les 150 ans des Chorégies d'Orange

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les 150 ans des Chorégies d'Orange

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 16:23

150 cela se fête mais c’est aussi l’occasion de se remémorer de merveilleux souvenirs et comme dirait Nougaro, j’arrête mes pas et écoute l’écho des voix.
Souvenir d’un lycéen émerveillé qui découvrait ce que la planète lyrique comptait de plus grand.

1982 : La Forza del destino : Pour Caballé sublime (à l’époque je ne connaissais pas la version scaligère) et ce duo de basse Plishka …….et Bacquier immense
1983 : la Gioconda toujours avec Caballé: à la réécoute pas toujours glorieux mais cette note tenue pendant qu’elle traversait (processionnait ?) l’immensité de la scène (« maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadre »)
1984 : Don Carlo où pour reprendre le commentaire de Bourgeois : « les étoiles n’étaient pas dans le ciel mais sur la scène : Caballé, Arragal, Bruson, Bumbry, Estes, Roni (qui dit mieux?), Carmen (pour les hommes luttant contre le mistral Carreras et van Dam face à des Hendricks et Tockzyska à oublier). Et puis il y eut Fulton remplaçant Levine et qui débuta sa (malheureusement trop courte) histoire d’amour avec le public des Chorégies
1985 : Boccanegra: un des plus grands triomphes de Cappuccilli (et pourtant il en reçut de nombreux), un Plishka d’une humanité abyssale et ce pianissimo infini de Caballé à la fin de la grande scène dont reparlait récemment Placido (et qui tua littéralement un vieux spectateur assis à quelques places de moi)
1986 : Macbeth: après l’engueulade de la générale, Bruson plante toute le monde. On rappelle de Vérone Cappuccilli qui chantera et jouera en décalage face à la plus grande catastrophe que connut la Provence depuis la grande peste : Mara Zampieri. Ionesco lui faisant traverser les 61 mètres de la scène en courant et en hululant la conduira au (long, très long) malaise qui évitera la bronca à cette dernière mais pas à un des deux pires metteurs en scène locaux, qui lui sortira sous protection policière.
Tannhaüser : on reproduit le « couple mythique de Bayreuth plusieurs décennies après : Rysanek (revenant sur scène après sa maladie) & Bumbry (au vertigineux décolleté visible du dernier rang de l’amphithéâtre). L’orage annoncé ayant contraint de jouer les trois actes sans interruption offrira un vent tourbillonnant enchâssant Rysanek dans une corolle (ses voiles se dressant : j‘ai la photo) . Nul cependant ne perdit une note de sa prière chantée en une seule respiration. Je ne crois pas avoir vécu depuis une telle ferveur pendant que le public réclamait le bis (dans Wagner !)
1987 : der Fliegende Holländer: la perfection dans ces années où Orange égalait (surpassait selon Estes) Bayreuth avec cette magnifique mise en scène lacustre :Estes, Ligendza, Salminen, Schlemm, Ochmann
1988 : La tétralogie : l’étudiant ne put pas s’offrir les places
1989 : die Zauberflöte: belle expérience si Hendricks qui nous revenait ici aussi régulièrement que mars en carême ne s’était pas une fois de plus ridiculisée
Nabucco : pour un phénoménal Fondary (son plus grand succès de carrière) face à une Dimitrova qui ne me convainquit pas (et à priori je ne fus pas le seul) et accompagné par un magnifique Fulton.
1990 : Don Carlo: on essaie de rééditer le miracle en prenant le même trio gagnant ( Fulton, Auvray, Arragal) mais le temps a passé et puis Nesterenko n’est pas Estes, Fondary Bruson et Baglioni Bumbry. Mais il y aura ce « tu che la vanita » chanté face au mur et dos au public : inouï, inégalé (Price).
Faust : Van Dam, Leech , Esperian, Taillon, Vanaud dirigés par Plasson dans peut être la meilleure production de Nicolas Joël. A ce point là on ne commente pas, on salue (et on garde en mémoire, marquée à jamais, l’image de Van Dam dirigeant les projecteurs conduisant Faust et Marguerite l’un vers l’autre comme deux papillons happés par la lumière ou dirigeant les orgues)
Et il y aura bien entendu cette magistrale IXème de Beethoven dirigée par Janowski (avec Price et Estes notamment), prévu l'année précédente mais devant un public éberlué, le chef avait annoncé que l'orchestre n'était pas prêt et qu'il ne dirigerait pas (ce qui donna de croquignolesques scènes de lyricomanes se métamorphosant en hooligans);
Pavarotti : récital où je fondis en larme aux premières notes n’imaginant pas qu’une telle voix put exister (récital donnée hors des Chorégies)
1991: Aida: : avec un plateau royal : Milo, Sylvester mais surtout Zajick tellurique et Estes phénoménal ayant ralentit le tempo à l'extrême par une capacité respiratoire hallucinante pendant que le vent jouait avec ses mères de traîne violette au dessus d'aida.
1992: Trovatore: l’épouvante avec la Bérézina des hommes et Plasson capitulant devant l’ineptie de la mise en scène (mais quand même Zajick et ? en Leonora pour sauver quelques minutes)
1993 : la Traviata : l’arrivée du bourreau des cœurs et des âmes lyriques provençales pour plusieurs décennies: Alagna (qui tristement avait la tête ailleurs)
1997 : Turandot impeccable (Casolla, Galouzine et oui Hendricks)
Lucia : le triomphe mérité de Cassello (et pourtant quelle transpo. !) et Araiza jetant l’éponge dans son air final (le théâtre antique est cruel : il y a les voix qui passent et qui sont magnifiées et il y a les naufrages)
2002 : une exception au milieu d’une décennie d’absence professionnelle : Romeo et Juliette avec Alagna et Gheorghiu : l’amour sur scène tel que je le revis plus
2008 : Faust : un seul et petit craquage d’ut et la magie s’envole . Mula vraiment très bien mais en une décennie Orange est descendu d’une marche
2010 : Mireille: enfin la pitchoun est revenue à la maison! Merci à Manfrino pour être cette Mireille que j’ai tant révée . Et puis assis derrière Guiot et Fondary et à droite des frères Alagna…
2011 : Rigoletto: 9000 personnes qui dévalent les gradins pour toucher les mains de Nucci qui répète « merci, merci », Cioffi métamorphosée en fontaine et Grigolo sautant dans tous les sens pour évacuer le trop plein d’émotions
2012 : Turandot: le rendez-vous raté
2013 : Ballo in maschera: face à un toujours irréprochable Vargas (et une excellente Brunet) une belle comète qui ne saura pas tenir ses promesses (Lewis)
2014 : Otello: on s’en fout on a eu Bastille depuis (Alagna)
Nabucco : quand le public en est réduit à applaudir Fenema (Dehayes) et le grand prêtre (Courjal) faute de mieux et pour se tenir éveillé. Définitivement une époque est révolue.
2015 : Carmen: Kauffmann en terre ennemie se fait ovationner (et à quel juste titre) dans le rôle du rival
Trovatore : justement parlons en : Alagna qui n’est pas dans une super forme avec une Hé toute en faussetés mais deux duos magnifiques avec Lemieux (et un « ah si ben mio » alagnesque)
2016 : Traviata: j’avais dit à l’époque que si madame Jaho ne vous avait pas fait pleurer, il fallait consulter un cardiologue car vous n’avez pas de cœur (et puis il y avait Domingo qui revenait en Germont)
2017 : Aida : Radva annule et tout s’effondre, seule reste Raschvelishvili monumentale face au mur
2018 : Mefistofele: Schroth et Borras magnifiques mais mieux vus ailleurs, mieux entourés et mieux dirigés

