Entretien avec Julien Behr

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dge
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Entretien avec Julien Behr

Message par dge » 12 févr. 2015, 15:17

Révélation artiste lyrique ADAMI en 2009, son début de carrière et ses prises de rôle dans le répertoire mozartien ont suscité beaucoup d'intérêt. Il sera Tamino à l'Opéra Bastille en mai et juin 2015. Nous avons rencontré Julien Behr entre deux répétitions d'Idoménée à Lyon où il interprète Arbace.


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© Eric Mercier

Julien Behr, vous êtes Lyonnais, mais c’est avec cette production d’Idoménée que vous chantez pour la première fois à l’Opéra de Lyon ?

J’ai déjà chanté dans le petit amphithéâtre quand j’étais au CNSM, mais sur la grande scène, oui, c’est la première fois. C’est bien sûr une émotion particulière de se produire dans l’endroit où l’on a découvert l’opéra. C’est aussi très réjouissant de travailler à la maison, j’étais parti depuis août…


Vous avez beaucoup chanté Mozart. Comment situez vous Idoménée dans son œuvre lyrique ?

C’est un de mes Mozart préférés, voire mon Mozart préféré. Le mélange entre le religieux, le politique et l’affectif crée une puissance dramatique très captivante. La musique est sublime. C’est la troisième production d’Idoménée que je fais et je ne m’en lasse pas. En revanche c’est une œuvre très délicate à mettre en scène. Si l’on n’a pas un parti pris très fort, l’œuvre peut devenir ennuyeuse. Cette histoire mythologique est difficile à rendre. J’ai déjà participé à deux productions chaque fois dans des mises en scène transposées : avec Olivier Py à Salzbourg et avec Damiano Micheletto à Vienne sous la direction de René Jacobs.


C’est presque un opéra fétiche pour vous…

L’opéra oui. Arbace n’est pas un premier rôle, il n’est pas souvent sur scène mais le rôle est gratifiant. Mon rôle fétiche en ce début de carrière c’est plutôt Tamino.


Votre biographie dit que vous avez fait des études avancées de droit. Vous étiez aux portes de préparer une carrière d’avocat. Comment s’est faite cette transition vers l’art lyrique ?

Je fais de la musique depuis l’âge de six ans. J’ai commencé avec le solfège, la trompette, le piano à l’école de musique de Collonges au Mont d’Or tout près de Lyon. Je suis ensuite entré dans Maîtrise de la Cathédrale de Lyon. C’est une structure qui fonctionne avec un système d’horaires aménagés en partenariat avec une école gérée par des frères maristes. Le rythme était plutôt soutenu et je n’ai à cette époque jamais fréquenté les conservatoires institutionnels. Depuis tout petit ma vocation était d’être avocat et la musique était un hobby que je prenais plus ou moins au sérieux mais qui m’a toujours fait vibrer. Au terme de mon master en droit des affaires j’ai commencé à travailler ma voix avec un professeur de chant qui travaillait à la Maîtrise. Au même moment j’étais aussi dans une troupe de théâtre – j’en fais beaucoup depuis l’âge de dix ans – et on montait un opéra en partenariat avec une école de musique. C’était l’opportunité de travailler un peu plus ma voix, d’avoir un éveil à la technique vocale. Et me retrouver à chanter sur scène, alors que j’avais 23 ans et que je faisais de la musique depuis que j’avais 6 ans a été pour moi le plus grand plongeon émotionnel que j’aie jamais fait. J’ai trouvé cette expérience tellement exaltante que j’ai voulu continuer à travailler ma voix. Je venais de terminer mon master, j’étais inscrit au concours d’avocat mais en même temps j’ai tenté le concours d’entrée au CNSM de Lyon. Contre toute attente j’ai été reçu. Je ne savais vraiment pas où j’allais. J’ai dit à ma mère que je remettais mes projets de carrière d’avocat à un an, que j’allais faire un an de musique pour «me changer les idées» et que je retenterai le barreau l’année suivante. Et je suis resté dans la musique (rires)...


