Récital de Jennifer Larmore - Antibes, 04/07/2006

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EdeB
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Récital de Jennifer Larmore - Antibes, 04/07/2006

Message par EdeB » 08 juil. 2006, 10:52

"La Magie d?une voix" : récital de Jennifer Larmore

Jennifer Larmore, mezzo soprano.
Orchestre régional Provence-Côte d'Azur
Marco Zambelli, direction

"Musiques au Coeur d'Antibes", Antibes Juan les Pins, 4 juillet 2006.

Haendel : Giulio Cesare
Presti omai
Aure deh per pietà

Haendel : Semele
Hence, Iris, hence away

Mozart : Ouverture des Nozze di Figaro
Chio mi scordi di te ? Air de concert K 505 (avec piano)

Rossini : Il Barbiere di Siviglia
Una voce poco fa

Bizet
Trois entractes de Carmen
Habanera
Séguedille
Chanson bohème

Gershwin : Lullaby (berceuse)

Victor Herbert : The Enchantress (opérette)
Art is calling For Me (I want to be a Prima donna)

Bis
Barroso : Brazil
Donizetti : Lucrezia Borgia Brindisi.



Image
Photographie © Warner Classics.

C?est dans les jardins de la superbe villa Eilenroc, dont la colonnade néo-palladienne formait un écrin idéal à ce concert, que se tient désormais le festival Musiques au C?ur d?Antibes dirigé par Eve Ruggieri (et qui a présenté le concert). Cette dernière avait invité pour l?ouverture de cette édition Jennifer Larmore qui se fait malheureusement trop rare sur les scènes françaises.
On connaît depuis ses débuts à Nice en 1986 l?abattage scénique, le sens dramatique, la gouaille, et le sens du rythme de la mezzo américaine, mais ses admirateurs n?ont rien pu trouver à redire à ce format théoriquement plus contraignant pour la « bête de scène » qu?elle est. En effet, elle nous a gratifié d?un feu d?artifice singulier ? qui répondait aux tentatives lointaines et vite avortées d?artificiers amateurs en cette fête nationale américaine- qui démontre que la contrainte peut se montrer fertile, jusqu?à en faire quasiment swinguer orchestre et chef (qui s?est fendu d?un petit pas de danse sur un des bis, tout en dirigeant imperturbablement).
Le programme de ce récital permettait d?avoir un aperçu de l?étendue de la palette de cette sirène, presque frêle dans sa superbe robe écarlate, mais dont la vaillance et l?énergie faisait mentir cette apparence de beauté fragile.

La première partie du concert s?attachait au répertoire baroque,mMozartien et rossinien que Jennifer Larmore a tellement marqué de son sceau, en particulier ce rôle de Giulio Cesare qu?elle a maintes fois repris. Première surprise, la voix, malgré le diapason moderne, a gagné en assise dans les graves dont elle peut faire valoir un moelleux encore plus sombre et séduisant, sans toutefois rien perdre dans l?aigu de la tessiture, qui reste clair et assuré.
Son César est toujours aussi assuré et impérieux dans son air d?entrée, et plaisamment désemparé (pour l?auditeur), échoué sur sa plage, à la recherche de ses légions englouties. D?ailleurs, comme pour compatir à son triste sort, un vol de mouettes est venu survoler les jardins, pleurant lui aussi la perte de la flotte de l?imperator? écho assez savoureux, qui s?est joint un instant au murmure des cigales. Le magnifique récitatif pleinement habité, prouvait lui aussi, la qualité de cet habit de général en chef, qui ne devenait pas ici simple air de bravoure.
Junon, qui suivait l?incarnation du descendant de Vénus, était ici une vraie matrone romaine : sûre de son bon droit, impérieuse et impatiente : le jeu sur les couleurs, les nuances apportées à la reprise de l?air, tout témoignait de la noblesse de la déesse mais également subtilement de l?exaspération de l?épouse bafouée. She?s the boss !

Une incroyable interprétation de Ch?io mi scordi di te était l?un des clous de la soirée. Doit-on regretter que cette version n?ait pas été jouée sur instruments anciens avec un pianoforte ? S?il est vrai que la plainte pointe, elle se fait oublier devant la splendeur absolue de cette version vocale. C?est renversant d'expression et d?intelligence. Jennifer Larmore est absolument idéale dans cette tessiture, prêtant la splendeur de son timbre, la richesse de ses harmoniques, son sens de la retenue et de la variation, à ce duo qui se décrispe peu à peu, et où la voix est soutenue par pallier par l?instrument soliste. Elle a su également soutenir l?attention des auditeurs par une subtile gradation des affects (la reprise de Perchè mai tanto rigor !) la chaleur de son timbre et une très grande finesse dans l'exposé, tant dans le récitatif accompagné (exemplaire) que dans le rondo.

La cantatrice terminait cette première partie avec une version étincelante de Una voce poco fa. Sa Rosine est une femme de tête qui sait ce qu?elle veut, et l?obtiendra, sans façons, avec beaucoup de fraîcheur, d?entêtement, et de malice.

