La Chauve-Souris de Strauss à Vienne

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La Chauve-Souris de Strauss à Vienne

Message par tuano » 10 déc. 2004, 12:05

Die Fledermaus de J.Strauss fils
production d'Otto Schenk
direction de Theodor Guschlbauer
avec Lucia Popp (Rosalinde), Edita Gruberova (Adele), Brigitte Fassbaender (Prinz Orlofsky), Bernd Weikl (Eisenstein), Walter Berry (Dr. Falke), Joseph Hopferwieser (Alfred), Erich Kunz (Frank)...
Opéra de Vienne, 31 décembre 1980

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J'ai passé la soirée d'hier à regarder les presque trois heures de cette opérette filmée à l'occasion de la Saint-Sylvestre 1980 au Staatsoper de Vienne. Je vous le dis tout de suite : je vous recommande vivement l'achat de cette version, sans doute la plus enthousiasmante et la plus authentique disponible en DVD.
Pourtant, la concurrence est rude. Avec Aïda et Carmen, je crois que la Chauve-Souris est l'oeuvre lyrique qui compte le plus de versions publiées en DVD. Il y a l'épouvantable spectacle salzbourgeois dirigé par Minkowski, la soirée des adieux surprises de Joan Sutherland dirigée par Bonynge, le spectacle très recommandé de Glyndebourne dirigé par Jurowski, celui encore plus recommandé de Munich dirigé par Carlos Kleiber, le nouvel an londonien dirigé par Domingo (qui chante un tout petit peu au dernier acte mais moins que Charles Aznavour au second).

J'attendais ce DVD depuis longtemps mais je ne savais pas qu'il avait été filmé un 31 décembre. Une certaine tradition veut que lorsque cette oeuvre est jouée à cette date, des invités surprises fassent leur apparition au bal du Prince Orlovsky. C'est le cas des DVD de Covent Garden en 1983 (Charles Aznavour, Dr. Evadne Hinge & Dame Hilda Brackett, Merle Park et Wayne Eagling) et en 1990 (Joan Sutherland, Marylin Horne, Luciano Pavarotti).
Ici, rien de tel (l'extrait de l'air de la Reine de la Nuit chanté par Bernd Weikl devant une Lucia Popp effaré ne compte pas !) : pas de Ljuba Welitsch ou de Birgit Nilsson pour danser toute la nuit mais la soirée est déjà longue et le second acte est mené avec maestria dans un délire qui va crescendo. L'apparition d'invités surprises aurait cassé le rythme et la distribution est finalement d'un luxe qui ne fait pas regretter qu'on n'entende personne d'autre.

Le premier acte très vaudevillesque nous replonge dans les années 80, du temps où il y avait du théâtre à la télé (je ne parle pas des spectacles avant-gardistes qu'on voit sur Arte). Il est étonnant de voir comment des chanteurs qu'on connaît bien par le disque, parfois dans des répertoires très exigeants, sont aussi à l'aise que des comédiens.
L'Opéra n'a pas lésiné sur les décors, réalistes et somptueux, très viennois en fait, c'est-à-dire luxueux et ternes à la fois (je pense que ceux qui connaissent Vienne sauront de quoi je parle).

Bernd Weikl est un Eisenstein idéal. Grand, moustachu et sûr de lui, c'est vraiment le gaillard séducteur qui fait tout pour attirer l'attention sur lui. Il cabotine beaucoup mais avec tant de naturel qu'on se dit qu'il doit faire la même chose lorsqu'il est invité à une fête dans la vie réelle.

Lucia Popp n'est pas forcément la plus féminine ou la plus glamour des Rosalinde (elle porte néanmoins très bien son costume du troisième acte) mais comme tout le reste de la distribution, elle est éminemment viennoise. Ses talents de comédienne et son timbre si particulier font merveille. C'est un plaisir de retrouver cette chanteuse à la discographie riche mais à la vidéographie beaucoup moins fournie. Le Czardas ne la met pas tout à fait à l'aise mais sur scène, cet air techniquement redoutable est difficile à défendre de manière impeccable. N'est-ce pas à cause de lui que Gundula Janowitz a déclaré que Rosalinde était plus difficile à chanter que Donna Anna ?

Brigitte Fassbaender est un Orlovsky exceptionnel, très inquiétant dans ses menaces pendant son air puis bouleversant lorsqu'il guérit de sa maladie. Y a-t-il jamais eu de chanteuse aussi virile lorsqu'elle interprète un rôle masculin ? Imperturbable, elle parvient à se donner une allure encore plus macho que Bernd Weikl malgré sa petite taille. Sa voix de contralto allemand est somptueuse.

On a plaisir à voir aussi Erich Kunz, disparu en 1995 et qui avait débuté en Osmin en 1933. Il est connu pour ses enregistrements mono avec Karajan de la Flûte enchantée (Papageno) et des Noces de Figaro (Figaro). Formidable acteur, petit et sympathique, il ne chante pas toujours tout à fait les notes mais c'est acceptable pour un second rôle dans une opérette, surtout que sa partie parlée à l'acte de la prison (Frank est le Directeur de la prison) est importante.