Vous avez entrepris cette démarche sans avoir l’idée d’en faire votre métier ?

Absolument. Je suis entré au CNSM pour faire un break dans mes études.


Et à quel moment vous vous êtes dit que vous alliez en faire votre métier ?

C’est arrivé rapidement. J’ai progressé assez vite au CNSM et j’ai commencé à avoir mes premières prestations professionnelles. Je trouvais incroyable d’être payé pour chanter...


Il faut quand même une sacrée passion pour abandonner un métier qui vous tend les bras et qui vous donne l’assurance d’une vie confortable pour une carrière lyrique avec beaucoup de risques…

Oui, c’était un peu de l’insouciance. Mais j’adore la scène depuis que je suis tout petit. Je fais du théâtre, j’adore la musique. Sans vouloir parler de destinée, la scène avec la musique m’ont conduit malgré moi à l’opéra. J’ai eu le choc tout de suite. Effectivement je me préparais à une carrière en droit des affaires plutôt rémunératrice mais j’ai eu la chance d’avoir des soutiens de toutes parts, de ma famille, de mes amis qui jamais ne m’ont dissuadé de suivre cette nouvelle orientation.


Vous écoutiez de l’opéra chez vous ?

Non, j’ai découvert l’opéra très tardivement. J’écoutais beaucoup de musique classique depuis que j’étais tout petit. Mais je n’ai pas dû aller écouter un opéra avant l’âge de vingt ans. L’opéra en lui-même ne me fascinait pas vraiment. C’était le fait de le pratiquer, de l’interpréter. Aujourd’hui aussi, ce qui me plait le plus c’est d’être sur scène et de chanter.


Vous êtes sorti du CNSM en 2010. Comment s’est passée la période qui a suivi ?

Tout est allé vraiment très vite. La première audition de ma vie a été pour l’Académie d’Aix en Provence et au lieu de me proposer un rôle dans le cadre de l’Académie, on m’a offert un premier rôle à l’Archevêché dans une production de l’Académie d’Aix. Je me souviens très bien de Bernard Foccroulle me disant «malheureusement pour l’Académie çà ne va pas marcher mais on serait ravis que vous fassiez le rôle titre dans Orphée aux enfers.» C’est vraiment le point de départ de mon parcours. C’était en 2009, un an avant ma sortie du Conservatoire. La même année j’ai été nommé révélation ADAMI et un agent s’est intéressé à moi. Je travaillais déjà beaucoup pendant les deux dernières années de mes études.
J’ai cette chance immense aujourd’hui d’être « ténor mozartien ». C’est un type de voix très demandé, très recherché. La concurrence est plus faible que pour d’autres tessitures.


Justement face à ce type de voix recherché, n’avez-vous pas eu une difficulté à contrôler toutes les propositions qui ont dû vous être faites de rôles ne vous convenant pas encore complètement? En regardant votre début de carrière on a l’impression que vous l’avez gérée avec beaucoup de prudence et de retenue…

Je suis heureux que çà se ressente. Ce sont des problématiques qui se rencontrent très fréquemment. On me propose parfois des rôles qui, soit ne sont pas du tout pour moi, soit qui sont trop prématurés. Je sais que mes saisons sont pleines et je suis conscient que c’est un luxe de pouvoir dire non même à des maisons très importantes qui me présentent des projets qui ne me conviennent pas actuellement. Ce sont pourtant des répertoires très excitants pour un chanteur mais j’ai la possibilité de prendre mon temps. Ma typologie vocale se prête bien à la musique de Mozart, à l’opérette, au bel canto et j’ai beaucoup de rôles à chanter avant d’aborder Faust ou Alfredo. Pour faire mes choix je suis très attentif aux conseils de mon professeur de chant et de mon agent.


Comment définiriez vous votre voix ? Ténor lyrique ?

Oui jeune lyrique ou lyrique léger.


