la Dame de Pique (Bastille, mai-juin 2005)

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la Dame de Pique (Bastille, mai-juin 2005)

Message par Friedmund » 29 mai 2005, 01:29

Le spectacle est toujours aussi laid en soi, rien à y faire... Le concept de Lev Dodin est assurément séduisant intellectuellement (raconter l'histoire à travers la folie d'Hermann), admirablement pensé, mais se prend les pieds dans le fait que cet ouvrage est le sommet du romantisme russe: privé de sa dimension poétique, fantastique et dramatique, tout tombe à l'eau et semble en contradiction permanente avec la musique, en plus du livret. La laideur du tout n'arrange rien. Et puis Dodin, non content de violer le style de l'oeuvre et son déroulement dramatique, viole jusqu'à la partition, fait quand même suffisament rare pour être noté en ces temps où plus rien pourtant nous étonne dans les mises en scène. La Dame de Pique n'est plus en trois actes mais en deux parties, avec entracte en plein milieu du second acte, des répliques d'un rôle sont confiées à un autre rôle (la comtesse chante une partie de l'air de Tomski ou encore Lisa récite la lecture de la lettre pendant l'air d'Hermann) histoire de coller au concept du metteur en scène... bref, du viol au troisième degré, là où nous protestons quand même déjà souvent aux viols de premier degré.

La première saison de cette production reste comme un des sommets musicaux de l'ère Gall: en 1999, Jurovski dirigeait tout feu tout flamme rien moins que Galouzine à son sommet, Mattila, Keenlyside, Zaremba, Dernesch et Gerello. Autant dire que la distribution de 2005 n'offre plus les mêmes séductions: elle n'en reste pas moins très bonne. Galouzine est certes moins assuré vocalement mais reste encore un Hermann majeur, absolument irrésistible d'intensité vocale, et le rôle lui colle à la peau aussi bien vocalement que dramatiquement: longue ovation bien méritée au rideau final. Ovation également pour Hasmik Papian, bien moins méritée, mais le public aime ses voix torrentielles; c'est indéniablement de qualité, mais il manque à la fois la sensibilité, l'émotivité et la fragilité de Lisa: les nuances sont absentes, le vibrato très présent, et la voix est peu gracieuse... bref, du fortissimo impactant certes, mais à mille lieues de Lisa, aussi bien vocalement que psychologiquement. Pour ses débuts en Eletsky, Ludovic Tezier déploie sa belle voix colorée et mordante avec grâce et musicalité: c'est excellent, mais pas pour autant fascinant non plus (ce qu'avait été à mon sens son Wolfram). Irina Bogatcheva a de beaux restes en Comtesse... ce qui n'est pas le cas de Nikolai Putilin en Tomski, qui m'a semblé ce soir usé jusqu'à la corde, particulièrement dans l'aigu tiré et blanc en constant combat avec la justesse (d'ailleurs il rate carrément le premier aigu de sa ballade du I).

L'orchestre de l'ONP continue à déployer les magnifiques sonorités auxquelles il nous habitue depuis le début de la saison sous la baguette très musicale et fine de Gennadi Rozhdestvensky: les détails orchestraux sont magnifiques, en coup de griffe ici, en fine coloration là, et les atmosphères admirablement rendues. C'est superbe, et finalement très convaincant dramatiquement, malgré le choix de tempi assez lents. Les huées relativement sonores qui ont accueilli son arrivée sur scène lors des saluts finals me semblent relativement incompréhensibles, d'autant plus qu'il avait été longuement ovationné au début de la seconde partie. L'aurait-on confondu au rideau final avec le metteur en scène???

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Message par David-Opera » 29 mai 2005, 07:55

C?est quand même dommage de voir une si belle musique aussi mal desservie par la mise en scène. Aucun charme, on veut simplement nous faire comprendre que l?on a affaire à un fou.
Seulement il y a du matériau vocal sur scène.
Pour une fois je vais commencer par le chef.
Sa direction plutôt lente est acceptable dans la première partie et confère aux bois un volume que j?apprécie beaucoup. Par contre dans la deuxième partie ce rythme casse la dramatique nécessaire et comme rien dans la mise en scène ne peut aider il ne faut plus compter que sur les chanteurs.

