Couperin - Concert ds le goût théâtral - S. Sempé/K. Gauvin, I Desrochers... - CD Paradizo 2018

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EdeB
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Couperin - Concert ds le goût théâtral - S. Sempé/K. Gauvin, I Desrochers... - CD Paradizo 2018

Message par EdeB » 19 nov. 2018, 17:10

François Couperin (1668-1733) — Concert dans le goût théâtral

Prologue : L’Embarquement pour Cythère
Air : Noblement — Grande Ritournelle : Gravement — Air sérieux : Les Solitaires : « Dans I’Isle de Cythère » — Air tendre : Rondeau

Divertissement I : Zéphire modère
Ouverture — Air léger — Air sérieux : Brunete : « Zéphire, modère en ces lieux » (K. Gauvin) — Loure : Pesamment

Divertissement II : La Carte du Tendre
Sarabande : Grave et tendre — Air sérieux : « Qu’on ne me dise plus que c’est la seule absence » (S. Rondot)

Divertissement III : Les amours badins
Air : Animé et léger — Air à boire : Épitaphe d’un Paresseux : « Jean s’en alla comme il était venu » — Canon à 3 : « La femme entre deux draps » — Canon à 3 : « A moy ! Tout est perdu ! » — Air sérieux : La Pastorelle : « Il faut aimer des qu’on sçait plaire » (K. Gauvin)

Divertissement IV : Au Temple de l’Amour
Air sérieux : Les Pellerines : « Au temple de l’Amour, Pellerines de Cythère » — Air sérieux : « Doux liens de mon cœur » (I. Desrochers) — Air tendre : Lentement — Trois Vestales champêtres et trois Poliçons : « Quel bruit soudain vient troubler nos retraites ? » — Air de Baccantes : Très animé

Divertissement V : Les Plaisirs de l’Ile Enchantée
Air léger — Air sérieux : Vaudeville : « Faisons du temps un doux usage » — L’Amphibie : Mouvement de Passacaille (S. Sempé et O. Fortin) — Air sérieux : Musette : « A l’ombre d’un ormeau » — Air sérieux : Vaudeville : « Faisons du temps un doux usage »

Le Retour : Tribut à nos amours
Sarabande : Grave et tendre

Karina Gauvin — soprano
Sandrine Fortin — soprano
Isabelle Desrochers — soprano
Vincent Lecornier — basse

Capriccio Stravagante
Skip Sempé — clavecin et direction

Enregistré en 2000.
CD Paradizo, 2018



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Le 350e anniversaire de la naissance de François Couperin, dit Le Grand, est l’occasion pour Paradizo, label de Skip Sempé, de ressortir un merveilleux programme. Créé en 2000 à l’Opéra royal de Versailles lors des Grandes journées François Couperin, puis enregistré pour le label Astrée la même année, ce Concert dans le goût théâtral est un astucieux pasticcio mêlant la pièce instrumentale du même nom et les airs sérieux et à boire, en suivant une hypothèse émise par le musicologue Peter Holman en 1986. Comme s’en explique le maître d’œuvre de ce projet dans le livret du CD, le musicologue supposait que le huitième concert des Goûts-Réünis de Couperin « était à l’origine un acte de ballet en 4 ou 5 parties, dont certaines avaient été irrémédiablement perdues ». Ainsi, Skip Sempé a poussé l’idée jusqu’au bout, agençant ce Concert dans un goût théâtral et des airs de cour, afin d’organiser « un divertissement léger, bien dans l’esprit du XVIIIe siècle, conçu à l’instar d’un petit opéra de Charpentier ou de Lully » en un prologue, cinq divertissements et un « retour ». Pour se faire, il n’a pas respecté l’ordre originel de la partition telle qu’elle nous est parvenue, afin de composer des tableaux qui s’enchaînent avec goût et naturel. Quant à la chaconne manquante, on y a substitué un arrangement de L’Amphibie, mouvement de passacaille (tiré du Quatrième Livre de clavecin).

Suavité et mordant conjugués contribuent à faire de cette heure de musique une fête, ainsi que des tempi enlevés, le plus souvent, et dont la langueur finale n’exhale qu’une mélancolie apaisée. L’orchestre Capriccio Stravagante, qui faisait alors ses débuts, est plein de grâces sans affèteries, de douceur sans mollesse, de majesté sans rigueur, de sensualité sans gaudriole en dépit de certaines pièces joyeusement ambiguës. Faisant de chaque mouvement une miniature au climat bien caractérisé, Skip Sempé ouvre des paysages aux ailleurs portant l’imagination de l’auditeur. Le continuo, magnifiquement présent, est un délice.

Avec cet enregistrement, on retrouve avec bonheur l’éclat mordoré de Karina Gauvin en son printemps, souveraine dans ses airs (délicatement orné Dans L’Isle de Cythère, délectable Zéphire, modere en ces lieux). Ses comparses ne lui cèdent en rien, témoin le retenu Doux liens de mon cœur susurré par la toujours délicieuse Isabelle Desrochers, la douceur de Sandrine Fortin et l’aplomb sans forfanterie de Vincent Lecornier. Leur assemblage pétillant et idéalement théâtral nous mène du salace La femme entre deux draps au tragiquement comique A moy ! tout est perdu ! , de la gouleyante Epitaphe d’un paresseux pour soprano et baryton à l’opposition savoureuse entre les trois vestales et les trois poliçons, et de plaintes en espoirs amoureux aux textes plus poétiquement conventionnels. Jouant avec les échos et les textures, les voix s’entremêlent et s’enchevêtrent, d’une expressivité protéiforme, caressante ou mordante, ironique ou sensible ; d’une déclamation idéale, toujours et d’un style impeccable, comme de bien entendu. Les savoureux canons achèvent d’emporter une mise que la somptueuse L’Amphibie, brillant de tous ses feux sous les doigts de Skip Sempé et Olivier Fortin, parachève.

Miroir de scènes à la Watteau, cet enregistrement séduisant tentera tant les auditeurs désireux d’entrer dans l’univers de François Couperin que les fervents du compositeur se plaisant à batifoler sur ces sentiers agrestes et ensoleillés.

Emmanuelle Pesqué

A noter que ce programme sera donné en concert au Château de Versailles le 28 novembre 2018, avec une distribution vocale différente. (Réservations : https://www.chateauversailles-spectacle ... tral_e1864 )


Profitons de cette chronique pour revenir également sur la parution, toujours chez Paradizo, d’un remarquable florilège consacré au clavecin anglais des XVIe et XVIIe siècles, The Virgin Harpischord. Cette anthologie du répertoire virginaliste anglais (Byrd, Peerson, Johnson, Richardson, Bull, Gibbons, Tomkins, Dowland, Morley, etc…), tirée du Fitzwilliam Virginal Book se déploie dans toute sa variété et sa poésie, son raffinement et son ornementation subtile, sous les doigts de Skip Sempé, Olivier Fortin et Pierre Hantaï. Ces paysages aux climats mouvants s’opposent à ceux de ce Couperin « théâtralisé », mais ils sont tout aussi profonds, émouvant par leur intériorité propice au silence de l’âme, d’une dramaturgie plus retenue et moins apparente, mais non moins séduisante et lumineuse.

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Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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