Gaëlle Arquez - Entretien accordé à ODB.

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Gaëlle Arquez - Entretien accordé à ODB.

Message par dge » 27 mars 2013, 19:46

Gaëlle Arquez vient de faire une prise de rôle remarquée en Rosine du Barbier de Séville à Saint-Etienne. Pendant les répétitions elle nous a accordé un entretien au cours duquel elle évoque ses premieres années de carrière, son rapport au métier et quelques-uns de ses projets futurs.*


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Photo copyright: Dominique Desrues



Gaëlle Arquez, comment êtes vous venue à la musique et au chant ?

J’ai commencé l’apprentissage de la musique par le piano à l’âge de 7 ans et j’en ai fait pendant plus de 17 ans. Il se trouve qu’une année, alors que j’étais en classe de solfège, notre professeur a composé une comédie musicale pour la classe que l’on devait présenter en fin d’année. J’ai eu un des rôles principaux, chanté, pour la première fois. Dans la salle il y avait les parents d’élèves, les professeurs et notamment le professeur de chant de mon conservatoire qui est venue me voir. J’avais quinze ans. Elle m’a dit « je me présente, je suis professeur de chant et d’art lyrique, je ne sais pas si tu sais ce que c’est. Tu as un potentiel et si tu es intéressée tu es la bienvenue dans ma classe pour écouter, juste pour avoir une idée ». Cela été mon premier contact avec le monde lyrique. J’ai mis un petit moment à me décider parce que au départ je n’étais pas spécialement intéressée par ce genre de musique. A 15 ans, j’aimais bien chanter avec mes copines mais plutôt de la musique actuelle ! Et puis je me suis dit pourquoi pas, il n’y a pas besoin d’instrument, je connais la musique, je peux déchiffrer facilement donc je me suis lancée. Je suis allée écouter quelques cours et je me suis présentée l’année suivante au concours d’entrée, j’avais seize ans et demi, dix sept ans. J’ai été prise dans la classe de chant et l’aventure a commencé ! Il y a eu un contact immédiat que je n’avais pas forcément trouvé dans le piano, un moyen d’expression direct. On est sur scène, on voit le public, on voit sa réaction, on a un texte comme support en plus de la musique, on peut s’approprier les paroles et j’avais l’impression que je pouvais faire passer plus de choses qu’au piano. Et depuis, je me suis battue pour en faire mon métier...


…Il y a eu un déclic…

Oui, vraiment, à 18 ans j’ai eu la chance d’interpréter mon premier rôle, Susanna dans les Noces de Figaro de Mozart. Cela a été la révélation ! L’immersion dans un personnage, les costumes d’époque, j’avais l’impression d’être dans un monde parallèle et puis la musique... Mozart, un coup de foudre !


Vous aviez eu un contact avec l’opéra auparavant ?

Ma mère écoutait de l’opéra à la maison mais cela ne m’intéressait que moyennement. J’étais une adolescente…normale (rires). J’aimais bien la musique classique mais de là à en écouter pendant mon temps libre…pas spécialement !


Vous étiez allée à l’Opéra ?

Je viens d’une petite ville, Saintes. Il y a bien un théâtre municipal, mais à l’époque il n’y avait pas de programmation lyrique. Il fallait prendre la voiture et faire une heure de route pour assister à une représentation. Ce n’était pas facile d’accès.


Vous n’étiez pas préparée familialement à vous consacrer à l’art lyrique ?

Non, bien que mon grand père qui avait une belle voix de ténor chantait beaucoup à la maison le répertoire de Luis Mariano, Tino Rossi mais aussi des mélodies populaires espagnoles. Et ma grand-mère, elle, chantait très souvent de la chanson française des années 40-50 (Lucienne Boyer, Edith Piaf etc.). Je pense que cela a laissé des traces !


Dans quels conservatoires avez vous étudié ?

J’ai commencé au conservatoire municipal de Saintes. Après le bac, je suis allée à l’Université de Poitiers en faculté de musicologie. J’ai continué le piano au conservatoire de Poitiers et le chant à Saintes puisque je rentrais chez mes parents le week-end et surtout parce que je n’ai pas voulu changer de professeur de chant. Cela a duré trois ans et c’est allé très très vite. Au bout de cinq ans d’études j’avais déjà un niveau qui me permettait de tenter des concours, je me suis intéressée à des master classes. J’ai voulu sortir de ma région, j’étais très curieuse dès le départ. J’ai rencontré des chanteurs professionnels qui m’ont encouragée, soutenue ; cela a été une grande chance, car ces rencontres sont arrivées à des moments cruciaux de mon parcours.


