Les opéras en langues rares

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JdeB
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Re: Les opéras en langues rares

Message par JdeB » 04 mars 2014, 17:16

Sur le plan linguistique, il faut citer la particularité de l'opéra de Nono, Al gran sole carico d'amore (c'est un vers de Rimbaud), créé à la Scala en 1975 qui est multilingue.
On y trouve du français, de l'italien, de l'espagnol, de l'allemand et du français.
Il traite du thème de la Révolution.

Sinon, il y a bien des opéras en portugais, comme ceux de Portogallo : A saloia namorada et A vingança da cigana sur des livrets du mulâtre brésilien Domingos Caldas Barbosa.
Au XX siècle, citons l'Orfeu em Lisboa (1966) de Ruy Coelho

En polonais, citons aussi, outre Szymanowski évoqué par Faustin, Le Manoir hanté de Moniuszko (1865)

et en hongrois, Bank ban de F. Erkel (1861 pour la création)
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Les opéras en langues rares

Message par faustin » 05 mars 2014, 20:22

Schwannhilde a écrit :
Et chinois ou japonais ?
Image


Il y a en Chine une grande tradition d'opéra. Le sujet n'est pas facile, il est difficile d'en dire quelque chose de pertinent si on n'est pas spécialiste, c'est un continent artistique. On distingue pas moins de six principales formes et pas moins de douze formes régionales. Il semblerait que théâtre et opéra ne constituent pas des catégories bien différenciées, car les recherches qu'on fait sur internet sur l'opéra vous conduisent directement au théâtre. Souvenons nous qu'il en était ainsi du temps des Grecs anciens, le théâtre antique dont nous n'avons conservé que les textes était à la fois théâtre et opéra.

Dans cette profusion, on peut distinguer même si c'est schématique deux formes qui sont connues du public : l'opéra de Pékin, qui est plus proche du divertissement avec des acrobates et des danseurs et le kunqu, l'opéra classique, qui est un genre plus raffiné, où les acrobates et les danseurs ne sont pas cependant pas absents et dont les origines remontent au XIIIe siècle, dynastie des Yuan, période de la domination mongole.

Les occasions de voir/entendre chez nous des opéras chinois ne sont pas très nombreuses. En février 2013, a été donné au Châtelet Le pavillon aux pivoines, grand classique de l'opéra chinois, c'est un opéra kunqu basé sur une épopée écrite par le poète Tang Xianzu. La direction artistique et l'interprétation du rôle principal étaient assurées par l'acteur de théâtre kabuki Tamasaburo bando, célébrissime dans son pays.


C'était un très beau, très remarquable spectacle, un véritable spectacle total à la chinoise, que j'avais vivement apprécié. La musique m'avait paru de grande qualité et très séduisante, pourtant, j'avais un léger doute sur son authenticité, je l'avais trouvée un peu occidentalisante et truffée de standards qu'on entend un peu partout ; j'avais exprimé ce doute dans le forum. Et voici ce que notre ami Verdiprati, qui est Japonais, m'avait répondu :


Je ne crois pas que la musique du Pavillon aux pivoines soit retravaillée à cette occasion pour être plus accessible aux oreilles occidentales.

Mais le Kunqu apparu à la fin du 16ème siècle déclinait à partir du 18ème avec la montée de l ‘opéra pékinois, et il n’a été vraiment redécouvert qu’aux années 1950.
Et en Asie nous n’avons pas de système de notation précise, il n’y a que des tablature et transmission orale. D’ailleurs pour la musique traditionnelle asiatique fondamentalement hétérophonique les intonation et notation précises ne sont pas vraiment nécessaires.

Donc il paraît que la musique du Kunqu telle qu’on joue aujourd’hui ne remonte pas vraiment au delà du 19ème, et les Chinois qui s’ouvraient à la musique occidentale à partir des années 1910 sont plus ou moins influencés par les musique et orchestre de l’Occident pour reconstituer la musique de Kunqu.

J’ajoute que pour voir le même spectacle, il fallait débourser 100 ou 80 euros ( 2 catégories seulement ) à Tokyo, parce qu’il n’est pas subventionné. On envie la politique culturelle en France...


Mes doutes n'étaient pas totalement injustifiés, du fait de l'absence de notation précise, il s'agit bien d'une reconstruction moderne à partir d'éléments anciens, une sorte de Viollet-le-Duc musical chinois.

Voici le lien avec le fil sur le Pavillon aux pivoines

http://www.odb-opera.com/viewtopic.php? ... 73#p195149


Quant aux opéras japonais, je me suis laissé dire qu'il y avait des opéras japonais contemporains; mais qui jusqu'ici, et on peut le regretter, ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

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Re: Les opéras en langues rares

Message par faustin » 05 mars 2014, 22:22

JdeB a écrit :

et en hongrois, Bank ban de F. Erkel (1861 pour la création)
Image


Le Hongrois n'est pas la langue la plus défavorisée pour ce qui est de l'opéra.


