Premier bilan de la première saison de l'ère Mortier

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faustin
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Premier bilan de la première saison de l'ère Mortier

Message par faustin » 10 nov. 2004, 10:45

J'ouvre un fil pour que soit poursuivie, un peu plus à sa place et si les participants au forum le veulent bien, une discussion très chaude engagée par le commentaire alarmiste de Xavier:

C'est très grave ce qui se passe en ce moment à l'Opéra de Paris ! Sur les cinq premiers spectacles lyrique de la saison, seul celui donné à Garnier a fait le plein dans les conditions habituelles (en refusant du monde) : L'Italienne à Alger, un autre devrait faire un remplissage satisfaisant : Pelléas et les trois autres ont eu un succès mitigé en ne faisant pas le plein ou le quasiplein.

C'est très grave parceque lors des saisons précédentes, c'était un seul ou deux spectacles qui était joué devant une salle qui n'était pas pleine. Là nous en sommes déjà à trois et la saison ne fait que commencer.

Faites confiance à nos amis du ministère du budget pour regarder avec la plus grande attention ce phénomène, un oeuil sur le montant de la subvention allouée à l'Opéra...

Espérons que les cassandres auront eu tort... et que la guerre de Troie n'aura pas lieu

X
Faisons donc le point:
L'Italienne à Alger: salle comble
Pelléas et Lélisande: salle très bien remplie
Ariane à Naxos: salle pas complètement remplie
Katia Kabanova: salle comble
Saint François d'Assise: salle assez mal remplie
Dialogue des Carmélites: salle assez mal remplie

C'est vrai que, du point de vue du remplissage des salles, Hugues Gall faisait mieux. Au cours de la saison dernière, un seul spectacle n'a pas rempli complètement la salle, c'était Peter Grimes mais quelle injustice!

Des commentaires incendiaires ont été émis sur le forum. Ca n'a quand même pas été jusqu'à "Mortier démission".

Ce qu'il faut quand même dire, c'est que ce qui apparaît peut-être comme des demi-échecs et encore, c'est à voir correspond à de GRANDES AMBITIONS ARTISTIQUES qu'il faut reconnaître et saluer.

C'est quand même courageux de programmer Saint François d'Assise, oeuvre difficile s'il en est pour les chanteurs, pour les musiciens comme pour les spectateurs et qui a dû peser sur le budget.

N'est-ce pas courageux de programmer dans la même saison deux opéras français et cathos du XXe siècle ?

Pour ma part, je me réjouis que le Directeur en fonction ne joue pas la facilité (Traviata, Carmen, Faust, La Bohème et Boris Godounov) et nous présente, en prenant des risques, des oeuvres réputées plus difficiles, plus rares et moins connues du public. L'Opéra de Paris a tout à y gagner. Excusez-moi de la banalité des mes propos mais je crois qu'il fallait quand même que ce fût dit.

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Message par tuano » 10 nov. 2004, 10:51

Merci Faustin de prendre l'initiative d'ouvrir un nouveau fil de discussion afin qu'on s'y retrouve mieux ! :)

Je ne dirais pas que Katia Kabanova fait salle comble. Beaucoup de spectateurs achètent des fonds de loge pour se replacer dès le début du spectacle au balcon, ce qui donne l'impression que la salle est bien remplie mais presque personne n'achète de billet au tarif "Optima" (160?). La communication a fait le forcing pour cette production, au détriment des spectacles de Bastille.

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Message par muriel » 10 nov. 2004, 11:05

La question est aussi de savoir quel est le public de l'ONP.
Majorité de provinciaux je crois,
Beaucoup d'étrangers,
Pourcentage d'abonnés ?

Pour un provincial, cela veut dire transport + logement :annoyed: + prix du billet :? + repas :essen: Tout est plus cher à Paris !

Des chiffres, donnez-nous des chiffres !

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Message par David-Opera » 10 nov. 2004, 11:08

Gérard Mortier a commencé par le plus difficile à mon avis.

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Re: Premier bilan de la première saison de l'ère Mortier

Message par Catherine » 10 nov. 2004, 11:33

faustin a écrit : Ce qu'il faut quand même dire, c'est que ce qui apparaît peut-être comme des demi-échecs et encore, c'est à voir correspond à de GRANDES AMBITIONS ARTISTIQUES qu'il faut reconnaître et saluer.

C'est quand même courageux de programmer Saint François d'Assise, oeuvre difficile s'il en est pour les chanteurs, pour les musiciens comme pour les spectateurs et qui a dû peser sur le budget.

