bartoli) ou par défaillance technique et/ou stylistique (Cigna, Milanov, Eaglen). La discographie comparée qui suit présente un spectre assez représentatif de l'interprétation de Norma au XXème siècle.

ENREGISTREMENTS OFFICIELS:

WARNER (2CDs) - Torino 1939 (studio)
Gina Cigna (Norma), Ebe Stignani (Adalgisa), Giovanni Breviario (Pollione), Tancredi Pasero (Oroveso) - Vittorio Gui (direction musicale)


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Ce premier enregistrement studio (1939) de Norma vaut essentiellement pour le témoignage d'une époque à plus d'un titre heureusement révolue (même s'il faut bien reconnaître que l'époque actuelle est assez chiche en joies belcantistes!)
Réputée pour être un des grands sopranos dramatiques de la première moitié du XXème siècle (Turandot fut l'un de ses plus grands rôles à la scène), Gina Cigna chante ici Norma à pleine voix sans la nuance et parfois sans la justesse de ton qu'imposeront plus tard Maria Callas, Leyla Gencer, Joan Sutherland ou encore Montserrat Caballé. Malgré une voix qui semble, au premier abord, puissante et bien projetée, la soprano franco-italienne éprouve à plusieurs reprises des difficultés avec les aigus, notamment dans le duo Oh! Rimembranza! du premier acte, sans parler de la tessiture excessivement tendue du Casta Diva et des écarts terribles du final de l'acte 1! Toutefois il est difficile de rester indifférent face à cette Norma qui pleure et se perd, regrette et se sacrifie puis meurt, non seulement, hélas!, dans des accents proches d'un vérisme ostentatoire, mais aussi avec une sincérité et une véhémence qui font malheureusement défaut à la plupart des chanteuses qui se risquent à ce rôle éprouvant.
Ebe Stignani, alors jeune et fraîche, campe ici une Adalgisa touchée par la grâce; certes, son interprétation n'est pas exempte de fautes de style mais jamais elle ne retrouvera cette justesse de ton et cet engagement dans la voix, même aux côtés de Maria Callas.
Tancredi Pasero, quant à lui, s'impose comme l'un des meilleurs Oroveso de toute la discographie; il possède le timbre de voix idéal pour le rôle (une basse profonde!), et l'autorité nécessaire dans l'accent pour conférer à ses interventions l'aplomb et la justesse d'interprétation qu'elles requièrent.
Le point faible de cette version réside essentiellement dans l'interprétation catastrophique de Giovanni Breviario… Certes héroïque et véhément dans son engagement dramatique, son Pollione relève moins de la bravoure que de l'inconscience. Fautes de style, forte incessants et inappropriés (pour ne pas parler de hurlements) et effets détestables (car caricaturaux) de portamenti se succèdent et rendent sa prestation éprouvante et passablement inacceptable!
Sous la conduite alerte de Vittorio Gui, Chœurs et Orchestre offrent un excellent soutien aux chanteurs; en dépit de tempi surprenants pour des oreilles accoutumées à des interprétations plus modernes, Gui esquisse ici, tout comme Tullio Serafin quelques années plus tard, le travail de résurrection dont Maria Callas sera le catalyseur. On déplorera enfin la piètre qualité sonore de cette version qui relègue l'orchestre au second plan et dont les bourdonnements incessants finissent par épuiser l'oreille.

EMI (3CDs) - Milano, Teatro alla Scala 1954 (studio)
Maria Callas (Norma), Ebe Stignani (Adalgisa), Mario Filippeschi (Pollione), Nicola Rossi Lemeni (Oroveso) - Tullio Serafin (direction musicale)


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Alors que la scène lui offrit l'occasion de peindre une Norma d'ombre et de lumière, tantôt extatique, tantôt passionnée comme aucune autre ne le fit avant elle, le studio, quant à lui, permet à Callas de mettre en valeur toutes les nuances psychologique de son personnage; sa Norma est ici expressive et colorée, moins dramatique sans doute, mais toujours aussi ardente!
A ses côtés, Ebe Stignani retrouve certes ici l'aplomb et la justesse de ton qui lui firent défaut à la scène quelques années plus tôt mais pas au même niveau qu'en 1939. Son Adalgise souffre 15 ans plus tard d'un timbre de voix opaque et passablement usé et d'une palette de couleurs légèrement rétrécie!
Mario Filippeschi, parfois inégal, est un Pollione vocalement convaincant mais dramatiquement assez impavide. Il en va de même pour Nicola Rossi Lemeni, Oroveso exemplaire dans le style, mais en proie à des attitudes vocales parfois emphatiques. Tous deux sont néanmoins d'excellents partenaires vocaux, allant jusqu'au bout de l'option "belcantiste" initiée par Callas.
La direction orchestrale de Tullio Serafin laisse perplexe tant il s'abandonne à des sonorités souvent creuses, à un manque de pulsation et à des tempi trop relâchés. Il va toutefois se rattraper quelques années plus tard.

