Infernum in Paradise - E. Warnier/Musicall Humors - CD Muso, 2012

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EdeB
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Infernum in Paradise - E. Warnier/Musicall Humors - CD Muso, 2012

Message par EdeB » 10 févr. 2019, 19:27

Infernum in Paradise : Consort Songs & Music

Anthony Holborne (1545–1602) : Infernum
Anonyme : When Daphnee from fair Phoebus did fly* — Farewell the bliss*
Anthony Holborne (1545–1602) : Bona Speranza (Pavan) The Teares of the Muses
Anonyme : Sweet was the song the Virgin sung*
Robert Parsons (ca.1535–1572) : De la court
John Dowland (1563–1626) : Come again* — Sir Henry Umpton’s FunerallIf my complaints could passion move* — Captain Digorie Piper his GalliardThe Earl of Essex his Gaillard
Anonyme : This merry pleasant spring* — When May is in his prime*
John Dowland (1563–1626) : Mister George Whitehead his Almand
Anthony Holborne (1545–1602) : The Fairy RoundPavan
John Dowland (1563–1626) : Now, o now I needs must part*
Anthony Holborne (1545–1602) : Lullaby, The Night WatchThe Image of Melancholy
Anonyme : In Paradise*

Eugénie Warnier – soprano*

Musicall Humors
Julien Léonard — dessus de viole
Nick Milne — dessus et ténor de viole
Myriam Rignol — viole de gambe ténor
Lucile Boulanger — basse de viole
Sophie Gent — basse de viole
Emily Audoin — basse de viole
Thomas Dunford — luth
Miguel Henry — cistre & luth
François Guerrier — clavecin & virginal
Brice Sailly — virginal & orgue

CD Muso, 2012.



A se damner…

Image

Peu présente en Enfer, inconnue au Paradis, Melancholy reste la maîtresse préférée des compositeurs anglais élisabéthains, humeur prégnante du temps. Elle est ici magnifiée par un consort de violes agrémentées de luths, instruments présents comme en hommage à Anthony Holborne et John Downland, compositeurs et luthistes qui dominent la savoureuse sélection effectué par Julien Léonard et ses Musicall Humors.

Tardivement parvenues en Angleterre, les violes s’y enracinèrent rapidement et y produisirent tant de fruits qu’elles devinrent emblématiques pour les compositeurs de la période. Pour Henry Peacham (1636), « la bière et les violes de gambe sont arrivées toutes deux en Angleterre la même année, sous le règne du roi Henry VII », mais ce furent les époques d’Henry VII à Jacques Ier qui virent ce répertoire chambriste de cour s’accomplir en sa plénitude, un âge d’or se dessinant tout particulièrement sous Elizabeth Ière, où s’illustrent les deux compositeurs phares de cet enregistrement. Le programme élaboré en témoigne, puisant majoritairement dans l’œuvre d’Anthony Holborne et de son cadet John Dowland. Si parfois la première voix est instrumentale, suivant la recommandation de William Byrd, pour lequel ses partitions étaient faites « pour que des Instruments expriment l’harmonie, et qu’une voix énonce le texte » (1588), beaucoup de recueils ultérieurs précisèrent que les pièces étaient « aptes pour la voix et les violes », indiquant ainsi « [leur] destination instrumentale ad libitum ». D’une rondeur savoureuse et d’une ample noblesse dans les contrepoints, les Musicall Humours modulent les contrastes du discours et les affects de ces pièces méditatives ou plus enlevées avec un effectif chatoyant et varié, les six violistes s’accompagnant de luths, cistres et claviers. La palette délicate et équilibrée des violes trouve un surcroit de couleurs avec les cordes pincées, mais ce continuo discret amène parfois ces pièces vers un répertoire un peu plus tardif.

Tout aussi nuancée, charnue et colorée, et se coulant avec clarté dans ce tissu chamarré, la protéiforme Eugénie Warnier fait fuser un guilleret When may is in his prime et un pétillant This merry pleasand spring, ainsi qu’un agreste Come again, ardente incitation à l’amour. Autres versants de ses incarnations poétiques, Farewell the bliss spirale dans un anéantissement du cœur, tandis que If my complaints could passion move évoque un soleil mouillé. When Daphnee from fair Phoebus did fly témoigne de son art de diseuse, dans cette miniature dramatique à la fin attendue. Pudeur et fermeté volontairement bridée y miroitent sous la retenue affichée. Ci-enclos entre un Infernum peu terrifiant et un In Paradise éploré, ces ayres contemplent un crépuscule qui s’étale comme les gouttes de miel tombant du visage de la dame à son lever (sujet de l’ultime air du disque), telles des larmes épandues. Amères et savoureuses.

Emmanuelle Pesqué
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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