Quels sont les répertoires qui, actuellement, conviennent le mieux à votre voix ?

Mozart, Donizetti, Bellini, l’opérette française ou allemande. Je commence à accepter quelques rôles en Français. Je vais faire mon premier Nadir la saison prochaine.

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Die lustige Witwe - Opéra d'Avignon - 2012 © Cédric Delestrade / ACM-Studio.fr / Avignon

Vous avez participé à la production de Ciboulette à l’Opéra Comique. Compte tenu de son très grand succès, considérez vous qu’elle a été une étape importante pour vous, au moins par son éclairage médiatique ?

Cette production m’a beaucoup apporté, mais surtout sur un plan personnel. Le travail avec le metteur en scène Michel Fau a été très enrichissant. J’ai eu le sentiment de participer à quelque chose d’exceptionnel. L’œuvre est d’une grande délicatesse et participer à cette aventure a été très gratifiant. Mais ce n’est pas un rôle qui peut m’ouvrir beaucoup de portes, c’est surtout un rôle bouffe qui ne permet pas de bien mettre en évidence les qualités d’une voix. Le rapport entre le théâtre et la musique était vraiment superbe et je suis heureux de reprendre bientôt cette production.


Une étape importante de votre début de carrière a été l’Arbace d’Idomenée que vous avez chanté à Vienne en novembre 2013 sous la direction de René Jacobs. Vous avez dû beaucoup apprendre avec ce chef emblématique…

Ma première expérience d’Arbace était sous la direction de Minkowski pendant la Mozartwoche de Salzbourg dans la mise en scène d’Olivier Py. Mis à part Orphée aux Enfers avec l’Académie d’Aix, c’était vraiment ma première expérience professionnelle. La production dirigée par René Jacobs, au Theater an der Wien, était magnifique et a eu un immense succès, elle sera d’ailleurs reprise en concert l’an prochain. Le travail avec René Jacobs a été très enrichissant. Il connaît son affaire mieux que personne, on a très vite la sensation qu’il sait, qu’il a la vérité. De ce fait il est très pointilleux, il ne laisse rien passer, le travail sur les récitatifs était très précis au niveau de la langue et du style. Et le Freiburger Barockorchester est peut-être le meilleur orchestre baroque du monde… C’était une expérience exceptionnelle, d’une très grande intensité musicale et scénique. Une alchimie rare à rencontrer…


A Lyon ce sera sur instruments modernes. Passer des instruments anciens aux instruments modernes ne vous pose pas de difficulté d’adaptation ? Que préférez vous ?

J’ai l’oreille « formatée » par le fait de l’avoir chanté avec plusieurs orchestres baroques qui connaissent cette musique stylistiquement sur le bout des doigts. Mais ici à Lyon le chef et l’orchestre jouent le jeu : les articulations, les appoggiatures, jouer sans trop vibrer…Il y a une recherche du style et les couleurs sont très belles.


La dimension scénique semble très importante pour vous. Vous n’hésitez pas à aller jusqu’à l’autodérision comme à Orange pour la Fête de la Musique où vous avez participé à une parodie du concert des trois ténors.....

J'adore "faire le con". Je ne me prends jamais au sérieux, même quand je joue un drame. Je me vois en tant que comédien, pas en tant que personnage qui se suicide sur scène. J'ai toujours du recul et cet immense plaisir à jouer.


Vous disiez que votre expérience du théâtre est très ancienne…

J'ai commencé à dix ans dans les cafés-théâtres à Lyon. Ma mère faisait elle même du théâtre et j'avais cette fascination pour la scène depuis que j’étais tout petit. Un jour j'ai rencontré un comédien, René Venet, qui faisait des one-man shows à l’Espace Gerson, célèbre café-théâtre lyonnais, et je lui ai dit " si vous avez besoin d'un enfant je suis votre homme". J'avais dix ans, j'ai joué des sketches avec lui et je n'ai jamais arrêté. J'ai cette passion de la scène. C'est un prérequis quand on monte sur les planches.