Vous préparez alors le conservatoire de Paris…

Après avoir obtenu ma licence de musicologie, il a fallu que je fasse un choix entre le chant et le piano. J’ai demandé au conservatoire de Poitiers de m’accorder une année sabbatique pour me préparer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, ce qu’ils ont accepté. Mon professeur ayant été mutée en Normandie, je l’ai suivie là-bas pendant un an pour préparer le concours d’entrée du CNSM. Mais une fois prise à Paris, l’emploi du temps était tel qu’il ne me permettait pas de continuer le piano de manière sérieuse. Au niveau auquel j’étais arrivée il fallait travailler au moins quatre ou cinq heures par jour. Il a fallu que je fasse un choix.


Quand avez vous terminé le conservatoire de Paris ?

J’ai terminé en juin 2009 après y avoir passé quatre ans.


A quel moment avez vous senti que vous pouviez faire du chant votre métier ?

Le désir d’en faire mon métier s’est révélé très tôt mais ce n’est que petit à petit que ce rêve devenait réalisable. J’ai eu la chance que mes parents m’encouragent et me soutiennent dans une démarche qui n’est pas évidente pour une jeune provinciale qui arrive à Paris. J’ai eu la chance de rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris : quand on y est, on est un peu dans un cocon où l’on peut se consacrer entièrement à travailler son instrument, sa voix. C’est une grande maison avec un prestige international, on y rencontre des gens exceptionnels venus du monde entier, mais on est comme dans une bulle et quand on sort de cette bulle, il faut assumer une transition un peu effrayante. On n’a plus le rythme scolaire des cours où l’on prépare nos rôles, où l’on est guidé, encouragé et on se retrouve livré à nous-mêmes. C’était une période où je me suis beaucoup questionnée sur mon niveau : étais-je capable d’y arriver ? Comment oser aller frapper aux portes quand on ne vient pas de ce milieu, qu’on n’a pas les contacts. Cette période charnière, c’est comme apprendre à nager pour la première fois, sans bouée : au début, on a peur de se lancer, puis on boit un peu la tasse, on s’épuise, on perd vite confiance mais l’important est ne pas s’arrêter, de garder l’objectif en tête et de réessayer encore et encore. Le mental est très important, on peut avoir la plus belle voix au monde, si le mental ne suit pas, alors la carrière n’est pas forcément au rendez-vous. On est des athlètes de la musique ! Comme les sportifs, il y a un entraînement régulier, une discipline rigoureuse, une audition est comme une compétition sportive, il faut savoir donner le meilleur en quelques minutes mais aussi apprendre de ses échecs. Ce n’est qu’après m’être confrontée à mes premières auditions, notamment à l’Opéra de Paris que j’ai réalisé que ma vocation était en train de devenir mon métier.


Quels ont été les premiers opéras que vous avez interprétés ?

Dans le cadre des études au CNSMP, les élèves de 3eme et 4eme année sont amenés à faire des productions qui tournent ensuite dans certains théâtres en France et parfois en Belgique. Cela nous donne une première expérience disons semi-professionnelle : on prépare cet opéra tout au long de l’année avec nos professeurs (et non en quelques semaines!) puis on part répéter et jouer loin de chez nous, on vit dans des hôtels, on est plongé dans la réalité du métier avec une scène, un décor, un public qui ne nous connaît pas et dont il faut capter l’attention, un orchestre qu’il faut passer etc. Pendant ma troisième année, on a fait Don Giovanni de Mozart où je tenais le rôle de Zerline. L’année suivante, on a donné La petite renarde rusée - en Français - de Janáček où l’on m’a confié le rôle titre.


En 2009 donc, vous sortez du circuit d’étudiante et vous débutez une carrière. On vous voit très impliquée dans Mozart et le répertoire baroque. Est ce un choix ou le résultat d’opportunités ?

C’est avant tout une histoire de rencontres. J’ai découvert le répertoire baroque à l’Université, en musicologie. On chantait souvent en ensemble vocal des oeuvres de la Renaissance voire du Baroque. Puis au CNSM, j’ai suivi la classe de Kenneth Weiss qui m’a fait découvrir notamment le répertoire baroque français. Mes deux premiers opéras ont été Les Noces de Figaro quand j’avais 18 ans et Don Giovanni au CNSM, donc Mozart a une place particulière pour moi. Quand j’ai eu mon prix de chant en juin 2009, Anne Blanchard, la directrice du Festival International d’Opéra Baroque de Beaune, m’a tout de suite donné ma chance en m’engageant sur trois rôles dans son festival pendant l’été 2011. J’ai commencé avec Iphise de Dardanus de Rameau dirigé par Raphaël Pichon que je connaissais déjà depuis le CNSM. Il savait que je ne venais pas du baroque mais entre sa rigueur, sa patience et mon acharnement, l’ovation que l’on a reçue à Beaune a été une belle récompense. J’ai ensuite fait Orlando furioso de Vivaldi avec Jean-Christophe Spinosi où je chantais Angelica. Là, changement de style, c’est de l’opéra baroque italien : l’art de la virtuosité. J’ai adoré chanter Vivaldi, quel feu d’artifice vocal ! Et enfin, j’ai interprété Dorabella dans Cosi fan tutte avec Marc Minkowski, le retour aux sources : Mozart ! En l’espace de peu de temps, cela a été beaucoup d’opportunités et de rencontres.
Juste après ce festival, j’ai fait mes débuts à la Monnaie dans la Médée de Cherubini dirigée par Christophe Rousset qui m’a repérée et avec qui j’ai retravaillé l’année suivante (notamment à Beaune dans Phaëton de Lully où je chantais Libye). Dans ce même festival, j’ai chanté aussi Aricie d’Hippolyte et Aricie dirigé par Raphaël Pichon et une version inédite de l’ Orlando Furioso , que l’on a enregistrée chez Naïve.


