Festival de Lacoste 2005

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Ruggero
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Festival de Lacoste 2005

Message par Ruggero » 22 juil. 2005, 13:04

Festival de Lacoste 2005

Château de Lacoste (Vaucluse)

Mercredi 21 juillet 2005
L?Enlèvement au Sérail
W. A. Mozart

Orchestre de Cannes- Provence Alpes Côtes d?Azur
Ballet de l?Opéra de Nice
Direction musicale Bruno Ferrandis
Mise en scène Paul Emile Fourny

Konstanze : Jane Archibald
Blonde : Debra Fernandes
Belmonte : Pavol Breslik
Pedrillo : Loïc Félix
Osmin : Philippe Kahn
Sélim Pacha : Jean-Marc Salzmann


L?ENVOL DU SERAIL

C?est toujours une émotion de revenir dans des lieux que l?on a fréquentés autrefois. Le château du Marquis de Sade à Lacoste n?était qu?une ruine quand les deux odébiens auteurs de cet article y allèrent autrefois. Depuis quelques années, il a été restauré par Pierre Cardin, et les carrières du château accueillent depuis quatre ans le festival lyrique organisé par Eve Ruggieri. L?espace des spectacles est donc compris entre quatre hauts murs de pierre découpés dans la carrière, et la scène s?appuie contre l?un d?eux, qui offre deux ouvertures, l?un côté jardin, l?autre côté cour.

Cette soirée, comme le titre de ce compte-rendu le laisse supposer, était placée sous le signe du vent, et ce pour diverses raisons. Tout d?abord, le spectacle a été retardé d?une demi-heure car le souffle d?Eole faisait dangereusement valser rideaux, corbeilles de fruits et pupitres des musiciens. Ce vent n?a qu?à peine faibli au cours de la soirée (terminée vers minuit), et peu nombreux étaient les festivaliers prévoyants qui s?étaient armés d?une veste ou d?un châle. Autre élément aérien : Belmonte arrivait devant le palais du Pacha après un accident d?avion et un saut en parachute. La carcasse de son appareil était bien visible en haut du cadre de scène, et sa structure en métal ballottée par le vent se heurtait régulièrement contre la paroi de pierre. Belmonte quittait la scène à la fin de l?opéra, et, juché sur le mur opposé à la scène, habillé de son costume d?aviateur, actionnait de grandes ailes ressemblant à celles dessinées par Leonardo da Vinci. Enfin, une bourrasque particulièrement forte a retardé une dernière fois le spectacle en provoquant un léger incident qui n?a heureusement eu aucune conséquence dommageable : les arbustes figurant les jardins de ce pacha horticulteur, placés dans des bacs blancs à roulettes, se sont tout d?un coup dirigés comme un seul homme vers la fosse d?orchestre, où ils se sont renversés sur les pupitres des vents (comme par hasard?), juste avant le mouvement lent de l?ouverture. Panique chez les musiciens et inquiétude dans le public, mais au final plus de peur que de mal.

