La mise en scène doit-elle respecter le livret ?

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Gioachino
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Message par Gioachino » 02 nov. 2004, 22:25

Quand même Sieglinde, la version de concert je trouve ça élitiste (comme les transpositions complexes!!) et ça nie le principe de l'opéra (je sors un pocif mais je le pense sincèrement).
Les mises en espace, pourquoi pas (tes arguments sont convaincants Alain) mais ça me ne me dérange pas qu'on me présente l'oeuvre d'une manière à laquelle je n'avais pas pensé (je suis ouvert à (presque) tout quand je vais à l'opéra).

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Alain
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Re: un autre exemple: Tannhäuser d'Andreas Homoki

Message par Alain » 02 nov. 2004, 23:34

faustin a écrit :La mise en scène de Tannhäuser par ANDREAS HOMOKI
***********************************************
Cette transposition du registre religieux au registre artistique n'est pas satisfaisante. Elle a un inconvénient majeur, c'est de ne pas correspondre au texte. Dans ce système, il y a un décalage constant entre ce qu'on entend et ce qui est représenté sur scène, ce que le spectateur peut difficilement accepter.

Faustin
Je connais peu Andreas Homoki mais pour avoir vu deux mises en scène de lui, j'ai l'impression qu'il aime les transpositions mais que malheureusement celles-ci entrainent un non respect du livret.
Tout à fait d'accord pour dire que le gommage de l'aspect religieux dans Tannhäuser pour ne laisser apparaître que l'aspect musical est un non sens.
A Münich en juin dernier pour Roméo et Juliette, Homoki a opéré également une transposition malheureuse dans le temps et dans l'espace, transformant ainsi la haine ancestrale des deux familles Véronaises en une gue-guerre entre deux collèges américains avec bataille rangée entre collégiens boutonneux à coup de gommes et stylos géants.
Ainsi le drame engendré par cette haine et centré sur l'amour impossible entre les deux tourtereaux n'a plus de sens parce qu'on ne prend plus cela au sérieux.
C'est vrai qu'Homoki, ça peut-être séduisant au premier abord, ça fait neuf, moderne dépoussiéré, on se dit pourquoi pas mais sur le fond ça ne fait pas réfléchir sur le livret et on a le sentiment de s'en éloigner.

bajazet
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Re: un autre exemple: Tannhäuser d'Andreas Homoki

Message par bajazet » 02 nov. 2004, 23:42

[quote="Alain.
A Münich en juin dernier pour Roméo et Juliette, Homoki a opéré également une transposition malheureuse dans le temps et dans l'espace, transformant ainsi la haine ancestrale des deux familles Véronaises en une gue-guerre entre deux collèges américains avec bataille rangée entre collégiens boutonneux à coup de gommes et stylos géants.[/quote]

Quel grand enfant ! comme disait Bianca Castafiore* du capitaine Haddock**

En tout cas, entre ce Roméo et les Minnesänger du Châtelet, il doit faire une fixation sur les collégiens boutonneux.

* Blanche Chastefleur
** Hareng

faustin
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un autre exemple: la femme sans ombre par Robert Wilson

Message par faustin » 03 nov. 2004, 06:29

Un autre exemple : LA FEMME SANS OMBRE livret de Hugo von Hofmannstahl musique de Richard Strauss
*********************************************
Production à l?Opéra Bastille 2002-2003 mise en scène et décors de Robert Wilson
Direction musicale Ulf Schirmer
L?empereur Thomas Moser
L?impératrice Susan Anthony
La nourrice Jane Henschel
Barak Jean-Philippe Lafont
La femme du teinturier Luana DeVol


Le livret de LA FEMME SANS OMBRE oppose deux mondes : Keikobad, le royaume des esprits, et la terre, habitée par quelques personnages emblématiques, le teinturier Barak, sa femmes et de ses frères, le borgne, le manchot, le bossu.

L?Impératrice est un être surnaturel, qui appartient à ce royaume des esprits et qui ne peut avoir d?enfants parce qu?elle n?a pas d?ombre. Un messager annonce que si dans trois jours la femme n?a pas d?ombre, l?empereur sera pétrifié. Pour obtenir cette ombre, elle est incitée par la nourrice à visiter le monde terrestre pour extorquer cette ombre à la femme du teinturier, qui pourrait être tentée d?y renoncer en échange d?immenses richesses.

Ce livret hautement symbolique établit une dichotomie entre un monde éthéré et un monde de chair, d?incomplétude, de douleurs, de fatigue, de sensations corporelles.
Ces deux mondes s?opposent. La nourrice, qui appartient au royaume des esprits dit à sa maîtresse l?Impératrice :
Tu ne frémis pas d?horreur ?
L?haleine des hommes
Est pour nous un air mortel
Leur pureté pour nous
Sent le fer rouillé
Et le sang figé
Et le cadavre ancien !

