Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Les artistes
Répondre
Avatar du membre
HELENE ADAM
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 12442
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris
Contact :

Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par HELENE ADAM » 17 mai 2019, 14:54

Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Image

J’avais entendu et remarqué le ténor Emiliano Gonzalez Toro à plusieurs reprises, ces dernières années : en Lenia dans l’ «Eliogabalo» de Cavalli à Garnier, en Eurymaque en 2016 dans « Le retour d’Ulysse dans sa patrie » de Monteverdi au théâtre des Champs Elysées, en Agenore dans « Il Re Pastore » de Mozart, à la Philharmonie de Paris en mars 2016 mais aussi, dans un autre style, en Comminges en 2015 dans « Le pré aux clercs » de Herold à l’Opéra Comique. J’avais été au concert qu’il avait donné avec sa femme, la soprano Mathilde Etienne, dans le cadre des « semaines musicales de Quimper » en Août 2017.
Il va prochainement tout à la fois diriger et chanter l’Orfeo de Monteverdi au Théâtre des Champs Elysées (concert du 28 mai) avec l’ensemble qu’il a créé « Gemelli », qui se consacre à la fabuleuse musique du « Seicento » italien, répertoire où il reste tant de pages à découvrir.
J’ai rencontré Emiliano Gonzalez Toro lors de son arrivée à Paris le 16 mai. Outre les répétitions d’Orfeo, il assure également la promotion d’un enregistrement passionnant chez Naïve, celui des Vêpres (Vespro) composées, écrites (et à l’époque chantées) par Margarita Cozzolani, nonne d’un couvent milanais, une quasi-découverte jusque-là inédite.
Emiliano Gonzalez Toro a la chaleur des latino-américains – ses parents sont Chiliens- et la passion des vrais musiciens lancés éperdument dans l’exhumation de morceaux enfouis dans les bibliothèques italiennes à la manière de Da Vinci Code comme il le dit lui-même en riant, les yeux brillants. La voix est chaude et ronde, à la ville comme à la scène et le timbre magnifique.


« J’aurai 43 ans le 28 mai prochain, sur scène pendant l’Orfeo… »

Commençons par une petite présentation, Emiliano : vos débuts dans l’art lyrique, votre formation musicale, votre histoire …

J’aurai 43 ans le 28 mai prochain, sur scène pendant l’Orfeo(1) et je suis né à Genève de parents Chiliens et pendant 18 ans, j’ai été apatride, ne pouvant me prévaloir d’aucune des nationalités, ni Suisse ni chilienne. J’ai commencé la musique très tôt : mes parents m’avaient inscrit à une chorale à l’âge de 8 ans et cette petite chorale d’enfants était régulièrement invitée à exécuter les chœurs des scènes où des voix d’enfants étaient requis au grand théâtre de Genève. J’ai chanté, anonyme, aux côtés de grands chanteurs, Samuel Ramey par exemple et dès cette époque, j’ai su que je voulais devenir chanteur d’opéra. Je me souviens également avoir participé à la première télévision de Patricia Kaas. Je chantais comme « soliste » dans le cadre du chœur et je me rendais compte à quel point j’adorais ça. Les choses sont devenues un peu plus difficiles au moment de la mue. Je chantais encore mais je me suis également mis à étudier plusieurs instruments dont le hautbois pour lequel j’ai poussé les études au conservatoire le plus loin possible, en obtenant une « virtuosité » (un diplôme qui aujourd’hui n’existe plus d’ailleurs !) au conservatoire de Lausanne. Je suis devenu membre de l’ensemble vocal de Lausanne et je dois énormément à mon maitre d’alors, Michel Corboz, avec qui j’ai chanté pour la première fois toutes les grandes œuvres du répertoire, essentiellement baroque (les Passions, le Messie, les Vêpres de Monteverdi entre autres). Il a été le premier à me faire confiance en me permettant de chanter des solos, notamment le Requiem de Mozart où je chantais la partie ténor aux côtés de Sandrine Piau dans un concert à la grange de Mézières, près de Lausanne. J’avais 23 ans et je commençais alors ma carrière de ténor…