Il sera donc difficile d?apprécier à sa juste valeur cette mise en scène, que nous ne connaissions pas : les arbustes fautifs ont été remisés, les roulettes certainement destinées à les mouvoir pour une sorte de jeu de cache-cache dans les jardins, arrachées. Ne restait plus de ce dispositif qu?une haie, taillée par Osmin, par endroits et par moments. Visuellement, la production de Paul Emile Fourny est plaisante, agréable et drôle. En permanence sur scène, côté jardin, dans la première cavité offerte par la pierre, une pièce du palais voilée par des rideaux blancs et côté cour, dans la seconde cavité, ce qu?on imagine être la porte du sérail, une grand porte à l?orientale, dans les tons orangés et cramoisis. Les Turcs (figurants en armes, ballet de danseuses du ventre, Osmin et le Pacha) sont habillés à l?orientale dans d?assez beaux costumes, alors que les quatre européens portent des habits que l?on peut arborer de nos jours dans la rue sans trop attirer l?attention, sauf au dernier acte, où les deux femmes étaient habillées de superbes ensembles orientaux. Seul regret : la jupe de Blonde, assez évocatrice de celles de Yolande Moreau dans les différents spectacles de Deschamps et Makeïeff auxquels elle a participé.
Après les arbustes du premier acte, le deuxième utilise principalement un bassin, placé entre les deux cavités, où se rafraîchissent pachas et danseuses, sur le rebord duquel Osmin, grisé par « eine Flasche von Côtes du Lubéron », cherche à démontrer son équilibre, où Pedrillo est entraîné à marcher malgré lui par Blonde, qui a coincé l?écharpe de son amant dans une valise qu?elle emmène d?un bout de la scène à l?autre, sans se rendre compte de rien. Le troisième acte utilise quant à lui des coussins gigantesques où reposent les femmes du sérail, et où seront retenus prisonniers les quatre européens après l?échec de leur tentative de fuite, incapables de se relever de ces masses de plumes.
De bons moments en côtoient de moins bons. L?air « Martern aller Arten » (« des tortures de toutes sortes ! ») voit la soprano partir en coulisses dès les premières notes, laissant le pacha seul et décontenancé (comme nous !) avec ses concubines pendant toute la longue introduction orchestrale. Elle revient enfin chanter son air, ses valises à la main, en tenue de voyage, rejointe peu après par Blonde et par toutes les femmes du harem. Autre moment amusant, Blonde qui commence à déshabiller Osmin, les yeux hagards? En revanche, le moment où Pedrillo négocie avec les gardes du palais le manteau d?aviateur de Belmonte, pendant que celui-ci chante un air superbe, n?était pas très réussi, et détournait l?attention du spectateur. D?autre part, les gestes des chanteurs étaient parfois assez stéréotypés, et avaient un goût ancienne mode assez prononcé.

Musicalement, le spectacle est tout aussi réussi. L?Orchestre de Cannes-PACA est certainement habitué à jouer à l?extérieur, car les difficultés de projection du son liées à ces conditions sont assez habilement surmontées. Evidemment, il y a bien un couac de cor par-ci, la sécheresse des cordes par-là, mais le tout est assez homogène, avec une mention spéciale au pupitre des flûtes. La direction de BRUNO FERRANDIS (un élève de Bernstein et Ferrara) est efficace, élégante et nuancée. Le seul problème est l?absence, à la fin, du ch?ur chantant les louanges du Pacha. Les solistes auraient tout de même pu, comme dans les opéras baroques, assurer un semblant de ch?ur, au lieu de laisser l?orchestre seul conclure l?opéra.

L?ensemble de la distribution possède une diction allemande très correcte, à commencer par le rôle parlé : le pacha de JEAN-MARC SALZMANN est clair et distinct, au point que les germanistes regretteront que les surtitres soient employés pour les récitatifs et non pour les airs et ensembles. PHILIPPE KAHN campe un Osmin privé de son habituel gros ventre, mais il est tout de même assez crédible dans ce rôle qu?il connaît bien. Les incidents inauguraux de la soirée l?ont malheureusement un peu déstabilisé, et l?air « Solche hergelaufne Laffen » du premier acte n?était pas à la hauteur de son duo « Vivat Bacchus ! » ni de son « Ha ! Wie will ich triumphieren ! », tant du point de vue de la voix que de celui du jeu d?acteur : peu efficace dans ses menaces contre Pedrillo, peu convaincant, il sera bien plus drôle et plus à l?aise vocalement aux actes suivants. LOÏC FELIX, bien connu des Toulousains et de ceux qui l?ont vu dans ce même rôle de Pedrillo à Aix-en-Provence (mise en scène Deschamps/Makeïeff), a le timbre adéquat, un timbre de ténor de caractère à la Zednik, qui fait penser qu?il pourrait être un excellent Mime à l?avenir, même si ses rôles actuels sont plus légers que celui-ci. Les gestes qui accompagnent son duo d?ivrognes révèlent une vis comica égale en efficacité à la délicatesse de sa sérénade « Im Mohrenland gefangen war ». PAVOL BRESLIK faisait sa prise de rôle en Belmonte, et c?est réussi : le ténor slovaque possède un très beau timbre, une ligne de chant élégante, particulièrement dans « Ich baue ganz auf deine Stärke », chanté sur un mur latéral de la carrière où le public était installé. Une fois encore, Blonde n?était pas blonde. La petite soprano américaine DEBRA FERNANDES, certainement une excellente Adele, possède une voix acidulée qui va bien avec celle de Loïc Félix, et ne lui cède pas en présence scénique. JANE ARCHIBALD faisait ses débuts scéniques en France dans le rôle de Constance, et dévoilait aux festivaliers ses qualités d?articulation qui compensent un certain manque de prise de risques dans son grand air « Martern aller Arten », réserve qui ne vaut pas pour le reste de sa belle prestation.

