Rire et sourire dans l'opéra-comique en France

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JdeB
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Rire et sourire dans l'opéra-comique en France

Message par JdeB » 24 janv. 2016, 10:40

Charlotte Loriot, dir., Rire et sourire dans l’opéra-comique en France aux XVIIIe et XIXe siècles, Lyon, Symétrie, 2015, 331p, 45 euros.


Ces Actes d’un colloque tenu à la Sorbonne en mars 2005 explorent une problématique peu étudiée et pourtant centrale aux très multiples ramifications et invite à relire l’histoire d’un genre et ses grandes inflexions au prisme de concepts fructueux et éclairants.

A une première période « marquée par la multiplication des pièces par écriteaux dans lesquelles les couplés sont chantés par le public aidé par des gagistes » où le genre cousine avec la farce et le théâtre de foire le plus populaire succède une deuxième phase où l’accent est mis sur la citation parodique et le détournement des airs les plus connus de la tragédie en musique et du répertoire des chansons à la mode, brefs des airs appelés vaudevilles propres à la mémoire collective sur lesquels on brodait de nouvelles paroles avec force clins d’œil. L’air des Trembleurs de l’Isis de Lully est ainsi réutilisé en toute logique dans La Matrone d’Ephèse pour souligner la peur provoquée par le dragon. Quand Léandre part le combattre, la réaction de Colombine tient en ce vers tiré d’une autre tragédie de Lully : « Ah ! Cadmus, pourquoi m’aimez-vous ? (Cadmus et Hermione, I, 4). Mais ce « monstre du carnage » sera finalement terrassé par Arlequin et Pierrot qui chantent en sciant sa tête : « Elle est morte la vache à Panier. / Elle est morte n’en faut plus parler » allusion à un fait divers ancien qui a vu la vache d’un certain Nicolas Panier entrer dans un temple protestant où elle fut dépecée. Un autre procédé burlesque appelé à faire florès est inventé par Favart en 1742 lorsque, dans sa parodie de Rameau, il confie le rôle d’Hippolyte à une femme, Catherine Dehesse. Dans une parodie de l’Iphigénie de Gluck intitulée Momie, le devin Calchas devient Cache-Cache, grand prêtre de la lune. Certains auteurs puisent aussi dans le fond des chansons grivoises comme dans Arlequin Bohémienne, autre avatar parodique du même ouvrage, pour faire basculer la scène où Clytemnestre supplie à genoux Achille de voler au secours de sa fille : « Mais le plaisir m’éveille, / tenant mon traversin:/ la chance est bien tournée : / A présent c’est Catin, / qui suce la dragée, et moi le chicotin ».

Au mitan du XVIII ième siècle, le genre gagne son autonomie et ses lettres de noblesse en devenant une œuvre originale, le nom du compositeur prenant de ce fait le pas sur celui du librettiste, inversion de la hiérarchie du début du siècle. C’est Favart qui avec la Fille mal gardée atteint à son idéal d’une comédie musicale « plaçant texte et musique sur le même plan et sur le même statut ».
Le triomphe du Déserteur de Sedaine et de Monsigny, en 1769, marque une autre césure majeure où le registre comique cesse de fonder un critère de définition du genre « opéra-comique » qui élargit ses centres d’intérêt aux réalités socio-politiques de son temps.

Un autre tournant décisif est lié à la prééminence de plus en plus accentuée du chant avec l’avènement du ténor virtuose à l’époque romantique. Les ténors de caractère de type Trial et Féréol, brillant plus comme comédiens bouffes spécialisés dans les rôles de poltrons et de niais ou de gardiens de sérail (comme l’eunuque Piano) que sur le plan vocal (ce dernier menant même une seconde carrière au théâtre parlé et recevant les éloges de Victor Hugo dans Ruy Blas) cèdent le pas au profit de nouveaux astres comme l’aristocratique Gustave-Hippolyte Roger qui régna dix ans sur la scène de l’Opéra-Comique (1838-1848) avant de rejoindre la troupe de l’Opéra où il créa notamment le rôle de Jean de Leyde du Prophète.

Enfin, une dernière période voit l’opéra-comique, affranchi de ses origines burlesques, verser de plus en plus dans l’exotisme et le sentiment voire la gravité et le drame ; Carmen en 1875 puis Lakmé en 1883 renouvelant profondément le genre en deux réussites éclatantes qui ont fait la conquête du globe.

On aimerait en savoir plus notamment sur la version républicaine du Viaggio à Reims, Andremo a Parigi de Jean-Henri Dupin qui transpose l’action pendant la Révolution de février 1848 : l’Auberge du Lys d’or devient l’Auberge du cheval blanc allusion au gouvernement provisoire de Louis Blanc tandis que les personnages renoncent in fine à se rendre aux barricades parisiennes par manque de courage. Du même que sur ces ouvrages moquant les impostures artistiques comme les deux opéras comiques de Luce, l’Élève de Presbourg qui met en scène Haydn et Le Maëstro où l’on voit la petite fille de Mozart.

L'analyse du fiasco initial de La Périchole est brillante car elle porte sur ce qui structure toute l’œuvre d'Offenbach: sa dénonciation de l'embourgeoisement, du culte du Veau d'or, de l'imitation malsaine de l'autre.

Au total, un riche volume où l’amateur éclairé trouvera des bonheurs variés, qui ouvre aussi de nombreuses pistes de recherche transversales.

Jérôme Pesqué
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Re: Rire et sourire dans l'opéra-comique en France

Message par EdeB » 04 févr. 2016, 14:22

JdeB a écrit :Charlotte Loriot, dir., Rire et sourire dans l’opéra-comique en France aux XVIIIe et XIXe siècles, Lyon, Symétrie, 2015, 331p, 45 euros.

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On aimerait en savoir plus notamment sur la version républicaine du Viaggio à Reims, Andremo a Parigi de Jean-Henri Dupin qui transpose l’action pendant la Révolution de février 1848 : l’Auberge du Lys d’or devient l’Auberge du cheval blanc allusion au gouvernement provisoire de Louis Blanc tandis que les personnages renoncent in fine à se rendre aux barricades parisiennes par manque de courage. Du même que sur ces ouvrages moquant les impostures artistiques comme les deux opéras comiques de Luce, l’Élève de Presbourg qui met en scène Haydn et Le Maëstro où l’on voit la petite fille de Mozart.
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Au total, un riche volume où l’amateur éclairé trouvera des bonheurs variés, qui ouvre aussi de nombreuses pistes de recherche transversales.

Jérôme Pesqué
Oui, la présentation de ces deux opéras est fort alléchante...
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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