N'est-ce pas courageux de programmer dans la même saison deux opéras français et cathos du XXe siècle ?

Pour ma part, je me réjouis que le Directeur en fonction ne joue pas la facilité (Traviata, Carmen, Faust, La Bohème et Boris Godounov) et nous présente, en prenant des risques, des oeuvres réputées plus difficiles, plus rares et moins connues du public. L'Opéra de Paris a tout à y gagner. Excusez-moi de la banalité des mes propos mais je crois qu'il fallait quand même que ce fût dit.

Faustin

C'est très bien tout ça, mais on en a discuté et rediscuté jusqu'à plus soif. Saison courageuse, choix artistiques ambitieux, et gnagnagna et gnagnagna...mais je pense que le principal problème de cette saison, c'est qu'elle est gravement déséquilibrée. Programmer du Janacek, oui, bien sûr, il faut le faire, mais pourquoi en programmer 3 dans la même saison ? On aurait pu baptiser un pompeux "cycle Janacek" et en mettre un tous les ans pendant 5 ans, en rajoutant la renarde et Makropoulos. Je prends mon misérable petit cas en exemple, je n'irai qu'à la maison des morts, parce que je ne le connais pas et que comme je n'aime pas trop Janacek, je n'ai pas envie de m'en taper 3.

Si M. Mortier avait voulu faire dans le courageux, sortir des sentiers battus, pourquoi ne pas avoir programmé St François, de la maison des morts et 2 autres oeuvres rares mais d'un répertoire totalement différent ? Pourquoi pas la Vestale, Richard coeur de lion, ou encore the rape of Lucretia, ou encore...il y avait plein d'idées pour faire différent. En l'état, cette programation "courageuse" est surtout d'une désespérante monotonie...

Il y a en fait 2 grands blocs dans la programation Mortier : les oeuvres "courageuses" mais je viens de le dire, toutes du même répertoire? et les reprises. Et là encore, c'est à croire qu'il l'a fait exprès, M. Mortier choisit les plus moches ! il y a eu plein de productions emballantes que j'aurais revu avec grand plaisir, mais non, il y a cette italienne mochdingue, ces dialogues mal compris, sans aucune sensibilité, ou alors comme Seb le faisait remarquer sur un autre fil, des Otello dont nous avons eu des tonnes de représentations récemment, trop récemment pour avoir envie d'y retourner tout de suite...et puis le secret de la réussite des reprises, c'est de réunir des distributions excitantes, qui donne envie de se déplacer pour une production vue et revue, or là encore foirage complet. Les distributions des reprises sont soit boiteuses (on a assez parlé d'Anja Silja et de Dawn Upshaw) ou alors exactement les mêmes, à la virgule près, que celles des productions précédentes. Alors pourquoi se déplacer ?

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Message par Ruggero » 10 nov. 2004, 11:35

hier, les Dialogues ont pas mal rempli la salle, je trouve...

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Message par violetta » 10 nov. 2004, 11:38

D'accord avec Tuano sur le remplissage de Katia : j'y étais hier et c'était loin d'être comble : clairsemé au balcon et dans les loges (vive la manip' du "fond de loge". C'est dommage pour une oeuvre de ce type mais je me demande dans quelle mesure la succession de spectacles "difficiles" ne leur nuit pas justement : après avoir vu un Saint-François, on est peut-être moins disponible pour des oeuvres réputées "difficiles" ; il y aurait bp à dire aussi sur un site Internet qui ne propose que les places les plus chères, alors que par téléphone et au guichet il y a bp plus de choix ... N'est-ce pas l'aveu que ces places hors de prix sont invendables à ce prix là ??? Je trouve que le nouveau directeur a fait des choix courageux mais qu'il a pêché par manque "d'équilibre", qui était selon moi une vertu cardinale de l'ère Gall : il y en avait pour tous les goûts, parfois on pouvait critiquer soit le metteur en scène, soit le chef, soit tel ou tel chanteur mais dans l'ensemble chaque spectacle pouvait drainer un large public très varié. Cette année, on a l'impression que les spectacles s'adressent toujours au même public qui n'est pas mobilisable à l'infini, surtout quand il ya de bons spectacles ailleurs et qu'on veut lui faire payer le prix fort (en lui retirant mesquinement les distributions :roll: ).

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Message par tuano » 10 nov. 2004, 11:44

Il n'y a que 2 Janacek : Katia Kabanova et De la maison des morts. C'est un compositeur majeur et je trouve qu'il mérite d'être largement programmé mais c'est vrai qu'il ne suffit pas de monter ses oeuvres, il faut aussi que suffisamment de spectateurs aient envie de dépenser une centaine d'euros à chaque fois pour les voir.

