Récital Daniil Trifonov-TCE-7/02/2016

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HELENE ADAM
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Récital Daniil Trifonov-TCE-7/02/2016

Message par HELENE ADAM » 08 févr. 2016, 00:26

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Récital

Daniil Trifonov
piano

Bach/Brahms Chaconne pour la main gauche de la Partita en ré mineur
Schubert Sonate en sol majeur, D 894
Brahms Variations sur un thème de Paganini, op. 35 (Livre I)
Rachmaninoff Sonate pour piano n° 1 en ré mineur, op. 28

Salle comble ce soir au Théâtre des Champs Elysées et pour cause : le jeune prodige Russe Daniil Trifonov donnait un récital.
J'ai entendu des dizaines de pianistes en récital dans toute sorte de programmes, ou en soliste de concertos, des très bons, des moins bons, des célèbres, des moins connus, mais des génies comme Trifonov, jamais.

Celui-là je l'ai remarqué la première fois que j'ai eu l'occasion de l'entendre, c'était lors de la retransmission du concours Chopin de 2011, où d'ailleurs, il n'avait pas remporté le premier prix, mais on se demandait pourquoi. Ensuite il a eu régulièrement les honneurs des retransmissions sur la chaine de musique classique Medici TV, et je ne l'ai jamais raté (il est disponible à la réécoute dans toutes sortes de programmes d'ailleurs ). Il joue de tout : Bach, Chopin, Rachmaninoff, Litzt, Brahms, Schubert, Mozart et surtout toutes les partitions réputées injouables ou très dures à exécuter.

Il a 24 ans. C'est un garçon longiligne, sec et nerveux, plutôt joli, mais qui arrive sur scène en saluant sans sourire, vêtu d'un costume tout chiffonné, d'une cravate immense totalement dépareillée (et fort mal commode pour un pianiste), et j''espère qu'il ne paye pas son coiffeur parce que celui-ci pourrait avoir la palme de l'escroc. Il salue brièvement sans regarder le public, s'assoit à son Steinway et commence à jouer de la main gauche cette transposition super casse gueule à jouer, que Brahms a fait de la Chacone de Bach.

Il faut réussir avec une seule main à évoquer la richesse des harmonies de l'écriture de Bach, en faisant oublier le violon, instrument de cette Chacone, sans tout à fait le faire oublier puisque Brahms a écrit ces arrangements en tenant compte des spécificités du violon, instrument dont l'archet ne peut jamais toucher les 4 cordes en même temps. La main droite de Trifonov pendouille à côté du tabouret de pianiste, la gauche est sidérante de virtuosité, il n'a pas l'air d'y toucher et pourtant, les sonorités qu'il sort de son Steinway sont presque inédites, surprenantes de musicalité, de rythme, d'intensité.
C'est un morceau de bravoure réputé très difficile, avec lequel notre petit génie ouvre tranquillement son récital. Tonnerre d'applaudissement, petit salut raide, pas de sourire, il sort, il revient trente seconde après. La public comprend qu'il faut arrêter d'applaudir, car il s'est réinstallé au piano et commence déjà la sonate de Schubert.
L'oeuvre est connue, de difficulté moyenne, très musicale comme l'est toujours Schubert au piano. Le jeu de Trifonov est fluide, sans heurt, il sait tout des sonorités de telle ou telle touche, ses accords se font sans effort, il se tient courbé sur son clavier, on croit qu'il va finir par le toucher des cheveux, mais brusquement, c'est l'inverse, il regarde un point invisible, dans les hauteurs de la scène du TCE. Il joue en aveugle, il ferme les yeux, ses longs doigts se promènent sur les touches, c'est beau à regarder, c'est beau à écouter, c'est la marque d'un très très grand pianiste, c'est bouleversant et la salle explose encore.
Nouvel aller et retour en coulisse et hop, on est reparti pour le très virtuose "Variations sur un thème de Paganini" de Brahms. Exercice de style pour pianistes surdoués, ces 14 variations, toutes en la mineur sauf deux en la majeur, comportent toutes une ou des difficultés (insurmontables pour beaucoup de pianistes) techniques spécifiques (y compris des glissandi d'octaves).
Trifonov se joue littéralement de toutes les difficultés, les survolent avec hauteur et talent, nous donne une interprétation époustouflante, tout en gardant ce maintien discret qui donne l'impression qu'il joue avec son piano mais sans le public, subjugue le dit public qui succombe sous les sensations émotionnelles de ces successions d'arpèges, de triolets, de descentes aux enfers, de croisement des mains, des doigts... Complètement dingue de voir une telle maitrise technique avec autant de sensibilité née d'une virtuosité incroyable.
Il salue toujours assez sèchement, un léger sourire encore très réservé aux lèvres.

Entracte.

Retour rapide du petit génie qui s'éclate enfin avec Rachmaninoff. Je veux dire qui fait enfin comme tous les pianistes, qui se lève à moitié de son siège, debout sur les pédales, saute en cadence, sort de sa réserve, exécute la plus belle interprétation de cette sonate pour virtuose que j'ai jamais entendue et termine dans le délire du public.
Il sourit enfin, se recoiffe vaguement, parait content, revient pour trois bis sous les ovations du public qui finit debout, bien plus excité que notre jeune pianiste déjà parti pour de bon.



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Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre,je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Récital Daniil Trifonov-TCE-7/02/2016

Message par paco » 08 févr. 2016, 01:00

C'était un beau récital mais je m'attendais à mieux. Trifonov a incontestablement du génie, c'est un peintre, il a son univers, il raconte des scénettes, il est très poète. Mais il use d'une palette de couleurs finalement assez binaire : pianisssisssimo (le plus souvent) ou forte, il n'y a pas beaucoup de variété entre les deux. Et je trouve qu'à force de découper chaque phrase en plusieurs ambiances contrastées, il finit par perdre le fil du discours : il manque une arche, un climax, une tension logique. Il joue Rachma comme il joue Schubert, toujours un peu sur le même mode intimiste multi-nuances mais par moments on a envie de lui dire : "allez, vas-y, cette phrase-là tu l'as démarrée avec élan, va jusqu'au bout, ne la casse pas au bout de deux mesures par une nouvelle couleur". Dois-je l'avouer ? : j'ai décroché à plusieurs reprises. Et pourtant le talent est là.
Peut-être encore un peu jeune ??...

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