Est ce que pour accepter ou choisir vos rôles, vous prenez des conseils auprès de certaines personnes ?

Quand on débute, on a envie de faire ses preuves, on a la rage du débutant ! On est pris dans une espèce de fougue à vouloir tout accepter, c’est le danger. Souvent, on signe les contrats un ou deux ans à l’avance et quand on débute la voix peut vraiment évoluer en deux ans. C’est délicat de se projeter et c’est donc important de s’encadrer de professeurs de chant en qui on a confiance et qui nous connaissent bien. Quand une nouvelle proposition de rôle arrive, je prends toujours conseil. Mon agent a beaucoup d’expérience, il est très prudent, ce n’est pas souvent le cas, c’est une chance. Chaque proposition est mûrement réfléchie.


Vous a t-on proposé des rôles que vous avez préféré ne pas aborder ?

Ma voix est assez longue avec une couleur sombre, ce qui m’a permis d’aborder des rôles de sopranos mais également maintenant de mezzo-sopranos plutôt aigus ; pour autant, cela ne veut pas dire que je peux tout chanter ! Alors oui, il m’est arrivé de refuser certains rôles qui ne correspondaient pas à la direction que je voulais prendre vocalement. Je laisse du temps à ma voix pour qu’elle continue à se développer sainement.


Justement, comment définiriez vous votre voix ?

Ce qui est délicat, c’est qu’il faut choisir une appellation, une case... Dans mezzo-soprano, il y a mezzo et soprano alors cela me convient très bien !


Vous êtes à Saint-Étienne pour y chanter Rosine. Je crois que c’est une prise de rôle. Considérez vous que c’est une étape ou une continuité dans votre parcours ?

C’est une prise de rôle, je ne fais que des prises de rôles en ce moment (rires). Rosine, c’est une continuité dans mon évolution vocale, mais en même temps une étape parce que Rosine, en version mezzo, est assez emblématique. Pour moi, ayant abordé surtout le répertoire de soprano, c’est mon premier rôle réellement mezzo.


Vous avez commencé les répétitions de ce Barbier de Séville avec un « docteur ès Rossini », Alberto Zedda…

Je me sens vraiment chanceuse d’aborder ce premier rôle rossinien, et pas n’importe lequel, avec un chef qui a dédié sa vie à Rossini ! Ma rencontre avec lui a été assez marquante autant humainement qu’artistiquement. Quand un grand monsieur comme lui vous complimente sur votre Rosine, je crois que vous pouvez vous dire que vous avez fait du bon travail , parce que des Rosine, il en a entendu… ( rires). Ces compliments sont précieux pour moi et c’est ce qui me conforte dans ma voie…et dans ma voix. C’est un métier difficile alors il faut saisir ces moments où notre travail est salué. Dès la première lecture de l’opéra, on était tous en admiration devant cet homme de plus de 80 ans, qui, d’une énergie débordante nous communiquait sa joie de jouer cette musique. Les répétitions étaient très longues mais passionnantes. Je me rappelle d’une anecdote : la répétition touchait presque à sa fin, la fatigue commençait à gagner chacun de nous et il nous a dit cette phrase le sourire aux lèvres : « Est-ce que je suis fatigué, est-ce que je me plains à mon âge ? Non! Alors, on continue!». C’est un homme qui force l’admiration en dehors du mythe musical qu’il incarne. C’est une belle leçon artistique et humaine.


Vous avez chanté Zerline, Susanna, Dorabella. De laquelle vous sentez vous la plus proche ?