« Dans ma classe de chant, nous travaillions pour une audition le « Lamento della ninfa » et immédiatement, j’ai senti que cette musique me correspondait parfaitement »

Vous avez une passion pour le « Seicento » italien, ces années 1600 que l’on peut considérer comme le berceau de l’art lyrique, je vous ai découvert à Paris dans toute une série de rôles emblématiques de cette période et je constate que c’est une véritable passion que vous savez faire partager, comment résumeriez-vous votre appréciation de cette période musicale ?
Au conservatoire j’ai énormément travaillé la musique ancienne et tout particulièrement celle du « Seicento » italien (XVIIe siècle) ces années « 1600 » qui virent se développer tant de nouveautés. Vocalement, il s’agit de s’exercer sur une zone assez centrale de la voix qui n’est donc pas dangereuse pour le chanteur et lui permet beaucoup de vocalises mais aussi de longues notes tenues. Dans ma classe de chant, nous travaillions pour une audition le « Lamento della ninfa » et immédiatement, j’ai senti que cette musique me correspondait parfaitement, que j’en sentais le sens musical et qu’elle m’accompagnerait toute ma vie, c’était un peu comme si je venais de trouver mon plat préféré ou ma couleur favorite ! Monteverdi m’ouvrait la porte d’un nouveau monde musical et je voulais tout chanter, les Vêpres, Ulysse, Orfeo…et tous ces splendides Madrigaux.
La fraicheur de sa musique a traversé les temps sans prendre une ride.
Mais cette période regorgeait de compositeurs souvent peu connus qui avaient écrit des pages sublimes comme Giulio Caccini (2) ou Jacopo Peri (3) , membres de la Camerata fiorentina, regroupement d’artistes dont l’objectif est de faire revivre le modèle antique grec et de promouvoir « l’humanisme », d’élever l’âme humaine au travers de leurs compositions polyphoniques mais aussi progressivement de plus en plus des monodies (airs chantés d’une seule voix). Ces évolutions musicales sont à l’origine de la création des premiers opéras (4), avec cette écriture qui en sera la base ensuite, l’alternance entre récitatifs et arias.
Ce siècle regorge d’immenses talents et renouvelle la musique, je citerai aussi Marco da Gagliano(5) qui a collaboré avec Caccini et Peri, Francesco Rasi (6) et Francesco Cavalli bien sûr.

Vous avez chanté des rôles dans plusieurs opéras de cette époque dont le fameux Eliogabalo sous la direction de Leonardo GarcÍa Alarcón, l’un des chefs découvreurs de trésors baroques et avec la plupart des grandes formations baroques et leurs chefs, comme Elyma, la Capella Mediterrannea, les Talens Lyriques, Accademia Bizantina, les Arts Florissants, les Musiciens du Louvre.
Oui en effet, et ce sont des expériences inoubliables.
J’ai surtout chanté des rôles de « nourrices », des rôles burlesques et comiques, expérience passionnante dans ma carrière puisque je pouvais tout à la fois chanter cette période baroque que j’aime tant et jouer un vrai rôle de composition, je compare souvent ces rôles a ceux qui vous offrent un Oscar au cinéma « hollywoodien ». Ces opéras mettent en scène toute sorte de rôles, sérieux ou comiques, voire carrément burlesques et caricaturaux mais qui nécessitent tous d’avoir à la fois un talent de chanteur et d’acteur.

