Marianne Crebassa - Oh Boy!

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Asvo
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Marianne Crebassa - Oh Boy!

Message par Asvo » 01 nov. 2016, 17:58

Oh, boy !

1 Gluck / Arr Berlioz: Orphée et Eurydice, Wq. 41, Act 1: "Amour, viens rendre à mon âme" (Orphée)
2 Mozart: Lucio Silla, K. 135, Act 3: "Pupille amate" (Cecilio)
3 Meyerbeer: Les Huguenots, Act 1: "Nobles seigneurs, salut!" (Urbain)
4 Offenbach: Les Contes d'Hoffmann, Act 4: "Vois sous l'archet frémissant" (Nicklausse)
5 Mozart: Lucio Silla, K. 135, Act 1: "Dunque sperar poss'io... Il tenero momento" (Cecilio)
6 Mozart: Le nozze di Figaro, K. 492, Act 2: "Voi che sapete" (Cherubino)
7 Thomas: Psyché, Act 2: "Non, ne la suivons pas... Sommeil, ami des dieux" (Eros)
8 Gounod: Roméo et Juliette, CG 9, Act 3: "Depuis hier... Que fais-tu, blanche tourterelle" (Stéphano)
9 Massenet: Cendrillon, Act 2: "Allez, laissez-moi seul... Coeur sans amour, printemps sans roses" (Le Prince Charmant)
10 Offenbach: Fantasio, Act 1: "Voyez dans la nuit brune" (Fantasio)
11 Gounod: Faust, Act 4: "Versez vos chagrins dans mon âme" (Siébel)
12 Mozart: La finta giardiniera, K. 196, Act 3: "Va' pure ad altri in braccio" (Ramiro)
13 Chabrier: L'Étoile, Act 1: "Ô petite étoile" (Lazuli)
14 Mozart: Le nozze di Figaro, K. 492, Act 1: "Non so più" (Cherubino)
15 Hahn: Mozart, Act 3: "Un jour de plus... Alors, adieu donc, mon amour! " (Mozart)
16 Mozart: La clemenza di Tito, K. 621, Act 1: "Parto, ma tu ben mio" (Sesto)



Marianne Crebassa, Mezzo-Soprano
Mozarteum Orchestra Salzburg
Marc Minkowski

1CD Erato



L'intelligence du chant

Un peu dans le même état d'esprit que Joyce DiDonato lorsqu'elle fit son Diva-Divo (où la chanteuse texane faisait se confronter des personnages masculins et féminins de la même histoire -- comme la Cendrillon de Rossini et le Prince de Cendrillon de Massenet), Mariane Crebassa a décidé de centrer son album sur les rôles d'hommes chantés par des femmes. Trouver de tels rôles est chose aisée et ne relève pas de l'exploit musicologique, mais on peut reconnaître que sortir comme premier album donne d'emblée une signature vocale à la jeune chanteuse.

Il faut le dire tout de suite, cet album est un vrai plaisir à écouter ! Les réserves que j'émettrai par la suite ne sont pas grand chose par rapport au plaisir procuré.

Le récital commence par "Amour, viens rendre à mon âme" d'Orphée et Eurydice qui annonce tout ce qu'il y a à retenir de l'album de Marianne Crebassa : le répertoire classique lui sied à ravir, la voix très agile avec de belles vocalises, pas effrayée par l'aigu, et surtout il y a cette "intelligence du chant". C'est sûrement cliché que de parler d' "intelligence du chant" pour une chanteuse qui a d'abord fait des études de musicologie, et cette expression est fourre-tout, mais elle résume assez bien ce que je ressens : un timbre qui ne me fait pas me pâmer, mais une manière de mettre en mouvement ses phrases musicales, de ne pas s'arrêter au côté purement plastique des vocalises mais au contraire de prendre en compte leur impact dramatique, une impression que les notes ne sont jamais posées au hasard, bref, l' "intelligence du chant".

Au fil de l'album donc, ces impressions se confirment : le répertoire classique est ce qui lui va le mieux, qu'il s'agisse des airs de Lucio Silla, des Nozze di Figaro, de La Finta Giardinera, mais surtout de son merveilleux Sesto de La Clemeza di Tito (avec un "Parto" comme ça, si elle chante le rôle intégralement en tenant cette excellence sur tout l'opéra, on atteint des sommets von otteriens) ! La dynamique et la fraîcheur de la voix ajoutent à l'adéquation avec ce répertoire.

On ne crachera pas non plus sur son traitement du répertoire français (très bel air de Fantasio notamment, touchant "Coeur sans amour", charmant "Nobles seigneurs", jouissif "Que fais-tu, blanche tourterelle" au bel aigu final), même si on a moins de fusion totale entre la voix et l'écriture musicale (l'air des Contes pourrait être plus incarné). Mais c'est toujours agréable d'avoir des airs pas si souvent enregistrés (Psyché de Thomas, L'étoile de Chabrier, Mozart de Hahn...)