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Re: les 150 ans des Chorégies d'Orange

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 16:25

A vous de rajouter vos souvenirs sur le livre d'or :cheers:

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Re: les 150 ans des Chorégies d'Orange

Message par micaela » 07 juil. 2019, 16:39

Merci pour ces commentaires pleins d'humour , et qui me font regretter de n'avoir pas vécu certains de ces grands moments. C'est là que, tout de même, on dit merci à la vidéo, même si ce n'est pas pareil qu'un "live".
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pensée shadok

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Re: les 150 ans des Chorégies d'Orange

Message par valery » 07 juil. 2019, 17:04

Merci, Loïs, pour ce beau spicilège.
Curieusement, j'ai tout oublié d'une Norma (était-ce avec Hasmik Papian ?). Je n'avais pas dû être transporté.
En revanche, je n'ai jamais oublié l'Amneris de Dolora Zajick (il y a 25 ans ?), voix phénoménale. J'avais l'impression qu'elle se donnait à 200%. Sa grande scène du jugement de Radamès avec les prêtres m'a fait tellement frissonner que lorsque l'orchestre s'est arrêté net (l'accord final est abrupt), j'ai hurlé comme un forcené ("Lo pide el cuerpo" disent les hispanophones, pour rester dans un contexte de zarzuela).

