Antonacci dans les Nuits d'été, TCE 23/03/06

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Antonacci dans les Nuits d'été, TCE 23/03/06

Message par Ruggero » 24 mars 2006, 09:27

A l'issue de ce cycle de mélodies de Berlioz, interprété hier soir par Anna Caterina Antonacci et Sir Colin davis à la tête de l'Ochestre National de France, Madame Régine Crespin, qui en a enregistré une version de référence est venue dans les coulisses du Théâtre des Champs-Elysées. elle qui a une grande admiration pour la chanteuse ferraraise, elle l'a à peine salué pour se rendre tout de suite dans la loge du chef, comme si elle avait compris que sa propre interprétation faisait désormais date...

En effet, il faut faire un immense reproche à madame Antonacci : celui de nous empêcher désormais d'écouter ce vénérable enregistrement de DECCA sans soupirer après l'émotion éprouvée hier.

Antonacci ne chante pas ces Nuits, elle les vit, elle déploie son art dans toute l'ampleur que permet un cycle à la fois symboliste et dramatique, aux registres extrêmement variés. Le tempo choisi par le chef est très lent et les interprètes habitent cette lenteur avec une présence inédite. Le chant parcourt une gamme de couleurs longue à perte de vue, exprime tour à tour le gémissement, le lyrisme, la douleur, la passion, l'ironie, la légèreté... Bien sûr, il y a quelques accrocs par-ci par-là, un aigu pas tout à fait juste et le mot "linceul" est écrit un peu trop grave pour elle ; certains aigus sont encore un peu tirés ; dans l'extrême aigu la diction se perd parfois, alors qu'elle est d'une très grande clarté le reste du temps. Mais n'oublions pas que nous avons entendu une interprétation "live" et non un enregistrement discographique. Ces petits défauts ne sont rien à côté de la pure beauté dont il nous a été donné de jouir.

On comprendra que j'ai été fort agacé d'entendre certains faire la fine bouche! J'ai entendu de la part d'amis placés au second balcon qu'elle aurait eu une mauvaise diction! un ami critique a même dit qu'elle chantait sans nuances 8O !! que les tempi étaient mal tenus!! et j'en passe. Du coup, ça m'a déconcentré et je ne suis pas capable de parler de la seconde partie (les Planètes de Holst), que je n'arrivais pas à écouter, alors que j'adore la musique pompière anglaise.

Bref, c'est tout de même pour moi une des plus belles soirées musicales de ces deux dernières saisons.
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)

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Message par vigie » 24 mars 2006, 09:44

Ayant dans les oreilles (et dans le coeur ) la version de ma chère susan (mais je vais vite me procurer celle de Régine Crespin), j'ai été un peu déstabilisé par la version d'hier : tempi assez lents; le sentiment que l'osmose et l'équilibre chant/orchestre ne se faisaient pas même si l'un et l'autre étaient souvent très beaux ... déstabilisé aussi par la version très dramatique à mille milles des couleurs déployées par Susan.

Je reste donc un peu partagé

Deux mots sur les planètes : écouté comme ça en live ça calme !!! Un peu toujours la même chose à la longue mais emmené avec beaucoup plus de conviction par l'orchestre et son chef que les Nuits (plus valorisant pour l'orchestre ?)

Mais il paraît que cette musique écoutée régulièrement influe positivement sur la longévité et la bonne santé ... une histoire d'ondes, probablement, qui permettent de rester "pompier, bon oeil"

Enfin ce ne sont que quelques impressions ...

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Message par tuano » 24 mars 2006, 09:47

Le concert est passé en direct sur France Musique d'après le programme distribué en salle, j'espère que nous aurons de nombreux avis. Cela a été un triomphe pour les interprètes, il y a eu peut-être cinq rappels mais pas de bis.

C'est vrai que la diction n'était pas aussi bonne que dans les Troyens où elle avait certainement un coach* de français. A ce moment là, elle avait la meilleure diction française du monde, d'où une déception pour certains par rapport à hier où sa diction était bien sûr meilleure que celle d'une Béatrice Uria-Monzon ou d'une Natalie Dessay mais pas vraiment excellente non plus.

Anna Caterina Antonacci chante ces mélodies comme un cycle, ce qu'elles ne sont pas. Cela m'a rappelé Hildegard Behrens dans la même salle, dans ces Wesendonck Lieder que Wagner n'a jamais conçus comme un cycle de mélodies avec orchestre.
Pour moi, c'est une erreur d'assombrir la Villanelle, L'île inconnue et même Le spectre de la rose. Je pense que la Fleur est fière d'être jalousée par les rois, qu'elle se délecte de hanter la jeune fille, qu'elle est heureuse en pensant au bal... Là, j'avais juste l'impression qu'elle était triste d'être morte, ce qui est beaucoup plus prosaïque.