Le souvenir de Galouzine en 1999 est toujours présent et je m?attend à la déception. Et bien non, il est toujours aussi remarquable dans ce rôle de névrosé dont on se rend compte qu?il a réutilisé les mimiques dans son personnage d?Otello. Etonnamment sa voix paraît moins grave que dans le rôle du Maure. Est-ce du à une différence entre les intonations russes et italiennes?
Je ne sais pas si l?on a déjà entendu Hasmik Papian à Bastille mais alors quelle présence ! Ses brusques changements de volume dans l?émission ne sont pas sans me rappeler le style d?Alexia Cousin et sa Lisa est plus dramatique qu?émouvante si on la compare à Karita Matilla.
A certain moment tout deux m?ont semblé en faire un peu trop (c?était peut être nécessaire).

J?ai également beaucoup aimé les graves de la Pauline de Ekaterina Sementchuk et la comtesse « glaciale » d?Irina Bogatcheva (on n?a pas toujours un si beau phrasé pour ce rôle là).

Ludovic Tezier, au milieu de tous ces russes parait avoir une émission un peu juste. Son Prince Eletski est plaisant mais manque de force.

Ch?urs excellents mais parfois très forts !!!!

Dernière remarque : je ne me fais toujours pas à cette Lisa rescuscitée après son suicide et qui gambade sur scène au dernier tableau.

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Message par philopera » 29 mai 2005, 08:16

Tout a été dit sur cette mise en scène; en un smily c'est de la :pooh:
Malgré tout je suis content d'avoir vu Galouzine dans ce rôle qui lui colle si bien à la peau et à la voix ,tant son Calaf m'avait déplu ( j'avais donc boycotté son Otello ): Quelle voix tout de même ! à coté de la sienne le pauvre Tézier ,censé être un prince, avait l'air d'un petit garçon :( :( ; d'ailleurs le seul moment où j'ai pu entendre le son de sa voix ( couverte par Galouzine ou par l'orchestre) fut lors de son aria, très bien chanté au demeurant ... D'accord avec Friedmund sur la Papian: c'est une fois de plus le problème de ces dames bien mûres vocalement qui campent des heroïnes fragiles et juvéniles : il y a quelquechose qui ne passe pas ... ( Karita tu exagères tu aurais pu alterner Lisa et Arabella! feignasse :lol: :lol: ) En plus comme la dame est très avare de nuances,on finit par s'ennuyer ; donc Papian je prefererai la revoir à Verone ou à Orange dans des Leonore di Vargas,Amelia voire Aida. Un grand braavo pour finir à l'orchestre et à la direction
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Message par tuano » 29 mai 2005, 08:19

Tu trouves que Papian est trop mûre pour Lisa mais que Mattila a l'âge d'Arabella ??

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Message par philopera » 29 mai 2005, 08:24

tuano a écrit :Tu trouves que Papian est trop mûre pour Lisa mais que Mattila a l'âge d'Arabella ??
j'ai dit mure "vocalement" ; je me fous de leur état civil !! Birgit Nilsson a 70 ans avait encore le timbre de voix d'une Isolde et Magda Olivero a fait délirer le Met en Tosca à 65 ans!
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Message par tuano » 29 mai 2005, 08:30

OK mais même là, Mattila n'a pas franchement un timbre de jeune fille.

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Message par Ariadne » 30 mai 2005, 00:27

à coté de la sienne le pauvre Tézier ,censé être un prince, avait l'air d'un petit garçon ; d'ailleurs le seul moment où j'ai pu entendre le son de sa voix ( couverte par Galouzine ou par l'orchestre) fut lors de son aria, très bien chanté au demeurant ...
Quelle injustice pour Tézier, au style et à l'élégance magnifiques... Contrairement à Galouzine, très monolithique, qui a calé le potentiomètre à droite une fois pour toutes, il sait faire des nuances, lui..

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Message par Friedmund » 30 mai 2005, 01:07

tuano a écrit :OK mais même là, Mattila n'a pas franchement un timbre de jeune fille.
Ce n'est pas qu'une question de timbre, mais aussi de chant. Le chant de Mattila est idéalement assorti à Arabella (même si je préfère pour le rôle un timbre à la Della Casa ou Popp), alors que celui de Papian en Lisa fait quand même plutôt penser à celui d'une Abigaille mal dégrossie.
Ariadne a écrit :Contrairement à Galouzine, très monolithique, qui a calé le potentiomètre à droite une fois pour toutes, il sait faire des nuances, lui..
Ah, là je ne suis pas d'accord: Galouzine sait déployer sa grande voix, mais aussi la retenir et l'intérioriser et chanter mezza-voce... Tout comme son Otello, son Hermann n'est pas systématiquement ancré dans la virulence mais sait trouver une fièvre bien maîtrisée et parfaitementt assumée vocalement. "La vie qu'est-ce? un jeu!" a été admirablment phrasé avec beaucoup d'élégance, et toute la fin du II était souvent murmurée sans effet, y compris dans le duo conclusif de l'acte (malheureusement Papian n'était pas à l'unisson). Entre autres exemples, pour ne quand même pas confondre l'Hermann de Galouzine avec celui d'un bruyant Atlantov!