Bref, une très bonne soirée, malgré les quelques détails d?interprétation évoqués, pardonnés cependant par les conditions météorologiques et les incidents mémorables survenus?

Rendez-vous demain pour un concert-lecture autour de la figure historique de Madame du Barry.


Remarques pratiques :
Il fait froid à partir de 22h30, prévoir un pull.
Les places vont de 40 à 140 Euros.
La « salle » n?était pas complètement occupée (à peu près 550 places occupées à vue d??il, sur environ 650), alors n?hésitez pas à venir sans avoir réservé.
Un parking est à disposition près des carrières, mais il est plus agréable de monter à pied dans ce village magnifique pour y parvenir? Attention au retour : les ruelles ne sont pas toutes éclairées.
Téléphone : 0490759312


Florian Dintilhac et Jérémie Leroy-Ringuet
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(Bernard Shaw, 1898)

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Ruggero
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Message par Ruggero » 24 juil. 2005, 12:13

Festival de Lacoste

23 juillet 2005

« Le Rêve de Zamor »

spectacle lyrique d?après le roman d?Eve Ruggieri

Orchestre « Musique sur Mesure »
Direction musicale : Pierre-Michel Durand
Mise en scène : Jean-François Vinciguerra

Récitante : Eve Ruggieri
Zamor enfant : Pablo Fernandez (récitant)
Zamor adolescent : Patricia Fernandez (mezzo-soprano) (a)
Zamor adulte : Nigel Smith (baryton martin) (b)
Madame du Barry : Michelle Canniccioni (soprano) (c)
Louis XV : François Lis (basse) (d)

Ouverture (premier mouvement du concerto « le printemps », de Vivaldi)
Les Noces de Figaro : « Dove sono i bei momenti » (c)
Les Noces de Figaro : « Non so più cosa son, cosa faccio » (a)
Les Noces de Figaro : « Voi che sapete che cosa è amore » (a)
Les Indes Galantes : « La flamme se rallume encore » (d)
La clémence de Titus : duo « come ti piace imponi » (a, c)
Platée : air de Jupiter (d)
Les Noces de Figaro : tutto è disposto? aprite un po? quegli occhi » (b)
Così fan tutte : « Soave sia il vento » (a, b, c)
Iphigénie en Tauride : « Dieux qui me poursuivez » (b)
Alceste : « Divinités du Styx » (c)
Orphée et Eurydice : « Che farò senza Euridice » (b)
Requiem de Mozart : Lacrymosa (a, b, c, d)


C?est un spectacle original qui nous a été donné de voir au Château de Lacoste, ni récital, ni opéra, ni théâtre, mais un peu tout cela à la fois. Les spectateurs (environ 150 places) sont réunis dans une petite cour du château, au sommet du village vauclusien, une scène exiguë est dressée où se tient, au milieu et sur la droite, l?orchestre de 7 ou 8 musiciens, jouant sur instruments modernes, et à gauche un fauteuil qui accueille la récitante. Les chanteurs se placent principalement entre madame Ruggieri et l?orchestre, après être passés sous une arcade de pierre.