EMI (3CDs) - Milano Teatro alla Scala 1960 (studio)
Maria Callas (Norma), Christa Ludwig (Adalgisa), Franco Corelli (Pollione), Nicola Zaccaria (Oroveso) - Tullio Serafin (direction musicale)


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Pour sa seconde intégrale de studio, Maria Callas s'entoure de redoutables interprètes, à commencer par Christa Ludwig certes peu idiomatique en Adalgisa, mais d'une incommensurable beauté de timbre, s'abandonnant çà et là aux délices de la partition! Son chant est vif, parfois inégal (la vocalisation !), mais toujours caractérisé à dessein. Elle sert le rôle avec la fraîcheur et la justesse qui firent largement défaut à Ebe Stignani en son temps.
Franco Corelli, luxueux Pollione, impose sa verve légendaire dans un rôle qui, néanmoins, exige autant de bravoure que de subtilité dans la voix; son Pollione gagne étonnamment en puissance et en autorité, et jamais personne avant lui (ni après!) ne semble y avoir mis tant de cœur!
Nicola Zaccaria est un Oroveso de grande classe, et s'impose comme un des grands interprètes de la discographie; son chant, un rien outré, semble se jouer de toutes les difficultés de la partition, tant sur le plan du style que sur celui de l'écriture vocale.
Maria Callas, quant à elle, accuse une terrible usure vocale: la voix a perdu de sa consistance, et la palette des couleurs s'est sensiblement rétrécie. Sur le plan dramatique, son interprétation demeure cependant magistrale! Les splendeurs vocales du passés n'ont fait que renforcer l'intériorité du personnage: la Norma de Callas semble ici mûrie, réfléchie, comme dévorée par le drame qui la ronge, pressentant son funeste destin… La coloration vocale est encore spectaculaire, l'emphase verbale toujours dynamique, et le style bien plus affirmé, rendant compte des plus infimes nuances de la psychologie du personnage. A ceci s'ajoute une compréhension absolue du drame musical, où les émotions contradictoires se mêlent, entre fidélité et amour interdit, et où la mort vient soulager l'héroïne de ses passions exacerbées. Callas livre ici sa conception la plus aboutie de Norma, en dépit d'une voix (hélas) déjà abîmée…
Depuis l'intégrale de 1954, Tullio Serafin semble enfin avoir compris ce que diriger Norma veut dire; les tempi, plus réguliers et moins alanguis, offrent un soutien de qualité aux chanteurs, et précipitent le drame dans une urgence enfin crédible! Les détails de l'orchestration, plus fouillés, servent mieux le propos, sans pour autant s'imposer de manière trop vive aux oreilles de l'auditeur. Les chœurs, quant à eux, gagnent en puissance et en netteté; l'apparition récente de la stéréophonie confère à l'ensemble une ampleur bienvenue en phase avec la dimension dramatique de l'oeuvre.

DECCA (3CDs) - London 1964 (studio)
Joan Sutherland (Norma), Marilyn Horne (Adalgisa), John Alexander (Pollione), Richard Cross (Oroveso) - Richard Bonynge (direction musicale)


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C'est en 1964 que Joan Sutherland, nouvelle étoile du Bel Canto depuis une désormais légendaire Lucia di Lammermoor donnée à Londres en 1959, décide de laisser à la postérité sa première Norma sous la direction de son époux Richard Bonynge. Il convient de préciser tout de suite que ce dernier, musicologue passionné du XIXème siècle, défendra haut les couleurs non seulement de son épouse mais également de tout un répertoire trop malmené, voire oublié et qu'à cet égard, cet enregistrement est le premier véritablement intégral de la partition!
Sans avoir les couleurs fauves de Maria Callas, Dame Joan par l'ampleur de ses moyens vocaux et la maîtrise absolue du style requis n'en est pas moins davantage Norma que son illustre devancière, du moins sur le strict plan vocal. En effet, jamais la diva grecque n'avait à ce point étalé pareille autorité vocale! Sutherland est la seule de la discographie à ce moment là à restituer le "Casta diva" dans sa tonalité originale de sol majeur au lieu du fa majeur traditionnel. Qui plus est, elle assume avec aplomb une tessiture meurtrière allant même jusqu'à extrapoler un vertigineux contre-mi tenu à la fin de son duo avec Pollione. Quant à la diction, elle s'avère bien supérieure à ce qu'annonçait une certaine presse à l'époque!
A ses côtés, Marilyn Horne campe l'Adalgisa idéale pour Sutherland tant les caractéristiques techniques de leurs voix correspondent. Leurs duos resteront à tout jamais des moments d'anthologie.
John Alexander est excellent en Pollione tant par son timbre corsé et large que par l'ardeur parfois excessive qu'il met dans son personnage! Richard Cross, quant à lui, est un Oroveso de belle facture qui ne démérite nullement face à de tels partenaires. Très belle direction de Richard Bonynge, merveilleusement servi, il est vrai, par la somptueuse prise de son DECCA.
La meilleure version studio de la discographie!