Quand vous abordez un rôle, nouveau ou à plus forte raison que vous avez déjà interprété, venez vous aux répétitions avec une conception précise ou attendez vous du metteur en scène qu’il vous guide voire vous impose sa vision ? Etes vous « malléable » ?

Pour les prises de rôle je n’arrive avec aucun a priori. Il y a tellement de lectures possibles d’un livret d’opéra, comme on le voit de plus en plus aujourd'hui. Musicalement j'arrive avec une proposition tout en restant très souple, mais pas théâtralement. Ce sera le cas avec mon sixième Tamino que je vais interpréter à Bastille.
La formation que j'ai eue en tant qu'acteur était une forme de discipline par rapport à ce que suggèrent et souhaitent les metteurs en scène. Je garde toujours une grande ouverture. C'est beaucoup plus agréable d'arriver totalement neutre sachant que le seul but est de défendre un spectacle tout entier. Si on arrive avec une proposition qui diverge de celle du metteur en scène on est en perpétuelle schizophrénie.


Les metteurs en scène ont pris le pouvoir et demandent de plus en plus de choses aux interprètes. Comment vivez vous cette mutation et vous mettez vous des limites ?

Je suis prêt à tout accepter à partir du moment où ce qui m'est demandé, non seulement a un sens pour moi mais aussi a une raison valable exprimée par le metteur en scène. Je peux tout faire si c'est beau et si ça plait au public. C'est souvent une question de relationnel. Certains metteurs en scène ont des propositions choquantes pour le public et qui néanmoins peuvent rencontrer un grand succès mais ils ont une pédagogie pour les faire passer. D'autres arrivent avec un concept purement intellectuel, potentiellement beau à présenter mais s'ils n'arrivent pas à le faire passer aux interprètes eux-mêmes, le risque d’échec est grand. Il peut y avoir aussi des négociations serrées avec le chef d'orchestre parce que parfois c'est à contre courant de la musique. Donc tout se joue, non sur les limites que moi j'aurais, mais sur la manière qu’a le metteur en scène de faire passer ses idées.


Dans ce cas, comment s’en sort-on ?

Quand on n'est pas convaincu par l’efficacité d'un parti pris de mise en scène, c'est là que çà devient difficile. On n'a pas nécessairement besoin d'être convaincu qu’il soit rationnel ou crédible mais il faut que le spectacle soit cohérent. Il faut faire un spectacle qui plaise au public, qui le questionne, qui le fasse rire ou pleurer, mais pas qui le mette mal à l'aise.


Si on prend l’exemple de l’Hamlet mis en scène par Olivier Py, on demande à l’interprète principal des choses difficiles…

Je ne trouve pas que ce qui lui était demandé était difficile. J'ai eu la chance de participer à la création de cette production au Theater an der Wien, et j'ai eu l'impression de vivre un évènement exceptionnel. Le succès a été immense. Je ne suis pas du tout un partisan de la provocation, je suis attentif au public. Bien sûr Stéphane Degout est nu dans son bain mais ce n’est pas gratuit. Certaines situations se voient quotidiennement dans les séries télé. J'aime cette idée selon laquelle l’Opéra va vers plus de crédibilité. Mais les clichés pour les clichés ça ne marche plus du tout.
Il faut aussi un respect absolu de ce qu'ont voulu le librettiste et le compositeur. On a la chance d'interpréter des chefs d'œuvre ; la moindre des choses est de les respecter même si l'on peut en proposer d'autres lectures.
Ce qui me semble essentiel est de ne jamais oublier que l’on est là avant tout pour le public. Des productions comme Hamlet ou même Ciboulette qui est traitée avec un grand sérieux même si ce n’est pas dans une option classique, sont de très grands succès parce que accessibles au public.


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Zauberflöte (Tamino) - Theater St. Gallen 2011/ 2012


Vous avez participé à la Création de Quai Ouest à Strasbourg. Comment vous situez vous par rapport à ce répertoire contemporain?

