Léonard de Vinci. L'invention de l'opéra par O. Lexa (2019)

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JdeB
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Léonard de Vinci. L'invention de l'opéra par O. Lexa (2019)

Message par JdeB » 08 nov. 2019, 11:01

LEXA, Olivier, Léonard de Vinci. L'invention de l'opéra, Paris, Éditions du cerf, 2019, 423 pages.

Le Soleil des Sforza

Dans sa soif de lectures et de contextualisation sur le temps trés long (il remonte à Saint Augustin !), Olivier Lexa est passé à côté des ouvrages pionniers d'Irène Mamczarz sur le « le drame en musique naissant » et sur les Intermèdes musicaux de la Renaissance. On peut en lire un bilan de manière synthétique dans un des articles de cette dernière figurant dans un ouvrage publié sous sa direction chez Klincksieck en 1992 intitulé Les premiers opéras en Europe et les formes dramatiques apparentées. On y trouve cette analyse éclairante « Inventés pour imiter les chœurs de la tragédie grecque, les intermèdes ne comportaient à l’origine que de brèves interventions de musique instrumentale, du chant ou de la danse. (…) Ils servent principalement à distraire le spectateur, à interrompre la tension du drame. Ils comprennent plusieurs éléments intercalés : morceaux de musique, chœurs, airs, madrigaux, intermèdes, ballets."
Elle en souligne aussi la double fonction « pratique et psychologique » lorsqu’elle écrit : « ils créent l’illusion de l’écoulement du temps nécessaire pour justifier le passage entre deux actes, préparent les événements ou introduisent une attente dans l’action. Le rôle pratique de ces pièces est considérable ; outre le repos des acteurs, elles permettent de moucher les chandelles et de changer le décor et la machinerie. »

Pour le reste et mis à part la carabistouille de la page 164 sur la Jérusalem délivrée (qui ne traite pas de la geste de Roland mais de celle de Renaud) et l’usage de termes savants pas vraiment clarifiés comme celui de Nekuïa à la page 52, l’ouvrage est tout à fait passionnant et très solidement charpenté.

On y apprend que Léonard a apporté son concours de scénographe (de la scène comme de la salle), d'inventeur de machines, d’effets spéciaux et d’instruments de musique, d'éclairagiste et de joueur de lira virtuose à quatre proto-opéras, tous donnés dans le cercle de la cour des Sforza. En voici la liste avec mention de ce qu’il faut en retenir :

Janvier 1489, La Rappresentazione di Tortona axée sur le personnage d’Orphée avec l’utilisation d’une première machine de scène.
Janvier 1490, Milan, château des Sforza, La Festa del Paradiso qui lance la notoriété de Léonard et dont l’édition du livret (de Bernardo Bellincioni) porte mention pour la première fois du nom imprimé du génie qui y réinventa le rideau de scène et éblouit le public avec une machine ascensionnelle et des lumières inédites en s'inscrivant dans la tradition revivifiée de l’harmonie des sphères pythagoricienne.
31 janvier 1496, La Danaé qui pour la première fois « s’affranchit de la fonction de représentation du pouvoir » (pas de banquet ou de bal introductif), avec l’originalité de la dissimulation de l’orchestre derrière la scène, un effet de « pluie d’or », et le point culminant du passage de la lira da braccio par Apollon.

Quant à la Fabula di Orfeo, elle est remarquable par "l’abandon de la tentation de la perspective". Les dessins du Codex Arundel « montrent les plans d’un dispositif scénographique inédit dans l’histoire du théâtre : une scène tournante avec changement de décor à vue » tandis qu’une trappe faisait émerger Pluton sur un trône.
Aucune partition n’a été conservée puisque cet art-là reposait surtout sur des techniques d’improvisation.

Dans son souci de tout englober, Olivier Lexa nous apprend beaucoup de choses du plus haut intérêt sur la culture des élites curiales, philosophiques et artistiques au temps de la Renaissance italienne (et bien au-delà en amont comme en aval) mais la lecture de son livre nous laisse parfois le regret d’une ligne directrice plus ferme, plus concise et plus dense.

Jérôme Pesqué.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

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