Gerard Mortier : tentative d'analyse d'un plantage.

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bajazet
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Message par bajazet » 18 juil. 2005, 13:17

Très intéressantes, ces réflexions de Placido ?

Et j'apprends que le téléphone portable participe à la paupérisation de la population, ce qui me plonge dans une délicieuse hilarité.

B., sans portable (pour quoi faire ?)

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Message par PlacidoCarrerotti » 18 juil. 2005, 13:39

JdeB a écrit : Reste à savoir pourquoi "Mortier n'arrive pas à constituer ce noyau "d'intellectuels" qui vont appuyer sa démarche et lui permettre de remplir néanmoins avec de nouveaux spectateurs"
un goût de déjà vu, certes, de multiples entretiens qui prouvent son incompétence en matière d'art lyrique ("Aïda oui, car ça parle de colonialisme, Lakmé, non, je ne vois pas ce que JE peux faire de ce truc"), un conformisme intellectuel, une programmation sans surprise, sans audace, ni raretés, sans équilibre. Ce n'est plus la fête, on traîne les pieds pour accomplir son devoir culturel.
Ceci rejoint une autre question qui me tarabuste : sommes-nous en train de vivre "la fin de la mise en scène" ?

Peut-on proposer 20 nouvelles productions des "Noces de Figaro" chaque année pendant 30 ans sans s'épuiser à trouver du nouveau ?
Même en tombant dans le travers allemand "Almaviva v.s la Planète des Singes"on finit par tourner en rond : combien de Gilda mongoliennes, d'Aida transformées en femme de ménage, etc. ? C'est devenu d'un banal ...

Dans ce contexte, chercher la nouveauté, c'est continuer à se masturber quand il n'y a plus de blanc dans le tube (don de Michel Sénéchal).

Ce qui n'empêche pas qu'il y ait encore de beaux spectacles de temps à autres, bien entendu, surtout (me semble-t-il) dans des approches plus visuelles (Carsen) que dramaturgiques (les autres).

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Message par DavidLeMarrec » 18 juil. 2005, 14:46

bajazet a écrit :Et j'apprends que le téléphone portable participe à la paupérisation de la population, ce qui me plonge dans une délicieuse hilarité.
Pas de la population, mais de l'amateur d'opéra qui préfère avoir un portable d'abord et une représentation ensuite. C'est singulier, je te l'accorde, mais cela explique pourquoi ceux qui se privent d'opéra pour leur portable tiennent à informer tout le monde des raisons de leurs absences, par exemple en laissant sonner ce merveilleux instrument lors d'un moment choisi.

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Message par DavidLeMarrec » 18 juil. 2005, 14:51

J'en oubliais presque de féliciter Placido pour sa fine analyse, très convaincante par sa cohérence et une certaine impartialité.

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Message par bajazet » 18 juil. 2005, 16:39

PlacidoCarrerotti a écrit :Dans ce contexte, chercher la nouveauté, c'est continuer à se masturber quand il n'y a plus de blanc dans le tube (don de Michel Sénéchal).
"Que ce séjour est agréable !
Qu'il est aimable !
Ah ! qu'il est favorable
Pour qui veut bien perdre sa liberté !"

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Message par David » 18 juil. 2005, 16:55

Bravo à Pacido pour son analyse qui active nos neurones.
A cela donc, quelques éléments complémentaires :
- le "plantage" de Gégé n'était-il pas le résultat d'une approche trop "germanique" de l'action culturelle. Je m'explique : cela me fait penser aux plantage de la chaîne Arte à ses débuts : chaîne culturelle certes mais suivant des canons germanique peu adaptés à une audience française : émissions ou retransmissions de spectacles d'avant-garde voire "prise de tête" ou la culture doit forcément être un acte social, voire politique.
De même dans sa programmation 2004/2005, Mortier serait donc tombé dans ce travers en transposant ses recettes Salzbourgeoises sans les adapter (comme Arte l'avait fait à son début)!
(merci de ne voir là aucune germanophobie, ce n'est pas là mon propos bien sûr!)

- Puis une question :
Dans son entretien publié sur Altamusica.com, Mortier se réjouit de l'augmentation des abonnements Tradition : de 1 400 l'an passé, ils seraient maintenant 3 000.
Ces chiffres ne vous paraissent-ils pas ridiculement faibles comparés à la jauge annuelle de l'ONP (800 000 sièges de mémoire)??
N'est-ce pas justement dans ces chiffres, qui expriment clairement un désaveu du public face "au menu du Patron" (expression utilisée par Mortier pour définir et promouvoir cet abonnement), qu'il faut voir le plantage de Mortier?

Quelqu'un a-t-il des chiffres concernant les autres formules (Champ Libre)? Car avec 3000 abo. Tradition, on se demande comment les 12 000 places de jauges pour le "Cosi" Aixois ont pu déjà être vendues (10 représentations x 1 200 places pour les cat. 1 à 4 à Garnier : estimation personnelle)...

David

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Re: Gerard Mortier : tentative d'analyse d'un plantage.

