Mise en scène,quelle place,quelles limites,encore,toujours

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DavidLeMarrec
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Mise en scène,quelle place,quelles limites,encore,toujours

Message par DavidLeMarrec » 15 juil. 2005, 15:54

Suite de la discussion initiée autour de La Clémence de Titus Aix 2005, sur l'action préventive et la charte de la mise en scène.

Friedmund a écrit :Un Domingo pour le prophète de Vienne, une Marton pour le Lohengrin d'Hambourg n'ont-ils pas le poids nécessaire pour dire "je ne participerai pas à cette connerie", ou mieux, et publiquement, "inutile de m'inviter la prochaine fois si ce Monsieur met en scène". Je crois que les vrais leviers sont là, idem pour les chefs d'orchestre.
Pour la plupart des artistes, c'est impossible, parce qu'ils seront très facilement remplacés. Et si Domingo n'avait pas voulu chanter ce Prophète, il n'était pas près de pouvoir le refaire - en plus, Vienne a suffisamment de prestige pour pouvoir prendre une autre grosse pointure.

Et je ne pense pas que ce chantage soit une bonne idée : les chanteurs, à moins de bénéficier d'un excellent metteur en scène, préfèreront toujours celui qui les laisse le plus tranquille pour chanter dans des conditions de sécurité vocale optimales.
Les pressions seraient constantes, et les productions déstabilisées. Il faut une hiérarchie, je pense, pour que ça fonctionne au mieux. Après, est-ce que ce ne devrait pas être le chef le boss (tiens, en voilà une expression djeun's, lechefleboss), qui soit en haut, en collaboration avec le metteur en scène et en consultant les chanteurs, c'est une autre histoire.


Non, c'est au public de protester contre les mises en scène auprès des directeurs de théâtre - rien ne sert de huer l'équipe, et je trouve effectivement cela dérangeant : désagréable pour ceux qui ont apprécié, et surtout très imprécis, l'ensemble de l'équipe se sentant visée. Les protestations publiques, les pancartes, le boycott, le lobbying... pourquoi pas.

Cela dit, j'ai beaucoup aimé le Rheingold de Stuttgart, alors...

Il faudrait déjà se mettre d'accord sur ce qui est supportable et sur ce qui ne l'est pas.


Pour ce faire, je propose un début de CHARTE DU METTEUR EN SCENE :

Article 1 : De jolis costumes en guise de propos point ne prendras.

Article 2 : De transposition contemporanéiste point ne feras.
(Les dérogations seront accordées selon l'examen rigoureux des dossiers.)

Article 3 : De contrepied systématique point ne prendras.

Article 4 : Les poncifs de ton temps tu éviteras.
(Inutile de remplacer le Grand Inquisiteur par un taliban, donc.)

Article 5 : Les pistes les moins fermées tu proposeras.


Pour ma part, je ne m'opposerais pas forcément à la modification du texte, de la musique, ou à des contrepieds partiels. La vue critique de l'oeuvre est nécessaire au renouvellement de sa perception par le spectateur. Rien de pire que ces mises en scène standardisées d'antan, à mon humble avis - sauf les mises en scène cheap standardisées qui utilisent la transposition contemporanéiste au moyen de poncifs qui feraient rougir la presse quotidienne...

David - àvous

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Re: Mise en scène,quelle place,quelles limites,encore,toujou

Message par bajazet » 15 juil. 2005, 16:02

DavidLeMarrec a écrit :Il faudrait déjà se mettre d'accord sur ce qui est supportable et sur ce qui ne l'est pas.
Je jette l'éponge, d'autant que je m'en sers pas mal cet aprem.

