Les Boréades - Minkowski- Lyon, mai 2004

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Les Boréades - Minkowski- Lyon, mai 2004

Message par lyricomaniaque » 17 mai 2004, 10:29

AUTRE FIL SUR LES BOREADES SUR
http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... topic&t=60



Chers ODBtiens, que je vous livre mes impressions concernant "Les Boréades" données à Lyon le samedi 15 mai dernier.

La représentation fut, dans son ensemble, un véritable enchantement, rendant justice à ce que je regarde comme un véritable bijou de notre patrimoine. Pour avoir assisté à une représentation de la production Christie/Carsen à Garnier, je peux dire que celle-ci m'a comblé au-delà de l'équipe parisienne.

Contrairement à ce qu'une critique désormais féroce à son égard avait affirmé :evil: , Christie avait déjà effectué un magnifique travail orchestral à Paris. Mais Minko a donné une lecture encore plus riche, plus bouillonnante, passionnée, et capables d'irisations inouïes lors des préludes et intermèdes. La jubilation avec laquelle il sert cette musique se voit même dans un bis - passé inaperçu !!! - qu'il donne en cours de représentation (une contredanse avec un final murmuré insensé !). Le phrasé m'a paru absolument parfait, et il s'est avéré comme toujours un accompagnateur attentif, amoureux même pour son équipe vocale. N'hésitant pas à féliciter spontanément certaines trouvailles ou réussites de ses musiciens, il a livré ce soir-là ce que j'ai entendu de mieux des musiciens du Louvre, avec la "Sémélé" du Vlaamse Opera, "Platée" à Garnier, "Orphée" à Poissy et "Hercules" à Lyon. Le claveciniste lui tendu la partition à la fin, lors de saluts absoluments triomphaux : les salves d'applaudissements ont redoublé quand il a montré la partition. Qu'un chef se place derrière ses musiciens, c'est déjà beau et rare, mais qu'il se place derrière le compositeur, c'est normal, mais RARISSIME ! Merci, Monsieur Musique !

Carsen avait opté pour une production "4 saisons" à Paris : en dépit des avis divergents de la critique et du public (un peu exaspéré, c'est vrai, par les "tics" du metteur en scène : complets vestons, parapluies, couleurs primaires, etc...), j'avais plutôt bien aimé l'ensemble, souvent réussi visuellement, mais un peu pauvre en sensualité, surtout entre les personnages (il y a quelque chose de définitvement glacé dans cette esthétique esthétisante...). Laurent Pelly n' a pas davantage forcé le "texte" et a conçu une lecture sobre, décryptable sans programme de salle ou exégèses philosphico-cosmiques. Dans un tourbillon de panneaux mobiles, avec quelques projections vidéo de bon effet, il entraîne Alphise et Abaris dans un jeu équivoque et humain. L'acte IV, dans l'antre de Borée, fut le plus réussi avec son gigantesque ventilateur, la tête hirsute de Borée, mi-docteur Frankenstein, mi-Méduse. Mais je n'oublierai pas la déambulation hagarde d'Abaris, simple, épurée, et tellement fragile et touchante. De beaux éclairages complètent ce travail, avec une mention aux costumes, qui forment un magnifique kaléidoscope de verts et de bleus.

Les ballets m'ont paru réussi, bien en accord avec la musique. À Paris, les danseurs avaient obtenu un triomphe... alors que j'avais trouvé la chorégraphie lassante, en porte-à-faux avec les climats musicaux, d'un névrotique sans doute très tendance, mais passablement agaçant ! Et là, dans un respect plus littéral de la musique, avec pourtant de fort belles trouvailles, aucun relief à l'applaudimètre... bizarre, bizarre...

