Angels In America

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Oneguine
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Angels In America

Message par Oneguine » 22 nov. 2004, 10:37

Bonjour !
Quelqu'un a vu la générale de Angels hier ?
Superbe production (peut-être un peu moins émouvant que Les 3 Soeurs), musique très intéressante (mélangeant sacvamment Opéra, Théâtre, COmédie Musicale) et splendide distribution : Hendricks et Migenes fantastiques (Si si !!!), Lehtipuu comme toujours fabuleux et surtout celui qui chante Prior (Daniel Beilcher je crois) que personnellement je ne connaissais pas et qui est une vraie révélation .
Courez-y !

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Message par tuano » 22 nov. 2004, 10:54

Je n'ai pas vu mais je suis étonné d'un tel enthousiasme.

Superbe production ? La maquette des décors dans le magazine du Châtelet avait l'air nul et le metteur en scène ne fait pas encore partie des grands (ce n'est ni Zambello, ni Bondy, ni Serban, ni Carsen, ni Miller... :wink: ).
C'est bizarre que ce soit "moins émouvant" que Trois soeurs quand on compare le sujet des deux pièces.

Ce n'est pas gênant que toutes les voix soient sonorisées, pour de l'opéra ?

Combien de temps dure le spectacle ? La pièce dure six heures.

Quel a été l'accueil du public ?

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Message par Oneguine » 22 nov. 2004, 11:13

La première partie dure 1h20, la deuxième 50mn, donc ca va !

La sonorisation ne pose pas vraiment de pb car on est vraiment à la limite du Théâtre et de l'Opéra.

Quant à la comparaison avec les 3 Soeurs, ce que je voulais dire c'est qu'il y a moins de poésie dans la musique, même si la sophistication reste grande.

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Message par Oneguine » 22 nov. 2004, 11:15

J'ai oublié : TRIOMPHE du public (mais c'était la Générale ...).
Quant à Carsen ou Zambello, ce ne sont vraiment pas pour moi des références de metteur en scène .... Calvario, lui, a fait des choses formidables qu Théâtre !

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Message par philou » 22 nov. 2004, 11:37

J'étais à la générale au Châtelet hier, et je suis ressorti un peu désorienté, incapable d'avoir une impression définie sur ce spectacle.

Eötvös a mis en musique une mini-série télé adaptée de l'?uvre éponyme du dramaturge américain Tony Kushner avec laquelle il obtint le prix Pulitzer en 1993. Tony Kushner se définit lui-même comme un socialiste juif gai.

Angels in America est une vaste chronique qui brosse le portrait d'une série de personnages affectés de près ou de loin par la maladie du Sida au courant des années 80. Dans l'adversité, certains de ces personnages, dont les destins s'entrecroisent, sont sujets à d'étranges visions dans lesquelles leur apparaît un ange?

Philippe Calvario signe une mise en scène efficace, assez réaliste, ou des petits appartements mobiles situent les personnages dans leur contexte social. Ce n'est ni poétique ni franchement inspiré, plutôt fonctionnel, avec une direction d'acteur très 'Broadway'

Le tout est d'ailleurs très Broadway, notamment la partition d'orchestre, d'où emergent des percussions sophistiquées et très présentes, et un choeur qui intervient en permanence, soit pour doubler les voix, soit pour commenter l'action avec des onomatopées ou des sons expressifs. Les références aux musicals américains sont constantes, et on perd un peu de vue l'écriture d'Eötvös que j'avais tellement aimé dans 'Les trois soeurs'. Eötvös dit lui même qu'il s'est inspiré de Ives dans l'écriture, et de la musique de consommation courante (je ne vois pas très bien à quoi il fait réference par consommation courante en l'occurence, ce n'est ni du pop ni du rap, ni de la techno) C'est le compositeur lui-même qui dirige, avec un souci de la précision extrême, et une dynamique indéniable.

