Carmen par Karajan : est-ce fréquentable ?

L'actu des DVD; découvertes, sorties, critiques et conseils !
Avatar du membre
lyricomaniaque
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 206
Enregistré le : 16 févr. 2004, 00:00

Message par lyricomaniaque » 22 juin 2005, 09:48

Je confirme ! On le trouve à 18 ? sur jpc à l'adresse suivante :
http://www.jpc.de/jpcng/classic/detail/ ... sk/hitlist !

Cela reste un monument - avec ses faiblesses, mais un monument quand même !

Le_Fantome
Messages : 27
Enregistré le : 23 mai 2005, 23:00

Message par Le_Fantome » 24 juin 2005, 20:59

Bonjour ,

Je reviens sur le sujet de ce fil ( la Carmen de Salzbourg dirigée par Karajan) ouvert par Montfort .C?est marrant cette maladie Odébienne : la disgressionite aigüe . Après quelques post concernant le sujet initial , ça par en vrille sur autre chose .Donc laissons Boulez ( ce maître semble vous rendre « marteau ») et parlons de cette Carmen mise en scène et dirigée par Karajan .
Je partage l?enthousiasme de la plupart .Il faut absolument voir cette version hélas play back , car elle constitue malgré des défauts esthétiques et vocaux nombreux , une représentation de référence quant à la caractérisation des personnages principaux .
Montfort trouve la mise en scène « ringarde » , je dirais plutôt conventionnelle et sauvée au premier acte par un décor magnifique : la grande porte de la manufacture qui domine un escalier descendant sur la place , le petit pont qui enjambe la rue ?.. ce qui donne de la profondeur et du volume aux scènes de foule et permet un clin d??il « music hall » avec l?apparition de Carmen qui descendra lascivement l?escalier accompagnée de ses « boys » (et de quelques jolies cigarières) .Bien sûr tout cela est très kitsch mais le kitsch et l?opéra font parfois bon ménage .Vous en avez vu beaucoup vous , des mises de scène d?avant-garde pour Carmen ? Et puis je préfère un bon gros kitsch premier degré à une mise en scène pseudo intello qui se prend au sérieux , avec symbolisme lourd et abscons .Quant aux costumes ?.
Xavier a écrit : A mon sens Bumbry est une Carmen parfaite, aussi bien de timbre, de style que d'interprétation. Et pourtant Dieu sais si je déteste ce personnage. Le seul ennui est que ses robes ont beau être portée avec une allure, un charme et une grâce sexy rare, elle n'en sont pas moins dignes d'une poupée vendue dans une boutique touristique de Port Bou.
On connaissait les poupées Barbie mais là on découvre la « poupée Bumbry » .Je rêve de posséder celle avec la robe rouge et les bas noirs .Les nattes de Freni et sa jupe bleue sont conformes au costume ordinaire des paysannes de Navarre et des provinces basques ( voir Mérimée)

Bumbry est bien sûr le phare de la représentation et un modèle d?interprétation dans la caractérisation vocale et esthétique de la Carmen des scènes légères .L?air des cartes a des défauts car elle en fait un « air d?opéra » avec des mezzo forte alors qu?il s?agit davantage d?une réflexion intérieure notée par Bizet « simplement et très également » pour éviter trop de mélo .Il faut faire là une écoute comparative avec les versions Callas , Los Angeles ou même Crespin qui sont bien plus convaincantes .
Piem67 a écrit : Diaz est parfait en Escamillo : bêlatre à souhait, dans le genre "sois beau et tais-toi" il est tou à fait à sa place. Personnellement, je trouve qu'il ne faut pas qu'Escamillo soit "trop bien" chanté (il y en a qui vont me tomber dessus !), il faut qu'il soit beau et point, qu'il soit un peu vulgaire et ce sera parfait. Carmen craque pour la superficialité du personnage, pour le clinquant, pour l'homme viril et riche, bref pour une star du show-biz comme les adolescentes qui aiment un chanteur d'abord pour sa "gueule" que pour sa voix (souvent inexistante d'ailleurs).