Je n'ai pas une affinité particulière pour la musique contemporaine mais j’avais envie de faire cette expérience, d'autant que ce rôle a été écrit pour moi. Le casting a été proposé par l'Opéra du Rhin et Régis Campo a composé pour les voix qui ont été choisies. J’ai été très satisfait de ce qu'il m’a écrit. Sur le plan théâtral c'était très gratifiant et le public a adoré. Certains exégètes de la musique contemporaine ont pu regretter une écriture pas assez novatrice.....mais j'ai beaucoup aimé. Les moyens ont été mis pour faire un beau spectacle.


Y a-t-il des artistes que vous admirez ?

Je suis fasciné depuis toujours par les chefs et par la direction d'orchestre. C'est une activité que j'aimerais aborder plus tard. J'admire beaucoup Abbado. Parmi les chefs vivants j’ai une grande admiration pour Alain Altinoglu, pour tout ce qu'il fait, son côté humain, sa musicalité et j'ai hâte de retravailler avec lui.
Pour les chanteurs je suis un inconditionnel de Pavarotti sur le plan vocal, de Wunderlich aussi. C'est mon modèle, ma référence d'autant que je chante son répertoire.


Vous avez enregistré Septem Verba a Christo attribué à Pergolese avec René Jacobs. Comment s'est crée ce projet ?

C'est René Jacobs qui est tombé sur la partition. La musique est très belle et très probablement attribuable à Pergolèse. J'ai été sollicité par le Festival de Beaune où devait se faire la création mondiale de cette œuvre et qui a proposé mon nom à René Jacobs. Comme le Theater an der Wien m'avait aussi proposé le rôle d'Arbace d'Idoménée, j'ai passé avec lui une double audition. Moi qui ne suis pas particulièrement un baroqueux j'ai fait ce disque avec un grand plaisir.


Avez vous d'autres projets discographiques?

Le Roméo et Juliette de Berlioz enregistré avec l'orchestre National de Lyon va bientôt sortir. On vient aussi de graver Christophe Colomb de Félicien David avec François-Xavier Roth. Je vais aussi enregistrer dans quelques jours des mélodies pour soliste et des mélodies pour chœur et soliste de Koechlin avec le choeur de femmes Calliope dirigé par Régine Théodoresco.


Si on se projette dans 5 ou 10 ans, quels rôles aimeriez vous avoir inscrits à votre programme?

Si j’ai assez de sagesse, j’aimerais ne chanter que des rôles "sains" : José, Faust, Alfredo, Rodolfo, le duc de Mantoue… mais pas avant la quarantaine. Dans les années proches, Nemorino, Belmonte, Lenski, Don Ottavio...


Pour rester chez Mozart, Idoménée après Arbace?

Oui bien sûr, mais comme Titus de La Clémence ou Lucio Silla, je trouve que c'est une question d'âge pour la crédibilité scénique.


Après avoir rêvé, quels sont vos projets proches ?

Je vais chanter Tamino à Bastille en mai prochain. Pour moi, chanter à l’Opéra de Paris est irréel ! Je l'ai chanté à Minneapolis dans une salle encore plus grande et je sais que ma voix peut remplir l'espace. Je reprends Ciboulette à l'Opéra Comique en avril. Je vais faire aussi Le Messie avec J.C Spinosi et l'ensemble Mattheus. L'an prochain il y aura Mercure dans une reprise de Platée à Garnier, Don Ottavio à Cologne avec F.X.Roth qui est le nouveau directeur musical, Nadir à Nuremberg, Jacquino à Vienne.


Qu'est ce qui vous coûte le plus dans ce métier?

La distance. Partir longtemps. J'ai un quotidien exaltant, j’adore être sur scène, j’ai la chance d’avoir des expériences artistiques et un relationnel de qualité. Ce qui peut me peser aujourd'hui c'est l'éloignement de chez moi longtemps.