Le livret est extrêmement précis, aucun détail n?est épargné pour décrire dans sa matérialité la cabane de Barak : elle est pauvrement meublée, elle sert d?atelier et de chambre.
On y trouve « des draps teints mis à sécher sur des perches, çà et là ; des cruches, seaux, chaudrons suspendus à des chaînes, grandes cuillères à pot, baguettes pour remuer, mortiers à pilons, meules à main ; gerbes de fleurs et d?herbes séchées, accrochées, d?autres sont entassées le long des murs ; des flaques de couleur sur le sol d?argile ; çà et là des taches bleu sombre, jaune foncé? »

La gestuelle de Barak le teinturier est elle aussi décrite avec précision, elle évoque sans ambiguité l?effort, le dur labeur sur la matière :
« Barak empile des peaux de bêtes en un tas énorme. Il va chercher une corde pour ficeler le paquet. Barak a ficelé le lourd paquet, il le soulève jusqu?au foyer et de là, en se penchant et tirant devant lui l?extrémité de la corde, il le charge sur son dos et ainsi chargé il se redresse. »

La splendeur du monde des esprits est également décrite avec précision. À le fin
"Un beau paysage abrupt s?élève. Au milieu une chute d?eau dorée qui se précipite par une faille. On voit l?empereur et l?impératrice, au-dessus de la cascade, descendant d?en haut".

Inutile de vous expliquer que ceux qui ont eu le plaisir et le déplaisir de voir et entendre LA FEMME SANS OMBRE en 2002-2003 à l?Opéra Bastille dans la mise en scène de Robert Wilson n?ont absolument rien vu de tout cela. La fantasmagorie visuelle de Robert Wilson pouvait évoquer le monde des esprits, la cabane du teinturier n?était tout simplement pas représentée, encore moins les paquets de peaux de bêtes, pas plus que les cordes, les cruches, les chaudrons, les seaux et la gestuelle de Barak qui évoque la dureté de sa tâche était également absente de cette mise en scène?


Les paysage merveilleux du monde des esprits, avec ses cascades, ses lacs, ses temples, ses auréoles lumineuses étaient remplacés par des effets de lumière assez époustouflants mais toujours abstraits et d?une grande froideur visuelle.


Finalement, on était dans le total non-respect de l??uvre et c?est grave car la dichotomie monde des esprits/monde terrestre qui est au centre de l??uvre a été COMPLÈTEMENT PASSÉE A L?AS. Je dis qu?en mettant en scène la femme sans ombre, Robert Wilson n?a pas servi l??uvre, il s?en est servi et il l?a trahie.

Faustin

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Message par fab » 03 nov. 2004, 08:11

Ce qu'il y a de pire, c'est la version de concert!![/quote]

Personnellement, je préfère entendre un opéra sans mise en scène plutôt que de le voir massacré par une mise en scène ridicule.

Mais, je me demande si les "mises en espaces" n'ont pas un bel avenir...... Il faut reconnaître que c'est souvent fait très intelligement. Je pense notament au Falstaff que nous avons vu et entendu au Chatelet en 2001.

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Message par ugo_notte » 03 nov. 2004, 08:55

Non.

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Message par tuano » 03 nov. 2004, 10:44

Le Fasltaff était vendu en tant que production à part entière, au tarif opéra en version scénique ! Heureusement pour Fab qu'il ait apprécié parce que d'autres ont certainement trouvé que c'était de l'arnaque. Je n'y étais pas.

J'aime les versions de concert. On y retrouve une certain plaisir qu'on a en écoutant un CD et la réalité budgétaire des théâtre (et les exigences de certains interprètes) fait que certaines oeuvres ne seraient jamais programmées, sans parler de la médiocrité scénique de certains livrets. Ainsi, comment aurait-on pu avoir à Paris Edgar de Puccini avec Julia Varady, lors de sa dernière prise de rôle et dernière apparition lyrique ?

Je pense que les exemples de Faustin sont tout à fait pertinents mais il parle de spectacles que je n'ai pas vus alors je ne peux pas argumenter. Je crois qu'on peut a contrario trouver des exemples de productions traditionnelles qui ne fonctionnent pas (Lucia di Lammermoor à Berlin, effroyable !!) et des mises en scène transposées qui rendent service à l'oeuvre (Peter Grimes à Bastille).

Il me semble que c'est comme pour tout. Il faut que ce soit bien fait. Aucun chanteur ne fait l'unanimité alors pourquoi la mise en scène le devrait ?

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Message par HV » 03 nov. 2004, 11:00

Pour répondre à Faustin et Alain, Homoki avait fait un très beau spectacle de La Femme sans ombre au Chatelet il y a qq années, évoquant bien mieux les symboles de Strauss que Wilson (Luana deVol y chantait la kaiserin).

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Message par tuano » 03 nov. 2004, 11:09

Oui, cette production était tout à fait réussie.
Ce genre d'opéra fantastique est un vrai casse-tête. Comment une chanteuse peut-elle être privée d'ombre durant tout un spectacle ?

C'est comme la Tétralogie de Wagner. C'est sûr que si on suivait ses indications, ce serait superbe, pour une fois. Mais en 2004, on ne sait toujours pas comment faire voler chanter les Walkyries sur des chevaux volants, nager les Rheintöchter dans un fleuve, sans parler de la scène finale où tout le théâtre brûle, avec Brünnhilde qui saute dans le feu à cheval, le fleuve qui éteint tout ça...

Les metteurs en scène sont obligés de trouver des solutions.

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Message par fab » 03 nov. 2004, 11:43

Trouver des solutions : oui, mais faire n'importe quoi, non.....
Pour répondre à Tuano sur le Falstaff du Chetelet : version semi scénique signifiait pour cette production que l'orchestre était sur le plateau et que les artistes jouaient au mulieu de l'orchestre.

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