Alors là , je ne suis pas d?accord , mais alors pas du tout .Le toréador de Diaz gâche le spectacle .C?est un écarteur de vaches landaises mais pas un toréador .Tout le monde a lu que cet air très célèbre et pompier aurait été arraché à Bizet pas ses librettistes .Il l?aurait qualifié lui-même de « saleté » et de « cochonnerie » .Il le reprend pourtant comme leitmotiv dès le prélude et à plusieurs reprises dont la scène finale .L?air intervient tout à fait naturellement dans le déroulement de l?action et doit caractériser le toréador qui veut en mettre « plein la vue » aux soldats et à Carmen qui n?est pas du genre à s?éprendre d?une simple « belle gueule » sans voix , genre candidat star ?ac .On est à l?opéra , et c?est par la voix que tout le caractère doit être transmis. L?air doit produire un effet b?uf (ou effet taureau si vous préférez) sur Carmen ( Wouahhhouhhh ?.. quel mec !!! ) et tant qu?à faire sur le public aussi .Le rôle ne supporte pas la médiocrité et combien de représentations ont été gâchées par des Escamillo insipides et sans saveur .Il faut absolument réécouter Ernest Blanc dans la version dirigée par Beecham pour avoir l?idée exacte de ce que cet air doit être vocalement et musicalement .Je ne suis pas du tout fan des spectacles tauromachiques mais si vous contestez la bravoure des toréadors je vous conseille d?assister à une corrida ou mieux , si vous en avez l?occasion , d?approcher d?assez près un taureau de combat pour lui faire quelques grimaces .
On reparlera d?Escamillo après . :lol:

Tatiana a écrit : Vickers campe un José édifiant, certes la voix a des défauts, peu importe les causes, mais l'émotion qu'il laisse transparaître dans le personnage est inouïe. Avec la couleur de Domingo, on aurait frôlé, je crois, la quasi-perfection pour le personnage de José (pour moi)
C?est aussi mon opinion .Vickers joue un Don José monolithique et avec peu de nuances mais il imprime dès le début le tragique et l?essence du personnage .Certes l?accent est détestable , et on peut reprocher des défauts vocaux .Comme Tatiana je préfère Domingo au disque mais c?est quand même une belle voix qui respecte les indications , en particulier dans l?air de la fleur .Et puis les critères sur scène ne sont plus les mêmes. Avec son look de bagarreur « West Side Story » et son menton carré à la Kirk Douglas c?est un parfait « canari » à tel point qu'on se demande s'il s'agit tout à fait d'un rôle de composition .Don josé a toujours été pour moi un personnage émouvant et pathétique , un être simple et frustre qui s'enfonce progressivement dans une dégenerescence psychologique totale .Le tragique l'atteint alors que rien ne l'y prédisposait .Il a été comparé au Wozzeck de Berg .

Carmen le traite elle-même de « niais » ainsi que de « canari » (les termes figurent aussi dans la nouvelle de Mérimée) ce qui évoque à la fois la couleur jaune de l?uniforme des dragons et sa pusillanimité .En effet , le personnage est impulsif , s?emporte facilement et devient alors violent .Il a quitté son village natal à la suite d?une bagarre ( un premier meurtre peut être ? ) puis s?est engagé dans l?armée non par vocation ou ambition mais pour s?y acheter un bonne conduite .
Dans la nouvelle de Mérimée , il évoque lui même avec élégance ses faibles capacités intellectuelles « On voulait que je fusse d?Eglise , et l?on me fit étudier , mais je ne profitais guère . J?aimais trop jouer à la paume . »
C?est un looser , un maladroit , un timide , un introverti , un empoté avec les femmes et les exemples ne manquent pas dans le livret pour l?illustrer .

Pour la laisser s?échapper au premier acte , Carmen lui conseille de jouer la comédie en se laissant renverser .Mais il est si piètre comédien qu?il finit en prison et est dégradé .
Dès sa sortie de prison , il se rend chez Lillas Pastia .Sachant qu?il ne dispose que de peu de temps pour recevoir sa « récompense » avant de regagner la caserne, il se laisse néanmoins embobiner par les préliminaires chorégraphiques de Carmen et perd un temps précieux dans sa longue confidence « la fleur que tu m?avais jetée .. » si bien qu?au moment de conclure : taratata ?.. c?est le clairon qui sonne ! Et voilà qu?en sortant il se fiche nez à nez avec son officier Zuniga , s?emporte immédiatement et le bouscule (chez Mérimée il le tue) ce qui permet à Carmen et ses acolytes de l?enrôler malgré lui dans leur bande . « Là bas , là bas dans la montagne comme c?est beau la vie errante ?.. la chose enivrante ? la liberté » ;Tu parles ! Carmen a déjà repéré le beau toréador .Les nuits dans la montagne seront moins torrides que prévu .