Il y a surtout le très célèbre Château de Barbe-Bleue, de Bela Bartok, sur un livret du grand écrivain Bela Belazs, avec seulement trois rôles chantés, ou seulement deux si on élimine la courte intervention du barde, on est loin des Troyens, du Triptyque ou de La guerre et la paix, c'est un incomparable chef d'oeuvre, basé sur un des plus beaux textes mis en musique qui soient.

Moins joué, moins connu, mais ô combien admirable et original est Hary Janos, ses aventures depuis Nagayabony jusqu'au château de Vienne, Singspiel en 4 aventures et épilogue de Zoltan Kodaly. Ce récit picaresque met en scène un héros qui incarne au temps des guerres napoléoniennes l'âme du peuple hongrois qui se moque doucement de ses propres rêves de grandeur. Cet opéra a été donné à Montpellier et en 2004 au Châtelet, dans une mise en scène de Jean-Paul Scarpitta. Gérard Depardieu qui n'était pas encore évadé fiscal poutinien collaborait au spectacle dans le rôle de récitant.


Peter Eötvös est un compositeur hongrois qui a travaillé en Allemagne et en France.Il semble que peu de ses opéras soient en hongrois.

Harakiri livret de István Bálint est sans doute en hongrois, à vérifier.
Radames livret du compositeur, est peut-être en hongrois.
Trois Sœurs, d'après Tchékov, son opéra le plus connu, sur un livret du compositeur et de Claus Henneberg est sans doute en russe, mais c'est à vérifier.
Le Balcon livret de Françoise Morvan avec la collaboration de Peter Eötvös et André Markowicz d'après la pièce de Jean Genet est en français, je suppose. Cet opéra sera donné au Théâtre de l'Athénée en mai prochain.
Angels in America créé au Châtelet est en anglais
Love and Other Demons est certainement en anglais
Lady Sarashina livret de Mari Mezei d'après As I crossed Bridge of dreams, fragments du journal de Lady Sarashina est certainement en anglais.

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Re: Les opéras en langues rares

Message par JdeB » 06 mars 2014, 10:24

faustin a écrit :
JdeB a écrit :

et en hongrois, Bank ban de F. Erkel (1861 pour la création)
Moins joué, moins connu, mais ô combien admirable et original est Hary Janos, ses aventures depuis Nagayabony jusqu'au château de Vienne, Singspiel en 4 aventures et épilogue de Zoltan Kodaly. Ce récit picaresque met en scène un héros qui incarne au temps des guerres napoléoniennes l'âme du peuple hongrois qui se moque doucement de ses propres rêves de grandeur. Cet opéra a été donné à Montpellier et en 2004 au Châtelet, dans une mise en scène de Jean-Paul Scarpitta. Gérard Depardieu qui n'était pas encore évadé fiscal poutinien collaborait au spectacle dans le rôle de récitant.
Faustin
oui, mais cet Hary Janos était donné dans une version française de Florian Zeller.

Autre récitant, aux côtés de Depardiou, Micha Lescot, alors débutant, et qui fait depuis une brillante carrière.
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Re: Les opéras en langues rares

Message par toscadecoigny » 19 mars 2014, 14:18

Dans un livre d'Hervé Lacombe, Géographie de l'Opéra au XXe siècle, il évoque des contrées entières du monde qui ont leurs opéras ; la Mongolie, la Chine, le Japon, l'Arménie, Israël, l'Egypte, les Caraïbes, l'Amérique latine.. et donc leurs opéras écrits dans ces langues plus que rares... Il y a peut-être, sinon des chefs d'œuvre, au moins des œuvres intéressantes... A l'époque du surtitrage, pourquoi ne pas de temps en temps puiser dans ce vivier ?

J'ai aussi un livre : Dictionnaire de l'opéra contemporain, où l'auteur (son nom m'échappe pour l'instant, Jacques Bonnaure, je crois , cite de nombreuses œuvres écrites en toutes ces langues rares.

Et encore plus rare, il y a eu à Aix en Provence en 1971, un opéra de Jacques Charpentier, Béatris de Planissolas, chanté en ... OCCITAN ! Car cette œuvre évoque une des figures emblématiques du catharisme, et l'œuvre est un hommage à la recherche de Dieu à travers les voies de l'amour libre... Je n'ai pas pu l'entendre, mais c'est un superbe personnage féminin en tout cas, un beau rôle pour un soprano dramatique, aux côtés d'un baryton et d'une basse.

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Re: Les opéras en langues rares

Message par Ange_de_feu » 23 mars 2014, 14:07

faustin a écrit :Peter Eötvös est un compositeur hongrois qui a travaillé en Allemagne et en France.Il semble que peu de ses opéras soient en hongrois.
Selon la page du compositeur:

Harakiri livret de István Bálint est sans doute en hongrois, à vérifier.
Cast: 1 performer (in Japanese), 1 Narrator (home-language)

Radames livret du compositeur, est peut-être en hongrois.
(in German-English-Italian)

Trois Sœurs, d'après Tchékov, son opéra le plus connu, sur un livret du compositeur et de Claus Henneberg est sans doute en russe, mais c'est à vérifier.
Le russe est la langue des représentations, mais pas la langue dans laquelle a été écrit le livret. Il s'agit donc d'une retraduction.