DECCA (2CDs) - Roma 1968 (studio)
Elena Suliotis (Norma), Fiorenza Cossotto (Adalgisa), Mario Del Monaco (Pollione), Carlo Cava (Oroveso) - Silvio Varviso (direction musicale)


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Forte de l'enregistrement de Joan Sutherland, DECCA n'avait, a priori, nul besoin de se relancer dans l'aventure d'une Norma trois ans plus tard! C'était toutefois compter sans l'arrivée sur le marché lyrique d'une voix qui allait faire couler beaucoup d'encre: Elena Suliotis dont on a tout de suite dit qu'elle était la nouvelle Callas! La jeune cantatrice, grecque elle aussi, avait littéralement stupéfait en 1965 par sa première intégrale studio chez DECCA, Nabucco de Verdi. Elle y interprétait une Abigaille -autre rôle meurtrier s'il en est- absolument hallucinante tant sur le plan vocal que sur le plan dramatique. Elle avait pour elle de nombreux atouts: un timbre de toute beauté, une projection vocale d'une puissance et d'une insolence inouïes, la maîtrise d'une tessiture vertigineuse jusqu'au contre-ré. Ce qui a joué par la suite contre elle et a sensiblement raccourci sa carrière, c'est que la soudure des registres n'était pas des plus homogènes! Toujours est-il que la plupart de ses témoignages studio ou live restent parmi les plus excitants qui se puissent entendre et cette Norma de 1968 ne faillit pas à la règle.
Avec un autre ténor et dans le contexte d'une véritable intégrale, nous tiendrions ici une référence capable de faire vaciller les intégrales de Maria Callas! Malheureusement, cette version est très sensiblement abrégée et on ne compte plus le nombre de coupures qui émaillent la partition; déjà à l'époque, elle était sortie en deux 33t. Quant à Mario del Monaco qui interprète ici le rôle de Pollione, il a beaucoup perdu depuis la merveilleuse Norma de Milan en 1955 avec Maria Callas. La voix reste percutante et la projection arrogante mais ici, il ouvre démesurément les sons et s'évertue à vouloir confondre Norma et Cavalleria Rusticana de Mascagni! Pour le reste, il conviendra de dire que Carlo Cava prête sa belle voix noire à un Oroveso de classe, que Fiorenza Cossotto laisse là sa plus belle Adalgisa, en tout cas infiniment supérieure à ce qu'elle nous laissera quelques années plus tard chez RCA aux côtés de Montserrat Caballé et que Silvio Varviso dirige toute cette équipe avec conviction et énergie.
Alors que dire de la Norma d'Elena Suliotis si ce n'est qu'elle nous laisse là un des plus beaux Casta diva de toute la discographie: tout est sur le timbre et la tenue du souffle et le résultat est complètement hypnotique. Ses autres très grands moments sont le Final de l'acte 1 où elle affronte Pollione avec une violence extraordinaire et toute la scène finale avec, entre autres, le plus émouvant "son io" qui se puisse entendre.

DGG (3CDs) - London 1973 (studio)
Beverly Sills (Norma), Shirley Verrett (Adalgisa), Enrico di Giuseppe (Pollione), Paul Plishka (Oroveso) - James Levine (direction musicale)


