On chante à l'opéra

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Xavier
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On chante à l'opéra

Message par Xavier » 16 juil. 2005, 14:45

C'est bien beau ces débats passionnants au sujet des mises en scènes mais si on en revenait aux oeuvres ?

Avez-vous remarqué combien on chante dans les opéras ?

Evidemment qu'on chante, diront certains (je les entends d'ici !), l'opéra c'est du chant !

Certes, certes, mais souvent à l'opéra les personnages chantent en vrai. Je veux dire qu'à un moment de l'intrigue ils sont censés se mettre à chanter.

C'est particulièrement vrai dans les opéras-comiques français. Ainsi, Carmen passe son temps à chanter : une habanera, une séguedille, avec ses copines à l'auberge, pour vamper Don José. Dans Mignon, à part Wilhelm Meister, tout le monde chante ou est doit chanter à un moment ou un autre. Idem dans Faust (à l'origine un opéra-comique) bien sûr où les deux airs de Méphisto sont en fait des chansons. Il n'y a, à ma connaissance, à peu près aucun ouvrage écrit pour le comique où on ne chante pas. A part Pélléas évidemment...

On trouve des choses semblables dans l'opéra-comique allemand. Ainsi l'un des deux morceaux les plus célèbres de Martha, Letzte Rose, est une chanson. Une chanson traditionnelle irlandaise même.

Cette pratique de faire chanter les personnages est aussi répandue dans le Grand opéra, même si c'est dans une moindre mesure. Marcel y va par exemple de sa chanson huguenote dans Les huguenots (forcément !), Léopold de sa sérénade dans La juive, Inès de sa chanson nostalgique dans L'Africaine.

On trouve aussi pas mal d'exemple dans l'opéra italien. Après tout, La donna e mobile, le tube de l'opéra italien, n'est en fait qu'une chanson, comme c'est déjà le cas dans la pièce de Victor Hugo d'ailleurs. On trouve de nombreuses autres chansons chez Verdi : Rataplan de La forza del destino ; Brindisi divers et variés, de Lady Macbeth, de Violetta, de Iago ; mini-sérénade de Falstaff (Quand'ero paggio di duca di Norfolk) ; Deserto sulla terra dans Il trovatore ou bien encore la chanson du voile d'Eboli.

On chante aussi pas mal dans la nouvelle école italienne (les "véristes") : comme au moment de la fausse mort de Laura dans La Gioconda (dont, soit dit en passant, le rôle titre, bien que chanteuse des rues, ne chante pas dans l'opéra) ou bien encore dans I pagliacci où on trouve une autre sérénade, celle de Beppe. Sans compter Cavalleria rusticana où ça n'arrête pas : sérénade de Turridu au début, Agnus dei au milieu, chansonnette de Lola un peu après, brindisi de Turridu enfin.

On chante un peu plus rarement chez Puccini, sauf peut-être dans Tosca où on fait ça à chaque acte : Te deum au I, cantate au II et chanson du pâtre au III. Mais Tosca est une chanteuse après tout. Magda aussi pousse la chansonnette. D'ailleurs La canzone di Doretta est le seul passage célèbre de l'opéra.

Bizarrement j'ai l'impression qu'on chante beaucoup moins dans les ouvrages de bel canto. Certes, tout le monde ou presque chante dans Le barbier où une des principales scènes est bien sûr la leçon de chant. Dans son homologue Don Pasquale on pousse aussi la sérénade, le fameux Come gentil, là encore le morceau le plus célèbre de la partition. Mais dans les ouvrages sérieux, il me semble qu?on ne chante quasiment pas.

On peut d?ailleurs voir une corrélation, qui apparaît assez évidente de prime abord, entre moments légers et chanson. D?ailleurs on chante peu, à ce qu?il me semble, chez Wagner sauf bien sûr dans Les maîtres chanteurs de Nuremberg et... lors du concours de chant de Tannhäuser ! Mais l?antinomie entre passages dramatiques et pousser la chansonnette souffre d'exceptions notables comme la chanson du saule de Desdemone. Cette dernière se trouve à un des moments les plus dramatiques d?un opéra qui n?est pas à proprement parlé une petite farce gentille.

Auriez-vous des exemples de cette propension à faire chanter les personnages dans d?autres répertoires ?