….(long silence !) C’est difficile ! Il faut dire que je corresponds plus ou moins à l’âge des personnages donc je peux me projeter en eux assez aisément. Je dirais que je suis un mélange des trois : Zerline pour sa naïveté qui la rend touchante, Susanna pour son espièglerie et Dorabella pour son piquant ! Ce que j’aime chez ces personnages, c’est leur spontanéité parfois maladroite mais c’est attachant… (rires)


Vous allez sans doute aborder d’autres rôles mozartiens…

Oui, je commence la saison 2013/2014 au Theater an der Wien avec Idoménée où je ferai Idamante, un rôle de travesti, sous la direction de René Jacobs. Je suis vraiment très contente de faire mes débuts à Vienne avec Mozart!


Revenons à la Zerline que vous avez interprétée à Bastille dans une production forte mais controversée. Vous avez rappelé que ce rôle a été le premier que vous avez interprété. Comment êtes vous entrée dans la conception de Haneke qui demande beaucoup à ses interprètes ?


Un avantage a été que depuis le conservatoire le rôle avait mûri, c’est à dire que même si je l’avais joué alors dans une mise en scène complètement différente, je me l’étais approprié vocalement. Quand je suis arrivée à l’Opéra de Paris, Zerline ne m’était pas inconnue ce qui m’a permis d’essayer beaucoup de choses. Je connais le cinéma d’Haneke et j’avais vu, étudiante, la création du Don Giovanni , donc je savais à quoi m’attendre. Je suis arrivée - non pas à l’aise parce que lorsqu’on fait ses débuts à l’Opéra de Paris, on se sent dans ses petits souliers (rires) - mais confiante car c’était un rôle parfait pour ma voix, pour mon âge, pour faire mes débuts sur une grande scène internationale. J’étais dans du Mozart et c’est un style qui me parle tout de suite, c’est un rôle qui me correspondait au niveau de l’âge, du tempérament, quelque chose d’assez vif, de jeune, de frais et avec une distribution qui m’a mise à l’aise. Cela a été très important. Il y a eu un contact chaleureux avec les autres chanteurs et bien qu’ils fassent des carrières internationales, je ne me suis pas sentie comme la débutante timide qui arrive. Au contraire, j’ai pu prendre confiance pour m’exprimer, oser des choses car j’ai senti de la bienveillance autour de moi. L’approche de Haneke a été très destabilisante mais très enrichissante. J’étais extraite de tout ce que j’avais appris. On sent que Haneke vient du cinéma, le décor a été conçu de telle manière que l’on pouvait chanter « n’importe où » sur scène, on nous entendait : je devais tourner le dos même allongée, chuchoter, je pouvais aller dans le détail comme s’il y avait une caméra sur moi. Cela a été une expérience vraiment très enrichissante et notamment grâce à l’énergie collective. J’ai eu des partenaires formidables !


Chanter dans cette salle immense vous a t-il posé des difficultés d’adaptation ?

La première répétition sur scène fait évidemment son effet ! On passe d’un studio de répétition à une très grande salle mais ensuite, il y a cette bulle qui se crée, cette scène où il y a une interaction très forte avec le reste de la distribution et on en fait abstraction. Ce n’est que lorsque l’on salue, que la salle est allumée que l’on prend conscience de l’ampleur du lieu. Je me rappelle avoir pris le temps de savourer ce moment, mon premier salut à l’Opéra de Paris, j’en avais les larmes aux yeux tellement ce moment était lourd de symbole : être sur la plus grande scène nationale, dans un rôle mozartien, c’était une consécration pour moi, moi, la jeune musicienne qui rêvait de devenir cantatrice, je saluais pour la première fois à Bastille !


Vous avez fait une incursion en dehors du baroque en étant le Prince de la Cendrillon de Massenet à l’Opéra de Lille dans la très belle mise en scène de Laurent Pelly crée au Covent Garden…

C’est une très belle production et une autre belle expérience. C’était mon premier rôle de travesti et symboliquement le prince charmant n’est pas n’importe quel homme! Incarner ce symbole masculin a été un challenge. La production est magnifique et j’avais un regard de petite fille quand j’ai découvert le décor et surtout les costumes! Je me suis rappelée que je faisais aussi ce métier pour donner aux gens de la magie telle que celle là. J’ai été très émue de voir qu’on pouvait toucher la jeune génération et qu’on pouvait leur apporter cette féerie d’un autre monde. C’était beau comme un conte de fée. La préparation du rôle en lui même a été très intéressante parce que j’étais vraiment dirigée, guidée dans ma “transformation” de genre. Autant des rôles comme Zerline me parlent spontanément, autant incarner un jeune homme m’a demandé beaucoup de travail et une certaine imagination mais cela a été aussi source d’agréables fous rires avec mes collègues !


Etait-ce votre premier rôle de travesti sur scène ?
J’avais déjà interprété l’Enfant dans l’enfant et les sortilèges de Ravel en 2008 que j’avais préparé dans l’Académie Ravel de Saint-Jean-de-Luz, mais ce côté enfant s’est imposé à moi très naturellement.