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Message par lyricomaniaque » 30 mai 2005, 05:36

Comme il est toujours étonnant de lire des propos déjà contradictoires entre eux par rapport à la même soirée... mais encore différents de ce que l'on ressent soi-même !

Certes, la production oblige le théâtre à modifier en de nombreux points la partition (disparition de certains choeurs, intervention de la comtesse dans la balla de de Tomsky, transmutation du divertissement...) : c'est une honte ! Il ne faudrait jamais toucher une note d'une partition - et certes pas pour des besoins de relecture. Toutefois, me risquerais-je à dire qu'en pas mal d'endroits, cette lecture m'a poussé à réécouter la musique (la pantomime des fous) ou le texte (le premier duo avec Lisa) et à y découvrir des éléments nouveaux ? Passons.

J'ai hué le chef et je m'explique : je n'ai jamais entendu une telle mollesse et de telles aberrations dans cette oeuvre de passion et de folie. Gergiev, en comparaison, était prestissimo dans son Otello ! Aucune tension orchestrale, donc ; des décalages à foison ; aucune vision ; des contresens dans les tempi ; pas de couleurs. Beurk et rebeurk ! Il a, à mes yeux, tué la représentation. Et j'ai poliment attendu la fin de la réprésentation pour le lui faire savoir (tout en fulminant d'entendre cet accueil à son retour dans le fosse...).

Papian, de fait, chante Lisa en pensant à autre chose - et ennuie ferme. Son jeu n'apporte aucune compensation : quand elle frappe Hermann avec ses petits poings, elle ressemble à un petit enfant qui veut jouer à la bagarre gentiment. Affligeant.

Si Frau Bogacheva avait porté un nom glorieux, elle aurait reçu une ovation. Je lai trouvée tout à fait à la hauteur du rôle. Pauline itou.

J'ai trouvé Tézier remarquable : ET dans le duo avec Hermann, ET dans l'arioso, ET dans son air. Et du second balcon, sa voix possédait absolument tout : puissance, legato, nuances, style, timbre, aigu. Et franchement, qui réussit à construire un personnage avec ces trois petits bouts détachés du reste ?

Quant à Galouzine, j'ai enchaîné en un trimestre son Otello, son Canio et son Hermann, et il m'a transporté lors des trois soirées (ai-je eu de la chance ?). Et quoiqu'on dise de cet homme, il m'amène jusqu'aux larmes. Quel investissement ! Quant à la voix... Que voulez-vous, quand aujourd'hui on tient une voix d'opéra, il faut trouver des spectateurs pour penser qu'il en a trop. Cela me navre. L'ivresse que procure cette voix ne vaut peut-être pas les sonorités melliflues qui font se pâmer ceux qui goûtent les subtilités audibles seulement à la place des chefs d'orchestre. Mais je la revendique haut et fort. Merci M. Galouzine !

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Message par David-Opera » 30 mai 2005, 08:41

lyricomaniaque a écrit : J'ai hué le chef et je m'explique : je n'ai jamais entendu une telle mollesse et de telles aberrations dans cette oeuvre de passion et de folie. Gergiev, en comparaison, était prestissimo dans son Otello ! Aucune tension orchestrale, donc ; des décalages à foison ; aucune vision ; des contresens dans les tempi ; pas de couleurs. Beurk et rebeurk ! Il a, à mes yeux, tué la représentation. Et j'ai poliment attendu la fin de la réprésentation pour le lui faire savoir (tout en fulminant d'entendre cet accueil à son retour dans le fosse...).
Ah c'était vous! Je trouve que vous avez une puissance d'émission remarquable, et vos ouhhh! sonnent divinement dans ce théatre et sans détimbrer! :lol:

Vous étiez au second balcon c'est cela?

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