Page 3 sur 5

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris de la Restauration et du Second Empire

Posté : 12 juil. 2018, 15:20
par jeantoulouse
Tableau passionnant. Travail magnifique et très lisible. Bravo et merci David.
Je suis saisi par le statut des opéras de Mozart et l'évolution de leur présence, ou par l'absence de certains titres du compositeur.

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris de la Restauration et du Second Empire

Posté : 12 juil. 2018, 16:49
par David-Opera
jeantoulouse a écrit :
12 juil. 2018, 15:20
Tableau passionnant. Travail magnifique et très lisible. Bravo et merci David.
Je suis saisi par le statut des opéras de Mozart et l'évolution de leur présence, ou par l'absence de certains titres du compositeur.
Les premiers Mozart en italien à Paris datent de 1807-1811, et c'est au Théâtre des Italiens que l'on pourra entendre Les Noces de Figaro /Cosi/Don Giovanni en langue originale.

Quant à Louis Véron, il ne mise que sur 4 noms pour séduire le public de l'Opéra de Paris des années 1830 qui ne s'intéresse qu'au genre dit 'noble': Meyerbeer (4 ouvrages dans les 10 premiers), Auber (6 ouvrages dans les 40 premiers), Rossini (5 ouvrages dans les 40 premiers), Halevy (6 ouvrages dans les 40 premiers), et puis on peut rajouter 2 Donizetti dans les 10 premiers, c'est à dire des compositeurs installés à Paris.

Mozart ne prendra toute sa place à Garnier qu'après la fermeture des Italiens en 1871, puis l'arrivée de Liebermann et la fermeture de l'Opéra Comique en 1971.

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris de la Restauraton et du Second Empire

Posté : 12 juil. 2018, 20:28
par paco
Je pense que Véron avait une approche de producteur (une sorte d'Universal ou Disney un siècle avant...) : sa vision était que la mode était aux grandes fresques historiques et que c'était le meilleur moyen de remplir les caisses, d'où le répertoire assez restreint que tu mentionnes. Je ne crois pas que le compositeur en tant que tel importait pour lui.

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris de la Restauraton et du Second Empire

Posté : 12 juil. 2018, 21:16
par David-Opera
paco a écrit :
12 juil. 2018, 20:28
Je pense que Véron avait une approche de producteur (une sorte d'Universal ou Disney un siècle avant...) : sa vision était que la mode était aux grandes fresques historiques et que c'était le meilleur moyen de remplir les caisses...
Extrait des mémoires du docteur Véron au moment où il dut se décider à diriger l’Opéra : « la révolution de Juillet est le triomphe de la bourgeoisie : cette bourgeoisie victorieuse tiendra à trôner, à s’amuser ; l’Opéra deviendra son Versailles, elle y accourra en foule prendre la place des grands seigneurs de la cour exilés.»

https://books.google.fr/books?id=f2P-LH ... es&f=false

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris sous la Restauration et le Second Empire

Posté : 12 juil. 2018, 21:36
par David-Opera
jeantoulouse a écrit :
12 juil. 2018, 15:20
Tableau passionnant. Travail magnifique et très lisible. Bravo et merci David.
Je suis saisi par le statut des opéras de Mozart et l'évolution de leur présence, ou par l'absence de certains titres du compositeur.
La raison pour laquelle seul Don Giovanni a été programmé avec succès au XIX siècle, mais pas autant que ne l'espérait Véron au départ, est que cette œuvre était la seule de Mozart considérée comme romantique (à cause de cet amour très noir que porte le héros principal), au même titre que Lucia di Lammermoor de Donizetti ou Le Trouvère de Verdi , eux aussi entrés au répertoire au même moment, bien après leur création à l'étranger.

Il s'agissait donc d'une inflexion de la part de la direction de l'Opéra pour ne pas se figer totalement dans le genre du Grand Opéra, traduisant ainsi une volonté de rattrapage sur le mouvement romantique qui surgissait dans le répertoire italien et allemand au XIXe siècle.

D'ailleurs, à l'ouverture de Garnier, Auber n'y sera plus du tout joué, et les opéras romantiques de Wagner, Reyer et Verdi vont s'imposer.