Un texte est lu par les récitants, entre les airs et les ensembles. L?histoire est simple : un enfant est ramené des Indes pour être offert à Madame du Barry, dans les années 1770, et l?enfant grandit, apprend la vie, principalement l?amour (airs de Chérubin), la vie à la cour (Rameau), est confronté aux horreurs de la Révolution Française et à l?exécution de la comtesse (Alceste), aux désillusions amoureuses (Figaro) et au malheur qui survient avec la mort de la femme aimée (Orphée et Eurydice), pour mourir dans la misère en 1820 (Requiem). La musique est très bien liée avec le récit, qui n?est jamais trop long (le spectacle dure 1h10 sans entracte), tout s?enchaîne avec fluidité et grâce.

La mise en scène de JEAN-FRANCOIS VINCIGUERRA consiste à gérer les déplacements des personnages, maquillés et habillés en costumes d?époque (de cour ou orientaux). Pas d?autre décor que le château lui-même, ce qui suffit amplement, et aucun autre accessoire que la litière par laquelle deux figurants en livrée amènent Zamor enfant à sa protectrice. Les personnages jouent parfois avec les musiciens d?orchestre (un regard de Chérubin pour la claveciniste, puis pour la récitante), et quittent parfois la scène pour chanter autour du public : l?air d?Oreste est (magnifiquement) interprété par surprise sur les remparts derrière nous. Oreste/Nigel Smith descend ensuite pour rejoindre peu à peu la scène. Chérubin sort de scène par ces mêmes remparts. Le Lacrymosa final est chanté par les quatre solistes depuis ces mêmes remparts.

Tout ceci justifie une sonorisation nécessaire, discrète et efficace. Celle des récitants, bien sûr, mais aussi celle des musiciens et des chanteurs, qui seraient sinon presque inaudibles à cause de leurs déplacements et du plein air. La proximité des chanteurs avec le public, du fait de la mise en scène mais aussi de l?absence de fosse, donne une dimension intimiste à ce spectacle qui n?est pas sans être agréable.
L?ORCHESTRE « MUSIQUE SUR MESURE » (de mémoire : 2 violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un clavecin, un hautbois et un cor) a forcément un peu de mal à faire oublier sa maigreur, et les voix intermédiaires tombent sous une lumière crue et cruelle qui met en relief leurs quelques erreurs bien mieux que leurs qualités. Les musiciens se défendent pourtant fort bien, dans des conditions et un programme inhabituels, au répertoire baroque et classique faisant appel à des couleurs fort différentes (du « printemps » de Vivaldi à l?air de la comtesse au troisième acte des Noces de Figaro, sans transition). Les mouvements des chanteurs occasionnent parfois quelques décalages (trio de Così) sans gravité.

Du côté des chanteurs, deux d?entre eux sont vraiment très bons, et nous sommes chagrinés d?avoir l?indélicatesse d?avouer que ce sont les deux hommes. FRANCOIS LIS possède une voix profonde, pleine, avec une bonne projection et une bonne diction. Il est dommage qu?il n?ait pas eu d?autres airs à chanter après la mort de Louis XV? NIGEL SMITH, baryton martin canadien entendu dans Les 7 péchés Capitaux de Weill à Garnier cet hiver, est tout aussi excellent et enthousiasmant en Figaro que dans les deux airs de Gluck. Il possède une diction d?une élégance aussi parfaite en italien qu?en français, une aisance dans l?aigu qui lui permettrait de faire à coup sûr un excellent Pelléas. Le timbre de MICHELLE CANNICCIONI est très beau et également très élégant, ce qui convient bien à son personnage, mais elle semble dominée par le trac dans son premier air, pour parvenir à se détendre par la suite, et nous offrir un superbe ?divinités du Styx?. Il est dommage qu?elle ne se soit pas plus attachée à incarner son personnage, à la différence de PATRICIA FERNANDEZ, Chérubin enflammé et plus que crédible, même si le timbre n?est pas des plus beaux, peut-être un peu court de projection. Le duo de la Clémence de Titus était très réussi.
Son fils (à peine dix ans, probablement) récitait par c?ur son texte, et a été évidemment très applaudi. Ceux qui ne la connaissaient pas sous cet angle ont pu découvrir les talents, sinon d?actrice, du moins de lectrice (son texte était à moitié récité de mémoire, et à moitié lu) d?EVE RUGGIERI.

