Rossini - Le Voyage à Reims - Benini - Monte-Carlo -23/11/05

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EdeB
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Rossini - Le Voyage à Reims - Benini - Monte-Carlo -23/11/05

Message par EdeB » 23 nov. 2005, 23:16

Gioacchino Rossini - Le Voyage à Reims

Opéra de Monte-Carlo - Salle Garnier

Inva Mula : Corinna
Sara Mingardo : La Marquise Melibea
Patrizia Ciofi : La Comtesse de Folleville
June Anderson : Madame Cortese
Raul Gimenez : Le Chevalier Belfiore
Rockwell Blake : Le Comte de Libenskof
Marco Vinco : Lord Sydney
Ruggero Raimondi : Don Profondo
Filippo Morace : Le Baron de Trombonok
Manuel Lanza : Don Alvaro
Bàlint Szabò : Don Prudenzio
Martial Defontaine : Don Luigino
Delphine Gillot : Delia
Oana Andra : Maddalena
Cornelia Oncioiu : Modestina
Walter Barbaria : Zefirino
Enrico Maria Marabelli : Antonio

Choeur de l'Opéra de Monte-Carlo (Kristan Missirkov)
Orchestre Philharmonique de Monte- Carlo
Maurizio Benini, direction


Image
Photo (c) Opéra de Monte-Carlo

Compte-rendu radiophonique du 23 novembre 2005

En attendant que JdeB revienne de Monte?Carlo, s?il y est bien parvenu, étant donné qu?il était menacé par le même péril que les voyageurs infortunés du Lys d?Or, grève SNCF oblige?.- j?entame donc un fil avec un compte-rendu radiophonique de la soirée retransmise sur France Musique, en direct depuis la salle Garnier. (Au fait, qui a eu le même problème que moi ? J?ai eu l?impression par moment d?entendre un 78 tours qui crachouille. C?est mon antenne radio mal positionnée ?)

On peut remercier à deux genoux le Festival de Pesaro, qui nous avait redonné ce petit joyau, chef-d??uvre de deux heures oscillant entre la cantate profane, l??uvre de circonstance flagorneuse, le défilé de stars en plein délire d'exhibition vocale façon "carte de visite" et l?opéra. Trop longtemps oubliée, vite retirée des salles par Rossini qui en réutilisa des portions dans ses ?uvres ultérieures (on pense bien entendu au Comte Ory), l?oeuvre enfin redécouverte avait fait l?effet d?un coup de tonnerre, relayée par une retransmission télévisée européenne et un coffret CD qui reste un des coffrets Rossini les plus "jubilatoirement" parfait de ces 20 dernières années? Il est vrai que la brochette de stars qui défilait sur le plateau en sortant leurs (difficiles) vocalises, la main sur le c?ur (car l?action est quasi inexistante !) en 1984 a eu du mal à être égalée?
Pour autant, je n?ai pas été désappointée par l?équipe réunie ce soir, au contraire de certaines distributions rassemblées par le passé depuis Pesaro Viaggio An I. (Il faut jouer le jeu et sortir des sous, tout en jonglant avec les agendas et assurer un plateau vocal qui se tienne?.) Mais il est vrai que rassembler cet aréopage de voix rossiniennes a pris deux ans à John Mordler, comme il le disait durant l?entracte?
Aux côtés de vétérans du chant rossinien (dont R Raimondi, rescapé de la première fournée de l??uvre), on trouvait des interprètes plus "jeunots" dans ce métier, mais qui promettent?. ;-) Les conditions étaient donc réunies pour passer un moment de rêve, et les promesses ont été tenues. Quel dommage que ce soit le Viaggio prochain du Châtelet, bien moins alléchant, qui fasse l?objet d?une captation DVD et non le petit miracle de ce soir !