(d'ailleurs, l'air de Mozart de Reynaldo Hahn m'a passablement ennuyé, heureusement que Sesto vient bousculer tout ça ensuite!)

Marc Minkowski dirige le Mozarteum Orchestra avec un plaisir communicatif qui fera pardonner les excès dans le répertoire classique et qui possède l'emphase nécessaire à accompagner les élans romantiques des airs français du XIXe. Tout est fait pour Marianne Crebassa et ça se sent, donc on y trouve complètement son compte.

Bref, un excellent récital, qui me fait comprendre l'enthousiasme général autour de cette chanteuse que je n'avais encore jamais vue ou entendue.

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aurele
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Re: Marianne Crebassa - Oh Boy!

Message par aurele » 01 nov. 2016, 18:10

Merci pour ce compte-rendu. J'ai écouté en streaming ce récital, plusieurs fois certaines plages. Je trouve que Crebassa dont j'avais entendu parler mais que je n'avais jamais vraiment entendue, sauf dans un des airs de Cecilio issu d'une captation live sous la direction de Minkowski, fait de gros efforts en terme de diction dans les airs français, ce qui semblait être le plus critiqué. L'air de Psyché est une belle découverte effectivement. On sent l'entente entre ce chef et la chanteuse, la complicité effectivement. Les airs de Mozart comme tu le soulignes lui conviennent particulièrement. C'est actuellement le cœur de son répertoire. Je suis plus mitigé sur l'air de Nicklausse, à cause de certains aigus pas très beaux et d'une interprétation pas très incarnée. Dans un autre topic, quelqu'un la comparait à Von Stade. Sa voix est beaucoup plus sombre que celle de la mezzo-soprano américaine, elle a un registre grave déjà bien développé. Le timbre est intéressant mais un peu impersonnel cependant, contrairement à celui de Von Stade. C'est une chanteuse très intelligente dans son approche musicale, comme tu le dis.

C'est un disque très réussi et vu le début de sa carrière européenne voire internationale (elle a chanté aux Etats-Unis si je ne me trompe pas), on ne peut que lui souhaiter le meilleur.

J'espère que son partenariat avec Warner sera fructueux. Elle interprètera le tout petit rôle d'Ascagne dans Les Troyens donnés en version de concert à Strasbourg sous la direction de John Nelson en avril 2017. Ce sera capté pour Warner Classics justement.

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philopera
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Re: Marianne Crebassa - Oh Boy!

Message par philopera » 02 nov. 2016, 17:30

aurele a écrit : . Dans un autre topic, quelqu'un la comparait à Von Stade. Sa voix est beaucoup plus sombre que celle de la mezzo-soprano américaine, elle a un registre grave déjà bien développé. Le timbre est intéressant mais un peu impersonnel cependant, contrairement à celui de Von Stade. .
C'est moi qui ai osé la comparaison mais tu as raison de dire que Marianne Crebassa a un registre grave bien plus développé. C'est dans l'aigu que je trouve une certaine ressemblance.

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Re: Marianne Crebassa - Oh Boy!

Message par HELENE ADAM » 10 nov. 2016, 11:01

D'accord globalement sur la qualité de ce très beau CD très soigné où Marianne Crebassa démontre l'étendue de son talent.
J'aurais une réserve cependant, qui caractérise à mes yeux pas mal de nos jeunes chanteurs Français actuels : c'est "trop" bien.
Il faut se lâcher un peu plus, faire sentir davantage les fêlures des personnages incarnés, c'est ce petit "plus" qui manque à beaucoup de nos artistes qui sont généralement complimentés sans soulever pour autant d'enthousiasme délirant.
J''avais remarqué Marianne Crebassa à cause de son timbre superbe et de sa belle allure générale sur scène, dans un rôle ingrat et qu'on "voit" peu, celui de Kate Pinkerton dans Madame Butterfly, mise en scène de Wilson, il y a trois ans à Bastille puis quelques mois plus tard, dans le Roméo et Juliette de Berlioz au TCE où elle dominait ses partenaires.
Regarde spectateur, remontée à bloc, de telle sorte que le ressort se déroule avec lenteur tout le long d’une vie humaine, une des plus parfaites machines construites par les dieux infernaux pour l’anéantissement mathématique d’un mortel.

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Re: Marianne Crebassa - Oh Boy!

Message par raph13 » 10 nov. 2016, 11:57

Très bel album même si trop "parfait" par moment et manquant de vie.
Le meilleur pour moi se situe dans Mozart ; je trouve sa diction encore un peu trop brouillonne dans l'opéra français.
J'attends avec impatience son concert à Gaveau le 21/11 !
« L’opéra est comme l’amour : on s’y ennuie mais on y retourne » (Flaubert)

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