Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

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JdeB
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Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par JdeB » 07 août 2017, 08:06

Félicien David (1810-1876)

CD1
Christophe Colomb*
Chantal Santon-Jefery, soprano
Julien Behr, ténor
Josef Wagner, baryton
Jean-Marie Winling, récitant
Les Siècles, Choeur de la Radio flamande, dir FX Roth

CD2
La Perle du Brésil (ouverture)*
Le Jugement dernier*
Symphonie n°3*
Six Motets*
François Saint-Yves, orgue
Brussels Philarmonic, Choeur de la Radio flamande, dir H. Niquet

CD3
Mélodies
1) Le Ramier
2)Eoline
3) Cri de Charité
4) Tristesse de l’odalisque
5) L’Egyptienne
6) Le jour des morts
7) Le Rhin allemand
Cyrille Dubois, ténor ; Tristan Raes, piano

Trio n°1
Pascal Monlong, violon
Pauline Buet, violoncelle
David Violi, piano

Musique pour piano (dont Le Soir*, Doux souvenir* et Allegretto agitato) ; Jonas Vitaud, piano

*= premier enregistrement mondial


Collection Portraits du Palazetto Bru Zane, volume IV (3 CdD / 133 pages) ; livre-disque bilingue
(A paraître le 25 août 2017)


Longtemps la discographie de Félicien David s’est résumée à quelques rares mélodies et à l’air « Charmant oiseau » extrait de La Perle du Brésil que Mado Robin avait enregistré en 1960 et son nom n’était associé qu'à un seul ouvrage Le Désert.
Il est vrai qu’à la création de son chef d’œuvre, le 8 décembre 1844 (David n'avait que 34 ans), Théophile Gautier écrivit dans La Presse : "Nous avons une bonne nouvelle à vous annoncer, si vous ne la savez déjà. Dimanche dernier, un grand musicien s’est révélé ; d’un seul bond il est allé s’asseoir sur le trône d’ivoire et d’or des maîtres radieux et consacrés". Et Hector Berlioz de s’exalter : "Oui, David, ce que vous avez fait est très grand, très neuf, très noble et très beau…Nous avons été frappés d’admiration, touchés, entraînés, écrasés". Quant à Verdi, il s’en serait inspiré pour écrire le final de l’acte II d’Attila !
Grâce à l’action du Palazetto Bru Zane, 2014 a vu l’exhumation d’Herculanum, du Saphir, de Moïse au Sinaï et de son Christophe Colomb, d’abord dans le cadre du Festival Berlioz (le 22 août 2014) puis à Versailles en décembre de la même année.

Voici comment Berlioz jugeait son confrère dans un article du Journal des Débats du 27 novembre 1851 :
"Il y a deux musiciens dans Félicien David : le mélodieux rêveur chantant les charmes de la solitude, des nuits étoilées, de la fraîche oasis, le calme mystérieux de la forêt vierge, la douce chanson de la jeune mère berçant son premier-né, ou l’hymne grandiose que lui inspirent les majestés souveraines du désert et de l’Océan, avec des accens vrais, un style élégant, une harmonie vibrante, une orchestration fine et pittoresque ; puis il y a le musicien que j’appellerai paresseux, qui semble se complaire à des formes d’une simplicité presque enfantine, aux chœurs à l’unisson accompagnés d’un orchestre à l’unisson, aux rythmes primitifs, à l’harmonie un peu lâchée, à la mélodie peu jeune, et par instans aux gros bruits peu motivés. Les charmantes et magnifiques pages du Désert et de Christophe Colomb, sa symphonie en mi bémol, et bon nombre de morceaux de chant détachés appartiennent au premier ; je trouve le second déjà dans quelques chœurs du Désert, dans les fragmens que je connais de son Moïse au Sinaï, dans plusieurs chœurs sur divers sujets, et dans l’opéra qu’il vient de nous donner. Ici [la Perle du Brésil] , je crains qu’il n’ait fait un trop fréquent usage de sa manière paresseuse : souvent on voudrait moins de langueur dans l’orchestre, une moins longue uniformité dans le rythme, des oppositions, du mouvement, et quelque peu plus de nouveauté dans la mélodie, dans l’harmonie et dans les modulations. »

Dix ans plus tard, dans le même Journal, il écrivait le 7 avril 1861 :
« Le concert donné par Félicien David à l’Opéra a été splendide sous tous les rapports ; le grand orchestre et le grand chœur, on ne peut mieux disposés sur la scène, ont exécuté le Désert, des fragmens de Christophe Colomb et le final de Moïse au Sinaï avec un ensemble irréprochable. Disons en outre que David dirige avec une clarté et une précision rares, qui n’ont pas peu contribué à donner de l’assurance à ses exécutans. La recette était énorme, et le beau public courtois qui se pressait dans la salle a fait à l’auteur du Désert le plus chaleureux accueil. Mme Lauters a chanté avec une pureté digne des plus grands éloges les couplets de Christophe Colomb. On les lui a redemandés."