Est-ce que cette expérience vous a donné envie d’aborder d’autres rôles de travesti, Chérubin, Sesto… ? Il faut s’identifier à un personnage que l’on n’est pas et que l’on ne sera jamais…

Effectivement ce n’est pas naturel (rires). Je vais aborder sur scène des personnages tels qu’Idamante d’Idoménée et Stefano de Roméo et Juliette en juin à Santiago du Chili. Chérubin et Sesto sont des rôles que je commence à préparer également. Ce métier est un travail d’acteur. Endosser des rôles divers et variés, d’âges complètement différents, me plaît beaucoup. Certains personnages demandent plus de recherche, mais c’est ce qui fait le côté passionnant du travail.


Les critiques insistent souvent sur votre présence scénique et vos dons de comédienne ou de tragédienne. Avez vous suivi une formation théâtrale, est-ce une prédisposition ?

J’ai suivi des cours de théâtre au CNSM mais ayant fait beaucoup de danse notamment contemporaine, je crois que mon approche de la scène s’en trouve forcément influencée. Et puis, c’est un parti pris : ce qui m’intéresse c’est de faire passer quelque chose aux gens. Au delà de la voix et de la beauté du son (qui en soi m’intéresse peu), il y a un texte, un livret ou un poème s’il s’agit d’une mélodie ou d’un lied . J’aime défendre mes personnages, chercher leurs fêlures, leur trouver une histoire, un passé. Je suis très intéressée d’aller dans le détail de leur psychologie mais également dans le détail de la prosodie. Ensuite, la voix a une palette de couleurs et mon travail consiste à mettre en résonance la psychologie de mes personnages avec la bonne couleur vocale qui pourra faire passer l’émotion. Dans La belle Hélène à Toulouse je devais faire pour la première fois pour moi des dialogues parlés. J’ai découvert une nouvelle dimension de mon travail de chanteuse que de faire passer un texte parlé. Ce rapport que j’ai au texte, cet amour du mot me donne naturellement envie de défendre le répertoire français. J’aime aussi interpréter la mélodie, le lied, genre où la musique sert d’écrin au mot par excellence car si j’ai effectivement un tendon d’Achille, c’est la poésie !


Et vous êtes ici à Saint-Étienne dans une ville qui défend le répertoire français et ses chanteurs…

Oui, tout à fait.


D’une manière générale comment abordez vous un nouveau rôle ?

Cela dépend du contexte dans lequel je me trouve. Cette année je suis passée d’un rôle à l’autre, avec beaucoup de prises de rôles. J’essaie, dans la mesure du possible de m’y prendre le plus en amont car c’est toujours intéressant de laisser un rôle se reposer et mûrir. Si c’est dans ma langue, il y a une spontanéité déjà par rapport au texte. Si c’est dans une langue étrangère, j’ai un long travail par rapport au texte et à sa traduction pour me l’approprier. La parole est mon moyen de communication au delà du chant. Ensuite, j’ai la chance d’être pianiste donc je gagne un temps précieux pour déchiffrer seule les œuvres quelles que soient leurs époques. L’an prochain, je vais faire une création contemporaine au Capitole de Toulouse, une œuvre de Philippe Hurel, et mon bagage musical me permet d’être autonome. Généralement je m’enferme, moi, mon piano et un bon dictionnaire …(rires) !
Une fois que je me suis approprié ce rôle, je vais voir des chefs de chant spécialisés dans le répertoire donné. On a toujours besoin d’une oreille extérieure qui met l’accent sur des détails, des erreurs, des oublis qui nous échappent.


Y a t-il des artistes qui seraient pour vous des modèles ?

Oui, mais il y en a tellement ! De prime abord, je citerais instinctivement la Callas pour son engagement. Elle a révolutionné le monde de l’art lyrique, elle n’a pas fait l’unanimité à l’époque car elle n’était pas dans la recherche du “beau son” mais l’engagement, la passion de cette femme me parlent. J’ai également un profond respect pour Lorraine Hunt-Lieberson pour la dignité, l’élégance mais également l’humilité qui se dégageait de cette artiste. J’ai rarement été aussi émue en entendant une chanteuse.
Ce qui me touche chez ces deux icônes du monde lyrique, je cherche à garder cette même force de convictions, d’engagement dans ce que je fais.


Quelles sont les collaborations qui vous ont le plus apporté ? Rêvez vous à certaines ?

J’attends avec beaucoup d’impatience ma collaboration avec René Jacobs. En tant qu’amoureuse de Mozart et du répertoire baroque et faire mes débuts à Vienne, c’est une étape et une belle récompense.
J’ai reçu beaucoup de chaque expérience et ce serait difficile de ne citer que quelques personnes. Chaque chef d’orchestre, chaque metteur en scène apporte un univers, une dimension à une oeuvre, à un personnage. Ces collaborations m’ont avant tout construite, on ne ressort jamais indemne d’une production, chaque personnage que l’on incarne laisse un petit quelque chose en chaque chanteur, je crois...
Si je rêve à certaines collaborations ? Oh que oui mais je préfère qu’elles me servent de motivations secrètes plutôt que de pressions une fois les avoir avouées !