A la fin du 3ème acte, José tire sur une ombre qui s?approche trop près du camp des contrebandiers ?C?est Escamillo . ?? évidemment il le manque .Dans le duel qui suit c?est encore lui qui a le dessous et quelques minutes après , Micaëla lui apprend que sa mère va mourir l?obligeant ainsi à retourner au village la jalousie dans l?âme .

Avait ? il encore une chance de reconquérir le c?ur de Carmen quand il la retrouve le jour de la corrida derrière les arènes de Séville ? Il aurait fallu risquer un acte héroïque quelconque ou tenter de la séduire en la faisant rire aux éclats ??se précipiter nu comme un ver dans les arènes , en faire le tour à poil comme un supporter du PSG , poursuivi par le taureau sous les yeux ébahis d?Escamillo et du public , ravissant ainsi la vedette à son rival . Non bien sûr .Parvenu au comble de sa souffrance ,le malheureux Don José en est bien incapable .Il rase les murs et se la joue relou « ne me quitte pas » façon Jacques Brel .
La suite , vous la connaissez et les cartes l?avaient prédit , elle d?abord ,ensuite lui car après ce meurtre son compte est bon .La dernière scène est magistralement interprétée .C?est dramatique , beau , émouvant .Ca vous prend aux tripes .C?est de l?OPERA quoi !

[^o_o^]

Real
Soprano
Soprano
Messages : 76
Enregistré le : 16 mars 2003, 00:00
Localisation : Au Québec
Contact :

Message par Real » 25 juin 2005, 00:04

Le_Fantome a écrit :

C?est marrant cette maladie Odébienne : la disgressionite aigüe . Après quelques post concernant le sujet initial , ça par en vrille sur autre chose .
Tous les forums sur lesquels il est question d'opéra font la même chose. Va juste jeter un coup d'oeil sur le forum américain Record Music Opera et tu vas vite constater que c'est encore bien pire.

Avatar du membre
Friedmund
Baryton
Baryton
Messages : 1227
Enregistré le : 20 nov. 2004, 00:00
Localisation : Paris
Contact :

Message par Friedmund » 25 juin 2005, 00:08

Real a écrit :
Le_Fantome a écrit :

C?est marrant cette maladie Odébienne : la disgressionite aigüe . Après quelques post concernant le sujet initial , ça par en vrille sur autre chose .
Tous les forums sur lesquels il est question d'opéra font la même chose. Va juste jeter un coup d'oeil sur le forum américain Record Music Opera et tu vas vite constater que c'est encore bien pire.
Sans digression, le contenu du forum serait bien moins riche et bien moins vivant, non? 8)

bajazet
Basse
Basse
Messages : 2676
Enregistré le : 12 juin 2004, 23:00
Contact :

Message par bajazet » 25 juin 2005, 00:21

Le_Fantome a écrit :Vous en avez vu beaucoup vous , des mises de scène d?avant-garde pour Carmen ?
Au moins une, pas "d'avant-garde" au sens strict, mais qui évoquait assez l'univers de Garcia Lorca : production de Pierre Strosser pour Montpellier à la fin des années 80 (avec Magali Damonte). Cette mise en scène m'a laissé une très forte impression.

Ces réflexions du Fantôme sont rudement intéressantes. Et j'applaudis à tout ce qu'il dit d'Escamillo (et d'Ernest).

