La Scala à l'aéroport de Milan

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marcopera
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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par marcopera » 19 sept. 2015, 11:24

Ce spectacle était fort agréable à suivre pour la mise en scène et la qualité musicale; en espérant que les usagers de l'aéroport de Milan aient bénéficié d'une bonne transmission sonore..
D'accord avec Lucas à propos de l'album Puccini de Kaufmann; c'est un magnifique, exceptionnel ténor dramatique, lyrico-dramatique (son Werther!!!!) mais là vraiment il est plutôt déplacé: dans le duo de La Bohême ses "vieni sei mia" semblent une véritable menace; apparemment seule la critique allemande semble se permettre d'émettre quelques réserves; au moins il n'y a pas qu'en France que "nul n'est prophète...."

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jerome
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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par jerome » 19 sept. 2015, 12:03

Moi j'ai trouvé la mise en scène nulle à chier (si tant est qu'on puisse parler de mise en scène ...)
Quant à la comparaison de Grigolo avec Kaufmann, elle a ses limites.
Chez Puccini, La Bohème c'est vocalement la limite plafond pour Grigolo (fort bon Nemorino donizettien au demeurant!) alors que c'est la limite plancher pour Kaufmann. Or 75% de l'album Puccini de Kaufmann sont au dessus de cette limite plancher. Et ce serait une erreur majeure pour Grigolo de vouloir s'aventurer dans ces 75% et, en tout cas, ça ne serait pas sans dommages irréversibles sur ses jolis moyens de ténor lyrique.
Alagna a fait ça et son Nemorino n'est plus aussi beau qu'il l'était il y a plusieurs années.
Niveau répertoire, Grigolo a tout un versant belcantiste à creuser alors que Kaufmann est bien davantage à sa place dans le répertoire puccinien.

Stefano P

Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par Stefano P » 19 sept. 2015, 12:35

"dans le duo de La Bohême ses "vieni sei mia" semblent une véritable menace"

Bon, c'est certain, Rodolfo ne deviendra jamais son rôle de prédilection, cela dit l'intention dramatique est parfaite dans ce duo : il est fougueux dans "il sogno ch'io vorrei sempre sognar" et alangui dans "nel bacio freme amor" ; son "sei mia" (il n'y en a qu'un, alors que tu sembles en avoir entendu plusieurs) est passionné, volontariste avec une nuance d'inquiétude, mais certainement pas menaçant. Kaufmann rend aussi parfaitement la surprise dans "Che ? ... Mimi ? ..." et surtout la nuance insinuante du "Sarebbe dolce restar qui, C'è freddo fuori" (suivez son regard...) et l'anticipation prometteuse du "E al ritorno ?" ; il est élégiaque et suppliant dans "Che m'ami dì".

Après cela, on peut discuter le timbre et l'adéquation des moyens vocaux, mais l'incarnation dramatique (essentielle chez Puccini) de Kaufmann est superlative : c'est un grand chanteur et un acteur d'un engagement et d'une finesse exceptionnelles, même quand on ne l'entend qu'au disque...

dessoles
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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par dessoles » 19 sept. 2015, 21:36

Quel gachis....opera saucissoné....ennui perceptible....decolage impossible....quel gadget!!!!....vraiment dans l'air du temps!!!! un vrai soufflé....combien a couté ce truc? il parait qu'il n'y a plus d'argent pour la culture! on en trouve manifestement pour le grand n'importe quoi!!!! et pourtant....belles voix...bon orchestre....mais vraiment quel ennui avec les interventions incessantes des journalistes(dont on se moque totalement...!!!) Si c'est avec CA qu'ils espèrent faire venir dans les théâtres!!!ce n'est pas gagné!

Stefano P

Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par Stefano P » 20 sept. 2015, 08:12

Le plus grand paradoxe, à mon avis, c'est que ces tentatives de "popularisation" du classique et de l'opéra sont diffusées sur des chaînes culturelles dont on sait très bien que l'audience est marginale : en France et en Allemagne sur Arte et en Italie sur RAI 5, une chaîne de la TNT (en italien "Digitale Terrestre") qui est spécialisée dans la culture et dont l'audience est malheureusement encore plus faible que celle d'Arte chez nous. Résultat de l'opération : le public qui regarde est déjà convaincu, il est là parce qu'il aime l'opéra et il est suprêmement agacé par les intermèdes marcoréens et gerlachiens. Finalement, on aurait proposé à ce public-là la représentation de l'Elisir depuis la Scala, il aurait été franchement ravi (et les réactions sur ce forum le prouvent amplement) !