« La « composition » à l’époque se faisait comme la peinture, collectivement en quelque sorte »

Nous avons eu ces dernières années beaucoup de chefs d’orchestre clavecinistes qui dirigeaient des orchestres baroques avec instruments d’époque tout en jouant du clavier, vous allez, vous diriger et chanter lors de l’Orfeo de Monteverdi prochainement au théâtre des Champs Elysées à Paris (le 28 mai). Cela m’a intriguée et je comprends mieux votre démarche…
Oui en effet, nous avons beaucoup de chefs « instrumentistes » qui dirigent en jouant, du clavier ou du violon.
J’analyse la genèse de ces œuvres un peu différemment. En sachant que la majorité des compositeurs de l’époque étaient chanteurs (et même pour la plupart ténors !) j’ai commencé à imaginer leur façon de travailler. En reprenant l’exemple de Jacopo Peri qui non seulement composait mais chantait dans ses propres œuvres tout en s’accompagnant, il semble peu probable que l’ensemble soit dirigé depuis le clavier par un de ces collègues. On attribue évidemment l’Orfeo à Monteverdi, mais c’est sans compter sur le livret extraordinaire de Alessandro Striggio (7) . En effet la « composition » à l’époque se faisait comme la peinture, collectivement en quelque sorte : compositeur, librettiste et chanteur. Je crois qu’il faut essayer de s’imaginer à quel point chacun de ces « talents » étaient en interaction permanente pendant la création. Ainsi si vous prenez l’Orfeo de Monteverdi, considéré en général comme le premier opéra, il vous faut imaginer Monteverdi lui-même, travaillant avec Striggio et pourquoi pas le ténor virtuose de l’époque, Francesco Rasi,( qui était également auteur, compositeur et jouait du luth.) élaborer ensemble cette « fable en musique ». Francesco Rasi est donc beaucoup intervenu dans la genèse de l’œuvre. Lui chantait de telle ou tel manière et contribuait donc à l’écriture des « arias » du ténor, ces airs de solistes qui sont la vraie nouveauté de l’opéra naissant. Il a d'ailleurs écrit toutes les diminutions de l’aria centrale d’Orfeo, Possente spirto, et ces dernières sont restées dans la partition que l’on connait aujourd’hui.
Je voudrais insister là-dessus d’ailleurs : le centre de ces œuvres c’est le texte, le « Recitar cantando » (8), est la base de ce nouveau style du XVIIe siècle. Le texte prime puis vient la mélodie et enfin l’harmonie. Et j’ajouterai que dans l’exécution de telles œuvres, tout vient du chant. C’est le chanteur qui dirige l’ensemble des instrumentistes et des autres chanteurs.
Et c’est bien la ligne du chant qui indique au continuo et à l’orchestre la marche à suivre. Je considère que le chanteur était au centre du discours en quelque sorte, et j’y vois d’ailleurs un lien avec le jazz. Vous avez au départ un cadre, le « tactus », le rythme, la battue, le tempo de base sur lequel tout le monde se cale. Et comme pour une formation de jazz, c’est à l’intérieur de ce cadre que vous aurez des passages improvisés. Et cela donne un immense sentiment de liberté et de facilité presque de nonchalance, tout en restant toujours dans le cadre. Caccini appelle cela : la sprezzatura. C’est un terme qui vient du « Livre du Courtisan » de Baldassare Castigliano (9) , et qui a eu une postérité glorieuse pendant tout le XVIe siècle !
C’est cet esprit que j’ai voulu retrouver dans cet Orfeo en chantant et en dirigeant la formation musicale. J’ajouterai que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, il s’agit d’une musique très codifiée presque comme une recette de cuisine : dans la mesure où cette forme était nouvelle, Monteverdi nous a laissé une grande quantité d’informations : dans l’édition, ses préfaces, ou il explique ce qu’il souhaite avec une précision quasi maniaque, les orchestrations, les inflexions vocales, des didascalies très précises et autres soupirs sont indiqués par exemple, la structure de l’œuvre répond à des règles qui ont du sens. Dans la partition d’Ulysse, même les « rires » sont indiqués !