Real
Soprano
Soprano
Messages : 76
Enregistré le : 16 mars 2003, 00:00
Localisation : Au Québec
Contact :

Message par Real » 25 juin 2005, 01:33

Friedmund a écrit :
Real a écrit :
Le_Fantome a écrit :

C?est marrant cette maladie Odébienne : la disgressionite aigüe . Après quelques post concernant le sujet initial , ça par en vrille sur autre chose .
Tous les forums sur lesquels il est question d'opéra font la même chose. Va juste jeter un coup d'oeil sur le forum américain Record Music Opera et tu vas vite constater que c'est encore bien pire.
Sans digression, le contenu du forum serait bien moins riche et bien moins vivant, non? 8)
Bien d'accord, mais sur ce forum américain, les gens vont jusqu'à s'injurier. C'est très vivant, mais pas très riche et ça ne fait pas avancer nos connaissances sur l'opéra. Parfois les posts de tête y sont tellement intéressants qu'on voudrait que le sujet traité ne dévie pas, mais c'est rarement le cas et cela est bien dommage. En tous cas, ce n'est pas un modèle à suivre.

Montfort
Ténor
Ténor
Messages : 847
Enregistré le : 22 mai 2005, 23:00
Localisation : Paris XVI

Message par Montfort » 25 juin 2005, 08:06

Le_Fantome a écrit :Bonjour ,

Je reviens sur le sujet de ce fil ( la Carmen de Salzbourg dirigée par Karajan) ouvert par Montfort .C?est marrant cette maladie Odébienne : la disgressionite aigüe . Après quelques post concernant le sujet initial , ça par en vrille sur autre chose .Donc laissons Boulez ( ce maître semble vous rendre « marteau ») et parlons de cette Carmen mise en scène et dirigée par Karajan .
Je partage l?enthousiasme de la plupart .Il faut absolument voir cette version hélas play back , car elle constitue malgré des défauts esthétiques et vocaux nombreux , une représentation de référence quant à la caractérisation des personnages principaux .
Montfort trouve la mise en scène « ringarde » , je dirais plutôt conventionnelle et sauvée au premier acte par un décor magnifique : la grande porte de la manufacture qui domine un escalier descendant sur la place , le petit pont qui enjambe la rue ?.. ce qui donne de la profondeur et du volume aux scènes de foule et permet un clin d??il « music hall » avec l?apparition de Carmen qui descendra lascivement l?escalier accompagnée de ses « boys » (et de quelques jolies cigarières) .Bien sûr tout cela est très kitsch mais le kitsch et l?opéra font parfois bon ménage .Vous en avez vu beaucoup vous , des mises de scène d?avant-garde pour Carmen ? Et puis je préfère un bon gros kitsch premier degré à une mise en scène pseudo intello qui se prend au sérieux , avec symbolisme lourd et abscons .Quant aux costumes ?.
Xavier a écrit : A mon sens Bumbry est une Carmen parfaite, aussi bien de timbre, de style que d'interprétation. Et pourtant Dieu sais si je déteste ce personnage. Le seul ennui est que ses robes ont beau être portée avec une allure, un charme et une grâce sexy rare, elle n'en sont pas moins dignes d'une poupée vendue dans une boutique touristique de Port Bou.
On connaissait les poupées Barbie mais là on découvre la « poupée Bumbry » .Je rêve de posséder celle avec la robe rouge et les bas noirs .Les nattes de Freni et sa jupe bleue sont conformes au costume ordinaire des paysannes de Navarre et des provinces basques ( voir Mérimée)

Bumbry est bien sûr le phare de la représentation et un modèle d?interprétation dans la caractérisation vocale et esthétique de la Carmen des scènes légères .L?air des cartes a des défauts car elle en fait un « air d?opéra » avec des mezzo forte alors qu?il s?agit davantage d?une réflexion intérieure notée par Bizet « simplement et très également » pour éviter trop de mélo .Il faut faire là une écoute comparative avec les versions Callas , Los Angeles ou même Crespin qui sont bien plus convaincantes .
Piem67 a écrit : Diaz est parfait en Escamillo : bêlatre à souhait, dans le genre "sois beau et tais-toi" il est tou à fait à sa place. Personnellement, je trouve qu'il ne faut pas qu'Escamillo soit "trop bien" chanté (il y en a qui vont me tomber dessus !), il faut qu'il soit beau et point, qu'il soit un peu vulgaire et ce sera parfait. Carmen craque pour la superficialité du personnage, pour le clinquant, pour l'homme viril et riche, bref pour une star du show-biz comme les adolescentes qui aiment un chanteur d'abord pour sa "gueule" que pour sa voix (souvent inexistante d'ailleurs).