Quelle place donnez vous ou voulez vous donner aux récitals ?

J’essaie au maximum de faire des récitals, de mélodies ou d’airs d’opéra. J’y tiens parce que le rapport avec le public est autre. A l’opéra on est un personnage, là j’ai la possibilité de me donner entièrement à mon interprétation (et non celle d’un metteur en scène), il y a une liberté jouissive ! Et puis, le contact avec le public est différent, il y a une adresse directe, on présente un personnage dans un moment précis ou un poème.


Votre carrière se développe et vous êtes de plus en plus souvent sous le feu des projecteurs et soumise au jugement des autres. Est ce que vous lisez les critiques ?

Non, je ne préfère pas. Mes proches les lisent, c’est suffisant…(rires). Ils savent que je ne suis pas spécialement intéressée, qu’elles soient positives ou négatives d’ailleurs.
Les critiques ne sont pas tendres avec les artistes, c’est bien connu. Ce que les gens oublient (et ces critiques également), c’est la blessure qu’elles peuvent créer et laisser par la suite. Il faut presque toute une vie pour construire une voix d’opéra, cela demande des sacrifices, de la sueur, des larmes, de la souffrance car avant d’arriver au sommet, il faut avoir dépassé les échecs, les déceptions, les doutes sans parler des épreuves que la vie nous inflige et cela tout au long de la carrière. Car si la voix est le reflet de l’âme, il ne faut jamais oublier que nous avons une vie au-delà de la scène, des problèmes à gérer, des maladies à soigner ou autre. Comme le sportif de haut niveau nous sommes jugés sur notre performance mais ce j’ai du mal à tolérer, c’est la critique facile, la méchanceté gratuite. Comme un athlète, un artiste est conscient de ce qu’il fait sur scène. Alors plutôt que de m’exposer à des critiques blessantes, je préfère m’entourer de musiciens bienveillants qui sauront trouver les mots pour me faire avancer.
Et si la critique est élogieuse alors on prend conscience de ce qui plaît et donc le risque ou la tentation que cette chose spéciale que l’on crée ou dégage ne devienne plus instinctive et naturelle mais fabriquée.
Alors dans tous les cas, je préfère ne rien lire !


Avez vous pu être blessée … ?

Non, mais je reste lucide, un jour on peut vous encenser, le lendemain vous piétiner ! C’est ainsi, alors j’essaie de rester fidèle à mon engagement personnel quand je monte sur scène, rester humble ; je me considère comme un artisan de la musique, je façonne ma voix chaque jour et j’essaie de donner le meilleur de moi…Je viens d’une famille où la valeur travail est une vraie force, quelque soit le jugement d’autrui, je continuerai mon travail.


Quand un critique d’un grand quotidien parisien dit que votre interprétation de Zerline a mis Paris à vos pieds, c’est quand même gratifiant…

Oui bien sûr, mes proches sont très contents (rires), mais je préfère rester loin de tout cela. Si ce que je fais plait, tant mieux. Mais je garde la tête froide car plus haut on vous porte, plus dure sera une éventuelle chute.


Comment voyez vous l’évolution de votre répertoire ? Si l’on se projette à dans dix ans quels rôles aimeriez vous avoir abordés ?

Dix ans, c’est énorme, surtout pour une voix comme la mienne qui est un peu entre deux registres. En tant que chanteuse française, mezzo, ayant des racines espagnoles, le rôle de Carmen s’impose naturellement dans l’esprit des gens. C’est une héroïne, un symbole que je commence à aborder dans mon travail personnel, avec beaucoup de précautions parce que c’est quelque chose que je veux préserver. J’espère aborder ce rôle un jour, pas tout de suite. Je ne suis pas quelqu’un qui agit dans la précipitation et je m’encadre de personnes qui ont un regard avisé et qui ont une distance qui peut me manquer. Dans 4 à 5 ans, une fois préparé, le rôle aura le temps d’avoir mûri…
Mais il y a également Elvira dans Don Giovanni ou Cenerentola de Rossini. Et surtout, je souhaite continuer à interpréter de la musique baroque française encore longtemps!


Vous dites souvent de votre voix que vous la laissez faire…

Je la travaille et c’est elle qui me guide. J’ai la chance que mon registre corresponde à des rôles qui me plaisent, à des tempéraments forts qui me correspondent et que j’ai envie de défendre.


Parmi vos futurs projets, desquels peut on parler ?