Le Balcon livret de Françoise Morvan avec la collaboration de Peter Eötvös et André Markowicz d'après la pièce de Jean Genet est en français, je suppose. Cet opéra sera donné au Théâtre de l'Athénée en mai prochain.
C'est bien en français.

Angels in America créé au Châtelet est en anglais
Oui.

Love and Other Demons est certainement en anglais
Correct.

Lady Sarashina livret de Mari Mezei d'après As I crossed Bridge of dreams, fragments du journal de Lady Sarashina est certainement en anglais.
Encore une fois, correct.

À ajouter:
Die Tragödie des Teufels (2009)
(La tragédie du diable)
En allemand.
Pour la seconde version ("Paradise Reloaded (Lilith)" de 2012/13), la langue n'est pas indiquée, mais je suppose qu'elle n'a pas changé.

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Re: Les opéras en langues rares

Message par faustin » 24 mars 2014, 22:27

Ange_de_feu a écrit :
faustin a écrit :Peter Eötvös est un compositeur hongrois qui a travaillé en Allemagne et en France.Il semble que peu de ses opéras soient en hongrois.
Selon la page du compositeur:

Harakiri livret de István Bálint est sans doute en hongrois, à vérifier.
Cast: 1 performer (in Japanese), 1 Narrator (home-language)

Radames livret du compositeur, est peut-être en hongrois.
(in German-English-Italian)

Trois Sœurs, d'après Tchékov, son opéra le plus connu, sur un livret du compositeur et de Claus Henneberg est sans doute en russe, mais c'est à vérifier.
Le russe est la langue des représentations, mais pas la langue dans laquelle a été écrit le livret. Il s'agit donc d'une retraduction.

Le Balcon livret de Françoise Morvan avec la collaboration de Peter Eötvös et André Markowicz d'après la pièce de Jean Genet est en français, je suppose. Cet opéra sera donné au Théâtre de l'Athénée en mai prochain.
C'est bien en français.

Angels in America créé au Châtelet est en anglais
Oui.

Love and Other Demons est certainement en anglais
Correct.

Lady Sarashina livret de Mari Mezei d'après As I crossed Bridge of dreams, fragments du journal de Lady Sarashina est certainement en anglais.
Encore une fois, correct.

À ajouter:
Die Tragödie des Teufels (2009)
(La tragédie du diable)
En allemand.
Pour la seconde version ("Paradise Reloaded (Lilith)" de 2012/13), la langue n'est pas indiquée, mais je suppose qu'elle n'a pas changé.
Merci. On voit ainsi qu'aucun des opéras de Peter Eötvös n'est dans la langue maternelle du compositeur et on en conclue que pour les langues rares, avoir un compositeur de cette langue ne fait pas avancer d'un pouce le statut de cette langue comme langue d'opéra qui reste minoré et pour ainsi dire insignifiant.

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Re: Les opéras en langues rares

Message par PlacidoCarrerotti » 24 mars 2014, 23:52

A San Francisco a été créé il y a quelques années Arshak II, le premier opéra arménien écrit par Tigran Chukhadjian (composé en 1868). La création a eu lieu en arménien, mais je crois qu'il avait été composé sur un livret en italien.
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Re: Les opéras en langues rares

Message par renepape » 28 juin 2014, 22:01

Qui connait et peut me renseigner sur un opéra arménien composé par Armen Tigranian qui s'appelle Anoush ?
La seule chose que je sais, c'est qu'au final, j'ai entendu un contre-sol :p

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Re: Les opéras en langues rares

Message par JdeB » 29 juin 2014, 09:25

toscadecoigny a écrit : Et encore plus rare, il y a eu à Aix en Provence en 1971, un opéra de Jacques Charpentier, Béatris de Planissolas, chanté en ... OCCITAN ! Car cette œuvre évoque une des figures emblématiques du catharisme, et l'œuvre est un hommage à la recherche de Dieu à travers les voies de l'amour libre... Je n'ai pas pu l'entendre, mais c'est un superbe personnage féminin en tout cas, un beau rôle pour un soprano dramatique, aux côtés d'un baryton et d'une basse.
Autre opéra en occitan, exhumé à Montpellier,

26 juin et 3 juillet 1981
Daphnis et Alcimadure (1754) de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville
récréation mondiale (dans le cadre du festival de danse)
L. Bertholon / Bioulès
Le Coz, Thompson, A. M. Miranda, JC Orliac
Ballet de Dominique Bagouet.

Un coffret de 33 t se fait l'écho de ce spectacle
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