Les reprises du genre Otello ont-elles été décidées par Mortier ou par l'équipe précédente ?
Personnellement, je n'y suis tout simplement pas allé l'année dernière parce que j'attendais la reprise. C'est vrai que ça ne change pas grand chose ! J'irai pour Gergiev et je vois mieux Isokoski que Frittoli et parce que je compte sur une place au tarif jeune. En revanche, on perd le Cassio qui était, paraît-il, le seul vrai point positif de la distribution d'origine.

Galouzine a des mauvaises critiques partout où il chante Otello. Pourquoi s'acharner ?

La clé des choix de ne programmer presque que des oeuvres exigentes du XXème siècle en début de saison s'explique peut-être par un curieux conseil qu'avait donné Gérard Mortier aux jeunes membres de l'AROP à l'issue de la présentation de la saison : ne venez pas voir trop de spectacles à l'Opéra mais allez au ciné, au théâtre... !

En bref, si le public habituellement fidèle fuit l'Opéra, c'est ce que cherche le Directeur ?

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Message par violetta » 10 nov. 2004, 11:51

J'ignorais cet inénarrable propos :lol: C'est à peu près du même tonneau que quand on se réjouit que 40 % des abonnés ne se soient pas réabonnés, alors que le public de l'ONP est connu pour sa relative fidélité ...
Serait-ce un vieux reste de l'idée selon laquelle les vrais génies sont incompris et le succès suspect. Je remarque toutefois que G. Mortier s'est offusqué que le public de la générale du ballet de J. Bel ait pu siffler le ballet, et a menacé de supprimer les générales si le public n'était pas plus discipliné et ne se conduisait pas comme des "amis". Je cite de mémoire : "si je suis invités à dîner chez des amis, je ne crâche pas sur la nourriture". Tout cela pour dire que la satisfaction du public n'est peut-être pas une donné totalement négligeable. Je suis quand même impressionnée par les risques délibérés pris au début de la saison pour faire comprendre qu'on n'était plus dans l'ère Gall et que le public devrait "suivre" (sans radoter, cf la brochure d'abonnements, etc).
Je trouve cela dommage de n'avoir pas consolidé les acquis de l'ère Gall en améliorant les choses qui pouvaient l'être et en instillant plus raisonnablement le changement de répertoire et de metteurs en scène !!
qu'ont fait les tutelles sur ce dossier, on se le demande ...

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Re: Premier bilan de la première saison de l'ère Mortier

Message par Nerone » 10 nov. 2004, 11:53

Catherine a écrit :des Otello dont nous avons eu des tonnes de représentations récemment, trop récemment pour avoir envie d'y retourner tout de suite...et puis le secret de la réussite des reprises, c'est de réunir des distributions excitantes, qui donne envie de se déplacer pour une production vue et revue, or là encore foirage complet.
Simplement pour dire quelque chose... :)

La production d'Otello est annoncée comme revue et corrigée, sans doute plus encoe qu'elle ne l'était l'année dernière.

Je pense qu'on ne peut pas dire que la reprise de Pelléas était foireuse, loin de là. La distribution d'Ariadne n'était finalement pas si ressemblante que ça, celle de l'Italienne non plus. D'ailleurs ces reprises sont prévues depuis l'ère Gall. Cela fait assez longtemps que Ford et DiDonato étaient annoncés pour le Barbier.

Enfin, il n'y a que deux opéras de Janacek dans la programmation de Gérard Mortier, alors qu'il y en a trois à Lyon : ne pas confondre.

Alors oui, c'est vrai les salles sont, si j'ose dire vide : trouver une place au deuxième rang de Garnier 20 minutes avant le début de la représentation, ce n'est pas encourageant, mais pour le ballet, c'est toujours comme ça. Ariadne n'a pas fait le plein, Dialogues ont du mal à être populaire, Saint-François était joué d'avance... mais Pelléas a fait le plein. Trouvère (nouvelle distribution, hormis la grosse dame qui met du poison dans sa bague) fait le plein, Tristan est pris d'assaut, Hercules a de beaux soirs devant lui, le Couronnement s'annonce comme un succès...

Sinon, l'orchestre est devenu le meilleur de Paris, Cambreling fait des miracles... soit on aime la musique et on s'en réjouit, soit on aime aller à l'opéra pour aller à l'opéra, et on s'en fout. J'aime qu'un orchestre me parle ! J'ai encore eu l'occasion d'admirer Cambreling hier soir, c'est du grand art !

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