Après Rosine, je me tourne vers Meg Page dans Falstaff . Je suis très contente de revenir à Bastille et d’aborder mon premier Verdi. C’est un univers musical que j’ai peu abordé. Ensuite il y aura Médée du Teseo de Haendel à Francfort. C’est mon premier Haendel également. En juin, je pars à Santiago du Chili pour être Stefano dans Roméo et Juliette. Je suis très contente de faire de l’opéra français en dehors de mon pays et ce sera encore une prise de rôle. A la rentrée 2013, je serai donc Idamante dans Idoménée de Mozart à Vienne. Puis il y aura la création de l’opéra de Philippe Hurel au Capitole de Toulouse début 2014. Je reviendrai ensuite à l’Opéra de Paris pour le Couronnement de Poppée où je serai Fortuna et Drusilla.


Vous allez être Rosine. Il y a des rôles de mezzos rossiniennes qui vous iraient bien…

C’est un répertoire que je découvre tout juste mais Rosine a été un formidable pied à l’étrier et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin !


Cenerentola …?

Il y a des étapes. On commence par préparer les airs puis on regarde le reste de l’opéra. Un rôle ce n’est pas simplement des airs mais des duos, des ensembles. Les airs je les travaille et je les aime déjà. Chaque chose en son temps. Mais il y a une jubilation à chanter Rossini !


Vous faites un métier magnifique, avec quand même quelques contraintes. Quelles sont celles qui vous pèsent le plus ?

C’est un métier où l’on change de théâtre, de ville voire de pays à chaque production. On voyage beaucoup. Je pense que le plus dur découle de cette vie toujours en mouvement. J’aime être proche de ma famille et de mes amis. Il faut vraiment savoir les raisons pour lesquelles on fait de la scène, sinon on est malheureux. On se sent aussi parfois éjectable. Si l’on n’est pas aussi performant qu’il le faudrait, on sait qu’il peut y avoir une remplaçante... Même si je n’aime pas la notion de combat, le métier fait qu’une exigence est attendue et il faut pouvoir le gérer. C’est pour cela que je reste très prudente par rapport à ce métier et que j’en apprécie chaque seconde. On ne sait pas ce que demain nous réserve…


Vous avez le trac avant d’entrer en scène ?

Oula... et comment! Encore une fois, qu’on le veuille ou non, il s’agit de performance, donc on se soucie toujours du résultat. Certains ont besoin de s’extérioriser, de parler, de raconter des blagues pour détendre l’atmosphère et ne pas se focaliser sur la représentation qui arrive. Moi c’est l’inverse, j’ai besoin d’entrer dans ma bulle à un moment. Et dès que je rentre sur scène, la bulle éclate, l’interaction avec mes collègues et avec le chef d’orchestre s’installe.


Quand vous ne chantez pas, avez vous des loisirs préférés ?

Je consacre mon temps libre à voir les gens que j’aime, que je n’ai pas vus pendant ces semaines ou ces mois “d’immersion opératique”. J’ai besoin de me ressourcer. C’est un métier qui nous amène loin de chez nous, de nos repères, de nos proches. On change à chaque fois de collègues. Ça peut être très épuisant. Pour contrebalancer, j’ai besoin de moments simples auprès de mes proches. J’aime aussi m’enrichir avec d’autres arts. J’adore aller voir des ballets, j’aime l’art contemporain en général, les expositions. Mais j’ai maintenant envie de voyager aussi pour mes vacances, de me ressourcer dans un ailleurs aux saveurs différentes…




Entretien réalisé par Gérard Ferrand le 16 janvier 2013


*Cet entretien est publié dans le fil "artistes" en attendant d'être intégré dans la partie "dossiers" lorsque celle-ci aura été restaurée.

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Re: Gaëlle Arquez - Entretien accordé à ODB.

Message par Asvo » 27 mars 2013, 20:06

Merci beaucoup pour cet entretien !

Gaëlle Arquez est une artiste que j'affectionne beaucoup, et cette interview ne fait que rajouter de la sympathie pour cette chanteuse attachante. De la prudence, de la fraîcheur (c'est d'ailleurs très intéressant de lire ce qu'elle raconte sur la transition entre le monde scolaire et le monde lyrique professionnel), du pragmatisme (le choix de passer de soprano à mezzo lui a vraiment permis de briller), tant de qualités qui font que je suis très heureux qu'elle continue à être programmée à l'opéra de Paris.

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Re: Gaëlle Arquez - Entretien accordé à ODB.

Message par tuano » 27 mars 2013, 22:08

On a quand même l'impression qu'elle se dirige vraiment vers le mezzo. Je le regrette un peu car je rêve de certains rôles de soprano avec elle mais... cela viendra peut-être plus tard.

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Re: Gaëlle Arquez - Entretien accordé à ODB.