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On doit à Beverly Sills la plupart des premiers (ou parmi les premiers) enregistrements studio d'œuvres exhumées ou restituées quelques années plus tôt par Maria Callas (Anna Bolena), Renata Tebaldi (L'Assedio di Corinto) ou encore Leyla Gencer (Maria Stuarda / Roberto Devereux). Sa Norma de studio vient ici compléter une discographie où seules Maria Callas, Joan Sutherland et Elena Suliotis - et 35 ans plus tôt, Gina Cigna - ont laissé un ou plusieurs témoignages officiels.
D'emblée disons le: la Norma de Sills ne sera pas une référence absolue; son timbre, lumineux et trop clair lui interdit naturellement de s'attaquer à un rôle aussi sombre et dramatique du répertoire bellinien. Toutefois à force d'artifices et de prouesses vocales, la soprano américaine parvient malgré tout à dessiner un personnage convaincant, aux accents certes "fabriqués" mais avec une véhémence et un abattage vocal rarement égalés! Consciente des limites de ses moyens naturels pour ce rôle, Sills opte pour une conception pleinement belcantiste, virtuose et esthétisante. Au "Casta diva", alangui, où la voix se répand avec somptuosité (sûrement le "Casta diva" le plus lent de toute la discographie!), succède un "Ah ! Bello, a me ritorna" électrique et ébouriffant de virtuosité! Mais peut-être Sills joue-t-elle trop la carte de la pyrotechnie vocale… Bien qu'impressionnants, ses graves poitrinés à l'octave inférieure dans les passages dramatiques sonnent de manière très artificielle; ils n'arrivent pas à conférer à son personnage toute l'épaisseur psychologique qui convient au personnage de Norma.
Shirley Verrett, à l'instar de Marilyn Horne, campe une Adalgisa de très grande classe; la mezzo se joue habilement de la tessiture élevée du rôle, lançant à qui veut les entendre de magnifiques et insolents contre-ut! Les duos sont de toute beauté, les aigus cristallins de Sills s'accordant à merveille à la voix chaude et fumée de Verrett.
Enrico di Giuseppe est sûrement l'un des Pollione les plus raffinés de toute la discographie: son chant est stylé, sa voix bien timbrée bien qu'un peu claire, et il possède le charisme nécessaire à son personnage. Peut-être, le studio l'amène-t-il a des attitudes vocales un peu figées, sans être pour autant inexpressives… Paul Plishka se montre ici très convaincant en Oroveso. James Levine délivre une direction prenante par la tension dramatique qu'elle fait passer dans la partition sans toutefois éviter pour autant certaines lourdeurs.
Une version intéressante aux qualités évidentes mais dont l'héroïne pèche par manque de substance vocale.

RCA (3CDs) - London 1974 (studio)
Montserrat Caballé (Norma), Fiorenza Cossotto (Adalgisa), Placido Domingo (Pollione), Ruggero Raimondi (Oroveso) - Carlo Felice Cillario (direction musicale)


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Montserrat Caballé est une Norma de haut rang au chant sublime et couvrant de sa voix lumineuse toute l'étendue de la tessiture. Supérieure dans le phrasé, sa Norma est nostalgique et bouleversée mais parfois en retrait, laissant à l'hédonisme vocal qui caractérise la diva espagnole se tailler la part du lion. Son "Casta diva" est l'un des plus beaux de toute la discographie, mais hélas sûrement pas le plus émouvant. Qu'importe, Caballé possède bien d'autres qualités qui font de sa Norma un modèle à part: une sincérité et une véhémence qui font hélas aujourd'hui défaut aux interprètes actuelles du rôle, des pianissimi jamais égalés, une éloquence et une dignité rares dans la déclamation… bref, si Caballé n'est pas toujours proche de la psychologie de son personnage, sa voix, quant à elle, s'adapte à toutes les subtilités de la partition, plus à l'aise dans les parties extatiques que dans les passages les plus vocalisants ("Ah ! Bello, a me ritorna").
Fiorenza Cossotto se révèle meilleure Adalgisa qu'aux côtés de Leyla Gencer, à Lausanne en 1966 mais un peu inférieure à celle qu'elle a enregistrée aux côtés de Suliotis chez DECCA. Son interprétation reste de haut vol et montre sa voix se colorer sereinement sur toute l'étendue de sa tessiture et se mélanger avec bonheur à celle de Caballé dans les duos.
Placidò Domingo, peu familier du répertoire bellinien, campe un Pollione de bonne tenue, à la voix parfois légèrement tendue, mais très efficace dans chacune de ses interventions. Ruggero Raimondi compose un Oroveso convaincant, aussi bien capable d'autorité que de compassion et quand bien même son timbre n'est pas des plus idiomatiques, il confère à son personnage une dimension intéressante, parfois éloignée des modèles du genre, mais beaucoup plus humaine.
Chœurs et orchestre sont excellents menés par Carlo Felice Cillario dont la direction, énergique et vive sait faire alterner l'urgence dramatique avec une retenue bienvenue dans les passages de grande poésie.
Une des grandes versions de l'oeuvre!

SONY (2CDs) - London 1979 (studio)
Renata Scotto (Norma), Tatiana Troyanos (Adalgisa), Giuseppe Giacomini (Pollione), Paul Plishka (Oroveso) - James Levine (direction musicale)


