Verdi/Wagner : images croisées (1813-2013)

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JdeB
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Verdi/Wagner : images croisées (1813-2013)

Message par JdeB » 09 avr. 2018, 17:30

Jean-François Candoni, Hervé Lacombe, Timothée Picard et Giovanna Sparacello (dir.), Verdi / Wagner : images croisées (1813-2013), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, 473 pages, 25 euros


Dramaturgie et interprétation
Stéphane Pesnel : « Dramaturgies du pouvoir : Rienzi et Simon Boccanegra »
Jean-François Candoni : « Deux visages du romantisme politique. Remarques autour du Trouvère et de Tannhäuser »
Matthieu Cailliez : « Verdi et Wagner : dramaturgie comparée dans l’optique de la comédie »
Michel Lehmann, « L’interjection lyrique dans les opéras de Verdi et de Wagner. Contribution à une poétique de la clameur »
Philip Gossett « La question du wagnérisme dans les dernières œuvres de Verdi »
Chantal Cazaux : « Verdi/Wagner et la naissance scénique de l’antihéros »
Céline Frigau Manning, « Intelligence et intelligibilité. L’acteur verdien et l’acteur wagnérien en quête du geste révélateur »
Timothée Picard, « Entre Verdi et Wagner, la musique et l’histoire. Le siècle d’Arturo Toscanini »

Programmation et réception. Italie et pays germanophones

Adriana Guarnieri Corazzol, « Verdi versus Wagner. Mots et mythes de la réception dans la presse italienne (1840-1890) »
France
Julien Labia, « Verdi et Wagner selon Eduard Hanslick. Du dos à dos au face-à-face »
Matthias Brzoska, « Verdi-Wagner : la constitution d’un répertoire bipolaire en Allemagne entre 1900 et 1930 »
Arnold Jacobshagen, « Verdi et Wagner dans les pays germanophones. Programmation et mise en scène (1960-2010) »
Mathias Auclair, « Verdi, Wagner et l’Opéra de Paris (1847-2013) »
Emmanuel Reibel, « Verdi et Wagner à travers la presse parisienne (1861-1881)
Cécile Leblanc, « « De la choucroute dans le macaroni ?». Wagner et Verdi vus par la presse française, 1887-1914 »
Mathieu Schneider, « Wagner et Verdi à l’épreuve des regards français et allemands. Étude comparée de leur présence et de leur réception au Théâtre de Strasbourg entre 1860 et 1929 »
Autres aires géographiques:
Philippe Gumplowicz, « Wagner, Verdi (1871-1939) : représentations musicographiques des identités nationales »
Walter Zidarič, « Verdi et Wagner vus par les musiciens (et la critique) russes de la deuxième moitié du XIX ième siècle »
Paulo F. de Castro, « Vu du Portugal. Verdi, Wagner, et le théâtre des nations »
Gilles Couderc, « Verdi et Wagner, deux visages de George Bernard Shaw au miroir de ses écrits sur la musique »
Alexandre Lhâa, « Verdi et Wagner en Israël »
Claude Coste, « Verdi, Wagner, Said et les études postcoloniales »

Postérité, entre cultures savantes et populaires. Influences croisées dans la création opératique
Fabio Vittorini,« Il melodramma invocato dall’arte ». Faccio, Boito et Mascagni entre Verdi et Wagner »
Jean-Christophe Branger, « Massenet et ses modèles. Concilier Verdi et Wagner »
Laurent Feneyrou, « Lectures en séries. Verdi et Wagner selon Dallapiccola, Maderna et Nono

Échos dans la littérature
Hélène Boursicaut, « Verdi. Roman de l’opéra de Franz Werfel, ou l’ombre de Wagner »
Elisabetta Fava, « Reflets de la mythification de Verdi et Wagner dans la production littéraire italienne »

Au cinéma
Francesca Gatta, « Le genre très italien de la cineopera »
Frédéric Sounac, « Verdi et Wagner : passions viscontiennes »
Laurent Guido, « Quoi de plus photogénique que sa musique? » Les usages ambivalents de Wagner au cinéma »
Yves Landerouin, « La réception contemporaine de la musique de Richard Wagner au cinéma »

Deux mondes en images : Verdi et Wagner vus par la bande dessinée
Giovanna Sparacello, « Des vignettes et des bulles pour raconter Verdi »
Alain Corbellari, « Aux sources de la fantasy »? Wagner et la BD »


Jean-François Candoni met en regard le Trouvère et Tannhäuser, deux troubadours, deux rebelles et deux parias charismatiques.
Matthieu Cailliez se penche sur les opéras comiques de nos deux compositeurs (Un jour de règne / Falstaff ; Das Liebesverbot / Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg) et cite, à l’instar de Ph. Gossett, une lettre de Verdi au chef d’orchestre F. Faccio où il s’en prend violemment au wagnérisme avec ses mots : « Mais nous, descendants de Palestrina, en imitant Wagner, commettons un crime musical, et faisons une œuvre inutile, et, pire, nuisible ». »
Gossett évoque la refonte d’Otello par Verdi lui-même pour l’Opéra de Paris avec l’écriture d’un ballet et un nouveau finale pour le III ième Acte qu’on aimerait bien entendre.
La lecture de l’article de Michel Lehmann, « L’interjection lyrique dans les opéras de Verdi et de Wagner. Contribution à une poétique de la clameur » est réservée aux initiés qui savent tout de la palilogie…
Chantal Cazaux analyse brièvement mais avec brio quelques mises en scène récentes comme le Rienzi monté à Berlin en 2010, le Lohengrin selon Guth vu à la Scala puis à Bastille, le Macbeth revu par Tcherniakov et axe son approche sur la figure de l’anti-héros.
Timothée Picard relit la prodigieuse carrière d’Arturo Toscanini à la lumière de son culte pour Verdi et Wagner, découverts dès l’enfance (il assiste à l’âge de 4 ans à Un Ballo in maschera, et à la création italienne de Tristan à Bologne le 2 juin 1888), qui l’amènera à diriger pas moins de 27 productions de Falstaff mais une seule de Don Carlo et jamais la tétralogie intégralement. C’est comme toujours brillant et parfaitement contextualisé. Picard montre parfaitement comment la conception du chef d’orchestre forgée et imposée par Toscanini dérive de l’extension des principes wagnériens fondamentaux.

