Tamerlano - E. Haïm -Lille 2004- Caen/Bordeaux 2005

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richie3774
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Tamerlano - E. Haïm -Lille 2004- Caen/Bordeaux 2005

Message par richie3774 » 07 oct. 2004, 09:30

Troisième représentation mardi cinq octobre du Tamerlano de Haendel à l?Opéra de Lille

Tamerlano : Bejun Mehta
Bajazet : Carlo Vincenzo Allemano
Asteria : Carolyn Sampson
Irene : Karine Deshayes
Andronico : Marina De Liso
Leone : Paul Gay

Le Concert d?Astrée
Direction : Emmanuelle Haïm

Mise en scène : Sandrine Anglade
Scénographie : Claude Chestier

Dans ce superbe bâtiment de l?Opéra de Lille, la saison s?ouvrait par un ouvrage rare, Tamerlano de Haendel, composé en 1724, dans une série de chefs d??uvre comme Ottone, Giulio Cesare et Rodelinda.

La distribution alterne le bon et le moins bon. Les meilleures performances vocales sont à mettre à l?actif de Karine Deshayes, Irene de grande classe, une voix superbe, bien projetée, aux aigus percutants et aux vocalises aériennes. Quelle surprise d?entendre une pareille Irène lorsqu?on est comme moi habitué à l?insuffisante Jane Findlay de l?enregistrement de Gardiner.
Autre satisfaction avec le Bajazet de Carlo Allemano, timbre qui peut sembler un peu ingrat au premier abord, aux couleurs sombres et barytonnales. Un petit côté Domingo, mais avec un style nettement plus châtié. Son chant est noble, très stylé, ses récitatifs sont exemplaires de mordant et d?urgence théâtrale. Il nous offre un IIIe acte de toute beauté, avec un « Empio, per farti guerra » proche de la perfection, et une scène du suicide d?une sobriété poignante.
Paul Gay propose un Leone d?une belle prestance, même si ses deux airs, au demeurant très bien chantés, tombent un peu comme des cheveux sur la soupe.
Marina De Liso fait également partie des satisfactions de la soirée, grâce à une belle couleur de voix, chaude et sensuelle. Son implication dramatique, son chant vibrant et émouvant rachètent quelques scories vocales, notamment au I, où elle semblait passablement tendue, et en délicatesse avec la justesse.
Le niveau baisse malheureusement avec l?Asteria de Carolyn Sampson, régulièrement dépassée par les exigences d?un rôle écrasant. Son timbre, très agréable, n?est pas en cause, mais elle a bien du mal à terminer ses phrases, elle chante souvent faux, et ses aigus sont éclatés et métalliques. Malgré celà, sa franchise et la vérité dramatiques de ses interventions rendent son personnage attachant et crédible.
Point noir de cette représentation, le duo du III entre Astéria et Andronicus, totalement raté, les voix des deux chanteuses ne parvenant pas à s?accorder, un long supplice, alors que ce duo est tellement merveilleusement composé.
La performance de Bejun Mehta dans le rôle-titre est honorable, mais je n?aime pas du tout ce timbre ingrat, ces graves poitrinés, ce manque d?éclat dans les aigus. J?ai eu l?impression d?avoir sur scène un tyranneau de sous-préfecture plutôt qu?un empereur tartare, le côté faux jeton du personnage était bien rendu, mais pas sa grandeur, et ses menaces semblaient dérisoires.

La direction d?Emmanuelle Haïm fait également partie des réussites de la soirée, vive et acérée, collant au plus près au drame, mais on souhaiterait parfois qu?elle prenne un peu son temps, qu?elle donne un peu plus de galbe à ses phrasés. L?orchestre sonne bien, un peu sec peut-être.

La mise en scène de Sandrine Anglade, stylisée et abstraite au possible, est d?une belle efficacité.
Deux premiers actes très réussis, avec ces personnages errant au milieu des silhouettes qui peuplent la scène (des costumes, accrochés à des cintres, qu?on fait monter ou descendre au gré de l?avancement du drame). Parmi les moments forts, la fin du II, lorsque des fils lumineux descendent sur la scène, donnant l?illusion de représenter des cages, habile métaphore de l?enfermement de Bajazet, Asteria et Andronicus.
Le III est moins réussi, car à force d?épure, on en vient parfois à évacuer le drame. Ainsi, durant la scène du banquet, il n?y a même pas une table, les personnages étant figés dans des attitudes dignes des mimes qu?on voit parfois dans nos centre-villes. Astéria ne sert pas à boire à Tamerlan, c?est un danseur à qui elle va donner une coupe qui va la porter à Tamerlan. Où est l?humiliation que le tartare voulait infliger à la princesse déchue ?

Le costume commun à tous : une sorte de robe de bure bicolore à capuche, porté par chacun des protagonistes, sauf en quelques endroits bien précis : dans l?introduction du I, lorsque les silhouettes jonchent le sol, figurant les morts de la bataille, Bajazet porte une salopette de plâtrier qu?il échangera bien vite contre une robe de bure. C?est dans la même salopette que Tamerlan terminera l??uvre, après qu?il aura accordé son pardon aux deux amants. (il y a sûrement un sous-entendu caché là-dessous).
Public assez nombreux, mais c?était loin d?être complet malgré tout, très bruyant et chuchoteur pendant la musique, mais avare d?applaudissements à la fin.

