Le fer et les fleurs : Etienne-Nicolas Méhul (Actes Sud/Bru Zane - 2017)

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EdeB
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Le fer et les fleurs : Etienne-Nicolas Méhul (Actes Sud/Bru Zane - 2017)

Message par EdeB » 24 sept. 2017, 18:00

LE FER ET LES FLEURS : Etienne-Nicolas MÉHUL
Sous la direction d’Alexandre Dratwicki et Etienne Jardin
Editions Actes Sud / Palazetto Bru Zane, 2017 (708 pages, 40 €)


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Décédé il y a deux cent ans, le compositeur Etienne-Nicolas Méhul (Givet, 22 juin 1763-Paris 18 octobre 1817) est aujourd’hui presque aussi négligé qu’il ne fut célébré de son vivant. Considéré comme l’un des compositeurs les plus influents en France, durant la Révolution, le Consulat et l’Empire, il contribua à étendre le répertoire de la Comédie Italienne (ensuite devenu l’Opéra Comique) vers des tonalités variées, et fut un modèle pour des compositeurs aussi différents que Weber, Berlioz ou Wagner. Pédagogue inspiré (on lui doit une Méthode de piano, et il contribua également à un Dictionnaire de la langue des beaux-arts), ce survivant notable d’une des périodes les plus troublées de l’histoire européenne passa sans trop d’encombre du Concert Spirituel à l’Institut de France, des fêtes révolutionnaires à l’Opéra, jusqu’à la surintendance honoraire de la musique du Roi…

S’adaptant à l’évolution des sensibilités et des idées, novateur ne s’interdisant aucune expérimentation (comme l’instrumentarium étonnant d’Uthal, opéra enregistré par le Palazetto Bru Zane) mais n’en dédaignant pas pour autant ses racines d’Ancien Régime, Méhul est à lui seul le raccourci fulgurant d’une époque de transition ; vif, énergique, mais également élégiaque et spirituel. C’est la réussite de cet ouvrage de nous en convaincre, tout en nuançant le propos par des avancées musicologiques et historiques qui contribuent à enflammer ces clairs-obscurs.

Divisé en quatre parties, Méhul et la vie politique, Méhul et les institutions, Méhul à l’ouvrage, et Postérité, cette somme kaléidoscopique examine sous toutes les coutures le compositeur, l’homme (l’horticulteur comme le penseur), et l’œuvre. Cette collection dense de contributions diverses expose ainsi certaines des intrigantes facettes d’un compositeur qu’on a trop souvent réduit à son Chant du départ. S’il ne s’agit pas d’une biographie proprement dite – laquelle reste pourtant à écrire – ces chapitres abordant des points très spécifiques, mais dont les thématiques complémentaires, précises mais très accessibles, se focalisent sur des aspects méconnus du grand public, et contribuent à ressusciter toute une époque bouillonnante en ses contradictions.

Ainsi, Le Fer et les Fleurs replace le compositeur dans son contexte (en passant en revue son importance dans les programmations entre 1780 et 1815) ; aborde certaines de ses œuvres vocales (non sans élucider le mystère de la « Messe de Méhul » au terme d’une enquête palpitante…) ou ses ballets ; et examine sa « présence discrète » mais « marquante » au Conservatoire entre 1793 et 1815, tout comme son rôle d’inspecteur dans le même lieu, entre 1808 et 1815. La partie lyrique et l’aspect théâtral de l’œuvre du compositeur ne sont évidemment pas passés sous silence : une partie essentielle de cet ouvrage passionnera les amateurs d’opéra qui pourront se pencher sur l’opéra ossianique Uthal, le drame lyrique La Chasse du Jeune Henri, le mélodrame Les Hussites, le drame sacré Joseph, ou bien sûr, Euphrosine ou le Tyran corrigé qui marqua tant les esprits d’alors…

Les développements sur la postérité de Méhul ne sont pas les moins passionnants : tant les discours prononcés pour les obsèques de Méhul que la notice biographique de Cherubini sont éclairants, dans ce qu’ils laissent apparaître de la statue qui s’érige et des failles biographiques propres au XIXe siècle. L’opinion de Berlioz jouera également un rôle non négligeable dans l’appréhension de l’œuvre… et de l’homme.

Elaboré sous l’égide du Palazetto Bru Zane – dont on ne présente plus l’essentielle contribution à la connaissance et au rayonnement de la vie musicale française de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe – cet ouvrage collectif est un jalon d’importance pour tous les amoureux de ce répertoire, les érudits en quêtes d’éclaircissements et les historiens avides de mieux appréhender cette période de transition dans ses variations culturelles. Le Fer et les Fleurs contribue également à redonner à l’un des injustement oubliés de l’histoire musicale sa prééminence et sa séduction. Puisse-t-il donner des idées aux programmateurs !

Emmanuelle Pesqué

On peut en lire quelques pages sur https://issuu.com/actes_sud/docs/le_fer ... liseuse/16
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