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Fredonner un motif de l'oeuvre qui se joue pour la première fois, c'est la joie du public qui sort, c'est l'espoir du public qui entre
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Message par LucaGi64 » 16 juil. 2005, 14:57

Deux exemples au hasard chez les Slaves:
La chanson de Monsieur Triquet dans Eugène Onéguine et la sublime "Chanson à la lune" de Rusalka.

Chez Puccini, la Valse de Musetta, le Madrigal et "L'ora, o Tirsi" de Manon Lescaut, la chansonnette de Mimì dans Tabarro, le "doo-dah-day" de La Fanciulla, etc.
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Message par Abigaille » 16 juil. 2005, 14:59

Peut-on donner aussi l'exemple des 2 chanteurs de rue dans la périchole?

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Re: On chante à l'opéra

Message par bajazet » 16 juil. 2005, 15:18

Xavier a écrit :On peut d?ailleurs voir une corrélation, qui apparaît assez évidente de prime abord, entre moments légers et chanson.
Oui, et dans ces cas-là la chanson est exécutée DEVANT UN PUBLIC, ce qui reproduit sur scène le dispositif théâtral. N'a-t-on pas alors une sorte d'inclusion, en quelque sorte hors drame, destinée à procurer au public de la salle un plaisir très particulier, vaguement narcissique ?

En tout cas, ce phénomène est assez constant dans la tragédie en musique ou dans l'opéra-ballet d'Ancien Régime. Au IVe acte d'Atys, il y a des chansons (traitées un peu comme des airs à boire, il me semble) dans la séquence du divertissement. On retrouve d'ailleurs cela dans Les Troyens avec la chanson d'Iopas.

je remarque que pour Otello, par exemple, ou pour Les Puritains (Elvira chante bien à la fontaine, non ?), la chanson est SOLITAIRE, et dans le cas d'Otello, mémorielle, élégiaque et tragique. On pourrait songer encore à la chanson nostalgique d'Hylas (cette merveille!) au début de l'acte V des Troyens ?

Donc, au moins 2 critères :
1) en public / solitaire (intéressants exemples dans La Damnation de Faust ?)
2) gaie / triste

Au fait, "Mes longs cheveux descendent tout le long de la tour", ce n'est pas une chanson que chante Mélisande ? Structure répétitive, archaïsme du texte et de la mélodie, et même rétrospection ("je suis née un dimanche, etc.") : dans quelle mesure n'est-on finalement pas assez proche d'Otello ?

Il y aussi des cas ambigus. Dans les Boréades, les prétendants cherchent à séduire Alphise par des divertissements dans lesquels ils chantent eux-mêmes. "Jouissons, jouissons de nos beaux ans" (Calisis), est-ce une chanson, ou son équivalent ? Il me semble qu'on a au moins comme indice la structure répétitive (avec refrain repris par le ch?ur, et comment !), le caractère convenu du texte aussi (du type carpe diem, aimez-vous, buvez, ya d'la joie, etc.). Cependant, il y a un enjeu qui relève de la persuasion (donc dramatique) : l'air est destiné à faire fléchir Alphise qui se refuse. Cf. la Sérénade du Méphisto de Berlioz.

D'où au moins un 3e critère :
1) ornement amovible / moment remplissant une fonction dans l'action dramatique.

Merci à Xavier pour ce fil, très suggestif je trouve.

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Message par Poussette » 16 juil. 2005, 15:18

Je sais pas si j'ai bien compris la question, mais je vais citer les gens qui chantent chez Mozart:
Don Giovanni et sa sérénade,
Cherubino et son "Voi che sapete", à la fin duquel on lui dit même qu'il a une belle voix 8) !

Dans les ballets c'est la même chose, il y a des "danses" (espagnoles, napolitaine, etc., etc.) et même un cours de danse dans "Cendrillon", voire tout un ballet sur les cours de danse: "Conservatoire" et "Etudes".

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Message par Clement » 16 juil. 2005, 15:18

il y a tout de même quelques moments où on chante dans les ouvrages romantiques teintés de belcantisme : ce sont d'ailleurs souvent des moments où un des personnages chante et est identifié par son chant (d'où des effets bénéfiques sur al folie par exemple). évidemment, dans un semi-seria comme Linda di Chamounix, la chanson populaire de Pierotto semble légitime. je crois que les échos de ce chant guériront Linda de son délire.
dans il Crociato, le trio "Giovinetto Cavalier" permet à Felicia de reconnaître Armando. dans Rosmunda (celle de Coccia ; peut-être aussi Donizetti ?) il y a une sérénade pour le contraltoo musico à la soprane, qui finit en joli duo.
et n'oublions pas le brindi de Maffio Orsini dans Lucrezia Borgia !