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Cinq ans plus tard, la firme CBS, aujourd'hui absorbée par SONY, forte du succès considérable et mérité de l'enregistrement d'Adriana Lecouvreur de Cilea effectué par Renata Scotto deux ans plus tôt en 1977, décide d'enregistrer en studio sa Norma! Hélas, c'est pire que tout car les micros impitoyables restituent en les amplifiant tous les défauts de la cantatrice italienne (laquelle se fera d'ailleurs peu après sortir de scène sous une avalanches de huées lorsqu'elle tenta d'imposer sa Norma au MET!) et ce, dès le Casta Diva qui est une véritable épreuve pour l'oreille! Nous sommes loin, très loin de la composition d'une Callas, de la splendeur d'une Sutherland, du chant à fleur de lèvres d'une Caballé. Ici, certes l'élocution est d'une clarté saisissante mais que de tensions vocales, de crispations de la ligne dès le haut medium, d'aigus stridents! Quinze ans plus tard, même Jane Eaglen fera mieux. C'est dire! Seules vraies réussites pour Scotto: l'attaque du final de l'acte 1, l'arioso du début de l'acte 2 et les cinq dernières minutes de l'opéra où le pouvoir émotionnel de cette musique finit par transcender l'absence de moyens vocaux idoines.
En revanche, et c'est tout de même un comble, le reste de la distribution est de haute volée: Tatiana Troyanos est l'une des plus touchantes Adalgisa conservées par le disque. Sa voix moelleuse se coule idéalement dans l'écriture bellinienne. Giuseppe Giacomini fait partie de ces ténors solides qui ont toutefois peu de choses à dire: ici le chant est assumé avec goût et ardeur sans plus. Paul Plishka a mûri le rôle d'Oroveso depuis sa première intégrale en 1973 également avec Levine (et Beverly Sills) et le portrait qu'il offre ici est très touchant d'humanité. Quant à James Levine, il délivre ici peut-être la plus belle direction d'orchestre de cette discographie et fait d'autant plus regretter le choix retenu pour le rôle titre!
A connaître mais en aucun cas une référence!

DECCA (3CDs) - London 1984 (studio)
Joan Sutherland (Norma), Montserrat Caballé (Adalgisa), Luciano Pavarotti (Pollione), Samuel Ramey (Oroveso) - Richard Bonynge (direction musicale)


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Presque vingt ans après sa première intégrale studio et forte d'une fréquentation régulière du rôle à la scène, Dame Joan Sutherland décide en 1984 de réenregistrer le chef d'œuvre de Bellini! Autant le dire tout de suite, il va de soi que la vision proposée ici est sensiblement différente que celle de 1964. La voix de Sutherland a incontestablement mûri et s'est assombrie ce qui ne lui enlève pas pour autant sa spectaculaire virtuosité. La différence majeure ici, c'est un approfondissement psychologique du personnage: Norma souffre en tant que femme, amante et mère davantage peut-être qu'en 1964 où Sutherland privilégiait l'aspect quasi-divin et autoritaire du personnage.
A ses côtés, une ex-Norma prêtant le charme de son timbre à une Adalgisa plus philologique qu'à l'accoutumée: Montserrat Caballé. Le résultat est saisissant car la diva espagnole apporte au rôle une fragilité et une féminité inhabituelles et bienvenues! Le seul petit regret que l'on pourrait formuler c'est que dans les duos, la fusion de leurs deux voix n'est pas totalement homogène, moins en tout cas que les tandems Sutherland/Horne (1964) ou Suliotis/Cossotto (1967).
Luciano Pavarotti, partenaire préféré de la diva australienne, ne pouvait s'abstenir de laisser son Pollione à la postérité: le résultat est dans l'ensemble plutôt convaincant même s'il ne fait aucun doute que jamais il n'aurait pu assumer ce rôle à la scène. Ici le ténor italien aborde Pollione comme Edgardo de Lucia di Lammermoor, ce qui est une erreur. Rappelons tout de même que Pavarotti, c'est avant tout idéalement Nemorino de l'Elisir d'amore, Tonio de La Fille du Régiment, Le Duc de Mantoue de Rigoletto et que ses incursions dans un répertoire plus lourd ont contribué à amoindrir ses moyens vocaux! Or, Pollione, c'est Franco Corelli et dans une moindre mesure Mario del Monaco ou Placido Domingo! Ici Pavarotti étale un timbre de lumière allié à une belle projection vocale mais il lui manque l'arrogance d'un timbre corsé et la flamboyance d'un ténor presque spinto. Pour rappel, Domenico Donzelli, le créateur du rôle avait été choisi par Bellini qui voyait en lui "un tenore di forza".
Enfin, Samuel Ramey impose le meilleur Oroveso de toute la discographie à tel point qu'on se demande parfois en l'écoutant ce qu'on avait pu trouver de positif aux autres. Tout y est: beauté du timbre, maîtrise technique, caractérisation du personnage.
Richard Bonynge a, lui aussi, évolué dans sa conception de l'œuvre. Sa lecture s'attache à mettre en évidence des détails orchestraux inouïs jusqu'ici offrant aux chanteurs un magnifique écrin. Seule petite réserve: l'aberration du tempo d'entrée des gaulois au deuxième acte suite à l'appel de Norma empêchant matériellement les choristes d'entrer en scène! Mais il est vrai qu'ici nous sommes dans un studio.
La meilleure version récente.