Je demande alors à Emiliano, pour mieux comprendre, s’il a une partition de l’Orfeo, il la sort de son sac et nous commençons à la regarder ensemble. Il m’explique le tempo qu’il choisit au départ et me montre les différentes parties de cet Orfeo en chantant les mesures « lentes » (essentiellement des « blanches pointées) puis quelques mesures très rapides (en triple croches) pour m’expliquer les difficultés de choix d’un tempo de départ qui ne doit pas changer et qui permet aux chanteurs de maitriser toutes les difficultés sans savonner les trilles ou les nombreuses vocalises délicates de la partition. Il me montre également la structure de l’Orfeo : le long Prologue puis les 5 actes, avec la « ritournelle » présente uniquement quand, d’un acte à l’autre, on change de monde : du monde des Bergers à l’enfer et vice versa.


« ...j’ai éprouvé le besoin de prendre ma part de responsabilité dans la création et la production de musique »

Parlez-moi de ce groupe « I Gemelli » que vous avez créé et qui va consacrer ses concerts et enregistrements à cette période, comment l’idée vous en est-elle venue ?
Après 20 ans de carrière, j’ai éprouvé le besoin de prendre ma part de responsabilité dans la création et la production de musique. I Gemelli c’est Mathilde Etienne et moi. I Gemelli c’est « les jumeaux », c’est travailler en équipe et toujours au minimum par deux. En fait, nous souhaitons travailler en collaboration avec différents musiciens, pour des projets précis donnés.
Ainsi pour cet Orfeo au TCE c’est avec mon grand ami Thomas Dunford (au luth) et pour notre disque Cozzolani, nous avons travaillé d’arrache-pied avec Mathilde Etienne et Violaine Cochard pour construire un programme cohérent de tous points de vue.
Le premier projet « spectacle » avec le groupe s’est concrétisé grâce à Michel Franck, le directeur du Théâtre des Champs Elysées à qui nous avons parlé de notre envie de créer un Orfeo et qui nous a écouté. Il a fallu deux ans de travail mais nous avons réussi. Le 28 mai, pour cet Orfeo, nous aurons un orchestre un peu réduit par rapport à ce qui serait souhaitable, puisque nous disposons d’une vingtaine d’instrumentistes là où il en faudrait une petite dizaine de plus pour assurer tous les effets de spatialisation nécessaires (10) mais c’est un très bon équilibre quand même et surtout nous avons des merveilles a tous les postes: Jean Rondeau et Pierre Gallon aux claviers, Flora Papadopoulos a la harpe, Ryo Terakado et Jérôme Van Waerbeke aux violons, ou encore Rodrigo Calveyra et Tiago Freire au cornet et à la flûte. Il est difficile de citer tout le monde mais nous avons une équipe d’enfer ! Sans parler d’une équipe de chanteurs proche de l’idéal (11).
Les œuvres comme l’Orfeo ont été créées dans une salle du palais ducal de Mantoue. Cette salle était de forme assez allongée et donc assez étroite. On peut imaginer que la distribution ne prévoyait donc qu’un chœur d’une dizaine de chanteurs pour respecter l’exiguïté des lieux, deux par tessiture.
Nous avons prévu de faire chanter en « quintette », cinq solistes ensemble pour les chœurs de pastore (de bergers) (à l'acte 2). Nous avons onze chanteurs en tout sur la scène.
Mais le groupe I Gemelli, formation spécialisée en quelque sorte dans la musique du Seicento, comporte plusieurs projets, outre cet Orfeo qui donnera lieu à un disque chez Naïve dont l'enregistrement est prévu début 2020.
Et bien évidemment, le rôle de ma femme, la soprano Mathilde Etienne, est central. Outre le fait qu’elle chante également dans le groupe, elle donne une vision « littéraire » de ces œuvres et a largement contribué en faisant le tour des fabuleux trésors de partitions inédites qu’on trouve dans les bibliothèques italiennes, à redécouvrir des compositeurs presque inconnus du grand public. Parmi ces œuvres, il y évidemment de tout, énormément de madrigaux, d’œuvres liturgiques, beaucoup de richesses, un répertoire gigantesque et assez fascinant. Nous avons passé beaucoup de temps à étudier tout cela pour construire le répertoire du groupe.