Tous les solistes sont sonorisés, du coup je ne vois pas vraiment pourquoi on fait appel à des chanteurs purement lyriques (Barbara Hendricks, Julia Migenes, Derek Lee Ragin, Topi Lehtipuu -qui ressemble de plus en plus à Viggo Mortensen dans Le Retour du Roi-, Roberta Alexander, Omar Ebrahim, Donald Maxwell), pour chanter un répertoire écrit selon les canons de la 42e rue (enfin, pas tout à fait, quand même), et avec des micros en plus ! De ce fait, c'est difficile d'avoir un jugement sur les voix, ce ne sont pas des interventions lyriques, les tessitures sont très centrales. Evidemment tout le monde, dans ces conditions, tire son épingle du jeu !

Le sujet me parait un peu étrange. Le sida présenté ici comme une maladie touchant l'élite blanche homosexuelle américaine, et dont on meurt rapidement et sans espoir de guérison, correspond à une réalité qui n'est plus d'actualité. Le sida comme drame humain et social se vit aujourd'hui plus dans les hopîtaux de Kinshasa ou de Bangkok que dans les saunas de downtown Manhattan. Or le traitement du sujet se veut hyper réaliste et ancré dans l'actualité, le décalage est vraiment marqué. Du coup, je ne me suis pas vraiment senti touché par le drame, ni par la manière dont il est traité....

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Message par tuano » 22 nov. 2004, 11:59

philou a écrit : Or le traitement du sujet se veut hyper réaliste et ancré dans l'actualité
Parles-tu de la production ou de l'oeuvre elle-même ?

J'étais trop fatigué hier pour assister à l'autre avant-première d'Angels in America, à l'auditorium des Halles, qui durait 5h52. Je me demande comment Eötvös a pu condenser tout ça en 2 heures.

La présence permanente des micros a fini de me dissuader d'aller voir ce spectacle alors que j'attendais cette création mondiale depuis des années. Pourquoi ne pas alors en avoir fait une vraie comédie musicale, en effet ?

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Message par philou » 23 nov. 2004, 14:01

Eötvös a réussi a tout condenser en se concentrant sur des scènes clefs (et aussi je suppose en supprimant des personnages secondaires, mais je ne peux pas l'affirmer car je n'ai pas vu la série). On sent que c'est un peu factice car on saute d'une scène-pivot à une autre, sans réelle continuité dramatique et à cause de cette construction on met du temps à comprendre qui est qui. Et puis du même coup les personnages sont réduits à des caricatures, sans vraiment d'épaisseur psychologique. Il faut tout le talent d'actrice de Julia Migenes ou de Roberta Alexander pour arriver à faire croire qu'il se passe quelque chose de tangible sur scène.

Je parlais de décalage car pour moi quand on traite un sujet comme le sida en 2004 on tient à faire une oeuvre 'de son temps'. Or l'oeuvre de Kushner ne correspond plus à aucune réalité quotidienne. Le sida n'est plus vécu comme cela dans le monde des homosexuels blancs et fortunés. J'ai l'impression d'avoir vu un musical sur un problème social et médical dans les années 80, et en fait traité de manière assez superficielle, pas un opéra contemporain traitant d'un sujet d'actualité !

Philou, qui se rend compte qu'il n'a vraiment pas aimé cette production, plus il y réfléchit !

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les anges en Amérique, plutôt kitsch

Message par faustin » 24 nov. 2004, 08:56

Le très philistin maître de musique, dans Ariane à Naxos dit: "il n'y a pas plus d'idée musicale dans cet opéra qua dans le talon de ma chaussure". Hélas, au risque de passer moi-même pour philistin, c'est l'impression que me donne l'oeuvre de Peter Eötvös d'après la pièce de Tony Kushner entendue hier soir mais si on me dit que c'est mon oreille peu préparée qui est en cause, je dirai peut-être. N'ayant rien entendu de musical, j'y ai vu du théâtre sonorisé plus que de l'opéra.

André Gide disait jadis qu'on ne faisait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Je dirais qu'on ne fait pas forcément de bons opéras avec la défense des meilleures causes, fût-elle l'évocation du Sida de manière qui rend justice à ceux qui en sont atteints.