Message par tuano » 18 juil. 2005, 20:28

Je ne pense pas que ce soit "germanique". Les Allemands font pire dans la provocation mais aiment aussi inviter des stars.
PlacidoCarrerotti a écrit : (par ailleurs, citez moi 10 spectacles (un par année de mandature) qui ont marqué cette époque ?)
J'ai acheté aujourd'hui le DVD de la Flûte enchantée de 1982. J'ai un peu commencé à regarder, ça a l'air merveilleux. Les distributions étaient sans aucun doute plus belles du temps de Karajan.

Cependant, je pense que l'ère Mortier à Salzbourg a été tout à fait positive. Programmation partielle (répertoires mis à l'écart) et prix prohibitifs n'ont rien d'une politique scandaleuse à Salzbourg.

Je pense pouvoir trouver 10 spectacles marquants...

1992 :

St François d'Assise, oeuvre considérée comme immontable car pas assez théâtrale renaît dans la production de Peter Sellars. Olivier Messiaen est ravi de l'entreprise mais décède avant de voir le résultat.

La Finta Giardiniera est reprise (Monnaie) dans le petit Landestheater, avec Anne Sofie von Otter.

Salomé par Bondy, von Dohnányi, Malfitano, Terfel.

1993 :

Harnoncourt, qui n'était jamais invité du temps de Karajan, dirige le Couronnement de Poppée dans une luxueuse distribution. Sylvia McNair est époustouflante d'aisance et d'innocence perverse.

1994 :

Samuel Ramey chante Boris Godounov sous la direction d'Abbado, dans la production de Wernike.

Patrice Chéreau met en scène Don Giovanni avec la Zerlina de Cecilia Bartoli et le Leporello de Bryn Terfel.

1995 :

Christine Schäfer chante Lulu dans la production de Peter Mussbach.

1996 :

Fidelio par Wernike, Solti, Studer, Heppner, Pape.

1997 :

Minkowski dirige l'Enlèvement au Sérail en plein air au milieu du Residenzhof. Pour une fois, ce n'est pas un vieil acteur allemand qui incarne Selim mais Akram Tillawi, tranfiguré après le vaudeville sur des sons orientaux.

1998 :

Marthaler met en scène Katya Kabanova dans l'étonnant décor d'Anna Viebrock. Le public découvre Angela Denoke.

Parsifal est donné dans une production mise en espace avec Placido Domingo, Waltraud Meier et Anna Netrebko.

1999 :

Thomas Hampson chante Doktor Faust dans la production de Mussbach.

La Fura dels Baus s'attaque à la Damnation de Faust.

Rameau fait (je crois) son entrée à Salzbourg avec une oeuvre commandée par l'Opéra de Paris mais toujours pas donnée dans la capitale : les Boréades.

2000 :

Les Troyens avec Polaski en Cassandre et en Didon.

Cosi fan tutte avec un trio féminin de rêve : Mattila, Kasarova, Bayo. La production de Neuenfels est audacieuse et fascinante.

L'amour de loin en création mondiale.

2001 :

sans doute la plus mauvaise année du festival mais avec quand même une Ariane à Naxos intéressante.

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Message par bajazet » 18 juil. 2005, 21:03

Oui, ces Boréades (dir. Rattle, m.e.s. des Herrmann) étaient bien le premier opéra de Rameau monté à Salzbourg.

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Message par valery » 18 juil. 2005, 21:07

yoshi a écrit :
(par ailleurs, citez moi 10 spectacles (un par année de mandature) qui ont marqué cette époque ?)
De la maison des morts (Janacek)/Grüber/Abbado avec Ghiaurov, Langridge.....
. Salome (Strauss)/Bondy/Dohnanyi avec Malfitano et Terfel
. Saint François d'Assise (Messiaen)/Sellars/Salonen et Nagano avec Van Dam, Upshaw
. Boris Godunov (Moussorgski)/Wernicke/Abbado avec Ramey, Larin, Borodina...
. Lulu (Berg)/Mussbach/Gielen avec Schäfer, Lipovsek, Kübler....
. Fidelio (Beethoven)/Wernicke.Solti avec Studer, Heppner, Pape, Mattei
. Moses und Aron (Schönberg)/Stein/Boulez
. Pelléas et Mélisande (Debussy)/Wilson/Cambreling
. Die Entführung aus dem Serail (Mozart)/Abou Salem/Minkowski avec Schäfer, Groves, Hawlata, Hartelius
. Die Zauberflöte (Mozart)/Freyer/Dohnanyi avec Pape, Dessay, Groves...
. La Damnation de Faust (Berlioz)/La Fura dels Baus/Cambreling

Yo
Cela saute aux yeux, regardez la liste: pas un seul compositeur italien!

Ceux qui aiment Bellini, Donizetti, Rossini, Ponchielli, Verdi, Cilea, Puccini et tutti quanti -comme moi- apprécieront!

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Message par bajazet » 18 juil. 2005, 21:09

Mais enfin Salzbourg, à part pour Verdi, n'a jamais beaucoup abrité ce répertoire. S'il faut vraiment jeter la pierre, il faut envisager une lapidation collective.

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