Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Biographies, livres historiques et autres bouquins relatifs à l'opéra.
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jean-didier
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Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Message par jean-didier » 16 juil. 2015, 09:41

Encore une initiative très heureuse du Palazetto Bru Zane qui soutient cette publication indispensable à tout amoureux de l'auteur de Faust.

Melanie von Goldbeck a ressemblé et annoté cette correspondance qui est principalement centrée sur la première époque de l'amitié entre le jeune compositeur et la cantatrice déjà célèbre et qui endosse le rôle de mécène pour promouvoir les oeuvres de son jeune ami.

La genèse de Sapho, premier essai (confirmé à mon goût, ne serait-ce que pour les stances finales de l'héroïne !) est particulièrement détaillée. On plonge au coeur des mécanismes de la création que Gounod nous décrit au quotidien. Le relatif manque de confiance des débuts s'estompe petit à petit, au fur et à mesure des auditions encourageantes dont il fait bénéficier le premier cercle de proches (sa mère, Tourguenieff, la belle-soeur de Pauline Viardot, Berthe).

L'admiration (voire les sentiments amoureux) sans bornes que porte Gounod à Viardot se manifeste jusque dans l'influence qu'a la cantatrice sur la composition de Sapho : les avis qu'elle émet sur les morceaux de l'opéra livrés au compte-gouttes sont paroles d'évangile, pour l'ex-séminariste, qui passe presque pour un toutou auprès de sa maîtresse.

On est surpris de trouver des propos scatologiques dans la correspondance, notamment suite à un épisode où Gounod parti faire ses besoins dans le parc de Courtavenel (le château des Viardot, aujourd'hui disparu) est surpris de voir Sultan, chien des Viardot, se régaler de l'"offrande" qu'il a laissée. Cet épisode revient plusieurs fois dans la correspondance, Manuel Garcia, mis
au courant, en tire même un poème humoristique.

Par la suite, on suit comme un feuilleton la brouille entre les amis (amants platoniques ?) à la veille du mariage de Gounod et on s'attriste de la distance, voire de la froideur des échanges qui perdurent jusqu'à la mort de Gounod entre les deux musiciens.

Si on reste frustré de l'absence des réponses de Pauline Viardot, et du coup de ne pas avoir de détails sur les périodes de retrouvailles, cette correspondance nous vaut des descriptions détaillées de la part de Gounod sur la vie à Courtavenel, sur les rêves qu'il fait, voire même sur la vie du quotidien.

Passionnant.

tuano
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Re: Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Message par tuano » 16 juil. 2015, 10:29

Il y a une mélodie de Gounod composé sur l'un des poèmes utilisés par Berlioz dans Les Nuits d'été, qui a la même mélodie que le grand air de Sapho. Est-ce qu'il y a des détails sur la genèse de cet air ?

Je continue à m'interroger sur la tessiture (ainsi que la couleur, la puissance) de Pauline Viardot car je ne vois aucune autre chanteuse moderne qui semblait avoir une voix si naturellement longue et grave à la fois. Elle semble être un mélange de Podles, de Horne, de Bartoli, de Verrett, de Zajick, tout en étant aucune de toutes celles-ci. Globalement, lorsqu'on met de nos jours les voix des chanteurs dans des catégories bien précises, ça ne me satisfait pas du tout au regarde des rôles chantés régulièrement par les créateurs des époques précédentes. J'ai l'impression que les catégories sont complètement détachées des réalités vocales qui étaient celles de Berlioz, Rossini, Verdi, Bellini, Mozart, etc.

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jean-didier
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Re: Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Message par jean-didier » 16 juil. 2015, 12:37

Merci pour l'info je ne savais pas pour cette mélodie de Berlioz, ça n'apparaît pas dans la correspondance mais du coup je vais rechercher laquelle c'est.
Pauline Viardot a chanté Fidès, Sapho, Lucia, Papagena, Sonnambula, Desdemona, Rachel et bien d'autres. C'est vrai qu'on peut se demander ce que ça donnait. Dans la bio que j'ai lu (Patrick Barbier) tous les témoignages d'époque sont élogieux.

Je suis en train de lire la correspondance de Stockhausen (merci Palazetto BZ !) qui a été ébloui par les talents de tragédienne/comédienne et la musicalité de Pauline Viardot. Par contre, il n'hésite pas à dire que la voix était laide, surtout dans les aigus et qu'elle devrait (on est ici dans les années qui entourent la création du Prophète) éviter d'aborder des rôles dont la sollicitation dans l'aigu excède ses possibilités. Stockhausen dans sa correspondance n'est pas langue de bois du tout et tranche même avec les critiques officielles qui parfois disaient n'importe quoi (comme quoi ...), ce qui donne à mon avis une vraie crédibilité à ses propos (il était un musicien très fin).

