Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

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Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par aroldo » 25 août 2017, 08:29

Le plus bel, le plus parfait, opéra de Strauss à mon avis.

Hier, écoute de deux versions studios. Leinsdorf (RCA mais reparu chez Decca) / Levine (DG). C'est ce dernier qui a remporté le match, même si j'ai une très grande tendresse pour la première version (pour des raisons subjectives, qui inclut la distribution mais aussi la difficulté que j'ai eu à dénicher ce disque ... et sa pochette baroque, évidemment).


Leindsdorf a des chanteurs plutôt ingrats, aux timbres très prononcés et assez peu gracieux (en tout cas sans rien de mignard). Berry joue le double rôle d'Arlequin et du maitre de musique avec la légèreté de touche et de phrasé qu'on attend de lui et parmi les nymphes, c'est le contralto de Hilde Rossel-Majdan qui tranche agréablement. Du côté des rôles principaux, on admirera sans réserve le Compositeur de Jurinac (la seule "belle" voix du cast), dominant la tessiture et le rôle avec une aisance confondante, basculant parfois du côté de l'héroïsme dans son exaltation (Ariana n'est pas très loin). Zerbinette est interprétée par Roberta Peters, qui fait des efforts continus sur les mots et les couleurs (écoutez le duo avec le compositeur) et compose beaucoup. Elle manque terriblement de charme, mais chante avec une honnêteté et un sérieux attachants. J'ai aimé le Bacchus de Peerce (il remplaçait Bjoerling, je crois), même s'il n'a évidemment rien d'un adolescent : il a tout du ténor wagnérien peu aimable, mais quelque chose de vibrant et d'enthousiaste passe encore. Son manque de jeunesse ne dépare pas face à Rysanek (en début de carrière) que je trouve peu flattée par la prise de son et par le rôle : le timbre ne passe pas, semble un peu granuleux, et les graves la trouvent en difficulté, sans qu'on soit non plus emporté par le raptus de sa voix. En revanche, cette Ariane un peu détachée, presque fantomatique, un peu étouffée, dès le medium, est intrigante. Direction cohérente avec la distribution de Leindsdorf, qui ne joue pas sur la séduction, n'a rien de chambriste et fait plutôt ressortir la magie de Strauss, capable de suggérer l'opulence avec des petits moyens. C'est une approche résolument post-wagnérienne, qui fonctionne d'ailleurs très bien.

Mais quelques mesures de Levine (dès l'ouverture) remettent les pendules à l'heure pour la profusion, le sourire, le galbe, la délicatesse ... sans pour autant oublier d'ailleurs l'héroïsme final. L'auditeur se régale de la première à la dernière note, devant tant de virtuosité. C'est une version qui a beaucoup de charme. Le chef y est pour beaucoup, mais, là encore, on trouve une cohérence certaine avec les chanteurs : luxe du passé avec le maitre de musique de Prey, luxe du futur avec le ravissant trio auquel participe Bonney et Upsaw ! Si l'on excepte le ténorino grêle, svelte mais finalement pas juvénile non plus, de Lakes, l'auditeur pourra se baigner dans des mers de volupté. Baltsa, le souffle toujours court, ce qui est gênant dans du Strauss, ne gère plus très bien ses registres, poitrine plus qu'il ne faut et dépare un peu après l'élégance et le naturel de Jurinac, mais quel timbre, quelle joie audible de chanter et quels aigus ! Battle en agacera plus d'un et ni le suraigu ni, surtout, les trilles, n'auront l'éclat et l'espèce de virtuosité vorace des très grandes Zerbinette, mais en voilà une qui déborde de désir de plaire, aidée par sa voix un peu voilée et d'exquises notes filées, elle devient délicieusement rococo. Quant à Tomowa-Sintow, c'est une merveilleuse Ariane. Une Ariane à la fois chambriste (pianissimo de rêve, soutien parfait, nuances mordorées ... tout fait très "Quatre derniers lieder") et grande voix, aux graves solides et aux aigus vibrants, parfaitement à l'aise dans le rôle. Dommage que le ténor gâche un peu le duo, parce qu'on se roule dans les notes de la soprano comme dans un grand lit et on voudrait que ça ne se termine jamais.
l'enlevement de Clarissa a été un des évènements de ma jeunesse.