Ruggero Raimondi a certes un métal vocal émoussé, mais il reste le tranchant de la diction, la jovialité cruelle de l?entomologiste et la leçon de style. Qui d?autre est capable de chanter le famosissimo "Medaglie incomparabili" comme lui ? Grande leçon de chant, d?un très grand à la longévité vocale similaire à celle des créateurs de ces rôles qu?il a si bien servis. Il a beau affirmer lui-même qu?il perd depuis 20 ans le fil de cet air virtuose, il n?a toujours pas été remplacé dans cet emploi.
June Anderson, interprète finement l?aubergiste débordée, peinture de caractère dont elle s?acquitte avec maestria. Belle leçon de jodle-ments (dont certains devraient prendre de la graine) Aigus toujours aussi percutants, leçon de diction et tenue vocale répondent toujours présent dès que cette grande dame foule les planches.
Si Rockwell Blake a subi de manière audible l?usure d?une très longue carrière bien remplie et est en quelque sorte dans "l?hiver de sa vocalité", il lui reste une flamme, un style et un panache qu?on aurait du mal à trouver dans la relève rossinienne actuelle. Son entrée en scène et le duo "Di che son reo?" m?ont semblés un peu fâchés par endroit avec la justesse, mais il a tenu admirablement sa partie dans un "Non pavento alcun periglio" magnifique. Et puis, c?est Rockwell Blake, m?enfin. ?Nuff said.
Intervention déjantée de Patrizia Ciofi : ses retrouvailles avec son "papo" devraient être passées en boucle dans les vitrines des Galeries Farfouillettes pour inciter à l?achat compulsif ! Son ode à la frivolité est emportée avec le même panache intact que son chapeau rescapé, moment électrisant s?il en est pour le personnage et pour l?auditoire.
Sara Mingardo est superbe de bout en bout, mais qu?attendre d?autre de cette remarquable interprète ? Décidément, les Melibea d?aujourd?hui plongent leurs racines dans la musique XVIIIe en ce moment.. Je ne vais pas détailler tout son rôle, il suffit de dire qu?elle m?a totalement charmée.
La Corinne émouvante d?Inva Mula fait preuve d?un superbe legato et d?une aisance souveraine dans son air d?entrée que j?ai toujours trouvé malgré tout un peu fade ; ici, la science des couleurs et l?exécution recherchée de la cantatrice albanaise*-qu?on entend vraiment trop peu à Paris-, ont totalement emporté mon adhésion. J?ai énormément aimé son duo avec Raul Gimenez. Ce dernier campe avec prestance et distinction un aristo exaspérant et séduisant en diable? La voix est quasiment aussi belle qu?avant, et quel style?
Marco Vinco ne fait certes pas oublier, à mon sens, les splendeurs de Samuel Ramey, mais son "Ah! Perche la conobbi ? " est de bien belle tenue : son Milord semble avoir juste posé sa tasse de thé, malgré une aisance inférieure à celle de son prédécesseur en ce qui concerne la vocalisation. (Mais je suis de parti pris, je l?avoue).
Les autres comparses, Filippo Morace, Manuel Lanza, Bàlint Szabò, Martial Defontaine, sont au diapason des précédents cités.
Gran pezzo concertato a 14 voci jouissif et Finale superlatif.

Orchestre excellent, sous la direction de Maurizio Benini qui fait la part belle à l?ironie et à la distantiation, sans oublier les épices rossiniennes et les moments d'émotion où tout reste suspendu. Belles prestations du flûtiste et de la harpiste ?pourquoi pense-t-on d?ailleurs toujours qu?il s?agit d?une femme ?

La mise en scène de Pier Luigi Pizzi ne passant pas la barrière du transistor, je m?abstiendrai donc de commentaires sur cet aspect de la soirée? (Pensez-vous que le fait que mon z-époux m?ait traîtreusement laissée devant mon transistor à Boulogne, pour aller assister en direct à ce concertato européanisant, puisse être qualifié de "cruauté mentale" ? Les ovations interminables qui concluent cette retransmission me le laissent bien croire.)