Alors là , je ne suis pas d?accord , mais alors pas du tout .Le toréador de Diaz gâche le spectacle .C?est un écarteur de vaches landaises mais pas un toréador .Tout le monde a lu que cet air très célèbre et pompier aurait été arraché à Bizet pas ses librettistes .Il l?aurait qualifié lui-même de « saleté » et de « cochonnerie » .Il le reprend pourtant comme leitmotiv dès le prélude et à plusieurs reprises dont la scène finale .L?air intervient tout à fait naturellement dans le déroulement de l?action et doit caractériser le toréador qui veut en mettre « plein la vue » aux soldats et à Carmen qui n?est pas du genre à s?éprendre d?une simple « belle gueule » sans voix , genre candidat star ?ac .On est à l?opéra , et c?est par la voix que tout le caractère doit être transmis. L?air doit produire un effet b?uf (ou effet taureau si vous préférez) sur Carmen ( Wouahhhouhhh ?.. quel mec !!! ) et tant qu?à faire sur le public aussi .Le rôle ne supporte pas la médiocrité et combien de représentations ont été gâchées par des Escamillo insipides et sans saveur .Il faut absolument réécouter Ernest Blanc dans la version dirigée par Beecham pour avoir l?idée exacte de ce que cet air doit être vocalement et musicalement .Je ne suis pas du tout fan des spectacles tauromachiques mais si vous contestez la bravoure des toréadors je vous conseille d?assister à une corrida ou mieux , si vous en avez l?occasion , d?approcher d?assez près un taureau de combat pour lui faire quelques grimaces .
On reparlera d?Escamillo après . :lol:

Tatiana a écrit : Vickers campe un José édifiant, certes la voix a des défauts, peu importe les causes, mais l'émotion qu'il laisse transparaître dans le personnage est inouïe. Avec la couleur de Domingo, on aurait frôlé, je crois, la quasi-perfection pour le personnage de José (pour moi)
C?est aussi mon opinion .Vickers joue un Don José monolithique et avec peu de nuances mais il imprime dès le début le tragique et l?essence du personnage .Certes l?accent est détestable , et on peut reprocher des défauts vocaux .Comme Tatiana je préfère Domingo au disque mais c?est quand même une belle voix qui respecte les indications , en particulier dans l?air de la fleur .Et puis les critères sur scène ne sont plus les mêmes. Avec son look de bagarreur « West Side Story » et son menton carré à la Kirk Douglas c?est un parfait « canari » à tel point qu'on se demande s'il s'agit tout à fait d'un rôle de composition .Don josé a toujours été pour moi un personnage émouvant et pathétique , un être simple et frustre qui s'enfonce progressivement dans une dégenerescence psychologique totale .Le tragique l'atteint alors que rien ne l'y prédisposait .Il a été comparé au Wozzeck de Berg .

Carmen le traite elle-même de « niais » ainsi que de « canari » (les termes figurent aussi dans la nouvelle de Mérimée) ce qui évoque à la fois la couleur jaune de l?uniforme des dragons et sa pusillanimité .En effet , le personnage est impulsif , s?emporte facilement et devient alors violent .Il a quitté son village natal à la suite d?une bagarre ( un premier meurtre peut être ? ) puis s?est engagé dans l?armée non par vocation ou ambition mais pour s?y acheter un bonne conduite .
Dans la nouvelle de Mérimée , il évoque lui même avec élégance ses faibles capacités intellectuelles « On voulait que je fusse d?Eglise , et l?on me fit étudier , mais je ne profitais guère . J?aimais trop jouer à la paume . »
C?est un looser , un maladroit , un timide , un introverti , un empoté avec les femmes et les exemples ne manquent pas dans le livret pour l?illustrer .