Sa Carmen résulte d?une étude fouillée de la gitane, et ne se contente pas de tortiller les hanches. Non seulement la diction et le sens de la construction des phrases sont exemplaires (seul défaut de prononciation relevé, un premier « refrain » un peu trop en arrière et nasillard), mais l?évocation psychologique est là. Certes, l?entrée de la bohémienne est mise en scène ? elle s?avance lentement au milieu de l?orchestre, aguichant les musiciens et le chef, et les frôlant de la rose rouge qu?elle tient en main- mais ce n?est finalement qu?anecdotique devant la justesse stylistique et les couleurs employées pour faire valoir les différentes faces du personnage, alanguie, primesautière, calculatrice ou simplement sensuelle, d?une sensualité qui exsude de la voix et d?une immobilité parfois plus pétrifiante que des espagnolades, le tout, sans une once de vulgarité.

Un extrait de l?opérette de Victor Herbert (1859-1924) terminait le récital en apothéose : J. Larmore y déploie tous les charmes coloratures d?une adorable peste aux chevilles enflées, débordante de snobisme, qui se joue néanmoins des difficultés de l?air, de ses aller-retours incessants dans toute sa tessiture, de ses changements stylistiques et ses ruptures de ton (y compris dans la partie médiane qui insère, dans un clin d??il plein d'esprit, la cavatine de Rosina qui concluait la première partie du concert). C?est plein d?humour, pétillant et le public en redemande?

Sous ses vives sollicitations du public qui lui a réservé un triomphe, elle revint encore, un verre de vin à la main, pour un Brindisi inquiétant dans sa verve (il ne manque pas une roulade car Jennifer Larmore possède les « roulades and the trills / That would send the cold chills / Down the backs of all hearers of [her] vocal frills., selon Herbert !) et un Brasil déjanté qui met fin à une soirée de rêve, dans cette nuit clémente.

Peut-être Jennifer Larmore n?est elle pas cette prima donna proverbiale (et caricaturale !) de la chanson, mais elle a démontré ce soir qu?elle était une très grande artiste.

Elle était admirablement soutenue par l?Orchestre régional Provence-Côte d'Azur qu?on a rarement entendu sous un meilleur jour, placé sous la direction de Marco Zambelli qui a mis en valeur la souplesse, l'articulation et la transparence de la formation, et un magnifique pupitre de cordes.

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Message par Christopher » 08 juil. 2006, 12:00

qui y -t-il d'autre au programme de ces Musiques au Coeur d'ANtibes ? quel opéra en version scénique sera joué ?

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Message par JdeB » 08 juil. 2006, 12:09

Rappel de la programmation de l'édition 2006 de Musiques au Coeur d'Antibes.

Jeudi 6 et Samedi 8 juillet à 20h30 : La Traviata
avec Sylvia Hwang,/ Henriké Jacob - Violetta
Sophie Pondjiclis- Flora
Magali Damonte - Annina
César Augusto Gutierrez -Alfredo
Imer Katcha - Germont
Alain Gabriel - Gaston
Jen-Philippe Marlière - Baron Douphol
Frédéric Goncalves - Marquis d'Orbigny
Christian Tréguier - Docteur Grenvul

Orchestre Philharmonique et Choeurs de l?Opéra de Nice /Bruno Ferrandis. Direction des Choeurs /Giulio Magnanini
Metteur en scène : Paul Emile Fourny

(C'est déjà complet... )

Lundi 10 juillet à 21h : Requiem de Mozart
avec Sandrine Piau, Diana Axentii, Eric Laporte, François Lis.
Orchestre Régional PACA & Choeurs de l?Opéra de Nice / Philippe Bender. Directeur des Ch?urs : Giulio Magnanini

Mercredi 12 à 21h Les Stars du Baroque chantent Vivaldi,
Philippe Jaroussky, contre-ténor
Ensemble Matheus / Jean-Christophe Spinosi


Site officiel : http://www.antibes-juanlespins.com/fr/n ... coeur.html
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Message par Christopher » 08 juil. 2006, 13:06

questions partiques : à la villa EilenRoc, n'est-on pas géné par les avions qui se préparent à attérir à Nice ?
et sans voiture, la villa est-elle facilement accessible par navette ou bus ?

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Message par JdeB » 08 juil. 2006, 13:38

Christopher a écrit :questions partiques : à la villa EilenRoc, n'est-on pas géné par les avions qui se préparent à attérir à Nice ?
Si, parfois, mais les grillons sont aussi bruyants.... et impossible de les baillonner tous...
et sans voiture, la villa est-elle facilement accessible par navette ou bus ?
Nous avons eu le même problème : pas de bus, et pas de navettes, et en ce qui concerne les taxis, heureusement qu'on en avait appelé un une heure et demie avant le début du concert.... Il s'est pointé un quart d'heure avant le début (pour 10 minutes de trajet accélérateur au plancher) et nous sommes arrivés ric-rac.... Le problème des taxis disponibles est récurrent (et stressant) à Antibes Juan les Pins...
Par ailleurs, la ville est vraiment très agréable, les gens absolument charmants, et la vieille ville d'Antibes et le port valent vraiment le déplacement si on ne les connait pas. Sans compter le musée Picasso...
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