Cet autre recueil est d'ailleurs très instructif pour avoir des idées sur les voix des chanteurs/ses des années 1840/1860, l'idéalisation qu'on s'est faite de certain(e) en prend parfois un coup : Jenny Lind (qu'il compare à un petit poney quand elle rentre sur scène), Alboni, Grisi, Lablache et bien d'autres.

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Re: Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Message par Polyeucte » 16 juil. 2015, 13:19

jean-didier a écrit :Merci pour l'info je ne savais pas pour cette mélodie de Berlioz, ça n'apparaît pas dans la correspondance mais du coup je vais rechercher laquelle c'est.
Il y a plusieurs mélodies qui ont été adaptées de ou pour Sapho :
- À une jeune Grecque [CG 324] (Prosper Yraven d'après Sapho) (1884-1892 ?) orchestré.
- Lamento [CG 397] (Théophile Gautier) La Chanson du Pêcheur, 1841 (devenue, dans Sapho, « Ô ma lyre »). Avec une autre musique : Ma belle amie est morte [CG 404] (1872).
- Le Soir [CG 441] (Alphonse de Lamartine) (1840) ; avec cor obligé [CG 441b] (inédit) ; avec orchestre [CG 441c] ; inséré dans Sapho (« Héro, sur la tour ») et publié d’abord pour piano seul : Romance sans paroles n° 3.

(voir le site sur Charles Gounod : http://charles-gounod.com/melodies-cantiques.html )
Pauline Viardot a chanté Fidès, Sapho, Lucia, Papagena, Sonnambula, Desdemona, Rachel et bien d'autres. C'est vrai qu'on peut se demander ce que ça donnait. Dans la bio que j'ai lu (Patrick Barbier) tous les témoignages d'époque sont élogieux.

Je suis en train de lire la correspondance de Stockhausen (merci Palazetto BZ !) qui a été ébloui par les talents de tragédienne/comédienne et la musicalité de Pauline Viardot. Par contre, il n'hésite pas à dire que la voix était laide, surtout dans les aigus et qu'elle devrait (on est ici dans les années qui entourent la création du Prophète) éviter d'aborder des rôles dont la sollicitation dans l'aigu excède ses possibilités. Stockhausen dans sa correspondance n'est pas langue de bois du tout et tranche même avec les critiques officielles qui parfois disaient n'importe quoi (comme quoi ...), ce qui donne à mon avis une vraie crédibilité à ses propos (il était un musicien très fin).
Oui, il y a des idolâtres pour Viardot... Mais le livre de Patrick Barbier cites quand même (à moins que ce soit à propos de la Malibran, mais je ne crois pas) des critiques qui justement pointent des aigus laids ou des vocalises savonnées...

Sinon pour la voix en elle-même, j'imagine personnellement une voix un peu comme Podles, mais avec des extrémitées plus forcées et difficiles.
Enfin, ne pas oublier qu'à l'époque, transposer ou adapter était assez courant d'après ce que j'ai lu à droite et à gauche. Donc peut-être qu'elle chantait Lucia mais transposée et sans aigus... Difficile de savoir vu les critiques assez superficielles qu'on trouve :?


En tout cas, j'ai ce livre, mais toujours pas commencé... mais je vais m'y mettre! :D
http://erikcarnets.fr/
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Re: Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Message par jean-didier » 16 juil. 2015, 20:05

J'oubliais de mentionner aussi les piques lancées par ci par là : Auber en prend plein la figure avec un acharnement particulier sur Zerline ou la corbeille d'oranges traitée de cochonnerie et d'infâme saloperie. Pareil pour les Capulet de Bellini pour lesquels il parle de nullité ou quelque chose comme ça.

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Re: Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot - Actes Sud

Message par tuano » 21 juil. 2015, 19:23

Mon passage préféré est lorsque les femmes du public en Russie lance à la cantatrice des bijoux sur scène. On n'imaginerait personne aujourd'hui faire une chose pareille ! Je ne sais pas si quiconque avant ou après a provoqué une telle hystérie.
Polyeucte a écrit :- Lamento [CG 397] (Théophile Gautier) La Chanson du Pêcheur, 1841 (devenue, dans Sapho, « Ô ma lyre »).
C'est ce morceau que j'ai entendu à l'Amphi Bastille.

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