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Re: Mise en scène,quelle place,quelles limites,encore,toujou

Message par Friedmund » 15 juil. 2005, 16:11

DavidLeMarrec a écrit :Il faudrait déjà se mettre d'accord sur ce qui est supportable et sur ce qui ne l'est pas.
[/quote]

Et surtout ce qui est insupportable. En vrac, la provocation gratuite, les poncifs, les obsessions et marottes politiques personnelles du metteur en scène sans rapport avec l'oeuvre, l'épate-bourgeois à bon marché, la trahison de l'esprit de l'époque, de l'oeuvre et du compositeur, les contresens allant à l'encontre de la musique ou du livret, les lavomatics, les asiles, les uniformes nazis, les aéroports et les supermarchés, l'intellectualisme stérile, l'abus de symbolisme, le trash, la scatologie et la vulgarité sans fondement, la laideur non esthétisée, la perte de poétique sans compensation, Peter Konwitschny, l'analyse politico-sociologique, tout ce qui n'est pas essentiel... liste non exhaustive et tout à fait personnelle. :wink:

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Re: Mise en scène,quelle place,quelles limites,encore,toujou

Message par bajazet » 15 juil. 2005, 16:26

Friedmund a écrit : la laideur non esthétisée, la perte de poétique sans compensation
le petit Bajazet attend l'étalon de Friedmund à la caisse centrale.

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Re: Mise en scène,quelle place,quelles limites,encore,toujou

Message par DavidLeMarrec » 15 juil. 2005, 16:29

Je classe ma réponse pour plus de clarté :
Friedmund a écrit :Et surtout ce qui est insupportable. En vrac, la provocation gratuite, les poncifs, les obsessions et marottes politiques personnelles du metteur en scène sans rapport avec l'oeuvre, l'épate-bourgeois à bon marché,
D'accord.
la scatologie et la vulgarité sans fondement, la laideur non esthétisée, la perte de poétique sans compensation,


D'accord aussi.
l'analyse politico-sociologique
Si tu parles de l'analyse politico-sociologique du journal d'hier matin, j'acquiesce également.

la trahison de l'esprit de l'époque, de l'oeuvre et du compositeur, les contresens allant à l'encontre de la musique ou du livret, les lavomatics, les asiles,
Là, beaucoup moins. Si le recul critique proposé est suffisamment étayé, je prends. Quitte à modifier l'oeuvre, qui n'est de toute façon pas parfaite.

Attention : cela ne veut pas dire avoir le droit de décider des coupures pour faire des économies, ou d'insérer les poèmes d'un ancien copain de fac en mal d'emploi planqué. Alors, mettons, par prudence, qu'il ne faut pas modifier l'oeuvre - avec quelques dérogations très exceptionnellement.

les uniformes nazis,
J'ai déjà écrit à mon député pour réclamer une loi prohibant l'usage d'uniformes nazis à l'opéra. Ceux qui font cela devraient être abondamment roués, et pendus avec ce qu'il en reste.

les aéroports et les supermarchés, l'intellectualisme stérile, l'abus de symbolisme, le trash,
Là, je réclame une étude au cas par cas.


Nous avons donc déjà un dénominateur commun pour règlementer l'accès des metteurs en scène aux théâtres. :D

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Message par richie3774 » 15 juil. 2005, 17:37

Vivent les concerts en costume!

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Message par richie3774 » 15 juil. 2005, 19:18

Stolzing a écrit :Une question qui me taraude: qu'attendent les musiciens pour se révolter ? Ceux d'entre vous qui connaissent le milieu musical de l'intérieur (ou qui en font partie...) ont-ils une explication ? Les interprètes sont-ils à ce point timides ou impressionnables qu'ils n'osent pas dire à des cons prétentieux (comme celui dont la mise en scène de Cosi est décrite sur un autre fil), "tu es nul, tu ne comprends rien, je ne chante pas dans cette mise en scène" ??? Je sais bien qu'il y a des problèmes de contrat, mais si un jour toute une distribution se cassait... Ou, à tout le moins, si les chanteurs et chefs exigeaient des détails sur la mes avant de signer et refusaient les trucs délirants... C'est quand même bien les musiciens l'essentiel dans un opéra, non? C'est eux qui devraient avoir le dernier mot, plutôt que de subir la tyrannie de toute une tripotée d'imbéciles.
D'après les rumeurs, le cas s'est passé très récemment au Vlaamse Opera où le chef Michel Tilkin, devant les élucubrations de la mise en scène de Guy Joosten a préféré renoncer avant la générale. les photos de cette mascarade pitoyable sont à voir ici: https://www.vlaamseopera.be/productiond ... en&prd=349