Espérons que le Festival nous réserve d?autres moments de fraîcheur pareils à cette soirée originale, au cours de laquelle nous n?avons pas vu le temps passer.

Vous pouvez d?ores et déjà vous rendre au château assister au second volet de ces spectacles lyriques lundi 25, 21h, pour une soirée Mozart/Vivaldi/Gluck/Purcell intitulée « un amour de Sade », avec Magali de Prelle, Anne Marguerite Werster, Nicolas Cavallier et Jean-François Vinciguerra (de 30 à 100 euros)
Réservations : Espace La Costa, 0490759312


Quelques news : François Lis chantera dans Carmen au Châtelet (juin 2006), Patricia Fernandez dans Louise au Châtelet également, ce qui signifie deux productions parisiennes de l?opéra de Charpentier, à moins que le programme comprenne une erreur, puisque l?ONP, où la mezzo-soprano a étudié, doit monter cette ?uvre.

Jérémie Leroy-Ringuet et Florian Dintilhac
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Message par EdeB » 24 juil. 2005, 12:58

Merci pour ces comptes-rendus détaillés et très intéressants.

Zelenka
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Message par Zelenka » 24 juil. 2005, 15:23

Est-ce que ces spectacles seront donnés ailleurs ? C'est une bonne formule, semble-t-il, entre concert et spectacle.

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Message par Ruggero » 27 juil. 2005, 17:29

je sais pas si ce sera donné ailleurs...

Lu le week-end dernier dans « la Provence » :

« (?) puis ce sont les premiers émois amoureux, le triomphe de Zamor : Mozart s?impose avec la Flûte Enchantée et l?air de « Papageno, Papagena » »

En réalité, cet air, programmé, a été supprimé.

Voilà un critique professionnel !

Et dire qu?il faut des amateurs pour corriger leurs erreurs?
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Message par JC87 » 27 juil. 2005, 17:57

Quelques news : François Lis chantera dans Carmen au Châtelet (juin 2006), Patricia Fernandez dans Louise au Châtelet également, ce qui signifie deux productions parisiennes de l?opéra de Charpentier, à moins que le programme comprenne une erreur, puisque l?ONP, où la mezzo-soprano a étudié, doit monter cette ?uvre.

Pour ceux qui apprécient cette chanteuse, sachez qu'elle sera Charlotte (avec Luca Lombardo, Werther) à l'Opéra-Théâtre de Limoges en 2006. Elle a fait chanté à Limoges en 2005 dans le rôle de Marion des Saltimbanques (excellente prestation).

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Message par JdeB » 01 août 2005, 12:39

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28 juillet 2005
Festival de Lacoste,
Teresa Berganza
Juan Antonio Alvarez-Parejo, piano


A. Vivaldi
Un certo non so che
Piango, gemo, sospiro

G. Rossini
Addio di Rossini
Arietta alla spagnuola

M. de Falla : Siete canciones populares españolas

R. Hahn
D?une prison (P. Verlaine)
Mai (F. Coppée)
Infidélité (T. Gautier)
Si mes vers avaient des ailes (V. Hugo)
Paysage (A. Theurlet)

A. Piazzolla
Chiquilin de Bachin (H. Ferrer)
Los pàjaros perdidos (M. Trejo)
Adios Nonino (E. Blàzquez)
Balada para mi muerte (H. Ferrer)
Balada para un loco (H. Ferrer)


Bis

A. Thomas, Mignon, « Connais-tu le pays ? »
J. Giménez, La Tempranita, "La tarántula é un bicho mú malo" (Zapateado)
J. Offenbach, La Périchole, air de la griserie
JS Bach, « Bist du bei mir »




C'est à quelques kilomètres à peine du lieu de sa naissance au monde lyrique, un certain 26 juillet 1957, que Teresa Berganza, de retour d'un voyage touristique en Egypte, nous a offert son unique récital de l'été.
D'emblée elle s'est éprise de ce paysage magique au pied du chateau du divin marquis qu'elle a "beaucoup lu" et de sa loge creusée dans la carrière où elle se rend comme "on descend dans une pyramide".