EMI (2CDs) - Florence 06.1994 (live)
Jane Eaglen (Norma), Eva Mei (Adalgisa), Vincenzo La Scola (Pollione), Dimitri Kavrakos (Oroveso) - Riccardo Muti (direction musicale)


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Enregistrée en public (sur plusieurs soirées) pour EMI, cette Norma bénéficie d'une évidente plus-value sonore qui permet de se faire une idée plus précise du travail orchestral mené par Riccardo Muti mais qui dans la foulée trahit, en les passant à la loupe, Jane Eaglen, véritablement hors-propos dans Norma et Vincenzo La Scola dont le timbre apparaît très métallique voire aigre!
Coutumière des grands rôles wagnériens et pucciniens, Jane Eaglen semble complètement dépassée par le rôle le plus exigeant du répertoire bellinien. Sa Norma, toute en force et en puissance, manque totalement de finesse et d'imagination. De toute évidence, la soprano ne possède ni la voix, ni le style pour aborder le répertoire romantique italien: elle n'est ni Sutherland, ni Callas. Seul son tempérament et sa conviction dans l'accent permettent d'ébaucher quelques traits judicieux de son personnage, laissant peu de place à la poésie et à l'élégie de ses arie: il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter son "Casta diva" certes, correctement mené du début à la fin mais qui n'en reste pas moins dépourvu de toute son essence bellinienne, comme si la cantatrice s'était contentée d'aligner les notes les unes à côté des autres, sans jamais se soucier du discours musical. Que dire alors, des passages vocalisants ou des rares tentatives d'ornementation? Jane Eaglen semble perdue dans un univers qui lui est totalement étranger, incapable de vocaliser correctement, en proie à des tempi meurtriers où à aucun moment l'orchestre ne lui apporte le soutien nécessaire.
Adalgisa, rendue à sa tessiture de soprano, trouve en Eva Mei une interprète sensible, précise et convaincante, à la couleur de voix idéale, mais à l'expression vocale parfois fixe et métallique, notamment dans l'extrême aigu. Toutefois, malgré les difficultés rencontrées par Jane Eaglen, les deux sopranos offrent ici l'archétype même des couleurs de voix des deux héroïnes tel que l'avait voulu originellement Bellini: Norma, un soprano dramatique et Adalgisa, un soprano lyrique.
Dimitri Kavrakos est un Oroveso à l'accent juste et à l'articulation précise mais sa voix de basse grise, vacillante et peu stable disqualifie sa prestation. Quant à Vincenzo La Scola, il chante avec passion un Pollione très convenable, auquel il manque toutefois l'insolence des aigus d'un Pavarotti, ou encore la verve et le métal d'un Corelli ou d'un Del Monaco!
Riccardo Muti enfin impose implacablement sa vision de l'œuvre, ne laissant aucune liberté d'action aux chanteurs, et précipitant l'orchestre dans des tempi souvent effrénés, où l'urgence dramatique en vient jusqu'à étouffer la poésie de l'ouvrage. Par delà un travail toujours passionnant sur le tissu orchestral, Muti, puriste dans l'âme, finit par tuer ici l'essence même du genre romantique, sacrifiant à un soi-disant retour aux sources, l'ivresse du chant bellinien, qu'il soit passionné, extatique ou encore désespéré.
Une version assez inutile en dépit de ses prétentions!

NIGHTINGALE (2CDs) - Baden-Baden 2004 (live)
Edita Gruberova (Norma), Elina Garanca (Adalgisa), Aquiles Machado (Pollione), Alastair Miles (Oroveso) - Friedrich Haider (direction musicale)


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Engagée comme elle l'est depuis plus de 30 ans dans la défense du répertoire belcantiste, Edita Gruberova ne pouvait pas ne pas laisser sa Norma à la postérité. Malheureusement ses moyens vocaux, qui ont su et savent encore parfois faire des merveilles dans le répertoire donizettien, ne correspondent en rien aux nécessités vocales du rôle de Norma. Elle se voit encore plus démunie vocalement que ne l'avait été Beverly Sills et la beauté lunaire de son Casta diva replacé dans sa tonalité d'origine ne suffit pas à masquer ses insuffisances dans un bas medium affaibli et un grave inexistant. Ces manquements se voient aggravés par des effets stylistiques d'un goût douteux qui sont difficilement supportables de la part d'une cantatrice qui, par ailleurs, sait fort bien dans l'absolu ce que "bien chanter" veut dire.
L'Adalgisa d'Elina Garanca se situe à d'autres sommets sur le plan vocal et stylistique mais l'interprétation dramatique semble assez impavide tout comme le sont d'ailleurs Aquiles Machado dont le Pollione est surtout fruste et Alastair Miles, Oroveso de belle facture qui semble toutefois se demander ce qu'il est venu faire dans une telle entreprise.
La direction de Friedrich Haider n'appelle ni reproches ni éloges. L'ensemble est tenu avec efficacité mais sans passion!

