Discographie de Salomé de Strauss

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aurele
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Discographie de Salomé de Strauss

Message par aurele » 02 janv. 2016, 17:00

J'adore cet opéra dont je possède six enregistrements en CDs et DVDs. Il n'existe qu'un topic pour parler de cet opéra dans sa version française dans cette partie consacrée aux CDs et aux vinyles. Si on s'arrête aux versions en CDs, je possède ces versions. Je donne les noms des interprètes pour les cinq rôles principaux.
- Leinsdorf 1968 avec Caballé, Milnes, R. Lewis, Resnik, King
- Böhm 1970 avec Jones, Fischer-Dieskau, Cassilly, Dunn et Ochman
- Kempe 1974 à Orange avec Rysanek, Stewart, Vickers, Hesse et Laubenthal
- Mehta 1990 avec Marton, Weikl, Zednik, Fassbaender et K. Lewis

J'ai découvert cet opéra avec la version de studio de Karajan qui est une des meilleures versions de la discographie, surtout grâce au chef, Behrens, Van Dam et Baltsa selon moi. Je ne veux pas parler ici des deux versions DVDs que j'ai, pourtant dans l'une d'elle, il y a ma Salome préférée : Stratas.

Je n'ai pas encore entendu en entier les versions Leinsdorf et Böhm 1970 et je n'ai en CD qu'avec moi là où je suis actuellement celle de Leinsdorf. Je connais de larges extraits de Böhm 1970 surtout et ce n'est pas ma version préférée même sans l'avoir entendu en entier, bien que je sois un admirateur de Jones et Fischer-Dieskau. Je connais notamment la scène 3 en entier et toute la fin avec Salome. Je connais une bonne partie de la version de Sinopoli avec Studer mais je préfère l'entendre en entier pour donner mon avis.

La version de Kempe est extraordinaire pour le chef, l'ambiance qui se dégage de ce live, pour Rysanek et Vickers dans sa seule incursion me semble-t-il dans ce rôle, le meilleur Herodes que j'ai entendu ce jour avec Zednik.

J'ai fait l'acquisition tout récemment la version Mehta et je l'ai écoutée très récemment, il y a quelques jours. Voici ce que j'en ai écrit sur un autre forum.

Le Philarmonique de Berlin est évidemment somptueux mais Mehta a une direction qui ne m'a pas passionné, j'ai trouvé qu'il lui manque une vision de cette œuvre, c'est bien dirigé mais il ne fait quasiment que sonner magnifiquement l'orchestre.

Eva Marton mérite mieux que la réputation qui lui est faite en Salome. La voix très épaisse est plus celle d'une Elektra que d'une Salome, elle gueule par moments, le vibrato est très présent comme toujours chez cette soprano mais il y a une attention incontestable aux mots, elle essaye de discipliner sa voix dans les passages plus doux et lyriques, elle incarne ce rôle avec intensité. Par ailleurs, je suis comme toujours très sensible à son timbre. Néanmoins, on peut ne pas aimer sa conception du personnage. Elle incarne une Salome méchante, hystérique, machiavélique plutôt qu'une jeune fille complètement folle. Elle ne gâche pas l'enregistrement du tout. A ma connaissance, elle a assez peu chanté ce rôle, contrairement à Elektra. Elle ne peut se reposer que sur son métier selon moi car Mehta la laisse en roue libre, comme tous les autres chanteurs de cette version. Malheureusement, le live de 1989 du Met n'est plus disponible sur voldemort.

Bernd Weikl est beaucoup plus intéressant en Jochanaan en 1974 avec Böhm (film de Friedrich), le timbre est infiniment plus séduisant et sa confrontation avec Stratas notamment est beaucoup plus intéressante que celle avec Marton. Là, je n'ai pas ressenti le personnage. Vocalement, il assure plutôt bien mais sur le plan de l'incarnation, c'est zéro.

Heinz Zednik compose un Herodes formidable grâce à sa voix en très bon état et à son intelligence dramatique. Son Herodes est cauteleux comme il faut et en même temps séducteur.

Brigitte Fassbaender est une Herodias vipérine absolument magistrale. Son timbre si particulier convient très bien à ce personnage selon moi. C'est un rôle qui a été très bien servi par diverses chanteuses, qu'elles soient mezzos ou vieilles sopranos. Fassbaender est peut-être celle que je préfère à ce jour. Il me reste à entendre notamment Mödl, Höngen, Resnik et une réécoute de Baltsa serait intéressante.

Keith Lewis est un Narraboth de bonne tenue mais Ochman est bien entendu le meilleur que j'ai entendu à ce jour.

Les seconds rôles sont efficaces mais pas luxueux.

Un enregistrement à connaître surtout pour le couple Herodes - Herodias mais aussi intéressant car il nous propose la Salome de Marton officiellement dans ce rôle. C'est à réserver aux admirateurs de cette chanteuse.