Message par offenbach » 27 mars 2013, 23:19

Pareil, en voyant ses projets, je trouve cela un peu dommage, ayant encore en tête son "Come scoglio" pendant son prix et sa Manon aux Victoires (malgré un aigu un peu difficile, la voix y était).
Je rêvais pour elle d'une Juliette, une Fiordiligi, une Manon, vraiment les rôles de soprano grand lyrique - vu que son timbre, malgré son changement de répertoire, continue à sonner authentiquement soprano pour moi -.

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Message par CharlieBrown » 28 mars 2013, 11:36

On peut chanter les mezzos rossiniens pour cultiver un beau soprano, patience!
De ce que j'ai entendu, c'est beau, c'est rond, c'est charmant, mais je ne sens pas encore qu'il y en a assez sous le pied pour aborder du grand lyrique.
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Message par JdeB » 28 mars 2013, 12:33

CharlieBrown a écrit :On peut chanter les mezzos rossiniens pour cultiver un beau soprano, patience!
De ce que j'ai entendu, c'est beau, c'est rond, c'est charmant, mais je ne sens pas encore qu'il y en a assez sous le pied pour aborder du grand lyrique.
c'est mon avis aussi
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Message par dge » 28 mars 2013, 14:31

CharlieBrown a écrit :On peut chanter les mezzos rossiniens pour cultiver un beau soprano, patience!
De ce que j'ai entendu, c'est beau, c'est rond, c'est charmant, mais je ne sens pas encore qu'il y en a assez sous le pied pour aborder du grand lyrique.
Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire. Je ne pense pas qu'elle ait l'objectif d'aborder du grand lyrique. Elle se considère plutôt comme une "mezzo aigu". Rosine pour elle est représentatif de ce qu'elle est actuellement. Elle reste dans des rôles entre mezzo et soprano.
Mais mon sentiment est que sa voix la conduira vers des rôles plus mezzo ( ça c'est moi qui le dit :))

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Message par tuano » 30 mars 2013, 10:26

CharlieBrown a écrit :On peut chanter les mezzos rossiniens pour cultiver un beau soprano, patience!
De ce que j'ai entendu, c'est beau, c'est rond, c'est charmant, mais je ne sens pas encore qu'il y en a assez sous le pied pour aborder du grand lyrique.
Qu'entends-tu par "grand lyrique" ? Je n'imagine pas G.Arquez dans le répertoire de Régine Crespin. Sans aller jusqu'au "grand" lyrique, il y a déjà des rôles "seulement" lyriques où j'aimerais l'entendre. Par exemple dans Mozart, plutôt la Comtesse que Chérubin, plutôt Donna Elvira que Zerlina... mais je me réfère surtout à la très grande beauté de son timbre, pas à la tessiture ou à ses possibilités techniques. On chante rarement les rôles que j'ai cités à ses débuts et sans une longue préparation. Je fais donc confiance à la chanteuse dans ses choix et son timing.

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Message par JdeB » 30 mars 2013, 13:08

tuano a écrit : Sans aller jusqu'au "grand" lyrique, il y a déjà des rôles "seulement" lyriques où j'aimerais l'entendre. Par exemple dans Mozart, plutôt la Comtesse que Chérubin, plutôt Donna Elvira que Zerlina...
La Comtesse est un rôle de mezzo ?!
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Message par CharlieBrown » 30 mars 2013, 14:45

tuano a écrit :
CharlieBrown a écrit :On peut chanter les mezzos rossiniens pour cultiver un beau soprano, patience!
De ce que j'ai entendu, c'est beau, c'est rond, c'est charmant, mais je ne sens pas encore qu'il y en a assez sous le pied pour aborder du grand lyrique.
Qu'entends-tu par "grand lyrique" ? Je n'imagine pas G.Arquez dans le répertoire de Régine Crespin. Sans aller jusqu'au "grand" lyrique, il y a déjà des rôles "seulement" lyriques où j'aimerais l'entendre. Par exemple dans Mozart, plutôt la Comtesse que Chérubin, plutôt Donna Elvira que Zerlina... mais je me réfère surtout à la très grande beauté de son timbre, pas à la tessiture ou à ses possibilités techniques. On chante rarement les rôles que j'ai cités à ses débuts et sans une longue préparation. Je fais donc confiance à la chanteuse dans ses choix et son timing.
Elvira est un bon exemple : à mon avis, si elle se lance dans les airs à la tessiture ultra ardue d'Elvira, ça cassera, car si elle a l'assise dans le medium, l'aigu lui coûte encore trop. Pour la Contessa, la longueur de souffle n'y est pas. Mais dans les deux cas, à terme, pourquoi pas.

Quant aux grands rôles du belcanto et au rossini serio, c'est encore hors de portée aussi.
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