Matthias Brzoska illustre de manière très précise la progression spectaculaire de Verdi et de Wagner dans la programmation des Opéras d’Allemagne entre 1900 et 1912, essor qui coïncide avec le déclin du Grand Opéra français. Chez Verdi, une poignée ouvrages se détachent numériquement, dans un premier temps, Aïda et Le Trouvère, puis ensuite, La Traviata et Rigoletto tandis que la notoriété de Wagner repose essentiellement sur Lohengrin devenu, en raison des allusions nationalistes de sa scène finale, l’archétype de l’opéra allemand et donné 400 fois au cours de la seule saison 1912-1913 sur l’ensemble du pays. Wagner connaît son zénith en 1907/1908 avec 2000 levers de rideaux. Dans les années 1920 et 1930, il se maintient à la première place, suivi de près par Verdi et Mozart avant de connaitre une chute très sensible après la Seconde Guerre mondiale, époque qui voit triompher Verdi, Puccini et Mozart. Si on élargit l’étude à l’ensemble de la zone germanique en incluant l’Autriche et la Suisse et à une période plus récente, A. Jacobshagen dénombre chaque année plus de mille représentations de Verdi et 500 d’opéras de Wagner. Chez Verdi, la Traviata totalise une moyenne annuelle de 210 représentations, Der Fliegender Holländer 130, pour citer le titre le plus populaire de chacun des deux génies.

L’article de Mathieu Schneider sur l’Opéra de Strasbourg est très riche et apporte vraiment de l’inédit. Il met l’accent sur la précocité du « boom wagnérien » dans cette ville, dès les années 1890. Entre l873 et 1919, on y donna 800 représentations de Wagner, 445 de Verdi, avec là encore, la prééminence de Der Troubadour (chanté pendant 45 ans en allemand) et de Lohengrin.

Les études sur le Portugal et Israël comblent elles aussi des lacunes avec bonheur.

Fabio Vittorini étudie avec brio les influences de Wagner sur l’Amleto de Faccio (1865), le Mefistofele de Boito (1868) le Guglielmo Ratcliff de Mascagni (1892).

Éminent spécialiste de Massenet, JC Branger met en lumière les influences de Wagner dans Ariane, Bacchus et Werther, mais surtout dans Esclarmonde, tandis qu’il dénote l’ombre portée d’Aida sur Le Mage et Bacchus.

On a envie de lire Verdi. Roman de l’opéra de Franz Werfel (1924) qui met en scène une rencontre imaginaire entre nos deux géants à Venise au tournant des années 1882 et 1883 avec un Wagner au bord de la tombe et un Verdi déserté par son inspiration mais que la mort de son rival libérera à nouveau sans qu'il ne puise toutefois mener à bien son grand projet de mise en musique du Roi Lear.

On lit aussi avec le plus vif intérêt l’étude sur Visconti, si marqué par Verdi et Wagner, car elle ne se contente pas d’analyser finement ses films, déjà fort abondamment disséqués, mais aussi ses 3 mises en scènes successives et très diverses de la Traviata (Milan, Spolète et Londres) et éclaire le film Ludwig à la lumière de la nouvelle éponyme de Klaus Mann (1937)

Yves Landerouin envisage des films très récents où la musique et/ ou le mythe de Wagner sont très présents, notamment La Chambre des officiers de Dupeyron, Birth de Glazer, The New World de Malik, Melancholia de Von Trier et le très émouvant film de Ducastel et Martineau L’arbre et la forêt, tandis que les deux dernières études du volume traitent de la Bande dessinée, un angle novateur.

Bref, ces deux « obélisques de la modernité » (Adorno à propos de Tristan) ont incarné, dès leur vivant et jusqu’à nous, deux pôles identitaires cristallisants autour de leur mythe respectif et souvent antagoniste des concepts aux contours très mouvants et sans cesse reconfigurés tandis que les vecteurs de diffusion de leur œuvre, dans la culture savante ou populaire, ne cessent de se diversifier.

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Re: Verdi/Wagner : images croisées (1813-2013)

Message par srourours » 12 avr. 2018, 15:22

Voilà qui paraît passionnant! Je vais m'y précipiter, j'ai dévoré les précédents opus de T. Picard qui fut, lorsque j'étais étudiant, un professeur passionnant!

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Re: Verdi/Wagner : images croisées (1813-2013)

Message par JdeB » 18 avr. 2018, 09:13

Lire les opus de Timothée Picard est une activité à temps plein tant il est prolixe !
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