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Message par JdeB » 07 juil. 2019, 17:13

valery a écrit :
07 juil. 2019, 17:04
En revanche, je n'ai jamais oublié l'Amneris de Dolora Zajick (il y a 25 ans ?), voix phénoménale. J'avais l'impression qu'elle se donnait à 200%. Sa grande scène du jugement de Radamès avec les prêtres m'a fait tellement frissonner que lorsque l'orchestre s'est arrêté net (l'accord final est abrupt), j'ai hurlé comme un forcené ("Lo pide el cuerpo" disent les hispanophones, pour rester dans un contexte de zarzuela).
Elle a chanté Amneris à Orange en 1991, 1995 et 2001
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Re: les 150 ans des Chorégies d'Orange

Message par valery » 07 juil. 2019, 17:24

Merci, Jérôme. Donc dans mon cas, il y a 24 ans.

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Message par JdeB » 07 juil. 2019, 17:24

valery a écrit :
07 juil. 2019, 17:24
Merci, Jérôme. Donc dans mon cas, il y a 24 ans.
j'y étais aussi !
A la soirée où Giacomini a perdu sa voix

8 juillet 1995, Orange, Aïda, Prêtre / ? L. Mitchell, G. Giacomini, D. Zajick, A. Fondary, P. Burchuladze
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Message par Loïs » 07 juil. 2019, 17:25

JdeB a écrit :
07 juil. 2019, 17:13
valery a écrit :
07 juil. 2019, 17:04
En revanche, je n'ai jamais oublié l'Amneris de Dolora Zajick (il y a 25 ans ?), voix phénoménale. J'avais l'impression qu'elle se donnait à 200%. Sa grande scène du jugement de Radamès avec les prêtres m'a fait tellement frissonner que lorsque l'orchestre s'est arrêté net (l'accord final est abrupt), j'ai hurlé comme un forcené ("Lo pide el cuerpo" disent les hispanophones, pour rester dans un contexte de zarzuela).
Elle a chanté Amneris à Orange en 1991, 1995 et 2001
sor, tout à fait sor monseignor mais à cette époque on montait Aida tous les 3/4 ans.
En fait j'ai dans mes toilettes une photo avec les chanteurs de chaque représentation des Chorégies à laquelle j'ai assisté (plusieurs soirées de sélection avec madame Bernabeau (?). J'ai écrit mon texte assis sur le trône :toilet:

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Message par JdeB » 07 juil. 2019, 17:28

Loïs a écrit :
07 juil. 2019, 17:25
JdeB a écrit :
07 juil. 2019, 17:13
valery a écrit :
07 juil. 2019, 17:04
En revanche, je n'ai jamais oublié l'Amneris de Dolora Zajick (il y a 25 ans ?), voix phénoménale. J'avais l'impression qu'elle se donnait à 200%. Sa grande scène du jugement de Radamès avec les prêtres m'a fait tellement frissonner que lorsque l'orchestre s'est arrêté net (l'accord final est abrupt), j'ai hurlé comme un forcené ("Lo pide el cuerpo" disent les hispanophones, pour rester dans un contexte de zarzuela).
Elle a chanté Amneris à Orange en 1991, 1995 et 2001
sor, tout à fait sor monseignor mais à cette époque on montait Aida tous les 3/4 ans.
En fait j'ai dans mes toilettes une photo avec les chanteurs de chaque représentation des Chorégies auxquelles j'ai assisté (plusieurs soirées de sélection avec madame Bernabeau (?). J'ai écrit mon texte assis sur le trône :toilet:
C'est dingue moi aussi j'ai une exposition de photos dédicacées dans mes toilettes avec mes accréditations de presse pour les grands événements culturistes et un Casimir dédicacé par Jean d'O !
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Re: les 150 ans des Chorégies d'Orange

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 17:31

JdeB a écrit :
07 juil. 2019, 17:28
C'est dingue moi aussi j'ai une exposition de photos dédicacées dans mes toilettes et un Casimir dédicacé par Jean d'O !
en taille 1/1 le Casimir? T'as les toilettes de la gare de Lyon? :lol:

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