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par aroldo » 25 août 2017, 19:35

Écoute aujourd'hui de la version Keilberth (Cologne - je pense un enregistrement radiophonique, mais la plaquette Waxhall est comme toujours très pauvre). Une superbe réussite, à tous les points de vue. Je voulais simplement écouter le prologue pour comparer Jurinac à elle-même. Elle est encore meilleure qu'au studio, parle en chantant avec un naturel merveilleux (c'est une constante dans cette version), une verve éblouissante et en même temps quelque chose de mystérieux, un peu en deçà des mots quand elle décrit l'intrigue de son opéra (alors qu'en studio, elle était plutôt exaltée et très soprano). Je n'ai pas pu m'arrêter, car les quelques phrases de Zadek et Hopf m'avaient rendu curieux : le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils n'ont pas eu peur de "jouer" les idiots et les mégères (aidés par des timbres un peu communs, voire vilain pour elle dans le bas medium). Mais ils sont fantastiques dans la partie opéra, lyriques, emportés, enthousiastes et extrêmement sympathiques. Eux aussi "parlent" (même dans les passages très aigus ou rayonnants, où Zadek est très en beauté) avec un sens de la déclamation qui ne les empêchent jamais d'être aussi, et pleinement, des chanteurs bien dotés. Il n'y a pas d'explications de textes, ils incarnent simplement les mots et la dramaturgie du librettiste et du compositeur avec une sincérité évidente. Et ils ne font qu'une bouchée de l'aspect vocal (largeur, projection, tessiture), d'autant que Keilberth privilégie la délicatesse et l'individualité des instruments sur la rutilance fin de siècle. (Toute) petite déception pour Streich : le plus beau timbre du monde, un caractère délicieux et un peu mélancolique, une présence idéale dans les ensembles ... mais quelques scories dans le monologue, savonages et trilles un peu poussifs (après le confort de studio et de multiples prises dont ont bénéficié Peters et Battle, je suis sans doute trop sévère).
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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par Loïs » 25 août 2017, 20:24

ton fil m'a donné l'idée de me procurer l'enregistrement d'Aix avec Crespin, Toyanos & Mesplé dont j'ai beaucoup entendu parler.
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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par jerome » 25 août 2017, 20:35

aroldo a écrit :
25 août 2017, 19:35
Streich : le plus beau timbre du monde
euh ...

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par Loïs » 25 août 2017, 20:39

jerome a écrit :
25 août 2017, 20:35
aroldo a écrit :
25 août 2017, 19:35
Streich : le plus beau timbre du monde
euh ...
re-euh

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par jerome » 25 août 2017, 20:45

Qu'on dise que Streich avait une jolie voix, agréablement fruitée et qu'elle menait délicieusement son chant avec la fraîcheur qui la caractérisait, ça je suis entièrement d'accord!
Mais le plus beau timbre du monde, non! Elles sont nombreuses à pouvoir prétendre à ce titre même dans celles que je n'affectionne pas personnellement. Je sais bien que tout ça est forcément subjectif mais quand même ... lol

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par Macbetto » 25 août 2017, 21:01

Pour en revenir à Ariadne je suis juste en train de me dire que c'est la seule oeuvre de Strauss qui m'est à un point totalement hermétique. Je suis complètement étanche même lorsque s'y illustrent les chanteuses que je vénère, c'est peut-être à cause de la Zerbinette de...non rien... dans la première version que j'ai entendue :mrgreen: .
Bon, encore une oeuvre à remettre en chantier d'écoute, ça finira bien par fonctionner!

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par jerome » 25 août 2017, 21:26

la Zerbinette de qui ??

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par Piem67 » 25 août 2017, 21:34

Personnellement, j'ai beaucoup de tendresse pour la version de Kurt Masur chez Philips.

Je pourrais reprendre les mots d'Aroldo à propos de Tomowa-Sintow pour décrire l'Ariadne de Jessye Norman : c'est à se rouler par terre... Pour moi, l'un de ses plus grands rôles.

Le compositeur de Julia Varady est vibrant et très émouvant (et quelle beauté de timbre), la Zerbinette de Gruberova fait du Grubi, on peut ne pas aimer, moi j'aime beaucoup ! Le Bacchus de Paul Frey nous change des grands formats hurleurs, j'aime beaucoup. Le Maître de Musique de Fischer-Dieskau qui fait la leçon à son compositeur de Varady, c'est juste irrésistible et plus vrai que nature ! Très bons seconds rôles par ailleurs.

Seul hic, une direction un peu trop placide de Masur et ça, je lui en veux... Mais pour le cast, je ne peux me passer de cette version...

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Re: Discographie d'Ariane à Naxos de Strauss

Message par jerome » 25 août 2017, 21:40

Très belle version que cette version Masur je suis entièrement d'accord! Je précise que s'il y a un rôle où Gruberova est totalement inattaquable, c'est le rôle de Zerbinette y compris dans cette version! Elle est éblouissante! D'ailleurs, ce n'est pas compliqué: on n'a fait mieux ni avant ni après!

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