DECCA (2CDs) - Orchestra La Scintilla 2012 (studio)
Cecilia Bartoli (Norma), Sumi Jo (Adalgisa), John Osborn (Pollione), Michele Pertusi (Oroveso) - Giovanni Antonini (direction musicale)


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Cette nouvelle version se veut musicologique en donnant l'intégralité de la partition (donc en restituant 4 minutes de musique souvent coupées à la scène) et en respectant les vocalités de la création de l'ouvrage. A la vérité, on va de désillusions en déceptions à commencer par le chef qui certes dans les passages lents respecte des tempi assez traditionnels mais qui dirige à la hache, aux coups de boutoir et à la "va comme j'te pousse" tous les passages rapides (les cabalettes, les strettes, les finals d'actes et toutes les conclusions orchestrales n'ont jamais été aussi cassants, brutaux, expédiés et lourds dans toute la discographie officielle et officieuse de l'oeuvre!) et dans ces moments là, jamais la musique ne respire comme elle le devrait
Certes, en plus d'une couleur instrumentale intéressante à défaut d'être forcément pertinente (Biondi l'était davantage!), nous gagnons en tout environ 4 minutes de musique en plus mais l'ensemble dure tout de même 12 minutes de moins que la durée standard de l'exécution de l'oeuvre. Bref une option bâtarde puisqu'elle se réfugie dans des critères au mieux rossiniens et au pire baroques, l'immense tort du chef étant de confondre énergie, dramatisme et rapidité avec précipitation et agitation hystérique. Or, désolé mais Bellini ce n'est pas ça du tout!
Les chanteurs à présent:
- un grand bravo à Pertusi qui nous offre un magnifique Oroveso tout empreint de majesté et de tendre humanité. La voix est pleine, ronde, en grande forme et le style est parfait.
- Sumi Jo chante évidemment de manière irréprochable mais on la sent flattée par les micros: c'est joli, c'est fruité mais c'est vraiment tout petit vocalement parlant (mais bon il ne pouvait en être autrement dès lors que le rôle-titre était distribué à un contraltino rossino-baroqueux dont l'ampleur vocale est plus que confidentielle! Reconnaissons toutefois que dans cette distribution au petit pied, leurs deux voix se marient assez heureusement.
- John Osborn chante lui aussi de manière irréprochable mais il lui manque totalement le métal vocal, l'arrogance du chant, la puissance de la projection exigés par l'écriture du rôle et par le compositeur. Il chante avec style et conviction mais ceux qui comptaient sur sa présence pour avoir droit à une cabalette de Pollione ornementée dans sa reprise en seront pour leurs frais (et tant mieux! Bellini ne s'ornemente pas comme Rossini!), les seules variantes de la reprise de la cabalette étant une transposition plus aigue d'une phrase (mais Pavarotti l'avait déjà fait!) et 2 aigus légèrement relevés à la fin. En revanche, c'est un non sens total de lui faire à peine chuchoter le début du dernier final. Corelli peut reposer en paix: son Pollione reste indétrôné!
- enfin Bartoli! Sûrement beaucoup de bonnes intentions et une réelle sincérité de l'artiste dans ce rôle dont elle n'a pas le quart de la voix! Toujours est-il que toute sa prestation est sujette à caution: un casta diva fredonné talentueusement mais pour le côté extatique, elle repassera (Sutherland, Caballé et Suliotis l'atteignaient bien autrement et même de façon hypnotique!), une cabalette fébrile et presque aux bords de l'hystérie avec une vocalisation rossinienne hors-propos, un manque de poids considérable dans tout le final de l'acte 1 où elle fait entendre davantage une sale gosse capricieuse qu'une femme bafouée, dans l'introduction de l'acte 2 qu'elle surjoue sans en avoir les moyens et dans tout le final de l'acte 2 où la montée au bûcher manque de grandeur. Ses meilleurs moments sont les deux duos avec l'Adalgisa de Sumi Jo (2 petites voix dont les timbres se marient avec un certain bonheur). Bref, pas du tout une Norma!

Conclusion: une curiosité qui aura ses fans évidemment mais qui n'est qu'un coup d'épée dans l'eau et ne modifie en rien la discographie de l'oeuvre! Callas, Sutherland, Caballé et Suliotis sont les meilleurs choix possibles.

On conseillera en complément Callas en live à La Scala en 1955 où elle fut exceptionnelle tout comme son entourage! Et on affectionnera également les lives de Leyla Gencer et de Cristina Deutekom qui furent, elles aussi, de merveilleuses Norma.