La légende de son nom, indissociable aujourd'hui de l'Age d'or du festival d'Aix et de la redécouverte de Rossini, de Mozart et du répertoire baroque, a attiré vers elle et autour de Pierre Cardin, grand mécène du festival, tout ce que le Lubéron de juillet compte de stars et d'étoiles de la jet-set : F. Fabian, M. Raimond, Madame Salinger, la baronne de Rothschild et JP de Beaumarchais, F. Ferney, les deux commissaires les plus célébres de France: Nestor Burma et Navarro.

Si le temps a laissé sa marque sur un timbre naguère ductile, frais et cuivré, arrasant un aigu désormais induré, dispersant au vent mauvais ses riches harmonique et réduisant, souvent, l'impact de sa projection au ton de la confidence, l'art de la magicienne est intact: style, phrasé, diction, intelligence et "un certo non so che" (pour reprendre le titre de l'ariette de Vivaldi qui ouvrait le programme) irréssistible. Une fois la voix chauffée, en deuxième partie seulement, des éclats et des ombres en écho à son zénith. Un bas médium exaltant, des pianissimi voluptueux, des volutes raffinées.

Les chansons populaires de De Falla retrouvent alors une dimension intime, dénudée de faste vocal, l'apreté d'une épure. Elles remontent ainsi dans leur arbre généalogique, celui de la complainte du peuple ibére.

Les mélodies si simples et si sophistiquées à la fois du très proustien Reynaldo Hahn furent ciselées comme on écrit l'éloge de la prosodie française la plus claire, la plus naturelle, la moins affectée qui soit. Avec un léger voile de mélancolie embuée. Et le souvenir d'un père hugolâtre et verlainien qui a transmis son amour de la France à la jeune Teresa guidée tous les samedis après-midis dans les collections françaises du Prado et dans les recueils de la poésie d'outre-monts.

C'est avec Astor Piazzolla que la flamme fut le plus vive et l'émotion la plus rythmée. La plus sincère aussi. Poignant !
Mais le sommet absolu de la soirée fut l'air de Mignon chanté comme dans un rêve d'exil, une douce exaltation triste.
La fête continua avec un Zapateado endiablé et un air de la griserie à fondre de plaisir.
Et puis Bach introduit par ce souhait "j'espère qu'après toutes mes folies , j'ai l'âme assez pure pour chanter Bach".

Cocteau parlait de ligne de coeur. On pourrait hasarder ligne d'âme pour signifier son sens de l'altitude.


Annexe: Teresa Berganza et le Midi de la France

26 juillet 1957, Aix, Cosi fan tutte (Dorabella) Rosbaud / Cortis / Balthus avec T. Stich-Randall, M. Adani, L. Alva, R. Panerai

13, 19, 25, 30 juillet 1960, Aix, Nozze di Figaro (Cherubino) Gielen / Sarrazin / Derain avec T. Stich-Randall, R. Panerai, ?
23 et 28 juillet 1960, Aix, Didon et Enée, Dervaux / Crochot / Lalique avec G. Souzay

12, 18, 24, 28 juillet 1961, Aix, Cosi fan tutte (Dorabella) Gielen / Cortis / Balthus avec T. Stich-Randall, M. Adani, L. Alva, R. Panerai
16, 23, 29 juillet 1961, Aix, L?Incoronazione di Poppea, (Ottavia ), Bartoletti / Crochot / Lalique avec J. Rhodes, R. Massard, R. Panerai,
24 et 30 juillet 1961, Aix, Didon et Enée, Dervaux / Crochot / Lalique
26 juillet 1961, Aix, Hôtel Maynier d?Oppède, récital