Vous venez d’être nommé parrain de l’association El Sistema France dont le credo est que « la musique est la meilleure prévention contre tout ce qui peut dégrader la vie d’un enfant ». Comment cela s’est-il fait et quel sera votre rôle ?

El Sistema France a été crée en 2009 avec l’objectif de fonder un réseau Français d’orchestres et de chœurs d’enfants pour favoriser l’intégration d’enfants défavorisés. Le siège est à Nantes. J’ai été sollicité après mes passages à la télévision, et ils ont été sensibles au fait que je ne me prenne pas au sérieux. J'ai été profondément touché d'être contacté parce que j'ai passé beaucoup de temps dans ma vie en milieu associatif. Je me suis mis à leur disposition pour intervenir auprès des enfants, pour leur parler de mon travail, de la musique classique, leur dire pourquoi « ça me fait vibrer ». Ils m'ont demandé d'organiser des concerts de gala pour lever des fonds. Je vais en faire un bientôt avec l'orchestre national des Pays de la Loire. J'aimerais bien contribuer au développement de ces actions en m’appuyant sur mon réseau de connaissances et demander à des directeurs d’orchestre ou de théâtre d’organiser ce genre de concerts.
Quand on va sur le site de l’Association et que l’on visionne quelques vidéos, on ne peut qu’être profondément ému de voir ces gamins qui sont souvent en zones d'éducation difficile et qui n’avaient jamais rencontré une quelconque forme de beau dans leur vie, que ce soit la musique ou autre chose, dire « moi j’adore faire de la musique avec les copains ». Les professeurs disent que depuis qu’ils font de la musique tous les jours, ils ont triplé leur capacité de concentration. Ils mettent beaucoup d’énergie pour travailler leur instrument et pour développer un esprit de groupe.
Je mettrai toute l'énergie nécessaire pour participer au développement de ce concept. Il y a une énorme problématique au niveau de l'éducation. La musique que je pratique, c’est bien pour divertir, mais pour ceux qui ne veulent pas en faire leur métier c'est une école de la vie. La musique classique a cette exigence de rigueur, de technique, de respect qui la rend universelle.


La médiatisation est devenue très importante. Comment la gérez vous ?

Je l'accepte bien volontiers mais je ne la recherche pas. Je suis souvent dans les quelques émissions de musique classique à la télévision et j'adore me prêter à ces exercices. C'est l'opportunité de faire plaisir, de « faire un peu le con » et de montrer au grand public ce que l'on peut faire. J'aime avoir la possibilité de montrer aux gens que l'opéra et la musique classique sont modernes et accessibles à tout le monde et que les artistes ne sont pas enfermés dans leur tour d'ivoire. J'essaie d'avoir la plus grande simplicité.


Avez vous quelques loisirs préférés?

Quand je ne travaille pas, ma passion préférée c'est de vivre le plus possible, voir ma copine, ma famille, mes amis, bien manger...Bien sûr je fais du sport. Mais ma passion et mon métier sont tellement liés que je n'ai pas l'impression d'aller travailler…


Le site de Julien Behr : http://www.julienbehr.com/



Entretien réalisé par Gérard Ferrand à Lyon le 19 janvier 2015

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Re: Entretien avec Julien Behr

Message par Omega » 12 févr. 2015, 17:15

Merci pour cet interview qui permet de mieux connaitre ce jeune ténor: Il était vraiment bien à Lyon en Arbace!

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Re: Entretien avec Julien Behr

Message par JdeB » 13 févr. 2015, 09:56

oui, formidable Arbace à Lyon et excellent aussi dans le Christophe Colomb au Festival Berlioz l'été dernier
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Entretien avec Julien Behr

Message par fred78 » 23 févr. 2015, 19:04

Merci pour cet interview !
Il m'a toujours donné l'impression d'un garçon sympathique et pas prétentieux (certains devraient en prendre de la graine...), et il est surtout un ténor de grand talent !

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