Franco Fagioli - CD Rossini - DGG

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Stefano P
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Re: Franco Fagioli - CD Rossini - DGG

Message par Stefano P » 22 nov. 2016, 23:07

PlacidoCarrerotti a écrit :Quel que soit le sujet, ils n'ont pas nécessairement tort (par exemple, à propos de Florez "Lindoro di Nangis") : le problème, c'est qu'à force de vivre dans un passé fantasmé (où Moreschi aurait eu une belle voix rossinienne !), ils n'éprouvent plus aucun plaisir à ce que la réalité du présent peut leur offrir. Ils sont condamnés à la souffrance, a minima à la déception, à chaque représentation ! Masochisme du spectacle vivant, compensé par la satisfaction perverse d'un entre-soi "de connaisseurs" ...
(bon, on avait dit qu'il fallait éviter la psychologie de bazar).

Et les mêmes auront toutes les indulgences pour la pauvre Devia à chacune de ses apparitions ...
Globalement, tu as raison, mais sur ce point précis, je trouve qu'ils sont plutôt pertinents, même si bien sûr tout cela se discute !
(Et quant à "la pauvre Devia", nous avons tous nos faiblesses en la matière, si j'en juge par l’enthousiasme (certes parfois tempéré par l'ironie) déployé récemment ici pour saluer les derniers exploits wagnériens de Gruberova...) :wink:
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Franz Muzzano
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Re: Franco Fagioli - CD Rossini - DGG

Message par Franz Muzzano » 23 nov. 2016, 00:58

Stefano P a écrit :
Arbace a écrit :Ben non ! Pas tant que ça où il faut que je révise sérieusement mon italien :wink:
Ma foi, si l'on considère la conclusion, ça n'a quand même rien d'un panégyrique :

"E allora come giudicare questo prodotto ? Con un non giudizio : Fagioli che canta Rossini è come Vasco Rossi che canta Mozart ! Quello che si sente – aldilà dei giudizi sull’interprete – è carente e mostra tutte le difficoltà di una scrittura pensata per un’altra voce e un altro sesso (...) Un prodotto inutile dunque, talvolta grottesco. Ma temo che presto dovremo fare i conti anche in teatro con operazioni del genere, legittimate – purtroppo – dall’apprezzamento del pubblico. La fantafilologia al potere, con buona pace di Rossini e degli sforzi fatti nell’ultimo secolo per riscoprirne integralmente il lavoro."

"Alors, comment juger ce disque ? Avec un non jugement : Fagioli qui chante Rossini, c'est comme si Vasco Rossi (= le Johnny Hallyday italien) chantait Mozart. Ce que l'on entend ici - au delà des appréciations que l'on peut porter sur l'interprète - est absurde et en parfaite contradiction avec une écriture conçue pour une autre voix et pour un autre sexe (...) Un disque inutile donc, et parfois même grotesque. Mais je crains que l'on doive bientôt voir se multiplier sur les scènes des opérations de ce genre, hélas légitimées par le succès public. L'imposture philologique triomphante, en dépit de Rossini et des nombreux efforts faits dans le dernier siècle pour la redécouverte de l'intégralité de son œuvre."
Cette expérience n'est en rien "légitimée par le succès public", mais simplement valide parce que Fagioli s'approprie ces airs avec le style et la voix qui peuvent leur convenir. Je n'y vois aucune trahison et en effet, ces paléontologues me paraissent bien poussiéreux. À titre de comparaison, la Norma de Bartoli me paraît bien plus douteuse, et son succès public ne la rend pas "légitime".
En revanche, ce qui me gêne plus (en dehors de l'orchestre), c'est l'uniformité de l'interprétation. Je n'entends pas de caractérisation différente entre un empereur germanique et un amoureux transi. On a presque le sentiment que tous les airs appartiennent à une seule et même oeuvre. Mais il est possible que l'accompagnement y soit pour beaucoup :|
Nous n'avons pas besoin d'artistes, nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes...

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jerome
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Re: Franco Fagioli - CD Rossini - DGG

Message par jerome » 23 nov. 2016, 01:35

Franz Muzzano a écrit :À titre de comparaison, la Norma de Bartoli me paraît bien plus douteuse, et son succès public ne la rend pas "légitime".
et c'est rien de le dire! :wink: Suis entièrement d'accord.

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Re: Franco Fagioli - CD Rossini - DGG

Message par Stefano P » 23 nov. 2016, 08:19

Franz Muzzano a écrit :Cette expérience n'est en rien "légitimée par le succès public", mais simplement valide parce que Fagioli s'approprie ces airs avec le style et la voix qui peuvent leur convenir. Je n'y vois aucune trahison et en effet, ces paléontologues me paraissent bien poussiéreux. À titre de comparaison, la Norma de Bartoli me paraît bien plus douteuse, et son succès public ne la rend pas "légitime".
En revanche, ce qui me gêne plus (en dehors de l'orchestre), c'est l'uniformité de l'interprétation. Je n'entends pas de caractérisation différente entre un empereur germanique et un amoureux transi. On a presque le sentiment que tous les airs appartiennent à une seule et même oeuvre. Mais il est possible que l'accompagnement y soit pour beaucoup :|
Mais justement, tu mets ici le doigt sur le problème essentiel : ce manque de caractérisation et cette uniformité dans l'interprétation que tu signales justement (et qui est à la base de l'impression de monotonie et pour tout dire d'ennui profond qui finit par s'installer progressivement à l'écoute du disque) ne viennent-ils pas du fait qu'une voix de contre-ténor (même brillant comme Fagioli et techniquement très fort) n'aura jamais la puissance corsée, le velouté et la ductilité d'une voix de contralto pour laquelle ces rôles ont été écrits ?

En l'occurrence, la régression et la paléontologie ne sont pas du côté que l'on croit : c'est lorsque l'on échafaude l'hypothèse d'un Rossini fasciné par la voix de castrat et pour qui le contralto n'était qu'un pis-aller, aujourd'hui corrigé par l'ascension des contre-ténors qui peuvent enfin se réapproprier ce répertoire dans lequel ils sont forcément légitimes puisque, dans l'intention rossinienne, il avait été pensé pour eux (on remarquera que dans la foulée et de façon nettement abusive, on considère qu'ils sont forcément les plus proches de cette voix idéale de castrat) ; le choix d'un accompagnement baroquisant complète d'ailleurs le côté justement paléotonlogique de l'entreprise, et tu dis toi-même que tu es gêné par l'orchestre : en fait, de tous les côtés, on est dans le contresens stylistique absolu, ce qui n'empêche nullement d'ailleurs le plaisir que certains peuvent prendre à l'entreprise, comme à celle de Bartoli sur Norma, finalement appuyée sur des présupposés philologiques guère mieux assurés.
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