[dissertation] Caballé et le belcanto

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DavidLeMarrec
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[dissertation] Caballé et le belcanto

Message par DavidLeMarrec » 02 avr. 2005, 22:26

Il y a plusieurs années de cela, j'avais lu dans des colonnes de critique le commentaire suivant (en substance) :
"Dans Norma, Caballé est à la fois l'héritage et le dévoiement esthétique du modèle callassien."

Percevant nettement deux esthétiques distinctes, je n'ai jamais bien saisi la filiation, ni compris exactement ce qui était en cause. Est-ce simplement une question de vocalisation et d'implication dramatique ? Dans ce cas : où se situe la filiation? Où se situe le dévoiement ?
Autre option : ce critique délirait-il sous l'effet de psychotropes callassiens puissants ?

Je compte sincèrement sur vos lumières.


Plus clairement :

Brevet de compétence de lyricomane belcantiste
Epreuve : Dissertation

Un critique a écrit :
"Dans Norma, Caballé est à la fois l'héritage et le dévoiement esthétique du modèle callassien.". Vous discuterez cette citation en faisant référence à vos connaissances scéniques et discographiques du belcanto.
Vous avez quatre heures.

David - examinateurmaisnullementcorrecteur

bajazet
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Message par bajazet » 03 avr. 2005, 03:36

Marge à droite ou marge à gauche ?
On peut sortir pour fumer au bout d'une heure ?

C'est drôlement intéressant ce que tu proposes !
En tout cas, la citation, structurellement et intellectuellement, fournit un parfait sujet de dissertation ? Vous ne seriez pas un peu du métier ?

"J'ai reçu ?
? Callas en héritage"

Le dévoiement, je vois vaguement : une forme d'hédonisme vocal préféré à la violence théâtrale (pardon pour la banalité du schématisme).

Quant à l'héritage ? Parce qu'elle est venue après (tout simplement) ? et qu'elle a récolté les fruits d'un travail de pionnière de Callas ? (mais ça reste un peu flou pour moi)
+ Parce qu'elle a revendiqué cet héritage ? Caballé, si je ne me trompe, s'est réclamé de l'exemple de Callas ? comme Grubi d'ailleurs, ce qui me plonge toujours dans la songerie (de veau, bien sûr, puisque c'est dimanche).

B., esthète dévot.

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philopera
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Message par philopera » 03 avr. 2005, 07:27

Merci David pour ce beau sujet stimulant dès le matin
Voici le plan de ma dissertation
Je commencerai par préciser ce qu'est le modèle callassien en disant qu'en fait il n'y a pas une mais DEUX Callas; grosso modo avant et après 1954 ; En deux phrases avant 1954 c'est surtout une voix phénomènale en puissance et registre qui pourra alterner Walküre et Puritani mais avec un physique ingrat ; après 1954 c'est une voix différente, plus fragile mais aussi plus touchante et surtout un physique de belle femme, une comédienne-chanteuse guidée par Visconti et une réputation sulfureuse dans les médias.
J'expliquerai ensuite que l'ambiguité de Caballe réside dans le fait qu'elle est plutôt l'héritière de Callas n°1 ( avant 1954 ) et l'exact opposé de Callas n°2. Je nuancerai la notion d'héritage en montrant les différences et les similitudes entre la voix de Caballe et la voix de Callas n°1, entre leur manière d'interpreter vocalement le bel canto; je developperai l'antinomie entre la Callas " viscontienne" et "paparazienne" et la Caballe "mamma"...
Enfin je comparerai Caballe avec les autres héritières possibles de Callas : première génération (Sutherland,Scotto,Sills...) et deuxième génération ( Anderson,Devia,Gruberova...)
Ma conclusion serait plus générale portant sur le chant en 2005 et ce qui reste de l'apport de Callas :sûrement plus de Callas n°2 quand on voit Dessay et Ciofi et qu'on desespère de voir le bel canto servi par une voix comme celle de Callas n°1

Voilà monsieur le professeur

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Message par Friedmund » 03 avr. 2005, 09:43

Voici mon plan personnel:

1) Qui est Norma?
- Norma, un personnage classique, dans la lignée de Gluck et Cherubini, où résonne des échos de tragédie grecque; Norma la guerrière et l'amoureuse sanguine.
- Norma, un rôle bellinien, belcantiste, au chant parfois lunaire
- conclusion: Norma, un rôle tout autant théatral que vocal

2) Callas et Norma... Callas EST Norma
- Callas en Norma: la puissance de l'incarnation dramatique, la noblesse de la tragédienne classique, la force de l'incarnation
- la chanteuse de belcanto assoluta: l'art du phrasé bellinien, le chant sur le souffle, les vocalises dramatiques en force
- conclusion: Callas était à la fois la tragédienne et la belcantiste nécessaire au rôle

3) Caballe... une Grisi qui se voulait Pasta?
- la beauté absolue de la belcantiste Espagnole, mais la perte de la dimension classique (la suavité au détriment de la violence d'expression classique)
- le désir d'être tragédienne, avec plus ou moins de succès et sans parfaitemetn convaincre... matériel vocal trop immédiatement dolce?
- Caballé en Norma, c'est une Grisi qui se voulait Pasta