Image

« Mathilde en profitait pour écumer les bibliothèques de la région »

En vous écoutant parler de ce travail de redécouverte, de décryptage et d’interprétation, je pense que même les détracteurs de la musique baroque devraient être convaincus du mystère fascinant qu’elle recèle (nous rions). Que leur diriez-vous pour les convaincre de découvrir par exemple, ces superbes pages de la compositrice Margarita Cozzolani sur votre prochain CD (12) ?
Cette Donna Chiara Margarita Cozzonali est un personnage tout à fait extraordinaire. Déjà c’est une femme compositeur et c’est rarissime à l’époque. C’est une religieuse, une nonne qui vivait dans un couvent, celui de Santa Radegonda à Milan. Nous avons découvert cette musique lorsque j’étais à Cremona, il y a deux ans pour une production de l’Orfeo de Monteverdi (avec Dantone), et Mathilde durant mes répétitions en profitait pour écumer les bibliothèques de la région. Elle a pu se procurer de nombreuses partitions qu’à notre retour nous avons commencé à lire et à trier. Lorsque nous avons découvert cette partition et que j’ai commencé à la travailler j’ai ressenti une grande joie, comme lorsqu’on rencontre une nouvelle amie. C’est une musique jubilatoire, colorée et spectaculaire. Extrêmement virtuose pour les voix et alternant passage d’une grande intensité rythmique et chorale, avec des motets d’une sensualité à vous couper le souffle. De cette œuvre Il n’existe que peu d’enregistrements, un américain, uniquement avec des voix de femmes et un allemand , tous deux édités dans les années 90.
Pour ce CD, ma femme et moi, avons décidé d’enregistrer les « Vêpres » de Cozzolani, en choisissant les pièces en nous inspirant de la structure des célèbres Vêpres de Monteverdi. Vue la quantité de versions de ses psaumes et motets, nous avions du matériel pour faire probablement un triple disque ! Mais il fallait faire des choix... D’autres enregistrements sont également prévus après celui-ci : Francesco Rasi (sortie avril 2020), L'Orfeo (sortie fin 2020), Rosa Mystica (sortie 2021).

Quels autres répertoires vous paraissent adéquats à votre voix, votre style ? Y’a-t-il un risque quand on est un ténor « baroque » de qualité de se laisser « enfermer dans le répertoire ». Qu’en pensez-vous ?
Effectivement c’est souvent ce qu’on voudrait faire de vous, vous enfermer dans un répertoire après vous avoir catalogué. Sonya Yoncheva disait récemment dans un interview qu’elle avait d’abord eu du mal à sortir du répertoire baroque pour aborder ce qu’on appelle le grand répertoire, celui du XIXème siècle, et qu’une fois embarquée dans le grand répertoire, on ne lui proposait plus de baroque alors qu’elle aurait souhaité pouvoir passer de l’un à l’autre. Après tout le répertoire baroque couvre beaucoup plus décennies que le « grand répertoire ». Certains chanteurs, sans s’en rendre forcément compte, ont des répertoires qui s’étalent sur trente-cinq ans grand maximum en réalité. La musique a eu d’autres horizons qu’ils ignorent finalement. Je ne me sens donc pas du tout frustré d’avoir la voix et la technique pour un répertoire qui court sur plus de deux siècles, qui n’a souvent pas encore de référent et qui permet de découvrir des partitions inédites. Plaisir du musicien.
Ceci dit, je me sens bien dans le répertoire baroque et c’est à partir de lui que j’envisage d’évoluer de manière cohérente. Je ne tiens pas à chanter Verdi (rires), ce n’est pas dans mon instrument. Je préfère approfondir les rôles des opéras de Monteverdi, de Cavalli, de Vivaldi ou de Haendel, de Mozart aussi, en passant d’emplois comiques à des emplois plus tragiques, plus profonds.
Et là je ne manque pas de projets ! J’ai toujours par ailleurs fait des incursions dans le domaine de l’Opéra Comique (le Pré-aux-Clercs). J’apprécie aussi l’opérette.