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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par PlacidoCarrerotti » 20 déc. 2015, 09:34

Bon. Et maintenant les DVD !
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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par Stefano P » 20 déc. 2015, 10:11

Très beau et très utile travail, merci Jérôme !

Pour les versions Callas, j'ai toujours regretté qu'elle ne puisse pas (pour des raisons de contrats discographiques concurrents) enregistrer en studio avec Simionato, tant leurs deux voix étaient incroyablement en harmonie, dans une sorte de fusion qui était aussi une émulation, l'une poussant l'autre à donner le meilleur d'elle-même, comme on peut l'entendre dans les nombreux enregistrements live (piratés pour la plupart) qui nous sont heureusement parvenus, tels la Norma de la Scala de 1955, ou l'Anna Bolena incroyable de 1957. Pour la direction d'orchestre de ses deux Norma "officielles", je n'ai pas vraiment remarqué cette différence qualitative chez le maestro Serafin : il faut dire aussi que la prise de son stéréo de la deuxième version est beaucoup plus flatteuse et précise que la première version mono, qui a tendance à aplatir et à uniformiser le son de l'orchestre. Pour l'anecdote, on peut aussi signaler que dans l'enregistrement live de Covent Garden (novembre 1952 ), à côté de Callas et Stignani, on entend la Clotilde d'une toute jeune chanteuse nommée Joan Sutherland...

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Re: Discographie de Norma -Bellini

Message par Lucas » 21 déc. 2015, 10:41

Bon je vais un peu noircir le tableau idyllique dressé par Jérôme en forçant le trait :

1- Serafin 1953 : Une Callas sublime mais sinistrée par un entourage indigne.
2- Bonynge 1964 : un beau duo Norma/Adalgise mais quelle misère chez les hommes sans oublier la direction "plate comme une limande" de Bonynge qui n'a fait carrière que parce qu'il s'appelait Mr Sutherland.
3- Varviso 1968 : Version charcutée et disqualifiée par une Suliotis chantant faux et incapable de surmonter les vocalises du rôle qu'elle savonne allègrement. Sans parler d'un MariodelMo hurleur. D'ailleurs Decca ne sera pas dupe et poussera rapidement cette chanteuse dépassée par les évènements vers la porte de sortie.
4- Levine 1973 et 1979 : Norma sans Norma avec, aux choix, une Sills sans bas médium ou une Scotto stridente et une distribution masculine médiocre. Dans les deux cas, on aurait du rebaptiser l'opéra "Adalgise" tant Verrett et Troyanos y sont magnifiques.
5- Bonynge 1984 : là c'est Mamie Sutherland qui fait de la résistance avec une voix chevrotante et usée jusqu'à la corde. Ce n'est plus Norma mais sa grand-mère qu'on doit supporter pendant trois heures. Dommage car le reste du cast est assez somptueux.
6- Muti 1994 : à moins d'avoir envie d'entendre Brünnhilde au pays de Bellini, c'est vraiment une version à écarter.
7- Haider 2004 : les mimiques et les pauses grotesque d'une Gruberova défaite et sans bas médium ne réjouiront que les fans de Groucho Marx.

C'est pourquoi, mes versions préférées sont les suivantes :

1- Serafin 1960 : Callas est encore somptueuse et j'ai toujours trouvé qu'on jugeait cet enregistrement en anticipant trop vite le déclin précoce de la Divine. Alors certes, tout n'est pas aussi parfait qu'en 1953 (aigus un peu stridents, vibrato moins contrôlé) mais c'est encore royal et l'incarnation est majeure. Entourage quasi parfait dans une optique traditionnelle et bonne prise de son. C'est, à mon avis, l'une des plus grandes intégrale de Callas. Il faut choisir la dernière version remasterisée que vous trouverez ci-dessous.
2- Cillario 1973 : Caballé est naturellement plus extatique et moins engagée que Callas mais le timbre, plus somptueux et ses partenaires, excellents. Dommage que le chef, un peu impavide, ne soit pas tout à fait au niveau.
3- Antonini 2012 : désaccord complet avec Jérôme. Voilà enfin du sang neuf dans Norma avec des partis-pris musicologiques qui ne sont pas plus discutables que ceux de Serafin. J'ai longuement lu les arguments des uns et des autres et je suis incapable de savoir qui a raison. Ce qui est sûr, c'est que Bartoli campe une Norma décoiffante et engagée avec une diction parfaite et un aplomb sidérant. Bons partenaires même si Sumi Jo est très flattée par les micros ... et surtout direction excellente et vivante qui respecte enfin les indications de Bellini en ne transformant pas systématiquement les andante en adagio comme le fait trop souvent la concurrence.

Voici les pochettes de ces trois intégrales :

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