Olga la divine: Récital Borodina au TRM

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lachlan
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Olga la divine: Récital Borodina au TRM

Message par lachlan » 11 janv. 2005, 13:10

Et un miracle se produisit!

Sans aucun doute le meilleur récital de la saison belge. Et pour moi, l'un des plus beaux auquels j'ai assisté avec celui de Kozena au Concertgebouw l'an dernier.

Le programme défendu par Olga est d'une homogénéité et d'une beauté extraordinaires.

Poèmes de Tchaïkovsky en 1ere partie de programme et Rachmaninov après la pause. Accompagné au piano par Dmitri Yefimov, soliste d'une grande pudeur et d'une grande virtuosité qui aura tout compris de l'alchimie délicate du dialogue voix-clavier. Un pur instant de bonheur.

Si dans ses premiers poèmes, Pas un mot, ô mon ami et Pourquoi, Olga donne la fâcheuse impression d'extirper ses aigus et de positionner un vibrato un peu trop langoureux, les piani qui s'alanguissent torturés par un souffle un peu court laissent cependant présager un miracle.

Les poèmes sont court, empreint d'une profonde mélancolie où les graves sont omniprésents et forment la matière que cette voix devra façonner.

A l'instar de celui-ci:
" Seul celui qui connaît la nostalgie comprend combien je souffre. Seule, je contemple le firmament, mais hélas, celui qui m'aime et qui me connaît est au loin... "

Les graves sont slaves, intonations rauques, un froid acier qui par le chatoyement de ses couleurs bleutées lui donne soudain une chaleur inattendue.

Avec Réconciliations, l médium toujours bien ancré se joue du vibrato, le souffle est plus long, les intonations plus flexibles et ce profile curieusement le fantôme de Ferrier. Non pas à travers le timbre, mais dans cette façon si personnelle, si complète de s'investir et de faire rejaillir l'émotion par le délicat ciselage du phrasé.

La voix se veut tout comme Ferrier d'une infinie pudeur, transporté avec allégresse ou plutôt souligné par l'accompagnement mélodique. On passe de la mélancolie désespérée à la mélancolie rageuse. Sous les tonalités d'une improbable berceuse, Instant terrible, fait voler en éclat les limites du genre. Accès de passion sans flamboyement, tout est toujours contenu dans l'élégance du phrasé, le souci de la suggestion avant l'esbrouffe. C'est beau! C'est à pleurer!

Une courte pause saluée par un tonnerre d'applaudissement. Je ne suis visiblement pas le seul ému.
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C'était au début du printemps est directement suivit de l'extraordianire Nuits insensés où Olga enchaînera avec une technique inouïe les passages forte, piano, pianissimo et fortissimo sur plus d'une octave et demi, dans un soufle long, imperceptible à l'évocation sublimé pour terminer dans un murmure, une note suspendue pour l'éternité et qui remplit de grâce notre âme.

Un délire se produit. Au foyer, j'entendrai une dame bien mise fredonner cette dernière note, comme si l'écho de tout un théâtre continuait à réverber ce miracle inattendu.

La seconde partie sera un peu moins magique. Ayant côtoyé la perfection, on redoute soit une surenchère, soit u contraire une répétition. Rachmaninov se veut au contraire plus lyrique, la mélancolie est presque chassée. Le canevas reste cependant identique avec des poème ^ù la voix ne semble plus stressée, libérée de toute contrainte, elle se laisse aller à son inspiration. Maîtrise technique, enchainement prodigieux qui la voit passer de la sérénade à la berceuse et la ballade.

Cohérence et homogénéité, Olga se sent parfaitement à l'aise. On croit avoir tout entendu quand elle aborde soudain
Oh, ne t'attriste pas pour moi, avec une variation de graves profond, proche du ténébreux. Palette de gris, de couleurs automnales d'où jaillit l'improbable. Les graves ont le touché du velours et de la soie, ils ne sont jamais rêche. Olga sublime les graves et repousse les limites de la tessiture aiguë.

Pas moins de 4 bis. dont les 2 premiers sans doute plus inspiré du folklore slave avec ses accents tziganes, ses brusques sauts de registres, périlleuses acrabaties vocales qui déchaînera l'enthousiasme.

Le 3è bis est peut être tiré de
La Dame de Pique, je n'en suis pas certain.

Face à l'hystérie collective qui s'est saisie du public, Olga réapparaît. Toujours merveilleuse, comme subjugué par cet acceuil. Elle porte un cardigan en fil d'argent brodé, une jupe longue composée de voiles de mousseline noire jusqu'au cheville. Une énorme bague en diament à l'index. Elle se penche, respectueuse, communiant sa passion et entament un dernier bis inattendu. Elle paraît un peu fatiguée, voilà plus d'une heure 30 qu'elle chante. Mais le public en redemande. Je suis stupéfait:

Mon coeur s'ouvre à ta voix (Samson et Dalila, St-Saëns).

Moment de pure extase. Elle aborde l'aria avec une si profonde amertume, s'alanguissant sur les notes et avec un français superlatif. Sublime au point de me faire oublier Horne.

Cette fois, les oreilles incrédules, le coeur brisé, ébloui devant autant de classe et de pudeur, je n'y résiste plus et je joins mes bravos à ceux d'une foule en délire.

Un public qui aura fusionné comme un seul, écoutant avec religiosité ce récital. Pas un seul bruit, pas un seul souffle. L'alchimie a opérée, Olga a tansfiguré notre quotidien maussade. Olga a brillé sur cette scène devenue le temps d'un récital la plus belle du monde.

L.

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olaf
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Re: Olga la divine: Récital Borodina au TRM

Message par olaf » 11 janv. 2005, 18:27

Je suis 100%d'accord avec toi : un récital phénoménal, grandiose, magistral......
De grands moments d'émotions.
Juste quelques mots pour saluer le pianiste E.Yefimov. Une formidable prestation, un véritable accompagnateur qui fusionne avec sa chanteuse....C'est si rare...
A propos des bis, les deux premiers sont des oeuvres de Manuel de Falla. Le premier n'étant qu'El pano moruno, la première des 7 chansons populaires espagnoles.
O.

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Message par lachlan » 12 janv. 2005, 09:49

Je pensais bien que tu serais attentif à la prestation du pianiste. Un véritable virtuose. Je regrette que nous ne nous soyons pas croisé d'autant qu'il y avait pas mal de têtes connues ce soir-là et que j'ai bcp vagabondé du foyer à la boutique et dans les mezzanines.

L.

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