D. Hennebelle - Les Concerts de la Reine (1725-1768)

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EdeB
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D. Hennebelle - Les Concerts de la Reine (1725-1768)

Message par EdeB » 11 janv. 2016, 17:22

David Hennebelle - Les Concerts de la Reine (1725-1768)

Habituellement englobés dans une condescendance méprisante par certains de leurs contemporains, puis par divers chercheurs qui préférèrent valoriser le Concert Spirituel parisien, les concerts de la reine Marie Leszczynska ont longtemps soufferts d’une assez mauvaise réputation. Comparés négativement aux fastes versaillais louis-quatorziens et aux spectacles des Petits Cabinets de la marquise de Pompadour, ils semblaient n’avoir qu’une importance mineure, témoignant de la dégradation de la vie de Cour. Toutefois, ainsi que le rappelle David Hennebelle, « cette institution […] a, par sa longévité – plus de quarante ans –, par le nombre des concerts – entre un et trois par semaine en moyenne –, par le faste des moyens humains et financiers et par la diversité des lieux qui l’accueillit apparaît comme l’une des plus importantes structures permanentes de concerts de l’Europe du XVIIIe siècle. » (p. 3).

Ces concerts s’apparentent manifestement à ceux des Petits appartements du siècle précédent : comme lors de ces divertissements autrefois offerts par Louis XIV, on y jouait principalement des extraits d’opéra en « version de concert » dirait-on aujourd’hui, en un temps où « la France connaît une éclosion musicale inédite » (p. 15), ne serait-ce qu’à Paris, entre concert public (le Concert Spirituel) et patronage aristocratique, comme le Concert Italien et le Concert des Mélophilètes. Sans oublier les nombreuses académies musicales de province.

La reine aime la musique et la pratique, médiocrement d’ailleurs, persifle-t-on. Amatrice de musique, elle reste traditionnelle dans ses goûts, prisant Lully et les musiciens du siècle passé, sans pour autant dédaigner les nouveautés. La souveraine accueille également agréablement des musiciens étrangers de passage, comme Farinelli avec lequel elle joue et chante en juillet 1752. Toutefois, les Concerts de la Reine n’obéissent pas à cette pratique intime et son auditoire varie ; il est formé de courtisans souvent issus du « cercle » de la souveraine, mais pas uniquement. Le roi ne dédaigne pas d’y aller, et l’effacement de Marie Leszczynska dans la vie curiale, bien qu’elle y tienne « dignement » son rang, n’induit pas forcément un allègement de l’étiquette : la reine est bien la promotrice de ces concerts.

Après avoir détaillé le rôle des ordonnateurs (premiers gentilhommes de la chambre et surintendants) et le choix des musiciens, David Hennebelle se penche avec moult détails passionnants sur l’organisation matérielle et l’agencement du dispositif dans des lieux aussi variés que problématiques, comme les Appartements de la Reine à Versailles, Marly, Compiègne et Fontainebleau.

Pour retrouver la trace du goût de la souveraine et le choix du répertoire, « acte dont la portée est clairement d’ordre symbolique et politique » (p. 63) ; pour analyser le phénomène curial que sont ces concerts, ainsi que pour reconstituer ce répertoire et l’ancrer dans la réalité des sociétés de concerts du temps, l’auteur s’est appuyé méthodiquement sur des sources variées encore inexplorées : périodiques, avec le Mercure de France qui publie de nombreux comptes-rendus entre 1725 et 1753. Archivistiques, aussi : la série de la Maison du Roi pour les Menus Plaisirs (série O1 des Archives nationales), bien que lacunaire, renferme de nombreuses informations pratiques sur l’organisation et le paiement des concerts. Par ailleurs, le duc de Luynes, mélomane éclairé et intime de la reine, et dont l’épouse était dame d’honneur, a relaté le déroulement de nombreux concerts dans ses Mémoires, étayées par d’autres mémorialistes. Enfin, certaines partitions utilisées, dispersées entre la bibliothèque municipale de Versailles et la Bibliothèque nationale, ont permis de renseigner sur les pratiques d’exécution.

Riche d’une Chronologie des concerts donnés entre 1725 et 1762, agrémenté de compte-rendus détaillés qui contribuent à sa force d’évocation, cet ouvrage se place, avec une ambition couronnée de succès et une rigueur digne d’éloges, à la croisée de l’histoire sociologique, de la musicologie et de l’archivistique. Tout en contribuant à éclairer un aspect encore inconnu de l’histoire du concert en France, il fera également la joie de lecteurs pour lesquels Versailles et ses plaisirs ont conservé tout leur pouvoir de fascination.

Emmanuelle Pesqué

David Hennebelle - Les Concerts de la Reine (1725-1768)
Editions Symétrie (collection Symétrie Recherche, série Histoire du concert), 2015.
352 pages


Table des matières :
Introduction. Pour une réhabilitation
Chapitre 1. L’institution des Concerts de la Reine
Chapitre 2. Concert de la cour ou concert à la cour ?
Chapitre 3. Les musiciens du Concert de la Reine
Chapitre 4. Un concert nomade
Chapitre 5. Un Grand Siècle au temps des Lumières
Chapitre 6. Le temps de l’effacement
Chronologie des Concerts de la Reine (1725-1762)
Annexe. Index des notices de concert
Sources et bibliographie
Deux index : œuvres et personnes

On peut lire quelques extraits de cet ouvrage sur le site de Symétrie.

Pour rappel, le CD des Ombres avec Mélodie Ruvio, qui interprètent un répertoire souvent joué aux Concerts de la Reine (Colin de Blamont, Couperin), a été chroniqué ici
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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Re: D. Hennebelle - Les Concerts de la Reine (1725-1768)

Message par Piero1809 » 12 janv. 2016, 12:02

Merci pour cet article passionnant.
Les fastes de Versailles ne s'arrêtent donc pas avec la mort de Louis XIV!
Le Duc de Luynes dont il est question dans cet ouvrage de hennebelle (que je n'ai pas encore lu) est-il le même qui commanda à Mozart le concerto pour flûte et harpe.

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