Saint-Saëns - Mélodies avec orch. - Beuron/Christoyannis/Poschner (CD Alpha, 2017)

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EdeB
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Saint-Saëns - Mélodies avec orch. - Beuron/Christoyannis/Poschner (CD Alpha, 2017)

Message par EdeB » 08 mars 2017, 17:12

Camille Saint-Saëns – Mélodies avec orchestre

Angélus *
L’Attente *
Rêverie *
La Brise (Mélodies persanes op. 26)
Extase
La Feuille de peuplier *
L’Enlèvement *
Les Fées
Souvenances *
Désir d’amour
Les Cloches de la mer
La Splendeur vide (Mélodies persanes op. 26)
Le Pas d’armes du Roi Jean
La Cloche *
Papillons *
Plainte *
Aimons-nous *
Au Cimetière (Mélodies persanes op. 26)
Danse macabre, op. 40

Yann Beuron – ténor*
Tassis Christoyannis – baryton

Orchestra della Svizzera Italiana
Markus Poschner – direction musicale

CD Alpha, 2017



Si de Saint Saëns, on retient plus communément l’œuvre orchestrale ou opératique, ses mélodies avec orchestre participent néanmoins d’une préoccupation constante du compositeur, qui fustigeait en effet, en 1876, le recours au concert « des airs d’opéra qui y font souvent piteuse figure. » Comme le note Sébastien Troester dans l’excellente notice de présentation de ce disque, « l’évolution du genre de la mélodie tient autant de la question artistique que politique, voire nationaliste » face à la vogue de l’opéra et du théâtre et de la musique allemande. Mais pas uniquement. Il s’agit aussi de façonner ce qui sera un Ars Gallica, et de poser les jalons des plus reconnus Fauré, Duparc, Debussy, Ravel, Chausson, dans un art devenu désormais la quintessence du génie français.

La mélodie avec piano, puis avec orchestre accompagne Saint-Saëns tout du long de sa vie. Le texte a ici prédominance, puisque Saint-Saëns « monte le vers sur la mélodie "comme un joailler monte sa gemme" », mais son classicisme empreint de clarté ne marque jamais le pas au sein d’atmosphères et de couleurs où s’épanouissent sa fine ironie, son amour d’un merveilleux souvent baroque et d’un exotisme entêtant. De L’Enlèvement (sur un poème de Victor Hugo), composée à treize ans en 1851, à Aimons-nous datant de 1919, ce sont dix-neuf de ses vingt-cinq mélodies avec orchestre, qui sont réunies là, sous l’égide du Palazzetto Bru Zane, qui a édité ces partitions et permis cette première mondiale.

Malgré un orchestre parfois pesant et souvent peu idiomatique dans ces partitions – on se prend à rêver au suc qu’en auraient extrait un Michel Plasson, un Jacques Mercier ou un Bertrand de Billy –, on reste émerveillé par la concision et la justesse des atmosphères engendrées en un tournemain par un Saint-Saëns merveilleux miniaturiste, qui s’aventure tout autant dans la peinture de genre que vers le style troubadour, avec malice, gourmandise et sensualité, magnifiant des textes où Victor Hugo côtoie Armand Renaud, Renée de Léché ou Théodore de Banville.

Il est admirablement servi par l’un des plus grands interprètes du genre, Yann Beuron, dont on redisait ici-même il y a peu l’admiration qu’on avait pour l’art avec lequel il avait ciselé certaines de ces mêmes mélodies, accompagné au piano cette fois-ci par Antoine Palloc, en septembre 2016 à Elephant Paname (compte-rendu sur ODB-opera : www.odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=17893&p=293345) dernier. Angelus vibrant et recueilli ; Rêverie élégiaque et frémissante ; Feuille de peuplier agitée par mille brises, enfiévré ; Souvenances délicates et pudiques ; Cloche sommeillant dans un clair-obscur lunaire ; Papillons où la voix s’ébat avec d’évanescentes nuances en un geste altier ; Aimons-nous, dernier défi sensuel à l’entropie dévoreuse d’idéal ; on hésite à accorder sa préférence à l’une de ces miniatures redécouvertes. Une diction admirable de fluidité et de naturel s’allie à un timbre dont les couleurs réfléchissent celles de l’orchestre et ravivent sa splendeur, en une empathie qui laisse accroire que c’est pour vous seul qu’est murmuré ce secret.

Quant à Tassis Christoyannis, s’il ne démérite pas, avouons qu’il peine à culminer sur les mêmes sommets. Grossissant parfois le trait en des effets de manche quelques peu opératiques (une danse macabre à la goguenardise trop appuyée ou des cloches de la mer quelques peu brouillonnes), son chant manque encore de ce presque-rien qui est tout, de ce naturel preste et chantourné qui fait le sel du chant de son compère ; et sa recherche d’effets dont l’expressivité est parfois plaquée fait regretter le geste ample et impérieux dont sait se parer aujourd’hui un Stéphane Degout, hier, un Charles Panzéra.

Dans la même lettre à la compositrice Marie Jaël, le compositeur affirmait que « le lied avec orchestre est une nécessité sociale ». Ce disque, malgré ses quelques imperfections, est une nécessité musicale : pour l’enivrement suscité par Saint-Saëns, en premier lieu ; pour l’art ensorcelant de Yann Beuron, enfin.

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Re: Saint-Saëns - Mélodies avec orch. - Beuron/Christoyannis/Poschner (CD Alpha, 2017)

Message par JdeB » 08 mars 2017, 17:54

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