Walter Berry est un Falke efficace mais est légèrement en retrait par rapport aux autres. Katrin Göttling tire son épingle du jeu en Ida, rôle parlé que l'Opéra de Vienne ne considère pas comme négligeable puisque Edita Gruberova elle-même avait incarné le rôle de la danseuse, lors de plusieurs saisons au débuts des années 1970.
C'est pourquoi je pense qu'il doit y avoir une forte identification au rôle d'Adele, la soubrette qui saisit sa chance un soir afin de sortir de sa condition et de devenir actrice. Un critique de l'époque a trouvé Gruberova presque trop luxueuse pour le rôle d'Adela, en la qualifiant de "miracle de la Nature" ("Wunder der Natur"). Pourtant, ses Rosina et Norina de l'époque, ainsi que le fait que l'Opéra lui ait à plusieurs reprise confié le rôle comique et uniquement parlé d'Ida garantissent ses talents comiques. Aujourd'hui, il est assez drôle de voir comme son portrait de reine au dernier acte préfigure ce que sera son Elisabetta dans la même salle, vingt ans plus tard.
Vocalement, Edita Gruberova est sans doute difficilement égalable dans un rôle souvent aigu et virtuose, pas si secondaire que cela (c'est le seul à avoir deux airs). Son jeu naturel et la facilité déconcertante de son chant virtuose font penser au talent de Natalie Dessay, sans la mélancolie de cette dernière. D'un autre côté, aucun suraigu n'est tout à fait pur, ce qui est intéressant quand on songe à la très grande beauté de ses contre-mi, vingt-quatre ans plus tard. Il faut dire que sur scène, tout est forcément moins évident, surtout que le rythme de la mise en scène est extrêmement fluide. Les dialogues et les morceaux chantés alternent ou se superposent avec naturel. Il est d'ailleurs vain de vouloir isoler des airs en regardant ce DVD, leur impact n'est pas le même sans le dialogue qui précède.

Les choristes même sont surprenants d'implication dans leurs personnages. Les gros plans ne trahissent jamais des musiciens qui se plieraient scrupuleusement à des indications scéniques. Le temps de répétition a dû être très élevé pour ce spectacle, contrairement à ce qu'on entend souvent dire à propos de l'Opéra de Vienne. On ne sait jamais qui est chanteur, danseur, comédien figurant tellement tous sont polyvalents. On ne sait jamais non plus si les interprètes sont en représentation ou s'ils sont réellement en train de fêter le réveillon, c'est très troublant.

Le second acte est le plus réussi et m'a beaucoup étonné. Dans cette production très traditionnelle, je ne m'attendais pas à voir une telle folie sur le plateau. Comme je le disais, je ne regrette pas l'absence d'invités surprises car le Donner und Blitz déborde de tant de bonne humeur que les spectateurs sont aux anges. Walter Berry, Bernd Weikl , Katrin Göttling font leurs numéros de danse. Le final génial où, après avoir dansé à la queue leu leu, chacun s'écroule les uns après les autres comme un jeu de dominos provoque l'hilarité du public. On ne sait pas si c'est Rosalinde ou Lucia Popp qui est pliée de rire, tandis que la caméra capte un bout du visage de Brigitte Fassbaender qui se retient de rire (le Prince Orlofsky est censé être atteint d'une maladie qui l'empêche de rire).

Otto Schenk a donc offert aux Viennois un magnifique cadeau avec cette Fledermaus, aussi authentiquement traditionnelle que passionnante et drôle. Theodor Gulschbauer ne manque pas de dynanisme en dirigeant un Philharmonique de Vienne aux sonorités splendides.

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Message par tuano » 03 janv. 2005, 14:44

Édition fastueuse* que la Chauve-Souris du 31 décembre 2004 puisque l'invitée surprise de l'Opéra de Vienne n'était autre que... Edita Gruberova !
Un joli retour de nombreuses années après avoir interprété Ida puis Adele sur la même scène.
J'en profite pour vous recommander à nouveau le DVD.

(*Janez Lotric chantait Alfred et Angelika Kirchschlager, Orlofsky.)

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Message par tuano » 30 déc. 2010, 09:45

Cette année, il paraît que les invités surprises seront Anna Netrebko et Erwin Schrott qui chanteront deux duos tirés de la Veuve joyeuse et de Porgy and Bess.

http://mobil.derstandard.at/12933696863 ... stergaeste

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Message par Christopher » 31 déc. 2010, 13:04

à priori non Tuano, ils seront à Dresde pour remplacer Renée Flemming qui devait remplacer Thomas Hampson.

info ici

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Message par tuano » 31 déc. 2010, 13:42

The plan is that Netrebko and Schrott will sing at the dress rehearsal today, 30 December. This show will be filmed and extracts will be shown during the live broadcast tomorrow, which will feature Fleming and Maltman as planned. Will the two divas be held in separate cages until filming is over? Let's just say I can't find one single photo of them together.

The arrangement allows busy Netrebko and Schrott to fit in their appearance as the 'surprise' guests in the Vienna Staatsoper's Die Fledermaus, broadcast live on New Year's Eve.
Il semble qu'Anna et Erwin ont enregistré hier de quoi alimenter la retransmission de Dresde ce soir, où Renée et Christopher (Maltman, pas toi) sont attendus.

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LuigiAlmaviva
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Message par LuigiAlmaviva » 26 janv. 2011, 01:43

J'aime bien cette nouvelle version en blu-ray:

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"J'ai dit qu'il ne suffisait pas d'entendre la musique, mais qu'il fallait encore la voir" (Stravinsky)

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