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris sous la Restauration et le Second Empire

Posté : 13 juil. 2018, 11:41
par EdeB
Pour ceux que cela intéresse, on peut trouver en ligne le travail de recherche en master 2 de Guillaume Juin (Sorbonne, 2006), "1831-1835 : l'Opéra de Paris sous la direction de Véron" sur https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q ... m8n8ab3PyX (PDF en téléchargement)

Faut-il parler du Don Giovanni "de" Mozart ? On peut légitimement se poser la question, étant donné l’œuvre qui était représentée...
Par ailleurs, en ce qui concerne l'histoire des représentations parisiennes et françaises des opéras de Mozart, la bibliographie commence à être conséquente...
Par exemple, le colloque Mozart et la France (j'en ai parlé sur viewtopic.php?f=14&t=14525 ),
l'ouvrage de Laurent Marty sur le Don Giovanni (très tripatouillé) de 1805, compte rendu sur https://journals.openedition.org/ahrf/6732 ,
ou encore la thèse de doctorat de Séverine Perchet, Don Giovanni de Mozart et Da Ponte a travers les premières adaptations parisiennes (1805-1834): contribution à l'histoire du goût musical (Sorbonne, 2002.)
La liste est encore longue !

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris sous la Restauration et le Second Empire

Posté : 13 juil. 2018, 11:53
par David-Opera
Véron n'a dirigé que 4 ans, mais semble avoir orienté pour un demi-siècle la physionomie de la programmation lyrique de l’Académie de Musique.

Mais, comme rappelé dans le mémoire ci-dessus, Véron disait aussi : "Je ne crains pas de le dire ici, M. Scribe est de tous les auteurs dramatiques celui qui comprend le mieux l'opéra."

Car la programmation de la salle Le Peletier de 1821 à 1873 est d'abord celle d'Eugène Scribe. Il est l'auteur de 8 livrets parmi les 10 œuvres les plus jouées (Robert le diable, Huguenots (Les), Muette de Portici (La), Juive (La), Comte Ory (Le), Prophète (Le), Favorite (La), Africaine (L')) et même de 18 ouvrages sur les 45 du classement ci-dessus.

Ainsi, sur toute l'histoire de la salle Le Peletier, on entendra ses vers sur plus de la moitié des représentations.

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris sous la Restauration et le Second Empire

Posté : 13 juil. 2018, 12:06
par David-Opera
EdeB a écrit :
13 juil. 2018, 11:41
Faut-il parler du Don Giovanni "de" Mozart ? On peut légitimement se poser la question, étant donné l’œuvre qui était représentée...
Par ailleurs, en ce qui concerne l'histoire des représentations parisiennes et françaises des opéras de Mozart, la bibliographie commence à être conséquente...
Attention, il y a plusieurs Don Giovanni :

1. Celui du 17 septembre 1805 créé à l'Académie de Musique. Version en français totalement modifiée, sans duel, et avec des ténors à la place des sopranos. Cette version, on n'en parle même pas.

2. Celui créé au Théâtre des Italiens en version originale le 12 octobre 1811. Grand succès.

3. Celui créé à l'Odéon le 24 décembre 1827 puis à la salle le Peletier le 10 mars 1834 dans l'adaptation française de Castil-Blaze. Une partie du texte de Molière est reprise, et c'est un ténor, Adolphe Nourrit, qui interprètera le rôle principal. C'est cette version qui va s'imposer pendant un siècle à l'Opéra.

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris sous la Restauration et le Second Empire

Posté : 13 juil. 2018, 12:07
par paco
EdeB a écrit :
13 juil. 2018, 11:41
Pour ceux que cela intéresse, on peut trouver en ligne le travail de recherche en master 2 de Guillaume Juin (Sorbonne, 2006), "1831-1835 : l'Opéra de Paris sous la direction de Véron" sur https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q ... m8n8ab3PyX (PDF en téléchargement)
Oui ce mémoire est passionnant et se lit presque comme un roman. J'aime surtout l'approche sans parti-pris, factuelle. En tous cas pour un passionné d'opéra c'est un must ! :D

Re: Le répertoire de l'Opéra de Paris sous la Restauration et le Second Empire

Posté : 13 juil. 2018, 12:53
par PlacidoCarrerotti
Véron est le seul qui ait gagné de l'argent à la tête de l'ONP : on s'est hâté de ne pas renouveler son privilège et l'Opéra a pu reprendre son cours normal, c'est-à-dire perdre beaucoup d'argent.

Ses mémoires sont passionnant(e)s mais l'opéra n'y occupe qu'une petite part.
(j'ajoute un "e" pour faire comme Eve Ruggieri).