J'ai retrouvé avec un bonheur total le merveilleux Paul Agnew qui réitère sa performance parisienne, avec encore plus de nuances et de couleurs. Totalement ivesti dans son rôle, il a culminé dans un "Dieux du jour hâtez-vous" à frémir ! Je reste fasciné par sa technique mixte qui lui permet de lancer des aigus en plein phrasé, légers, avec une vibration réduite, presque irréels, puis de leur donner chair et puissance. Sa vocalisation en force est impressionnante, et, physiquement, il est idéal de présence, de classe et de charisme : avec "Platée", le deuxième rôle de sa vie ! Ovationné en fin de représentation, il a, par modestie, tout de suite rejoint les autres solistes... le contraire d'une Frittoli...
Tom Allen n' a pas fait oublier le Toby Spence de Paris pour sa présence juvénile, mais il a donné plus de compléxité au rôle, et sa voix a davantage brillé dans un "Jouissons jouissons" (un passage sublime, je le recommande à tous ceux qui ne connaîtraient pas l'oeuvre !) aux suraigus bien mieux lancés (Spence était à la limite de sa tessiture), et à la présence plus imposante. Un très beau succès pour lui aussi !
Je n'ai pas grand chose à dire de Marcel Boone, Borilée aux moyens exigus et à la projection molle ; François Lis a par contre donné un intense Borée, physiquement déchaîné et dont la voix a tonné avec l'insolence requise ! Thomas Dolié a bien tenu sa partie d'Apollon (avec un très joli jeu de lumière), ce que l'on ne pourra pas dire de Malia Bendi Merad, franchement limitée en Amour.
Magali Léger, précédée d'une réputation déjà flatteuse, m'a laissé sur ma faim : sosie de Kathleen Battle - mais alors, sosie absolu, sourire compris ! - elle en a aussi les limites en terme de projection, d'épaisseur de timbre dans le bas médium, et de force émotionnelle : un joli travail, sans plus.
Stéphane Degout m'a par contre littéralement cloué : voix de bronze, qui emplit l'opéra de Lyon sans effort, présence autoritaire et charismatique, style impeccable : un futur grand, sans doute, si ses choix ne le mènent pas sur les rives véristes ou verdiennes pour lesquelles il n'est pas encor fait.
Reste le cas Delunsch, dix fois plus impliquée que Bonney à Paris, avec une plus grande compréhension du mot, du style et de la progression du personnage, avec un impact scénique clairement supérieur. Mais la voix m'a paru lutter contre un bas medium (encore lui !) vraiment trop faiblement dense (handicap flagrant dans "un horizon serein" que Bonney avait mieux interprété). En deuxième partie de soirée, peut-être libérée, dans une tessiture sans doute mieux écrite et face à une orchestration plus favorable, elle s'inscrit mieux dans la distribution et remporte les suffrages. Mais je m'interroge vraiment : comment peut-elle aborder Traviata, Amelia et aures tessitures encore pus exigentes que celle d'Alphise ??Et la Dame a-t-elle conscience que ses murmures ne franchissent pas la rampe ??

Mention finale aux excellents choeurs, aux sonorités toujours aussi cristallines, fines, à la ligne toujours aussi souple, très en harmonie avec un orchestre en grande forme. Une soirée hommage à Rameau et à son génie musical.

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Message par Nerone » 17 mai 2004, 13:52

Bravo lyricomaniaque pour ce compte-rendu dont je partage pratiquement chaque mot (voir ma contribution écourtée par l'émerveillement suscité dans le fil "Delunsch à Reims ou à Lyon"), excepté sur Delunsch que je vénère et dont je connais les limites toujours transcendées par l'intelligence et la présence, chanteuse à la projection ténue mais au timbre rare (gare à ceux qui prennent cette expression dans un sens péjoratif...), au graves nourris (cette voix de poitrine qui vous chavire) et aux aigus ciselés, capable des exploits les plus extravagants, notamment cette Amelia à nulle autre pareille (gare à ceux qui diront heureusement), cette Violetta au bord du gouffre, de la brisure - j'en ai versé des litres de larmes :cry: . Son "horizon serein" tout en retenue et désespérances hallucinées a été pour moi un grand moment.

Croisons les doigts pour qu'un DVD conserve ces moments de grâce, avec cette distribution plutôt que celle de Zurich.

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Message par Xavier » 17 mai 2004, 14:05

Nerone a écrit :[...]Delunsch que je vénère et dont je connais les limites toujours transcendées par l'intelligence et la présence, chanteuse à la projection ténue mais au timbre rare (gare à ceux qui prennent cette expression dans un sens péjoratif...), au graves nourris (cette voix de poitrine qui vous chavire) et aus aigus ciselés, capable des exploits les plus extravagants, notamment cette Amelia à nulle autre pareille (gare à ceux qui diront heureusement), cette Violetta au bord du gouffre, de la brisure ...
Ce qui s'appele couper l'herbe sous le pied...

X, un peu frustré

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Re: boréades / Lyon

Message par marie » 17 mai 2004, 18:57

lyricomaniaque a écrit :Mais je m'interroge vraiment : comment peut-elle aborder Traviata, Amelia et aures tessitures encore pus exigentes que celle d'Alphise ??.
Il faut l'avoir vue et entendue pour le croire... et se laisser porter en laissant tout technisisme de côté.
Elle est à part, mais les soirées que j'ai vécu à Tours avec elle dans ces deux rôles.... c'est inoubliable (en bien!)

