Opéra et cinéma (Presses universitaires de Rennes, 2017)

Biographies, livres historiques et autres bouquins relatifs à l'opéra.
Répondre
Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 20771
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Opéra et cinéma (Presses universitaires de Rennes, 2017)

Message par JdeB » 29 sept. 2017, 16:12

Opéra et cinéma Dir. Aude Ameille, Pascal Lécroart, Timothée Picard et Emmanuel Reibel, Rennes, PUR, 2017, 493 p. (26 euros)

Les très actives Presses Universitaires de Rennes publient un nouveau volume consacré au tandem opéra/cinéma, sujet certes déjà bien labouré mais envisagé ici avec brio, pertinence et originalité.

La première partie nous ramène à la naissance du cinéma où le lien s’établit d’emblée. Patrick Le Goff se penche ainsi sur les films du pionnier Dickson qui choisit déjà pour objet d'expérimentation un extrait des Cloches de Corneville. Nous sommes en 1894 ! On a lu avec le plus vif intérêt l’étude de Marie-Anne Le Roy Marsálek sur les trucages propres au genre théâtral du mélodrame et leurs réemplois dans les premiers films et l’analyse du Phantom of the Opera de Rupert Julian par Laurent Marty. Roland Van der Hoeven explore le contexte wagnérien, idéaliste et ésotérique (le Sâr Péladan) de la période 1880-1914 avec beaucoup de finesse mais ne fait qu’effleurer un thème fort peu traité et important; la concurrence faite à l’opéra par le cinéma, le music-hall et le café-concert en prenant l’exemple de la Monnaie face à la transformation du Cirque royal en salle de cinéma permanente.

La deuxième partie s’intitule «L’opéra sous l’influence du cinéma ». On y apprend beaucoup sur Peter Eötvös, compositeur de musique de films grâce à Marie Laviéville-Angelier et sur la mise en scène de la Walkyrie par Eisenstein au Bolchoï en 1940 sous la plume d'Olivero Massimo. Aude Ameille, chercheuse de première force, s’y lance dans une tentative de cartographie de la galaxie des « cinéastes metteurs en scène » sous la forme de « base de données tendant à recenser le plus grand nombre de cinéaste ayant monté une ou plusieurs mises en scène d’opéra » (p. 122). Ce travail a le grand mérite d’être novateur dans une approche aussi globale, fort synthétique et de mentionner des productions très récentes et, parfois même leur reprises comme celle du Gianni Schicchi selon Woody Allen à Madrid en 2015. Toutefois, certains cinéastes sont oubliés (Clair, Cocteau, Cacoyannis, Dembo, Szabo, …) et pour d’autres, bien présents, la liste de leurs réalisations pour le théâtre lyrique est bien lacunaire. C’est le cas de Visconti qui a aussi, outre les six spectacles mentionnés, monté Don Carlo (1958), Il Trovatore (1964) et Traviata (1967) à Londres, Macbeth (1958), Il Duca d’Alba (1959), Salomé (1961) et Manon Lescaut (1973) à Spolète, Falstaff (1966) et Simone Boccanegra (1969) à Vienne, etc…Elle aurait pu préciser aussi que la production d’Attila à Bastille par Josée Dayan était co-signée par Jeanne Moreau.

La troisième partie étudie l'art de capter l'opéra, pour le petit écran (Marie Auburtin), des documentaires lyriques (Elizabeth Giuliani), la sortie de DVD (David Christoffel) etc

La quatrième partie envisage la question de l'opératique au cinéma. Thierry Santurenne excelle à conceptualiser le statut de la diva sur grand écran, notion qu’il travaille sous les angles les plus variés, avec des exemples fort riches, puisés autant dans le cinéma populaire que dans des films d’auteur, ce qui lui permet d’aboutir à cette conclusion (page 245) : « Silhouette pluriséculaire, la diva met à l’épreuve la viabilité du présent »Timothée Picard traite la question de l'opératique sous un angle légèrement différent de celui qu’il a développé dans son ouvrage unanimement encensé La Civilisation de l'opéra mais toujours via les adaptations du Fantôme de l'Opéra. Laurent Guido tisse une stimulante analogie entre le dispositif de Bayreuth de l'expérience de la « salle obscure". Justin Bernard se penche avec beaucoup de réussite sur la musique d’opéra dans Match Point de Woody Allen.

Une dernière partie (« Interactions multiples et multiformes ») est plus éclatée et accueille des études sur Jeanne au bûcher, Pelléas, le Tristan Project de Bill Viola, La Jeune Fille au livre, etc.

De nombreux entretiens, notamment avec Benoit Jacquot (qui ne ménage ni les Alagna ni Raimondi), enrichissent ce livre aussi profus qu’intelligent.

Jérôme Pesqué
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 6 invités