(*Faustin est parti en voyage, j'en profite pour placer des mots anglais)

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Message par Ruggero » 24 mars 2006, 09:51

vigie a écrit :Ayant dans les oreilles (et dans le coeur ) la version de ma chère susan (mais je vais vite me procurer celle de Régine Crespin), j'ai été un peu déstabilisé par la version d'hier : tempi assez lents; le sentiment que l'osmose et l'équilibre chant/orchestre ne se faisaient pas même si l'un et l'autre étaient souvent très beaux ... déstabilisé aussi par la version très dramatique à mille milles des couleurs déployées par Susan.

Je reste donc un peu partagé

Deux mots sur les planètes (...) Mais il paraît que cette musique écoutée régulièrement influe positivement sur la longévité et la bonne santé ... une histoire d'ondes, probablement, qui permettent de rester "pompier, bon oeil"
:lol:
Je comprends qu'on n'aime pas une approche dramatique du chant, en général. pour moi il y a deux types de chanteurs (ouh là là! ça commence mal si je me mets à parler comme ça! :wink: ) : ceux qui privilégient la pureté de la ligne de chant (et qui m'ennuient profondément, comme von Otter, Caballé, Ramey, voire Graham que j'aime bien quand même) et ceux qui privilégient l'interprétation, qui chantent des mots et non des notes, qui font vivre le texte et non la partition (comme Raimondi, Antonacci etc.). Je comprends que les fanatiques de la technique en haient horreur, mais moi qui n'y connais rien je préfère ça de très loin. Je précise par ailleurs que j'aime beaucoup l'enregistrement de Crespin, que je continuerai à l'écouter en lui portant une grande estime, j'exagérais, mais pas tant que ça.
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Message par Ruggero » 24 mars 2006, 10:01

tuano a écrit :Le concert est passé en direct sur France Musique d'après le programme distribué en salle, j'espère que nous aurons de nombreux avis. Cela a été un triomphe pour les interprètes, il y a eu peut-être cinq rappels mais pas de bis.
En effet, c'est rare de voir à Paris les gens aussi enthousiastes, notamment continuer d'applaudir après que les lumières se sont rallumées. Antonacci était très émue, sincèrement.
C'est vrai que la diction n'était pas aussi bonne que dans les Troyens où elle avait certainement un coach de français. A ce moment là, elle avait la meilleure diction française du monde, d'où une déception pour certains par rapport à hier où sa diction était bien sûr meilleure que celle d'une Béatrice Uria-Monzon ou d'une Natalie Dessay mais pas vraiment excellente non plus.
Antonacci a pris des leçons de français ces derniers mois (au moment des Troyens, elle le parlait très très mal et a en effet énormément travaillé avec un coach). Je trouve que ça s'entend! bien sûr c'est moins clair que pour Cassandre, mais c'est tout de même plus qu'intelligible. Je ne connais bien que le texte de la Villanelle et quelques vers par-ci par-là, j'ai pourtant pu suivre le texte sans grande difficulté. ça, c'est objectif, non?
Anna Caterina Antonacci chante ces mélodies comme un cycle, ce qu'elles ne sont pas. Cela m'a rappelé Hildegard Behrens dans la même salle, dans ces Wesendonck Lieder que Wagner n'a jamais conçus comme un cycle de mélodies avec orchestre.
C'est intéressant! est-ce que ça va jusqu'à te gâcher la soirée?
Pour moi, c'est une erreur d'assombrir la Villanelle, L'île inconnue et même Le spectre de la rose. Je pense que la Fleur est fière d'être jalousée par les rois, qu'elle se délecte de hanter la jeune fille, qu'elle est heureuse en pensant au bal... Là, j'avais juste l'impression qu'elle était triste d'être morte, ce qui est beaucoup plus prosaïque.
Donc, au fond, tu n'as que des reproches très précis concernant le rapport entre le texte et l'interprétation du texte. Si tu en as d'autres, n'hésite pas à les formuler, je suis prêt à tout entendre :wink: !
Bon, il faudrait que je réécoute cela, effectivement les couleurs étaient assez sombres pour la Villanelle, mais variées pour l'île inconnue: je ne trouve pas que celle-là était si sombre que ça.
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Re: Antonacci dans les Nuits d'été, TCE 23/03/06