Enfin, il est intéressant de noter que le ténor Hippolyte Roger, le premier Faust de Berlioz et le futur créateur d’Herculanum, témoigne que dès 1847 David avait inspiré tout un courant musical et de nombreux épigones, que les compositeurs devaient en quelque sorte se positionner par rapport à lui :
« Quel bel avenir a la musique avec la forme nouvelle que Berlioz et Félicien David ont imprimée à la symphonie ! Toutes les richesses poétiques du monde sont de son domaine et, quoique l'on assigne à ce genre des limites très bornées en prétendant que la musique dite imitative n'a que peu de ressources, voyez avec quelle ardeur les imitateurs de David s'empressent de se faire une place au soleil : Josse avec son Ermite, Lacombe avec Manfred , M. Cohen qui bégaie un Faust après Berlioz , et Douay que les Escudier entreprennent à tort et à travers et qu'ils veulent opposer à l'auteur de Christophe Colomb . » (Carnets d’un ténor, 6 avril 1847).

Cette Ode-Symphonie de 1847 brille surtout par sa riche orchestration et l’efficacité de ses pages chorales dont le raffinement et le côté novateur s’opposent au manque d’originalité et de force dramatique des airs dévolus aux trois solistes.
Pour le disque, Karen Vourc’h dont on avait déploré une usure vocale prématurée après l’avoir entendue dans ce rôle au festival Berlioz, est bien avantageusement remplacée par Chantal Santon-Jeffery, voix plus idoine et plus assurée, et on retrouve avec grand plaisir l’excellent Julien Behr et l’autorité vocale du baryton Joseph Wagner dont la diction française manquait de clarté in vivo mais qui est plus intelligible ici.

François-Xavier Roth sert cette musique de main de maître tandis que les chœurs de la Radio flamande d'une remarquable probité contribuent largement au bonheur artistique que procure cet enregistrement. Denis Podalydès a cédé la partie de récitant à Jean-Marie Winling récitant à la voix plus gave et tout aussi charismatique.

Signalons que le matériel d'orchestre, très profus, de cette partition a été mis au clair par une classe de lycéens bavarois dont certains avaient fait le voyage à La Côte Saint-André sous la houlette de leur professeur, Gunther Braam et que le Palazetto a aussi édité les partitions de la Perle du Brésil (dont on entend sur le CD 2 l’ouverture dirigée avec brio par Hervé Niquet) et du Jugement dernier proposé ici en première mondiale discographique.


Le troisième CD de ce superbe livre-coffret contient sept mélodies interprétées avec une musicalité, un sens des mots et du style irréprochables par Cyrille Dubois qui s’y montre admirable de diction claire et de fines nuances, expert dans l’art de varier les dynamiques et d’instaurer des climats poétiques. Les poèmes sont reproduits en bilingue (avec une traduction anglaise) mais on aurait aimé plus de précisions sur ces chansons, romances et airs d’opéra-comique déguisés, notamment leur datation. La plus connue est sans nul doute Le Rhin allemand sur des vers de Musset répliquant aux provocations de son confrère d’outre-Rhin Becker avec une ironie dédaigneuse. Elle a été orchestrée en 1923 par Henri Busser et enregistrée par deux barytons illustres, Jean Noté et Camille Mauranne. On peut en effet préférer une voix plus sombre que celle de Cyrille Dubois pour cette pièce d’allure franche et cavalière mais il sait en traduite parfaitement le double sens, le souvenir des morts hantant le propos faussement badin et bachique à la gloire du vin blanc avec un suraigu conclusif éclatant.
On est surtout frappé par un petit chef d’œuvre, Le Jour des morts (1837), sur le poème de Lamartine, d’une ampleur exceptionnelle (9’42), écrit initialement pour une voix de basse, avec cette superbe introduction au piano, sombre et élégiaque, sur une pédale répétée de fa dièse et ce chant qui débute dans le ton de la dominante majeure pour mieux faire ressortir le contraste avec la chute en mineur.
Le Cri de Charité (1853) est une mélodie beaucoup plus tardive, toujours pour voix de basse a priori, à mettre en regard avec la veine religieuse de Gounod, est une prière fervente où C. Dubois se montre aussi au sommet.

On découvre également Six motets avec François Saint-Yves à l’orgue et surtout Le Jugement dernier porté à haute intensité par le toujours excellent Chœur de la Radio Flamande sous la baguette inspirée d’Hervé Niquet qui en réalise ici le premier enregistrement mondial.

Un jalon majeur dans la redécouverte d’un musicien de premier plan qui sort enfin de son purgatoire ; en majesté !