Le texte ne me paraît pas terrible, jugement que je pourrais éventuellement revoir. Tout ce qu'il y a à dire sur le sida et l'homosexualité en des temps où elle n'était pas acceptée est dit, mais c'est un travail besogneux . La mise en scène est sophisticated, Barbara Hendricks est trop en ange dans sa nacelle. La première partie est réussie avec tous ces compartiments mobiles, la deuxième dans cette espèce de paradis, la "Salle des Principautés", avec tous les personnages portant des petites ailes sur le dos est très kitsch.

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erratum

Message par faustin » 24 nov. 2004, 09:16

Le philistin, ce n'est pas maître de musique, c'est le maître à danser

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Message par Tantris » 24 nov. 2004, 10:54

Philistin ou pas, je trouve qu'il se dit des choses bien sévères sur ce nouvel opéra, y compris par des gens qui ne l'ont pas vu!!! Franchement, renoncer à aller voir Angels in America juste parce que c'est sonorisé, je trouve que c'est un bizarre argument. Qualifier de «chanteurs purement lyriques» Julia Migenes ou Topi Lehtipuu (qui a fait du rock avant de devenir chanteur lyrique, d'ailleurs il chante souvent en s'accompagnant à la guitare dans le spectacle...) m'étonne tout autant.

Et puis il s'est dit beaucoup de choses fausses sur le livret. Angels in America, au départ, n'est pas une mini-série-télé mais une pièce de théâtre en deux parties présentées en deux soirs, qui a gagné les prix les plus prestigieux du théâtre anglophone. Il y a près de 10 ans, Brigitte Jaques avait présenté en première française (à Avignon notamment) ces deux pièces, qui ont eu un succès énorme un peu partout. Ces pièces, qui datent du début des années 90, ont un argument qui se situe dans les années Reagan mais qui dépasse de loin le cadre de cette période et la seule problématique du SIDA. On y parle du melting-pot américain et de son échec, on y parle de la mort de Dieu, de la fin des utopies, des tragi-comédies intimes d'aujourd'hui, tout cela dans un mélange de tons et de formes réjouissant (comique, tragique, mystique, allégorique, lyrique...) et même si tout cela date de l'avant 11 septembre, la pièce parle bien de notre monde contemporain.

Tout ça pour dire que les ODBiens qui se plaignent de ne pas se sentir concernés m'étonnent un peu. Et puis l'hécatombe SIDA n'est pas si éloignée dans le temps, et je rappelle que, même si le nombre de morts dus à cette maladie a chuté, IL Y A ENCORE DES GENS QUI MEURENT DU SIDA EN 2004! Par ailleurs, dans la dernière scène, le personnage de Prior dit que, depuis 5 ans qu'il est malade, ça va bien, et qu'il espère continuer comme ça... Ouverture sur les années trythérapeutiques?
Honnêtement, après les livrets prétentieux et chiants de Mark André ou Pintscher, je trouve qu'Eötvös a eu la main heureuse (même si la réduction des six heures de la pièce en deux heures et demi d'opéra fait l'impasse sur de nombreuses facettes de la pièce) et il m'a semblé que le public était majoritairement captivé par l'?uvre: riant souvent, ému à d'autres moments. OK, la musique n'est pas la plus inspirée qui soit, mais elle est en adéquation avec le sujet: sans cacher l'influence de la comédie musicale (assumée par Kushner, et du coup saisie au vol par Calvario et Peduzzi), elle tente de musicaliser les bruits de New-York, avec un résultat parfois assez poétique. Sinon, la plupart du temps, elle est très «fonctionnelle» ? comme celle de Strauss dans les 70% du Rosenkavalier...

Et la distribution est excellente, même Hendricks (si, si!) Ils ont tous l'expérience du cross-over, parlent (presque tous) leur langue maternelle (l'américain!), sont des comédiens hors-pairs (mention spéciale à Migenes), sont choisi avec un brin de distance bien sentie... Et la découverte de Daniel Belcher: baryton impressionnant. La faiblesse, à mon sens, c'est la production elle-même: sans génie, un peu caricaturale (l'humour potache-queer très années 2000 de Calvario m'énervait déjà dans L'Amour des Trois Orange à Aix, alors ici...) Conclusion (la même qu'Oneguine): courez-y.

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