Message par yoshi » 24 mars 2006, 13:29

RuggeroRaimondi a écrit : Antonacci ne chante pas ces Nuits, elle les vit
:down: Je suis désolé mais de l'endroit ou j'étais je n'ai pas entendu la même chose mais au contraire une grande voix d'opéra qui essayait de se rapetisser pour faire de la mélodie et ça ne marchait pas trèsd bien. Toutes les notes étaient dans la nuance forte avec beaucoup de "vibrato italien" (ce qui n'a rien avoir avec celui de Régine Crespin) et chaque fois que la voix essayait de faire un piano elle baissait et devenait très faux. J'ai donc entendu une chanteuse magnifique dans un univers (la mélodie romantique la plus sombre) qui ne lui va pas très bien.
Même si ça ne m'empêche pas de passer un bon moment j'ai quand même entendu des Nuits d'Eté bien plus émouvantes. Désolé.

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Message par silvio » 24 mars 2006, 14:03

Pour moi la version Crespin n'a jamais été la meilleure bien au contraire, je sais que ça provoque un scandale à chaque fois mais c'est bien ce que je pense sincèrement...La vois n'est pas belle, c'est même de plus en plus laid dès qu'elle essaye d'atteindre les aigus, le style n'est pas bon, elle ajoute meme des ports de voix assez disgracieux....l'orchestre est somptueux mais pour moi pas la soliste....
La version que je préfère est bien celle enregistrée par Anne sophie von O. dirigée sans éclats par Levine, mais Anne sophie a tellement tout compris à cette oeuvre que tout passe merveilleusement bien, les aigus sont d'une beauté infaillible, la ligne est magnifique et la prononciation très correcte pour une étrangère...
Et ce qui est très important pour moi, la voix est remarquablement bien placée (en tout cas à cette période de sa carrière...), tout est aérien, rien n'est alourdi volontairement ou involontairement, la souplesse est belle et toujours au service de la ligne de chant...j'adore....mais j'aurais voulu être là pour ce beau concert de cette semaine car cela devait être très intéressant à entendre...

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Re: Antonacci dans les Nuits d'été, TCE 23/03/06

Message par Ruggero » 24 mars 2006, 17:39

yoshi a écrit :
:down: Je suis désolé mais de l'endroit ou j'étais je n'ai pas entendu la même chose
tu étais où?
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
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Message par tuano » 24 mars 2006, 23:35

RuggeroRaimondi a écrit :
Pour moi, c'est une erreur d'assombrir la Villanelle, L'île inconnue et même Le spectre de la rose. Je pense que la Fleur est fière d'être jalousée par les rois, qu'elle se délecte de hanter la jeune fille, qu'elle est heureuse en pensant au bal... Là, j'avais juste l'impression qu'elle était triste d'être morte, ce qui est beaucoup plus prosaïque.
Donc, au fond, tu n'as que des reproches très précis concernant le rapport entre le texte et l'interprétation du texte. Si tu en as d'autres, n'hésite pas à les formuler, je suis prêt à tout entendre :wink: !
Bon, il faudrait que je réécoute cela, effectivement les couleurs étaient assez sombres pour la Villanelle, mais variées pour l'île inconnue: je ne trouve pas que celle-là était si sombre que ça.
C'est un morceau très ironique, le texte est comique. Laetitia Singleton le chantait dans cet esprit dimanche soir.
Anna Caterina Antonacci semblait désolée de ne pas pouvoir mener la belle au pays où l'on aime toujours. Globalement, elle semblait ne pas croire aux plaisirs de l'amour, ce qui affaiblit d'autant l'impact de l'amour perdu décrit dans les mélodies centrales du "cycle".

Je pense qu'interpréter la musique française demande souvent un peu de recul, c'est moins premier degré et viscéral que la musique italienne,
les héroïnes des Troyens constituant une exception à ce que je viens d'écrire !

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Re: Antonacci dans les Nuits d'été, TCE 23/03/06

Message par yoshi » 24 mars 2006, 23:46

RuggeroRaimondi a écrit :
yoshi a écrit :
:down: Je suis désolé mais de l'endroit ou j'étais je n'ai pas entendu la même chose
tu étais où?
1er rang de l'Amphithéatre presque en face. L'orchestre sonnait très "plat". Quand je suis descendu après l'entracte l'orchestre sonnait beaucoup mieux avec bien plus de relief mais il est aussi beaucoup plus riche dans "The Planets".......

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