je sors bientôt un enregistrement des chants de Violeta Parra

A Quimper vous aviez évoqué votre père, Chilien, et l’enregistrement que vous aviez effectué en hommage au poète chilien Victor Jarra, « te recuerdo », une autre facette de votre talent et de vos goûts liés à votre histoire familiale ?
Oui tout à fait, mes parents sont chiliens et j’ai baigné, enfant, dans cette atmosphères de chants latino-américains. Nous autres Chiliens, ne sommes réellement patriotes que pour le foot (rires) et le vin !!, pour le reste (et surtout le chant) nous aimons partager avec nos frères d’Amérique Latine, vénézuéliens, péruviens, mexicains, argentins ou cubains, pour échanger nos chansons et construire un répertoire qui me tient à cœur, qui permet tout à la fois de faire la fête, de construire des solidarités et de délivrer des messages politiques. J’ai toujours des projets de tournée liés à ce répertoire et je sors bientôt un enregistrement des chants de Violeta Parra, je ne sais pas si vous connaissez...

...oui, c’est elle qui chantait cet air qui me donne toujours des frissons « gracias à la vida »
Oui, qui le chantait, qui l’a écrit et qui l’a composé. C’est un projet sur lequel je travaille avec Thomas Enhco (pianiste, violoniste et compositeur de musique classique et jazz français) toujours dans cette idée de collaboration et de travail en binôme. Nous nous sommes déjà produits à Genève en 2017 a l’occasion du centenaire de Violetta Parra, en compagnie de mon père, Mathilde Etienne, Thomas et d’autres magnifiques musiciens. C’est un autre de mes projets qui me tient à cœur. Je reste fidèle à mon histoire et à mes racines.

Merci beaucoup Emiliano pour ce passionnant entretien. Je viendrai vous dire bonjour lors de votre Orfeo et j’en rendrai également compte tout comme de votre CD sur cette compositrice hors norme que je découvre.

Propos recueillis par Hélène Adam.




Notes
1- Orfeo de Monteverdi au Théâtre des Champs Elysée, version concert mise en espace, mardi 28 mai – Billets https://www.theatrechampselysees.fr/la- ... io/l-orfeo
2- Giulio Caccini, compositeur de la période charnière fin de la Renaissance, début du baroque, né en 1551 à Tivoli, mort en 1618 à Florence.
3- Jacopo Peri, compositeur et chanteur italien, né à Rome en 1561 et mort à Florence en 1633 au service de la cour des Médicis.
4- « Premiers opéras » : Euridice de Caccini, 1600, Euridice de Peri en 1605 et Orfeo de Monteverdi en 1607.
5- Marco da Gagliano (de son vrai nom Marco Zanobi), compositeur italien du XVIIe siècle, né le 1er mai 1582 à Florence – mort dans la même ville le 25 février 1643.
6- Francesco Rasi, compositeur, chanteur d'opéra, claveciniste, joueur de chitarrone et poète italien, (né le 14 mai 1574 à Arezzo, Toscane - mort le 30 novembre 1621)
7- Poète italien, l’un des premiers librettiste d’opéra, né vers 1573 à Mantoue et mort le 8 juin 1630 à Venise
8- A partir de Monteverdi, le « recitar cantando » ou récitatif est nettement séparé de l’aria.
9- Le Livre du Courtisan, publié en italien en 1528.
10- Dont quatre instrumentistes pour le continuo : luth, théorbe, clavecin et orgue, clavecin, harpe.
11- Les interprètes de cet « Orfeo » sont : Emiliano Gonzalez-Toro Orfeo, Giulia Semenzato Euridice / Musica, Mathias Vidal Pastore, David Szigetvari Pastore, Fulvio Bettini Apollo, Eva Zaïcik Pastore / La Speranza, Mathilde Etienne Proserpina, Frédéric Caton Plutone / Pastore, Lea Desandre La Messagiera, Jérôme Varnier Pastore / Caronte, Maud Gnidzaz Ninfa
12- Cozzolani, « Vespro », par le groupe I Gemelli, Emiliano Gonzalez Toro, enregistrement « naïve », sortie mai 2019.