Si l'on voulait vraiment tenter à fond l'expérience du "flash mob" dans l'aéroport, il fallait aller jusqu'au bout de la logique de popularisation : diffuser la chose en direct sur RAi Uno ou en France sur France 2 ou 3 (l'idéal aurait été TF1, mais faut tout de même pas trop rêver). Là, on aurait vraiment pu toucher le grand public, et après tout il aurait peut-être accroché (surtout en Italie où l'opéra (en tout cas le répertoire italien) est encore assez populaire, même si là aussi on régresse : il y encore dix ans, RAI Uno diffusait en direct l'ouverture de la saison à la Scala, avec cinq ou six millions de téléspectateurs, maintenant ce n'est plus que sur RAI 5, avec une moyenne de cent mille téléspectateurs !).

C'est d'autant plus dommage que cette tentative-là était objectivement la plus réussie (beaucoup plus que Traviata dans la gare de Zurich et Bohème dans une cité de banlieue de Berne) : j'ai revu quelques passages sur le site d'Arte et il y a vraiment de très bons moments : par exemple Una furtiva lacrima avec Nemorino seul dans ce terminal un peu glaçant, avec en arrière-fond les employés indifférents qui continuent imperturbablement leur travail ; c'est très bien filmé et très bien chanté par Grigolo ; il y a là une vraie mélancolie, un moment de grâce décalé et improbable, mais vraiment touchant.

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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par Schwannhilde » 20 sept. 2015, 08:21

Stefano P a écrit :Si l'on voulait vraiment tenter à fond l'expérience du "flash mob" dans l'aéroport, il fallait aller jusqu'au bout de la logique de popularisation : diffuser la chose en direct sur RAi Uno ou en France sur France 2 ou 3 (l'idéal aurait été TF1, mais faut tout de même pas trop rêver). Là, on aurait vraiment pu toucher le grand public, et après tout il aurait peut-être accroché (surtout en Italie où l'opéra (en tout cas le répertoire italien) est encore assez populaire, même si là aussi on régresse : il y encore dix ans, RAI Uno diffusait en direct l'ouverture de la saison à la Scala, avec cinq ou six millions de téléspectateurs, maintenant ce n'est plus que sur RAI 5, avec une moyenne de cent mille téléspectateurs !).
Pourquoi vouloir toucher le grand public ? Pour essayer d'augmenter le nombre de spectateurs et convaincre les ministères de la culture qu'il faut consacrer de l'argent public à l'opéra ?
Parce que si beaucoup de personnes ne vont pas à l'opéra (alors qu'elles pourraient y aller sans difficultés), en quoi cela nous concerne-t-il, finalement ?
" Vaut mieux en rire que s'en foutre " (Didier Super)

Stefano P

Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par Stefano P » 20 sept. 2015, 08:37

"Pourquoi vouloir toucher le grand public ? Pour essayer d'augmenter le nombre de spectateurs et convaincre les ministères de la culture qu'il faut consacrer de l'argent public à l'opéra ?
Parce que si beaucoup de personnes ne vont pas à l'opéra (alors qu'elles pourraient y aller sans difficultés), en quoi cela nous concerne-t-il, finalement ?"

Bien sûr, bien sûr, on peut s'en tenir à la dédicace de Stendhal à la fin de la Chartreuse : To the happy few, mais personnellement, je ne désespère jamais de faire découvrir l'opéra à des gens qui n'ont jamais eu envie d'y aller. Je ne remercierai par exemple jamais assez cet ami qui (il y a bientôt près de ... ans) m'a traîné au cinéma voir le Don Giovanni de Losey alors que j'étais persuadé de m'y emm... comme un rat mort. Et depuis...

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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par Lucas » 20 sept. 2015, 09:37

