Debussy -Pelléas & Mélisande- Wilson - ONP, 09/2004 (2)

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Debussy -Pelléas & Mélisande- Wilson - ONP, 09/2004 (2)

Message par muriel » 20 sept. 2004, 11:33

Bon voilà , j'ouvre le fil sur Pelléas et Mélisande. J'espère que Philou et Faustin prendront la suite.
Soirée exceptionnelle , inoubliable !!
Pour ceux qui ont peur d'aborder cette oeuvre réputée difficile , ce qui était mon cas , courrez-y vite .
On est porté dès les premières notes par cette musique envoûtante , comme dans un songe. Seul l'entracte interrompt cette rêverie .
Tout le deuxième balcon retenait son souffle, immobile et silencieux , c'était magique...
La mise en scène est parfaite , douce , onirique , esthétique.
L'orchestre est magnifique , les 7 contrebasses au fond, face au chef , les 4 cors (parfaits) côté droit.
Et puis 3 voix d'homme exceptionnelles : d'abord Van Dam en Golaud tragique et inquiétant , Furlanetto époustouflant en Arkel , surtout dans la deuxième partie , et Keenlyside en Pelléas (mais je m'attendais à un rôle un peu plus important).
Delunsch joue très bien ...

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Message par Nerone » 20 sept. 2004, 14:16

Je me permets de proposer ce lien : Première de Pelléas. Verrouillé, mais encore d'actualité !

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j'y retourne ce soir

Message par faustin » 20 sept. 2004, 16:56

Je ne peux que redire mon enthousiasme!
N'oublions pas de mentionner le rôle capital que joue le texte que la musique respecte infiniment, que la musique exalte, pour lequel la musique est comme un écrin.
Il est peu d'oeuvres lyriques où le génie littéraire s'affirme à ce point.
Gérard Mortier a pour son arrivée programmé une oeuvre franco-belge, sans doute la seule de tout le répertoire.
J'y retourne ce soir et espère bien avoir le plaisir de retrouver l'un d'entre vous.
Faustin

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Message par David-Opera » 21 sept. 2004, 08:30

Pelleas faisait l'ouverture de la saison Mortier (l'Italienne étant un contrat Hugues Gall) et est un succés. Cela explique la difficulté à avoir des places.
J'y vais pour la dernière le 2 octobre et ils ne vendaient au guichet que les places à 9 et 20 euros.
G.Mortier a par ailleurs donné comme consigne de ne plus afficher les places disponibles. Merci beaucoup, j'aime les surprises. :roll:

J'y vais surtout pour réentendre la splendide direction de Crambeling.

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Message par philou » 21 sept. 2004, 23:05

Bon je reviens sur la soirée du jeudi 16 septembre....

Ce qui est bien avec Bob Wilson, c'est que comme il fait la même mise en scène depuis 20 ans, quand ça ne marche pas c'est grotesque
(Frosch ou Butterfly), mais quand ça marche c'est carrément magique (Gluck au Châtelet ou encore ce Pélléas).
Comme le soulignait Nerone, l'univers abstrait et glacé de Wilson colle parfaitement à la prose de Maeterlinck et à la musique mystérieuse de Debussy. L'attitude hiératique des personnages et le découpage au cordeau de la lumière et des pans de murs accentue la désagréable sensation d'oppression et d'obscurité que l'oeuvre transmet déjà !

Pélléas est un de mes opéras préférés, j'y vais donc à chaque fois avec beaucoup d'excitation et d'appréhension aussi.
Cambreling m'a fortement impressionné, surtout après les années de vaches maigres que l'on a eu à subir avec Conlon. J'avais enfin l'impression de redécouvrir la sonorité de l'orchestre de l'ONP, son savoir-faire, sa palette de couleur très ample. Certes Cambreling ne fait pas dans la demi-mesure : des nuances excessives, des ralentis très marqués, des envolées wagneriennes. Ce n'est pas du tout chambriste mais dans Pélléas j'adore ça ! Et j'entendais enfin les contrebasses avec toutes ces phrases vertigineuses dans le 4e acte, un vrai régal !

La voix de Van Dam ressemble à ces tapisseries magnifiques un peu usées par la patine du temps : le tout est un peu lustré, un peu mat, mais on voit tout de suite l'immense qualité de l'ouvrage. La projection est encore percutante, la diction irréprochable (c'en est même stupéfiant !), le legato génereux et surtout une compréhension totale et absolue du rôle, de son évolution, de l'ampleur de sa folie, de son desespoir ! au IVe acte dans le scène où il humilie Mélisande et la traine par les cheveux, sa rage était telle que j'en ai pleuré !