Pour la laisser s?échapper au premier acte , Carmen lui conseille de jouer la comédie en se laissant renverser .Mais il est si piètre comédien qu?il finit en prison et est dégradé .
Dès sa sortie de prison , il se rend chez Lillas Pastia .Sachant qu?il ne dispose que de peu de temps pour recevoir sa « récompense » avant de regagner la caserne, il se laisse néanmoins embobiner par les préliminaires chorégraphiques de Carmen et perd un temps précieux dans sa longue confidence « la fleur que tu m?avais jetée .. » si bien qu?au moment de conclure : taratata ?.. c?est le clairon qui sonne ! Et voilà qu?en sortant il se fiche nez à nez avec son officier Zuniga , s?emporte immédiatement et le bouscule (chez Mérimée il le tue) ce qui permet à Carmen et ses acolytes de l?enrôler malgré lui dans leur bande . « Là bas , là bas dans la montagne comme c?est beau la vie errante ?.. la chose enivrante ? la liberté » ;Tu parles ! Carmen a déjà repéré le beau toréador .Les nuits dans la montagne seront moins torrides que prévu .

A la fin du 3ème acte, José tire sur une ombre qui s?approche trop près du camp des contrebandiers ?C?est Escamillo . ?? évidemment il le manque .Dans le duel qui suit c?est encore lui qui a le dessous et quelques minutes après , Micaëla lui apprend que sa mère va mourir l?obligeant ainsi à retourner au village la jalousie dans l?âme .

Avait ? il encore une chance de reconquérir le c?ur de Carmen quand il la retrouve le jour de la corrida derrière les arènes de Séville ? Il aurait fallu risquer un acte héroïque quelconque ou tenter de la séduire en la faisant rire aux éclats ??se précipiter nu comme un ver dans les arènes , en faire le tour à poil comme un supporter du PSG , poursuivi par le taureau sous les yeux ébahis d?Escamillo et du public , ravissant ainsi la vedette à son rival . Non bien sûr .Parvenu au comble de sa souffrance ,le malheureux Don José en est bien incapable .Il rase les murs et se la joue relou « ne me quitte pas » façon Jacques Brel .
La suite , vous la connaissez et les cartes l?avaient prédit , elle d?abord ,ensuite lui car après ce meurtre son compte est bon .La dernière scène est magistralement interprétée .
C?est dramatique , beau , émouvant .Ca vous prend aux tripes .C?est de l?OPERA quoi !
[^o_o^]
Encore merci pour ce compte rendu détaillé : c'est un superbe enregistrement, et (ce qui est loin d'etre toujours le cas), la version en DVD s'impose.
Montfort
Eccomi alfine in Babilonia

Montfort
Ténor
Ténor
Messages : 847
Enregistré le : 22 mai 2005, 23:00
Localisation : Paris XVI

Message par Montfort » 25 juin 2005, 13:39

En post scriptum :

Que vaut le Carmen de Bernstein avec Horne et Mc Cracken ? (en CD)

Montfort
Eccomi alfine in Babilonia

Le_Fantome
Messages : 27
Enregistré le : 23 mai 2005, 23:00

Message par Le_Fantome » 25 juin 2005, 15:47

Friedmund a écrit : Sans digression, le contenu du forum serait bien moins riche et bien moins vivant, non?
Tout à fait d?accord . Rassurez vous , moi aussi je reste cool 8)
Ma remarque se voulait plutôt ironique et certaines digressions bienvenues font parfois avancer le schmilblick .
Montfort a écrit : En post scriptum :

Que vaut le Carmen de Bernstein avec Horne et Mc Cracken ? (en CD)
Ah si c?est l?auteur du fil qui lui-même digresse ?. Ça change tout :lol:

Je déconseille cette version qualifiée d? hollywoodienne . Marylin Horne chante la Habanera sur un tempo digne d?un « enterrement de première classe » (dixit Antoine Goléa) alors que c?est noté allegretto .Ca devient une berceuse , de la séduction au ralenti pour hospice .

Elle réussit cependant mieux l?air des cartes dans lequel le sentiment est plus juste que chez Bumbry . Bernstein fait beaucoup de mélo et Mac Cracken n?est pas intéressant du tout .

Mais soyons justes , d?autres ont trouvé ça bien dans un fil déjà ouvert sur ce sujet .


http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... opic&t=718

[^o_o^]

Avatar du membre
Xavier
Rainbow Maker
Messages : 1180
Enregistré le : 03 mars 2003, 00:00
Localisation : Somewhere over the rainbow
Contact :

Message par Xavier » 25 juin 2005, 21:14

Le_Fantome a écrit : Mac Cracken n?est pas intéressant du tout .
Affirmation subjective qui ne fait pas l'unanimité, loin s'en faut.

X

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 14 invités