jerome a écrit :Chez Puccini, La Bohème c'est vocalement la limite plafond pour Grigolo (fort bon Nemorino donizettien au demeurant!) alors que c'est la limite plancher pour Kaufmann. Or 75% de l'album Puccini de Kaufmann sont au dessus de cette limite plancher. Et ce serait une erreur majeure pour Grigolo de vouloir s'aventurer dans ces 75% et, en tout cas, ça ne serait pas sans dommages irréversibles sur ses jolis moyens de ténor lyrique.
Alagna a fait ça et son Nemorino n'est plus aussi beau qu'il l'était il y a plusieurs années.
Niveau répertoire, Grigolo a tout un versant belcantiste à creuser alors que Kaufmann est bien davantage à sa place dans le répertoire puccinien.
J'espère que tu ne m'en voudras pas mais je ne suis pas vraiment d'accord avec cela dans la mesure où mes références dans Puccini restent Bergonzi, Pavarotti ou Carreras (peut être le plus proche de Grigolo sur le plan des moyens vocaux et qui a signé des Bohème et Tosca de référence avec Davis sans oublier son poignant Pinkerton avec Sinopoli) qui étaient tous des ténors lyriques. D'ailleurs, à chaque fois qu'on peut comparer avec Kaufmann (Les Tosca et Butterfly avec Gheorghiu), le ténor espagnol me semble l'emporter de la tête et des épaules car il y est bien plus poignant, idiomatique et solaire. En revanche pour la Fanciulla ou Calaf, je te rejoins quand le Chevalier des Grieux se situe à la croisée des chemins. J'aimerais quand bien même bien entendre ce dernier rôle avec une voix franchement lyrique et Grigolo, voire Alagna, me tenteraient bien davantage là-dedans que Kaufmann entiché de l'affreuse Opolais (qui semble faire l'unanimité contre elle à l'écoute de ce dernier récital et qui lui donnera la réplique dans un prochain DVD).

Néanmoins, comme toi, j'aimerais bien que Grigolo explore davantage le versant belcantiste mais quand il le fait (cf sa Lucrèce Borgia avec Fleming) on préfère publier un DVD avec sa doublure ! De surcroît et c'est bien dommage, le belcanto est perçu comme moins "bankable" par les maisons de disques; ce qui conduit de nombreux chanteurs à réorienter leur répertoire pour garder une certaine visibilité. Enfin, c'est vrai que, pour des raisons parfaitement irrationnelle, le timbre de Grigolo est celui qui me touche le plus depuis Carreras dans le répertoire italien quand, chez Kaufmann, je respecte le travail intellectuel tout en restant de marbre sauf chez les allemands et dans certains opéras français.

Pour conclure, échangerais-tu, dans Puccini, ton baril Pavarotti ou Bergonzi contre trois barils Kaufmann ? A mon avis non ... et tu aurais raison.

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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par HELENE ADAM » 20 sept. 2015, 09:51

Lucas a écrit :[
Enfin, comme toi, j'aimerais bien que Grigolo explore davantage le versant belcantiste mais quand il le fait (cf sa Lucrèce Borgia avec Fleming, on préfère publier un DVD avec sa doublure !). Enfin, c'est vrai, pour des raisons parfaitement irrationnelle, le timbre de Grigolo est celui qui me touche le plus depuis Carreras dans le répertoire italien .

Tu connais certainement beaucoup mieux que moi Vittorio Grigolo, mais pour ne parler que de lui, il me semble que lui-même, ne sait pas très bien ce qui lui convient le mieux. ?.
Il m'a beaucoup agacée à ses débuts, trop "m'a-tu-vu", en faisant des tonnes et semblant considérer que "faire de la présence sur scène" dispensait du respect de la partition. Même si dans la Traviata (avec Ciofi) j'avais trouvé que c'était un Alfredo sympathique.
Puis dans Lucia (avec Ciofi puis à la Scala avec? Je ne sais plus), dans la Bohême (avec Opolais :mrgreen: au MET) et surtout dans Nemorino par deux fois, mon avis a complètement changé sur lui.
Il est donc parfaitement bon dans le Rodolfo de Puccini (qui est, à mon sens, un rôle très différent de Des Grieux) mais il a de la concurrence (et, ma référence étant Bussi Bjorling, Rodolfo inégalé et pas Pavarotti dans ce rôle, Grigolo en est assez éloigné).
Dès qu'il aborde des rôles plus belcantistes, il ne chante pas de la même manière et il est plus "remarquable" (au sens : j'irai voir un "Elixir d'amour" pour lui par exemple ou un Lucia)
Mais sa prochaine prise de rôle (je crois que c'est sa prochaine, il en a peut-être d'autres avant), c'est le Werther, mise en scène de Jacquot) et là... je suis moins sûre de sa réussite (on verra, le ROH retransmets et j'irai voir).
Ces échanges auraient sans doute plutôt leur place dans le fil sur Grigolo.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: La Scala à l'aéroport de Milan

Message par Lucas » 20 sept. 2015, 10:07

HELENE ADAM a écrit :
Tu connais certainement beaucoup mieux que moi Vittorio Grigolo, mais pour ne parler que de lui
Argument à trois balles : j'ai près de mille messages au compteur dont une petite vingtaine sur Grigolo. Tu veux vraiment que je m'amuse à compter le nombre de tes interventions sur Kaufmann sans aucun sens critique ... et en insultant occasionnellement ceux qui ne partagent pas tes vues ?

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