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Les mal aimés des récitals studio

Posté : 30 août 2017, 07:48
par Peleo
Je me suis toujours demandé pourquoi certains airs n'étaient jamais présents dans les récitals enregistrés en studio.
Ainsi, on a je ne sais combien de versions du 1er air de Mathilde dans Guillaume Tell alors que je n'ai jamais entendu le 2ème que dans les intégrales.
De même, plutôt que de choisir les éternelles Dinorah et autres Elvira, il serait un peu plus intéressant d'enregistrer l'air de Clorinda de Cenerentola (même s'il n'est pas de Rossini). Gianna Rolandi a montré, hélas en anglais, ce qu'on pouvait en tirer. De plus, on peut difficilement laisser un soprano délirer dans cet air sur scène, pour ne pas faire de l'ombre au rondo final de l'héroïne, qui vient juste après.

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 30 août 2017, 08:27
par aroldo
J'ai toujours trouvé l'air d'entrée de Lisa dans La Somnanbula très beau (il est vrai que je l'ai découvert par Stahlman, voix ravissante, s'il en est). Et il n'est évidemment jamais enregistré.

Nathalie Stutzmann a enregistré (pas écouté encore, mais il a très bonne presse) un disque consacré au "Heroes from the Shadows" où elle ne chante que des airs rares des personnages "secondaires" des opéras célèbres de Haendel (Ariodante, Orlando,Rodelinda etc. donc il ne s'agit pas de faire un récital d'inédits - la démarche me semble proche de celle que tu évoques). Mais, pour le coup, il faut que l'artiste soit réellement très musicien pour percevoir l'intérêt et la beauté de ces pages moins données en récital.

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 30 août 2017, 08:33
par aroldo
A un moindre degré, j'avais été frappé en écoutant le magnifique récital français de Kasarova. Pour Fidès, elle avait choisi "Donnez, donnez" et non pas les plus souvent enregistrés "Ah mon fils" et "O Prêtre de Baal", pour Urbain, le deuxième air et non pas le premier, pour Dalila l'invocation à l'amour alors qu'il me semble qu'en général les deux airs de séduction ont plus de succès en récital studio. C'était une démarche intelligente, qui évitait le comparaisons, peut-être, mais mettait surtout de fait en valeur des pièces moins rabâchées d’œuvres célèbres.

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 30 août 2017, 08:35
par aroldo
Dans le genre, aussi, il y a un air très vocal et poétique de Rezia dans Oberon, qui n'est jamais enregistré (en tout cas, je n'en connais pas de versions hors intégrale), alors que la grande scène a certainement été enregistrée des dizaines de fois (pour mon plus grand bonheur, d'ailleurs). /watch?v=W9OpwKS7uTw

Edit : c'est bien, là tu m'as lancé sur un truc qui va m'obséder pendant une semaine ... je risque d'acheter le disque Stutzmann à cause de ça. :Jumpy:

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 30 août 2017, 12:12
par Peleo
Je n'y avait pas pensé, ni pour Stutzmann, ni pour Kasarova. Une bonne occasion de réécouter ces disques.
Tout à fait vrai pour Lisa. Et là aussi, on ne la laissera pas en rajouter, pour ne pas porter ombrage à Amina.

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 31 août 2017, 09:48
par sopranolove
Oui, Lisa, qui est souvent sous- distribuée, mériterait mieux ! Et le fait que cet air, on ne l'on n'entend pratiquement jamais...Bien sûr, en temps habituel, on juge ce rôle peu intéressant, ne permettant pas de briller, et de surcroit antipathique... Moi, j'y ai vu Marie Adeline Henry face à Dessay. Eh bien, on sentait que, défendu comme ça, le personnage est vraiment bien. Et MAH était plus interessante que Dessay !

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 31 août 2017, 14:50
par Peleo
C'est tout à fait ce genre d'air qui aurait sa place dans un récital avec celui de la sœur d'Angelina.
Titre du cd: Les jalouses !

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 31 août 2017, 15:06
par aroldo
Ca pourrait être aussi titré "Seconda Donna".

Je crois que c'est Stendhal qui disait que c'était bien de Rossini d'écrire un air qui aurait assuré un succès à un compositeur moins doué et de le confier à un personnage secondaire (il parlait de l'air de Berta dans Le Barbier).

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 31 août 2017, 15:16
par aroldo
Chez Mozart, il y a énormément d'airs qui ne rarement très programmés (et Dieu sait, je l'expérimente en ce moment que les sopranos ont enregistré des récitals Mozart à la pelle).

Je cite un ami avec qui j'ai eu la même discussion :

"je constate qu'AUCUN récital au disque n'a jamais inclus un ou deux des airs superbes de Silvia dans Ascanio in Alba. Par ignorance ? C'est le cas assurément pour l'entrée spectaculaire de Donna Eugenia dans Lo Sposo deluso. [...] air en deux parties, grands écarts, parodie de style noble, virtuosité redoutable à la fin avec une guirlande triolets rapides. [...] Mais Silvia, tout bon soprano mozartien peut chanter ça."

Re: Les mal aimés des récitals studio

Posté : 31 août 2017, 16:23
par DelBosco
aroldo a écrit :
31 août 2017, 15:16
Chez Mozart, il y a énormément d'airs qui ne rarement très programmés (et Dieu sait, je l'expérimente en ce moment que les sopranos ont enregistré des récitals Mozart à la pelle).
Chez Mozart, il y a un air que j'aime beaucoup et que l'on n'entend jamais non plus, dans Idomeneo : c'est l'air d'Arbace : "Se il tuo duol" qui est pourtant une page assez virtuose et, à mon avis, assez payante pour l'interprète, hors contexte de l'intégrale où il pâtit du voisinage des airs dévolus aux personnages principaux.