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par aurele » 20 janv. 2016, 14:05

Ce topic n'intéresse pas grand monde, c'est dommage. Où sont les amoureux de la musique de Strauss ?

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par aroldo » 19 août 2017, 07:56

Mais oui où sont "les amoureux de la musique de Strauss ?" Et d'ailleurs, aussi, "où sont les neiges d'antan" ?

Écoute hier de la version dont parle justement Aurèle, puis, à titre de comparaisons d'extraits de la version Leinsdorf et enfin de la scène finale enregistrée par Marton en 85. Et bien, je suis d'accord sur tous les plans avec lui (direction, Zednik qui est comme il le dit, étonnamment gracieux et séducteur etc.), y compris avec ce qu'il dit de Marton, que moi aussi j'aime beaucoup : "La voix très épaisse est plus celle d'une Elektra que d'une Salome, elle gueule par moments, le vibrato est très présent comme toujours chez cette soprano mais il y a une attention incontestable aux mots, elle essaye de discipliner sa voix dans les passages plus doux et lyriques, elle incarne ce rôle avec intensité. Par ailleurs, je suis comme toujours très sensible à son timbre. Néanmoins, on peut ne pas aimer sa conception du personnage. Elle incarne une Salome méchante, hystérique, machiavélique plutôt qu'une jeune fille complètement folle." Pas mieux. Quand elle réclame la tête, on a l'impression qu'elle va descendre elle-même se charger du travail. Sur le pur plan de l'ivresse sonore, la version 85 de la scène finale est préférable : outre la maitrise complète de la tessiture (le grave est plus fourni), on a vraiment l'impression qu'elle dispose de réserves infinis et la dernière partie envahit l'oreille comme une coulée de lave, bien au dessus de l'orchestre (alors que c'est un concert live). On comprend l'enthousiaste du public.

Caballé est un peu pâlichonne par comparaison (et là, pour le coup, j'aime de moins en moins) : en 68, elle était très jeune et on a le sentiment qu'elle est poussée dans ses retranchements. En revanche, il y a des moments de suspension magiques, comme si la voix s'interrogeait elle-même. C'est très beau. Et déjà les désormais classiques pianissimi soutenus sans faillir. J'attendais encore davantage de beauté et de jeunesse, surtout par comparaison avec Marton tardive. Mais Salomé-Lolita, ça restera Behrens.
l'enlevement de Clarissa a été un des évènements de ma jeunesse.

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par aroldo » 19 août 2017, 08:00

Dans un tout autre registre, je me demande si Norman est aussi ridicule qu'on le lit parfois ...
l'enlevement de Clarissa a été un des évènements de ma jeunesse.

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par Piem67 » 21 août 2017, 14:43

Pour moi, c'est réglé, LA version de Salomé est celle de Karajan point. ^^
Behrens y est vraiment excellente et Van Dam à tomber. Quant à Berlin et Karajan, c'est à se rouler par terre tellement c'est beau...

J'aime aussi beaucoup la version française (réalisée par Strauss lui-même, cf. le passionnant texte d'intro du CD) enregistrée par Nagano. Huffstodt s'y crame la voix mais est impressionnante, Van Dam y est à nouveau souveraine et Jean Dupouy réalise peut-être LA performance de sa carrière, il y est absolument stupéfiant dans Hérode. Et quel bonheur de tout comprendre ! (enfin, presque parce que Huffstodt...).

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par Loïs » 21 août 2017, 15:02

Piem67 a écrit :
21 août 2017, 14:43
Pour moi, c'est réglé, LA version de Salomé est celle de Karajan point. ^^
Behrens y est vraiment excellente et Van Dam à tomber. Quant à Berlin et Karajan, c'est à se rouler par terre tellement c'est beau...

J'aime aussi beaucoup la version française (réalisée par Strauss lui-même, cf. le passionnant texte d'intro du CD) enregistrée par Nagano. Huffstodt s'y crame la voix mais est impressionnante, Van Dam y est à nouveau souveraine et Jean Dupouy réalise peut-être LA performance de sa carrière, il y est absolument stupéfiant dans Hérode. Et quel bonheur de tout comprendre ! (enfin, presque parce que Huffstodt...).
Ce sont aussi les deux que j'écoute (avec Stemme maintenant)

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par Adalbéron » 21 août 2017, 15:41

Stemme dans Salomé ???
Et pourquoi pas Nilsson ? :lol:

Mattila récemment fut une superbe Salomé. Et la version du ROH avec Michael est à retenir pour la direction de Jordan.

Je suis loin de connaître toute la discographie de l'œuvre, mais je préfère indifféremment écouter deux versions : celle de Karajan et celle de Sinopoli, qu'on pourrait toutes les deux rapprocher pour leur direction et leur orchestre superlatifs.