26 et 28 avril 1962, Nice, Il Barbiere di Sevilla, (Rosina)
12, 19, 25, 30 juillet 1962, Aix, Nozze di Figaro (Cherubino) Gielen / Sarrazin / Clavé avec I. Ligabue, Kunz, Adani
23 juillet 1962, Aix, récital

18 février au 22 mars 1963 tournée de récitals en France (Avignon, Toulon, Bordeaux, Toulouse, etc)

12, 19, 24, 30 juillet 1964, Aix, ,Nozze di Figaro (Cherubino) Maag / Meyer / Calvé avec T. Stich-Randall, G. Bacquier, ?
23 et 28 juillet 1964, Aix, L?Incoronazione di Poppea (Octavia) Rivoli / Crochot /Lalique avec J. Rhodes, R. Massard, ?
18 juillet 1964, Aix, Parc Rabot

12, 18, 27, 31 juillet 1965, Aix, Cosi fan tutte (Dorabella) Baudo / Cortis / Ganeau avec T. Stich-Randall, M. Adani, M. Sénéchal, Ganzarolli
25 et 29 juillet 1965, Aix, Il Barbiere di Sevilla (Rosina), Rivoli / Sarrazin / Derain avec R. Panerai, Spina, Cortis, Calabrese

7 avril 1966, Nice, Palais de la Méditerranée

13, 15, 19, 24, 29 juillet et 3 août 1978, Aix, Alcina (Ruggiero) Leppard / Lavelli / Bignens avec C. Eda-Pierre, A. Murray, V. Masterson, P. Langridge
1 août 1978, Aix, Cathédrale Saint-Sauveur

18 juillet 1979, Aix, Werther (Charlotte), Casadesus / Fall / Acquart avec N. Shicoff, C. Barbaux, JM Frémeau, JP Courtis
23 octobre 1979, Avignon
27 octobre 1979, Nice
22 et 24 novembre 1979, Bordeaux

17 juillet 1981, Aix

6 avril 1982, Avignon
9 juillet 1982, Aix

13 juillet 1982, Orange, Cour Saint-Louis
13 février 1983, Cannes

12 juillet 1984, Vaison-La-Romaine

17 juillet 1986, Abbaye de Fontfroide
26 juillet 1986, Orange

20 et 26 juillet1991, Aix, Airs de concert de Mozart
2 août 1991, Aix, EOP, dir. Par M. Viotti, cantate Giovanna d?Arco de Rossini et Zarzuelas

17 septembre 1993, Aix

février 1995, Opéra de Nice.
30 mai 1997, Biot

4 août 2001, Orange, Cour Saint-Louis

28 juillet 2005, Festival de Lacoste

bajazet
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Message par bajazet » 01 août 2005, 15:02

JdeB a écrit :au pied du chateau du divin marquis qu'elle a "beaucoup lu"
Ah, briconcella !
JdeB a écrit :20 et 26 juillet1991, Aix, Airs de concert de Mozart
Je connais des gens qui avaient assisté à l'un de ces concerts, dans une série dévolue aux airs de concert (M. Price, C. Vaness, H. Donath). Berganza n'avait chanté que 3 airs rikikis, le reste du concert étant occupé par des pièces symphoniques, et (sauf erreur) n'avait pas concédé de bis.
À la fin du concert, un spectateur s'était écrié : "Merci pour ce quart d'heure avec T. Berganza" !

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Message par muriel » 01 août 2005, 15:12

Elle a beaucoup annulé à Aix (elle aussi), notamment Werther, Cenerentola et j'en passe ...

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Message par bajazet » 01 août 2005, 15:16

T. Berganza avait donné un récital au Capitole à la fin des années 80 à l'issue duquel elle avait reçu la médaille d'honneur de la ville de Toulouse. (Nom du titre honorifique peut-être inexact, je n'y connais rien !)

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