Pour conclure, une très belle représentation, d?un opéra qui n?a pas à rougir face aux « tubes » comme Giulio Cesare ou Rinaldo, distribution de bonne tenue (même si une version de concert pourrait révéler pas mal de scories gommées par l?impact théâtral), mise en scène bien pensée et bien faite, et une direction musicale d?excellente qualité.

Richard

PS Les parisiens se plaignent de la disparition des « petits papiers » de l?Opéra de Paris. A Lille, on donne, un programme très bien fait comprenant distribution complète, synopsis, analyse de l??uvre, textes introductifs rédigés par la directrice musicale et par l?équipe de mise en scène, plus une biographie des artistes. Chapeau !

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Message par Lionel » 07 oct. 2004, 10:14

Merci Richard. Très beau commentaire.

Cette production va t elle être enregistrée ?

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Message par richie3774 » 07 oct. 2004, 10:22

Lionel a écrit :Merci Richard. Très beau commentaire.

Cette production va t elle être enregistrée ?
Merci.

Je n'en sais absolument rien, je n'ai pas d'informateur parmi les maisons de disque.
Pour les amateurs de DVD, ce serait effectivement un spectacle intéressant à capter.

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Message par bajazet » 07 oct. 2004, 10:42

Merci en effet pour ce compte rendu. Le spectacle sera repris à Bordeaux en avril prochain, avec Renata Popupic en Irene, et sans Sampson semble-t-il. Karine Deshays est en effet une chanteuse remarquable, avec une substance vocale épatante, et le rôle d'Irène comporte au moins un air sublime, avec clarinettes si ma mémoire est bonne.

Tamerlano est avec Rodelinda un des opéras musicalement et dramatiquement les plus extraordinaires de Haendel, sans doute un des plus émouvants. Alors que Rinaldo, c'est plutôt une collection de moments à grand spectacle qu'autre chose. Le problème, c'est qu'on n'y trouve pas l'ironie comme dans Jules César, et donc c'est plus ardu pour les metteurs en scène, souvent démunis devant la tragédie. Villégier, dans sa Rodelinda, donnait dans le clin d'?il parodique de façon très décevante.

Pour la mise en scène de S. Anglade, d'après ce que dit Richard, ce n'est pas encore là qu'on aura de la chair, du sang et des larmes, j'ai l'impression. Et on pourrait disserter sur l'usage de la salopette dans une action tragique. Quelle bêtise ! Pour figurer la défaite et le dénuement, je suppose ?

Bajazet,
qui tient les salopettes en horreur !

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Message par JdeB » 07 oct. 2004, 10:46

bajazet a écrit : Villégier, dans sa Rodelinda, donnait dans le clin d'?il parodique de façon très décevante.
:!: :?: :twisted:
C'était l'un des spectacles les plus captivants de la décennie.

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Message par bajazet » 07 oct. 2004, 10:57

Chacun à son goût! J'ai trouvé ça moins raté qu'Hippolyte et Aricie mais décevant, avec refuge dans des expédients. Heureusement qu'il y avait Antonacci !

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Message par tuano » 07 oct. 2004, 11:12

Antonacci est peut-être la plus grande chanteuse-actrice actuelle mais comme Callas avait besoin d'un Visconti pour atteindre le meilleur d'elle-même, Antonacci a besoin d'un Villégier pour atteindre le sublime.

Je ne trouve pas que Villégier soit tombé dans la facilité, bien au contraire. Après un spectacle emblématique comme Atys, il aurait pu traiter le baroque toujours de la même manière, avec une sorte de reconstitution d'une production d'époque. Avec un talent de directeur d'acteurs comme le sien, ça aurait fonctionné à chaque fois. Il a préféré aller plus loin avec Rodelinda et je pense comme JdeB que le résultat est captivant.

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Message par richie3774 » 07 oct. 2004, 11:24

bajazet a écrit :Pour la mise en scène de S. Anglade, d'après ce que dit Richard, ce n'est pas encore là qu'on aura de la chair, du sang et des larmes, j'ai l'impression. Et on pourrait disserter sur l'usage de la salopette dans une action tragique. Quelle bêtise ! Pour figurer la défaite et le dénuement, je suppose ?

Bajazet,
qui tient les salopettes en horreur !
C'est une mise en scène très distanciée, assez froide, encore qu'il y a aussi de beaux moments, par ex. visuellement, le duo Andronicus-Asteria était très émouvant.
Quant à la salopette, c'est plutôt anecdotique, on la voit portée deux minutes par Bajazet, et encore moins longtemps par Tamerlan. L'élément principal du costume, c'est cette robe à capuchon, genre Obiwan Kenobi, mais bicolore (gris-bleu).

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Message par richie3774 » 07 oct. 2004, 16:39

J'ai failli écraser un renard sur l'autoroute en revenant. :fox1:

Pathétique mais véridique prétexte pour remettre mon fil en tête de gondole. :oops:

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Message par bajazet » 07 oct. 2004, 18:26

tuano a écrit :Après un spectacle emblématique comme Atys, il aurait pu traiter le baroque toujours de la même manière, avec une sorte de reconstitution d'une production d'époque.
Parce que tu considères que son Atys est une "reconstitution d'une production d'époque" ? Tu rêves ? Mais ce malentendu est décidément tenace. Villégier s'est toujours défendu de faire du théâtre archéologique.

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