La direction de Karajan me semble être une synthèse admirable entre hédonisme sonore et structure dramatique, servie par une prise de son très moite, qui donne à l'ensemble toute sa charge décadente. Behrens est extraordinaire - c'est peu dire -, vipère grimée en ange aux inflexions d'une sensualité exaspérée, et surtout agile, fragile, ductile, funambulesque. Je ne crois pas qu'on puisse faire mieux, même si Lubitsch fut aussi formidable (mais avec quel entourage malheureusement !...). Van Dam est étonnement assez placide (l'allemand ?), mais la voix est belle, la musicalité (comme toujours) remarquable et cette attitude marmoréenne convient finalement bien à la figure du prophète. Baltsa est à tomber à la renverse, j'en ai des palpitations rien que d'y penser et je désespère toujours que le rôle soit si court. Böhm en Hérode est bon, comme Ochman en Narraboth : rien d'extraordinaire mais ils servent l'ensemble et participent à la réussite de cet enregistrement.

Sinopoli, c'est tout de même quelque chose de très différent : c'est plus fantasque, plus opulent, plus "Jugendstil" aussi, plus doré. Ce qui se passe à l'orchestre est de l'ordre de la pure extase sonore, mais la musique de Strauss n'en perd pas pour autant sa dimension dramatique. Une vraie orgie de couleurs, de formes, de timbres. Studer est miraculeuse, la plus angelique de toutes, celle qui dit le mieux le texte, et elle n'est pas aussi placide que ce qu'on lit partout. Elle est peut-être plus pure, plus chaste que d'autres, mais Salomé est une jeune vierge, et on peut imaginer le personnage autrement que comme une vicieuse accomplie (j'aurais presque envie de dire que c'est toujours comme ça qu'il faudrait l'aborder, mais il y a des choses intéressantes dans d'autres lectures). Elle n'aurait sans doute pas pu l'aborder à la scène, mais c'est pour moi un de ses plus grands rôles et une des meilleures Salomé qui soient. Terfel, quant à lui, est un Jean sauvage, très beau (c'est dur quand même de donner une âme à ce personnage). J'adore le Hérode histrionique de Hiestermann, névrosé jusqu'au bout des doigts. Très bonne Herodias de Rysanek. Le Narraboth est dans mes souvenirs un peu plus faible que le reste de la distribution, mais c'est tout à fait bien.
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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par xavierscriabine » 21 août 2017, 17:50

Adalbéron a écrit :
21 août 2017, 15:41
Studer est miraculeuse, la plus angelique de toutes, celle qui dit le mieux le texte, et elle n'est pas aussi placide que ce qu'on lit partout. Elle est peut-être plus pure, plus chaste que d'autres, mais Salomé est une jeune vierge, et on peut imaginer le personnage autrement que comme une vicieuse accomplie (j'aurais presque envie de dire que c'est toujours comme ça qu'il faudrait l'aborder, mais il y a des choses intéressantes dans d'autres lectures). Elle n'aurait sans doute pas pu l'aborder à la scène
Pourquoi?

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par DelBosco » 21 août 2017, 17:54

J'ai découvert Salomé par une retransmission radio depuis le Gd Théatre de Genève, en 1983, avec Julia Migenes-Johnson, Simon Estes, Robert Tear, Kristina Szostek-Radkova et Gösta Winbergh dirigés par Horst Stein.
Ce fut un choc. Migenes est étonnante, Estes est magistral, et Winbergh un luxe en Narraboth.
Ca doit se trouver en CD "privé" sur des sites Web spécialisés.
Ensuite bien sûr, Karajan et Sinopoli en tête de liste.
J'aime aussi l'enregistrement de Leinsdorf 1968 , avec Caballe et Milnes, tous deux un peu inattendus ici (quoique, c'était vraiment le répertoire de Caballe à l'époque), mais très bons !

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Re: Discographie de Salomé de Strauss

Message par Adalbéron » 21 août 2017, 18:01

Je ne sais pas pourquoi elle ne l'a pas abordé sur scène. Le rôle demande sans aucun doute une grande endurance parce que Salomé chante beaucoup et au-dessus d'un orchestre pléthorique qui ne joue pas toujours piano, mais je n'ai jamais entendu Studer en salle donc je ne sais rien de la projection, ni de la puissance de sa voix. Je ne sais pas si elle aurait pu conserver cette pureté de timbre tout le long d'une représentation et si ça n'aurait pas fatigué sa voix (bon, mais elle a chanté des Wagner "de jeunesse").
Quand je lis que Yoncheva ne veut pas aborder le rôle pour ne pas détruire sa voix et qu'on a attendu que Netrebko soit spinto pour lui proposer, je me dis aussi qu'on fait, comme pour Norma et Lady Macbeth, tout un pataquès autour de certains rôles dans lesquels il serait plus excitant d'oser.
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