Jérôme Pesqué
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DieFeen
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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par DieFeen » 07 août 2017, 10:22

Merci Jérôme pour ce compte-rendu : tu vois où tu me mènes ? A la faillite ^^
Progressivement, Dubois s'impose dans ce genre de répertoire.
Il y eut aussi l'exhumation de Le désert sur un double CD, avec récitant ou sans et que je recommande vivement.

houppelande
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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par houppelande » 08 août 2017, 09:16

Merci pour ce compte rendu.
Voilà un coffret que je ne manquerai pas d'acheter, comme d'ailleurs presque tous ceux de PBZ qui sont pile-poil ma tasse de thé.
Félicien David, je suis tombé dedans depuis fort longtemps. La première fois, c'était il y a des décennies, lors de la diffusion en direct sur France-Musique de l'ode symphonique Le Désert, une révélation immédiate. J'ai dû attendre longtemps avant d'en trouver un enregistrement au disque. La deuxième fois est survenue quand j'avais acheté vers 1993 le premier enregistrement des trios avec piano n°2 et 3, dans la collection Patrimoine de Naxos. Le thème du premier mouvement du trio n°3, en particulier, m'a hanté des années, et je l'avais choisi comme musique de chevet. La personnalité de David est attirante aussi, et j'étais très heureux de découvrir des partitions pour piano, extraites des Brises d'Orient, souvenir de son séjour saint-simonien en Égypte ; là, en revanche, le courant n'est pas passé, probablement parce que je n'ai pas su interpréter correctement ces mélodies pour piano. J'avais aussi vu, sans les jouer, de multiples fantaisies sur des airs de la Perle du Brésil.
Plus récemment, Lalla-Roukh et Herculanum ont achevé de me convaincre de la qualité du compositeur et surtout du fait que sa musique me parle vraiment.
Je me réjouis donc de pouvoir découvrir d'autres pans musicaux de cet auteur trop rare en concert.

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JdeB
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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par JdeB » 20 août 2017, 09:37

DieFeen a écrit :
07 août 2017, 10:22
Merci Jérôme pour ce compte-rendu : tu vois où tu me mènes ? A la faillite ^^
Progressivement, Dubois s'impose dans ce genre de répertoire.
Il y eut aussi l'exhumation de Le désert sur un double CD, avec récitant ou sans et que je recommande vivement.
oui, Dubois s'impose haut la main !
il a une double actualité discographique puisqu'il est dans le Pygmalion de Rameau dir Rousset qui sort début septembre.

Je dois faire une interview avec C. Dubois en septembre
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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par Macbetto » 22 août 2017, 02:33

Je suis très intéressé de ce qui va se dire d'autre sur F.David parce que hein, soyons franc,...Herculanum, ça m'est tombé des mains :|

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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par jerome » 22 août 2017, 11:01

Macbetto a écrit :
22 août 2017, 02:33
parce que hein, soyons franc,...Herculanum, ça m'est tombé des mains :|
comment ça ?

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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par Macbetto » 22 août 2017, 18:32

jerome a écrit :
22 août 2017, 11:01
Macbetto a écrit :
22 août 2017, 02:33
parce que hein, soyons franc,...Herculanum, ça m'est tombé des mains :|
comment ça ?
Sincèrement, dans mon souvenir, un lourd pensum pour mon goût: oeuvre en général, inventivité mélodique plutôt pauvre, livret, quantité de récitatifs, choeurs un peu envahissants. Bref, ce n'est pas du tout ma "came" comme on dit familièrement. Gros, gros ennui, quoi ! Revendu aussi sec.

Mais je ne m'avoue pas vaincu :wink:

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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par jerome » 23 août 2017, 01:10

Ah merde! C'est con ça! Moi j'ai adoré!

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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par Polyeucte » 29 août 2017, 17:16

jerome a écrit :
23 août 2017, 01:10
Ah merde! C'est con ça! Moi j'ai adoré!
Ah oui moi aussi... un peu pompier peut-être par moments, mais c'est le peplum. Et puis par contre des moments vraiment magiques ou dantesques! Le duo entre Courjal et Gens... :Jumpy: :Jumpy:

Et là je suis sur le portrait et c'est vraiment intéressant. Le Jugement Dernier par exemple est impressionnant!
http://erikcarnets.fr/
"Périsse mon œuvre, périsse mon Faust, mais que Polyeucte soit repris et vive " Charles GOUNOD

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Re: Félicien David (1810-1876). 3 CD PBZ (08/2017)

Message par Macbetto » 29 août 2017, 22:40

Polyeucte a écrit :
29 août 2017, 17:16
jerome a écrit :
23 août 2017, 01:10
Ah merde! C'est con ça! Moi j'ai adoré!
Ah oui moi aussi... un peu pompier peut-être par moments, mais c'est le peplum. Et puis par contre des moments vraiment magiques ou dantesques! Le duo entre Courjal et Gens... :Jumpy: :Jumpy:

Je ne nie pas l'existence de quelques belles pages ( pas de quoi grimper aux rideaux non plus) mais il y a de ces tunnels et des passages affreusement linéaires. C'est de mon point de vue le genre de chose auquel on ne revient pas souvent, voire jamais une fois la curiosité et l'excitation de la nouveauté passées. C'est pour moi un critère relativement important sinon essentiel :wink:
De toutes façons, de manière plus générale, je commence de plus en plus à douter qu'il y ait encore des chefs-d'oeuvre quasi inconnus qui nous auraient échappé, qui nous attendraient sagement et qui méritent réhabilitation, c'est plutôt du domaine de la légende sympathique et c'est fait pour les optimistes.
Mais je suis tout à fait disposé à reconnaitre cependant que c'est quand même plus sexy qu'une énième Aida avec un robinet d'eau tiède ou un Lohengrin avec la même fourniture de plomberie. :|

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