Résultat des courses: la direction a été reprise par le médiocre directeur musical du Vlos, Ivan Törsz, qui a cochonné Rossini avec la complicité agissante de l'orchestre.
Je pense qu'avec Tilkin, au moins musicalement, le spectacle n'aurait pas été aussi indigne.

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Message par bajazet » 15 juil. 2005, 23:58

Ces photos du Barbier me font penser à la guirlande de celles de productions récentes de Rossini dans le dernier Opéra International : c'est à peu près la même esthétique sitcom criarde. Un jour où on s'avisera de mettre des toiles peintes et des costumes à la Goya, ce sera une révolution.

Comment ça, je suis réactionnaire ?

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Message par Friedmund » 16 juil. 2005, 00:04

Franchement révolutionnaire tu veux dire! :D

Marthaler, Hartmann, Konwitschny et Mortier vont défaillir à tant d'audace subversive :P

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Message par bouzou63 » 16 juil. 2005, 12:00

intéressants les débats sur les régies. Moi j'ai fait un peu d'assistanat et j'ai eu comme professeur de théâtre un monsieur qui était du Français et avait beaucoup travaillé avec Jacque Charon. Ok c'est du théâtre mais je me rappelle toujours sa devise:" une mise en scène réussie c'est celle qu'on ne voit pas, parce qu'elle est évidente" il disait toujours," si tu es obligée d'expliquer tes options , c'est de ta faute, jamais celle des acteurs, tu n'as pas su les faire adhérer au projet tu n'as pas été assez claire. N'oublie jamais que des gens paient pour venir voir ton travail, et que tu dois leur donner satisfaction. Ils doivent ressortir du théâtre satisfaits. D'accord ou pas d'accord avec ta vision mais satisfaits, et surtout sans se poser des questions sur leur possible absence d'intelligence parce qu'ils n'ont rien compris. Un spectacle c'est avant tout un divertissement, pas une analyse chez un psychiatre!!" J'ai toujours suivi cette voie, mais elle n'est plus à la mode depuis belle lurette. Après j'ai assisté G. Bacquier il était dans la même optique, puis la vie m'a obligée à prendre un autre chemin. Pourtant j'enrage quand je vois certaines productions. Il faut qu'on m'explique il y a de moins en moins de décors et de costumes et pourtant elles coûtent de plus en plus cher? La plupart des spectateurs sont déçus,certains d'être de parfaits idiots parce qu'il n'ont rien pigé à ce qui se passait sur scène. Alors oui, moi aussi je suis pour un examen de passage pour les metteurs en scène, et déjà qu'ils prennent tous au moins des cours de chant afin de s'apercevoir que certaines positions sont de véritables supplices pour les chanteurs et les empêchent de faire correctement leur métier. L'opéra c'est d'abord le chant et la musique! Après tout c'est un genre qui a fonctionné jusqu'à Callas avec des metteurs en place et qui ne se portait pas plus mal. Un peu d'humilité donc, le metteur en scène se doit de travailler dans l'ombre et de ne pas imposer à tout moment ses points de vue( parfois carrément exécrables). La tradition ne veut pas dire immobilisme et ennui parfois elle a du bon . Des décors donc, des costumes, des conceptions lisibles et comprehensibles!!! bref de l'audace, encore de l'audace toujours de l'audace comme disait un révolutionnaire, mais peut-être serait-ce une révolution à l'opéra si on revenait à tout ça,non? Reprenons la Bastille!!

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