En revanche dans le bel canto seria du XVIII, cela me paraît fort rare. il me vient à l'esprit les premiers airs de Romilda dans Serse (qu'écoutent Serse et Arsamene). mais il s'agit là d'un livret très ancré dans le siècle précédent.
Dans l'oratorio Sedecia de Scarlatti, Anna apprend un chant à son fils à la fin du I, "ferma O barbaro !", et lui reprend cet air-chanson au II.

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Message par bajazet » 16 juil. 2005, 15:25

Poussette a écrit :Je sais pas si j'ai bien compris la question, mais je vais citer les gens qui chantent chez Mozart:
Don Giovanni et sa sérénade,
Cherubino et son "Voi che sapete", à la fin duquel on lui dit même qu'il a une belle voix 8) !
La sérénade des deux Albanais dans Così, également, et celle de Pedrillo dans L'Enlèvement (très fonctionnelle !)

La romance de Chérubin est très typique de ce que je disais de l'inclusion plus haut. Beaumarchais l'avait conçue comme une sorte de tableau vivant, reproduisant une gravure célèbre de l'époque, "La Conversation à l'espagnole" (de style un peu troubadour). Il y avait donc de sa part la volonté, contre tout réalisme du théâtre, de donner l'impression au spectateur que les 3 personnages, à ce moment-là, reproduisent une ?uvre d'art.

Chez Mozart, du reste, le style musical de "Voi che sapete" est assez singulier dans le contexte de l'ensemble des Noces, il me semble.

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Message par Tom » 16 juil. 2005, 15:27

Quelques idées en passant:

D'abord chez Wagner, en dehors des Maîtres, il y a les deux chansons de marins, celle du Vaisseau et celle de Tristan, le chant de la forge de Siegfried, les filles du Rhin, et même les Hojotoho de Brunnhilde...

Chez Strauss, Richard, le lied d'Harlekin, le chant de Flamand dans Cappriccio, repris par la Comtesse. Chez Johann, Vilja, Danilo(?), Alfred, Rosalinde et même Franck qui siffle et fredonne dans son mélodramme du III.

Chez Mozart, Cherubin, évidemment! la Serenade de Don Juan, aussi, la Chanson d'Osmin dans l'introduction de l'Enlèvement. Les deux lieder de Papageno à la limite, et le choeur des esclaves +Monostatos avec le glokenspiel!

Chez les italiens, peut-on considérer que la prière de Mary Stuart est un chant? Je crois aussi qu'il y a un page qui chante une sérénade dans Rosemonda d'Inghilterra, ou bien est-ce Anna Bolena?

A propos de pages, Stefano dans Romeo et Juliette ("la chanson leur deplait!")...

Et le premier d'entre tous, Orfeo, qui charme Caronte de son chant, "Possente Spirto".

Cenerentola encore, una volta c'era un re

et même Mélisande chante à la nuit "Mes longs cheveux descendent jusqu'au seuil de la tour"!

Tu parlais d'Otello, il y a aussi la chanson à boire de Iago. Celle de Varlaam dans Boris egalement

Plus j'ecris plus il m'en vient - décidément, on chante beaucoup à l'opéra!

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Message par bajazet » 16 juil. 2005, 15:35

Houla, ça se corse ?
En quoi Hojotohoo correspondrait à un moment où un personnage chante quelque chose comme une chanson ? Je ne suis pas très convaincu, mais ?
En revanche, d'accord pour les Filles du Rhin : intéressant d'ailleurs, dans la Tétralogie, tout ne finit pas par des chansons (!) mais tout commence par des bouts de chansons ? Weiawaga woge du Welle ? Le chant des Filles du Rhin les situe à la fois hors du temps dramatique et à la source de celui-ci.

Question-piège : que faire des appels de Brangaene ?
On ne peut pas dire qu'elle chante un truc aux amants pour accompagner agréablement leur soirée (quoique ?) mais en même temps, on a une structure répétitive, une sorte de contrepoint à ce qui se passe sur scène, et une voix qui chante en coulisse, comme la chanson du matelot au début de l'acte I.

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Message par Abigaille » 16 juil. 2005, 15:35

Si on considère les prières comme chanson, on peut prendre l'ave maria de Giselda...En parlant du barbier=)la sérénade du comte.

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