Le CD
Image

Parution le 24 mai 2019
Un album naïve - disponible en CD, téléchargement, streaming
Référence V5472
Prix public du CD : 15,99 €

Alicia Amo, Natalie Perez, Mathilde Etienne, sopranos
Anthea Pichanik, Mélodie Ruvio, contraltos
Olivier Coiffet, Emiliano Gonzalez Toro, ténors
Renaud Delaigue, Victor Sicard, basses
I Gemelli
Emiliano Gonzalez Toro, direction

Chiara Margarita Cozzolani, Vespro
1 Domine ad adjuvandum me festina
2 Dixit dominus | psaume 109/110
3 O Maria, tu dulcis | motet pour ténor solo
4 Laudate pueri | psaume 112/113, pour 2 sopranos, 2 ténors & 2 violons
5 Salve, o regina | motet pour 2 sopranos
6 Lætatus sum | psaume 121/122
7 Duo Seraphim | Caterina Assandra (c.1590-after 1618), pour 3 voix d’hommes
8 Nisi dominus | psaume 126/127
9 Concinant linguæ | motet pour contralto solo
10 Beatus vir | psaume 111/112
11 O quam bonus es | motet pour 2 sopranos
12 Magnificat secondo
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

Avatar du membre
micaela
Basse
Basse
Messages : 4835
Enregistré le : 16 juil. 2015, 17:24
Localisation : paris

Re: Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par micaela » 17 mai 2019, 18:06

Très bel entretien avec un artiste que je ne connais pas vraiment, étant peu familière de son répertoire de prédilection.
Violetta Parra, je connaissais, ainsi que ses enfants Isabel et Angel, étant très amatrice de ce type de musique (le folk. D'ailleurs , il y a quelques mois, je suis allée à un concert hommage, organisé par un de ses petits-enfants.
Gracias a la vida est devenu un "tube" international, chanté entre autres par Joan Baez.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 20807
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Re: Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par JdeB » 18 mai 2019, 07:50

oui, un grand merci à Hélène pour ce formidable entretien qu'on va transférer dans la partie Dossiers
(on postait dans le fil Artistes les interviews lorsque la partie Dossiers était en chantier après un gros piratage qui avait fait pousser une nuée de ? intempestifs partout là-bas)
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Avatar du membre
HELENE ADAM
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 12442
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris
Contact :

Re: Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par HELENE ADAM » 18 mai 2019, 08:11

merci !
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

Avatar du membre
HELENE ADAM
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 12442
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris
Contact :

Re: Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par HELENE ADAM » 20 mai 2019, 22:52

Emiliano Gonzalez Toro dans les médias

Emiliano Gonzalez Toro, l'un des ténors les plus sollicités de sa génération, en particulier dans le répertoire baroque, était hier l'invité du #ClassicClub de Lionel Esparza sur France Musique https://urlz.fr/9MRe et de Jordi Batalle sur RFI https://urlz.fr/9MRn
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

enrico75
Baryton
Baryton
Messages : 1002
Enregistré le : 30 janv. 2012, 00:00

Re: Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par enrico75 » 25 mai 2019, 11:46

J 'ai découvert ce ténor hier soir à la Philharmonie dans la messe en si de Bach.
Le Benedictus qu'il a chanté était une petite merveille: timbre lumineux, ambitus large ,diction et technique du chant baroque exemplaire,sobriété et legato parfait.
Il était accompagné des seuls viole de gambe ,flûte et théorme, le chef Raphaël Pichon se contentant de regarder avec admiration cette admirable prestation.
Ne pas rater son Orfeo la semaine prochaine au TCE.

Avatar du membre
HELENE ADAM
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 12442
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris
Contact :

Re: Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro

Message par HELENE ADAM » 27 août 2019, 11:34

Pour ceux qui suivent sa carrière de près et s'intéressent tout particulièrement au baroque, le programme de concert et les projets d'enregistrement

Image
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 24 invités