4) Conclusion
- Callas et Caballé ne sont pas le même genre de Norma, bien qu'elle partage une maîtrise vocale du belcanto et une volonté de jeu théatral; c'est là la part d'héritage Callasien bien intégrée par Caballé
- néanmoins il ne s'agit ni du même chant (car pas de la même voix), ni du même théatre: Callas impose un personnage classique, Caballé un personnage romantique: la beauté sonore pure est la déviance eshtétique d'une Caballé qui ne convainc toujours au mieux que dans le son filé, le piano, et la beauté extatique de la voix : c'est se tromper sur Norma, fille de la Vestale et d'Alceste et représente un 'enjolivement' hors-propos dans le rôle de la Druidesse Gauloise, amorosa e guerriera!

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Message par philopera » 03 avr. 2005, 09:50

en lisant le post très interessant de Friedmund je me rends compte que je mérite un 0/20 hors sujet car je n'avais pas lu que la question était restreinte au personnage de Norma!
Faudrait pas que je repasse le bac moi ! :helpsmilie:
Gérard Mortier a raison d'offrir Elektra sans entracte ( Eric Dahan Libération 25/6/2005)

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Message par aroldo » 03 avr. 2005, 10:43

Remarque de l'élève Sergio S, toujours au fond de la classe
Mais voyons monsieur seule Callas pouvait chanter le rôle de Norma, créé par la Pasta et donc destiné à un soprano d'agilita e di forza ...
Elève S. au piquet !
Remarque de l'élève Francesco S., toujours à côté du radiateur.
Mais monsieur à quoi rime cette sempiternelle comparaison callasienne ?
Et pourquoi si l'on parle de Norma (ou de Violetta ou de Lucia) doit ont toujours, en bien ou en mal faire la comparaison avec la divine ? N'y at-t-il pas dans la musique de Bellini, autre chose que ce qu'en a fait Callas (ou Pasta) ? L'élève Fridemund (dont je peux observer la copie de là où je suis placé) évoque avec raison la filiation classique de cet opéra, que Callas, immense chanteuse classique justement a exploité mieux que personne. Mais il me semble que pour un opéra de cet envergure d'autre options peuvent être prises. En bref je me refuse à dire que Callas soit nécessairement un modèle pour tout ce qu'elle a chanté. Caballé est une grande Norma avec une autre image et une autre approche, vocal et dramatique du personnage. Il n'y a pas à parler ni de déviance, ni d'héritage.
Elève S vous, vous irez au cachot
Mais monsieur ...
Quoi encore ?
De toutes manières la plus belle Norma je l'ai entendu la nuit dernière .... c'est Elena Suliotis
Elève S vous allez être renvoyé de ce forum qui est un établissement serieux .... tenez vous à carreau et cessez de prononcer des inepties sur Arroyo ou Maria Stader ... non mais ... et pourquoi pas Stich-Randall comme modèle pour Fiordiligi ?
l'enlevement de Clarissa a été un des évènements de ma jeunesse.

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Message par Friedmund » 03 avr. 2005, 10:49

aroldo a écrit : En bref je me refuse à dire que Callas soit nécessairement un modèle pour tout ce qu'elle a chanté.
Je pense que ce débat là devrait être mené: on en fait un fil à part entière?

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Message par aroldo » 03 avr. 2005, 10:56

Tu veux dire en gros ouvrir le mythique fil callassien ?
Mais après toi ... :D
l'enlevement de Clarissa a été un des évènements de ma jeunesse.

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Message par tuano » 03 avr. 2005, 10:58

Ce serait une première historique sur ODB.

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Message par DavidLeMarrec » 03 avr. 2005, 14:04

bajazet a écrit :Marge à droite ou marge à gauche ?
On peut sortir pour fumer au bout d'une heure ?
Si ce n'est pas dans les couloirs d'ODB, c'est toléré.

Le dévoiement, je vois vaguement : une forme d'hédonisme vocal préféré à la violence théâtrale (pardon pour la banalité du schématisme).
Nous nous rejoignons donc. Mais je ne trouve pas Caballé si placide que ça, même si, évidemment, ça ne se compare pas à Callas - c'est un peu là que se situe mon trouble.

Quant à l'héritage ? Parce qu'elle est venue après (tout simplement) ? et qu'elle a récolté les fruits d'un travail de pionnière de Callas ? (mais ça reste un peu flou pour moi)
+ Parce qu'elle a revendiqué cet héritage ? Caballé, si je ne me trompe, s'est réclamé de l'exemple de Callas ? comme Grubi d'ailleurs, ce qui me plonge toujours dans la songerie (de veau, bien sûr, puisque c'est dimanche).
C'est possible. Je craignais un raccourci de ce genre par le critique. Merci de ta réponse, en tout cas !

B., esthète dévot.
Moi, plutôt que les réflexions artistico-religieuses, je préfère les voix qui ont de la chair, légère mais pas triste.


David - pro-Sciutti

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