Furlanetto se débat un peu avec la prononciation mais quelle voix : grandiose d'un bout à l'autre avec des éclats dans l'aigu que je ne lui connaissait pas, il signe un Ve acte somptueux et peut prétendre rivaliser avec les plus grands titulaires du rôle !

Peckovà est le gros point faible de cette distribution ! Graves poitrinés et inaudibles, articulation hasardeuse voire incompréhensible, elle ne marquera pas le rôle de Geneviève....rendez-nous Palmer !

Delunsch est un peu dépassée par les exigences vocales du rôle, en tout cas dans la brillance et l'accomplissement vocal qu'il requiert...mais elle défend son rôle avec une fragilité, une étrangeté, un abandon qui forcent le respect. Elle atteint des sommets dans le scène de la fontaine des aveugles, et dans la scène de la tour....son timbre me laisse assez froid, ses aigus n'ont rien de marquant, son médium est plutôt palichon mais elle porte en elle une telle mélancolie, un tel mystère que je me suis laissé séduire...

Keenlyside est renversant : la tesiture totalement maitrisée, même à la fin du 4e, il campe un Pélléas conforme au livret : d'abord maladroit et hésitant, puis enivré et déchainé : la voix resplendit de bout en bout, dans un français parfait, des aigus solaires et un médium d'une suavité toute juvénile, mais avec un je ne sais quoi de corsé...., une angoisse qui se dégage du moindre de ses gestes. Il balaye Henschel, Leroux et Braun d'un coup de scène de la grotte, qu'il traverse avec un aplomb désarmant ! Et son 'Oh ! toutes les étoiles tombent' et la réponse de Delunsch 'sur moi aussi, sur moi aussi' m'a bouleversé plus que je ne saurai l'écrire. Simon, tu es EXCEPTIONNEL !!!!!!!

Tout ça pour dire que malgré les tonnes d'horreurs qu'on a débité sur Gégé ici même, je reconnais à cette soirée la différence évidente de qualité musicale (notamment orchestrale !) par rapport à l'ère Gall ! Et rien que pour ça, et aussi pour ses choix de répertoire, merci Gérard, et bienvenue à Paris !


A vous les studios !

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Message par bajazet » 21 sept. 2004, 23:13

Merci, Philou, pour ce magnifique compte rendu, si pénétrant.

Bajazet,
qui s'arrache les cheveux en hullulant (car il rate ce Pelléas), au lieu de les laisser descendre tout le long de la tour afin d'y capturer Simon.

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Message par Julien » 21 sept. 2004, 23:19

philou a écrit :La voix de Van Dam ressemble à ces tapisseries magnifiques un peu usées par la patine du temps : le tout est un peu lustré, un peu mat, mais on voit tout de suite l'immense qualité de l'ouvrage. La projection est encore percutante, la diction irréprochable (c'en est même stupéfiant !), le legato génereux et surtout une compréhension totale et absolue du rôle, de son évolution, de l'ampleur de sa folie, de son desespoir ! au IVe acte dans le scène où il humilie Mélisande et la traine par les cheveux, sa rage était telle que j'en ai pleuré !
Ha ben ça c'est bien parlé ! :clap:

Bravo et merci de ce compte rendu.
Julien
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Bajazet, le 16.09.04
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Message par Alain_B » 23 sept. 2004, 22:33

Je rentre tout juste de Bastille, je ne rajouterai rien sur les voix, tout à déjà été dit sauf peut être que cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu Van Dam chanter comme ce soir.

Par contre il semblerait que je devienne Wilsonnien avec l'âge, en tout cas je trouve que cette mise en scène passe beaucoup mieux à Bastille qu'à Garnier et est en parfaite adéquation avec la musique de Debussy.

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Message par Xavier » 23 sept. 2004, 22:42

Alain_B a écrit :Par contre il semblerait que je devienne Wilsonnien avec l'âge, en tout cas je trouve que cette mise en scène passe beaucoup mieux à Bastille qu'à Garnier et est en parfaite adéquation avec la musique de Debussy.
J'ai toujours pensé moi aussi que la mise en scéne "wilsonienne"* était en parfaite adéquation avec la musique de Debussy :twisted:

X, un peu perfide ce soir

*c'est ça le Paris lyrique : l'adjectif "wilsonien" ne renvoie pas Woodrow mais à Bob ! :wink:

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