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Re: boréades / Lyon

Message par Nerone » 17 mai 2004, 23:01

marie a écrit : Il faut l'avoir vue et entendue pour le croire... et se laisser porter en laissant tout technisisme de côté.
Elle est à part, mais les soirées que j'ai vécu à Tours avec elle dans ces deux rôles.... c'est inoubliable (en bien!)
Et moi qui suis un techniciste acharné, forcené, arrogant, qui pourrais vous assassiner les plus grandes - de Horne à Caballé -, je me laisse prendre à chaque fois par le mystère Delunsch que j'ai déjà amplement commenté sur ce forum où ses ennemis sont légions :evil: .

Ah ! Mireiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiille !!! :cupidon:

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Message par Rameau » 17 mai 2004, 23:18

En plus, franchement, dans Alphise, il est difficile de l'attaquer quand on a subi Bonney (et, pour ma part, dans deux productions différentes!)! Agnew m'a paru personnellement encore meilleur qu'à Paris, c'est dire... Mais je suis vraiment déçu par la mise en scène de Pelly, vraiment très froide, à l'inverse de son Platée, et trop en deçà de la richesse de l'univers théâtral assez unique mis en place par Cahusac dans son livret (autant on n'est pas obligé de mettre en scène l'attirail médiéval des opéras de Wagner, autant on peut quand même s'inspirer du livret quand on a un univers riche comme celui-là!). Et la chorégraphie de Hoche est sur la même longueur d'ondes, ce qui est toujours mieux, après tout, que les gesticulations antimusicales de celle de Lock à Paris; si bien, d'ailleurs, qu'il aurait peut-être mieux valu que ce soit celle-là qui aie les honneurs du DVD (du reste, il est regrettable qu'après une grande phase d'enregistrements vidéo l'Opéra de Lyon soit désormais largement écarté des circuits...).
Alors, qui aura le courage d'enchaîner sur la 3e production en 3 ans, celle de Strasbourg?


(au fait, les danseurs des Boréades parisiens n'avaient pas du tout été ovationnés aux 3 (2?) représentations auxquelles j'avais assisté).

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Message par Nerone » 18 mai 2004, 07:26

J'ai pour ma part été souffflé par cette beauté froide, ou plutôt lumineuse à mon goût du spectacle de Pelly. Ne doit-il pas souffler sur les Boréades comme un vent glacé, celui de l'absolutisme, pour déboucher sur l'éclat de la philosophie des lumières, prônant la liberté : "C'est la liberté qu'il faut que l'on aime !" Pelly a, je trouve, parfaitement rendu la notion de déchaînement des éléments, notamment grâce au ventilateur, intrusion de la laideur dans un monde tout en finesse, pour exprimer la notion de chaos esthétique qui régit également, au sens harmonique, le début du cinquième acte. L'utilisation parcimonieuse, mais d'une troublante efficacité, de la vidéo a encore ajouté à mon émerveillement. Je n'avais jamais été en extase pendant trois heures comme durant ces Boréades !
Quant à la chorégraphie, il faut savoir que Lionel Hoche est un choix de quasi-dernière minute (la production n'avait pas encore de chorégraphe à la mi-février, soit deux mois avant le début de répétitions) occasionné par le changement de direction de l'Opéra de Lyon et l'indisponibilité de Laura Scozzi. Ce qui nous est montré n'est sans doute pas exceptionnel, mais cela sauve la représentation. Hoche aura sans doute la possibilté de peaufiner son travail pour la reprise zurchoise.

P.S. J'irai bien à Strasbourg la saison prochaine, surtout pour réentendre Paul Agnew. Qui sait ce qu'Emmanuelle Haïm va faire subir au malheaureux Rameau...

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Re: boréades / Lyon

Message par Xavier » 18 mai 2004, 08:19

Nerone a écrit :Et moi qui suis un techniciste acharné, forcené, arrogant, qui pourrais vous assassiner les plus grandes - de Horne à Caballé -, je me laisse prendre à chaque fois par le mystère Delunsch que j'ai déjà amplement commenté sur ce forum où ses ennemis sont légions :evil: .

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Ses ennemis... n'exagérons rien : elle n'en mérite pas tant :twisted:

X, qui fait son Gégé le Belge dans la Fledermousse

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Re: boréades / Lyon

Message par Xavier » 18 mai 2004, 08:48

Nerone a écrit :
Xavier a écrit :X, qui fait son Gégé le Belge dans la Fledermousse
Gégé le Belge, grand fan de Mireille D. qui l'a distribuée dans cette fameuse Fledermousse !

Nerone, qui attend impatiemment la Norma de la chaste Mireille... :arabe:
Quant à moi, j'attends sa Turandot et sa Brunhilde, vite !

X qui va arrêter avec Mireille, au risque de lasser

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Message par Nerone » 18 mai 2004, 09:59

En effet, car je pourrais en dire du mal, moi, d'Anna Moffo, de Sherill Milnes...

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