PS : L?improvisation de Corinna se fait bien sûr sur "Prince Albert de Monaco"

________
* merci, Christopher ! :wink: (Cf. plus bas.) Emmanuelle, historienne de formation, pas géographe.

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Message par Christopher » 23 nov. 2005, 23:24

Merci Emmanuelle de ce beau compte-rendu qui me fait saliver d'avance car j'aurai la chance d'être à Monaco Vendredi si mon train arrive bien à l'heure.

un petit rectificatif : Inva Mula est albanaise et non pas roumaine (tu as du penser à Leontina Vaduva en tapant )

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Message par EdeB » 23 nov. 2005, 23:29

Christopher a écrit :Merci Emmanuelle de ce beau compte-rendu qui me fait saliver d'avance car j'aurai la chance d'être à Monaco Vendredi si mon train arrive bien à l'heure.

un petit rectificatif : Inva Mula est albanaise et non pas roumaine (tu as du penser à Leontina Vaduva en tapant )
Gagné. Effectivement, je corrige la coquille. Merci de la remarque.
Si je comprends bien, il ya au moins 3 personnes qui fréquentent ce site dont je pourrai à bon droit être jalouse... car elles ont pu y aller, elles !!
:crybaby:
:rain:
Et en plus, j'ai même pas vu la mise en scène.... re-:crybaby: (J'adore en général le travail de Pizzi !)

chorizopicante
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Message par chorizopicante » 24 nov. 2005, 10:49

pas d'accord, notamment en ce qui concerne la prestation de Patricia Ciofi qui s'est littéralement effondrée dans sa cabalette, sans reprise d'ailleurs puisqu'elles étaient toutes coupées ce qui est scandaleux dans une représentation d'un opéra de Rossini au XXIe siècle! Quant à June Anderson, l'amour que nous lui portons nous empêche d'etre objectif mais c'était vraiment assez pénible par instant!

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Re: Rossini - Le Voyage à Reims - Benini - Monte-Carlo -23/1

Message par Ruggero » 24 nov. 2005, 11:09

EdeB a écrit :
Ruggero Raimondi a certes un métal vocal émoussé, mais il reste le tranchant de la diction, la jovialité cruelle de l?entomologiste et la leçon de style. Qui d?autre est capable de chanter le famosissimo "Medaglie incomparabili" comme lui ? Grande leçon de chant, d?un très grand à la longévité vocale similaire à celle des créateurs de ces rôles qu?il a si bien servis. Il a beau affirmer lui-même qu?il perd depuis 20 ans le fil de cet air virtuose, il n?a toujours pas été remplacé dans cet emploi.
:clapping: :clap: :worthy: :trampoline: et :dixsurdix: pour ta copie!

Ecoutille
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Message par Ecoutille » 24 nov. 2005, 14:16

dans l'ensemble, efficace Viaggio monégasque entendu hier soir sur les ondes de FM, avec tout de même quelques bémols, Mmes Anderson, Mingardo et Ciofi. La première avec ses 'trous' dans la voix et qui nous la joue très grande d(r)ame, la seconde et ses sons (trop) cotonneux (prise de son ?), enfin la troisième dont la voix me parait déjà bien usée, et à l'aigu de plus en plus piquant, mais avec quelle énergie.

En fait, mes craintes concernaient plutôt le chef.... qui ne me semble pas un grand rossinien. Le résultat sonna fort bien, avec une très belle flûte.

Je me réjouis d'y être dimanche après-midi.
Ecoutille, Genève

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Message par thierry » 24 nov. 2005, 19:07

Y aura t il d'autres parisiens qui iront dimanche après midi à ce Voyage?

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Message par JdeB » 24 nov. 2005, 19:12

Bravant la neige, les orages et les grêves je suis parvenu à bon port grâce à mes parents ...
le service de presse m'a offert un magnifique Cd de photos que je vais mettre en ligne très bientôt ainsi que mon compte-rendu.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Message par Rollizetti » 24 nov. 2005, 21:07

Pas un voyage, un naufrage.

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Message par JdeB » 24 nov. 2005, 21:53

Voici une première galerie de photos, en attendant le compte-rendu...

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Photos (c) Opéra de Monte-Carlo
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