Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

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PlacidoCarrerotti
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Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par PlacidoCarrerotti » 20 avr. 2017, 13:29

Je en suis pas de ceux qui considèrent la richesse et l'originalité de l'orchestration comme primordiales dans la composition d'un opéra.
Néanmoins, la lecture des comptes-rendus des Troyens et de Snegoroutchka m'a donné l'idée d'initier ce fil.

J'ajoute à Berlioz et Rimsky, mon Meyerbeer avec ce copié-collé de l'article de Wikipedia consacré au Prophète (je ne sais pas qui est l'auteur de cet article ou de celui des Huguenots, entre autres, mais c'est de très haut niveau).

Meyerbeer s’attache à développer une instrumentation propre à chaque situation, avec une recherche approfondie en matière de timbre. Ainsi, le songe de Jean au deuxième acte est-il introduit par le cornet alors que la clarinette basse accompagne la cavatine de Fidès du cinquième acte. L’orchestration du récitatif de Jean juste avant la scène de l’exorcisme au quatrième acte est particulièrement admirée pour renfermer « une certaine succession [de] dissonances » faisant écho à la « forte dissonance morale [existant] réellement entre les paroles cruelles auxquelles est obligé le prophète, et l’amour filial que Jean de Leyde voudrait laisser parler ».

Berlioz est particulièrement admiratif de l’orchestration du Prophète, tout en déplorant l’existence de vocalises dans certains airs, contraires selon lui à la vérité dramatique.
Dans sa critique parue dans Le Journal des Débats, Berlioz recense tous les effets inédits d’orchestration de la partition : dès le chœur du premier acte « La brise est muette », il note « des effets neufs de pizzicato unis à des traits de petite flûte » ; dans le songe de Jean du deuxième acte, « une des grandes pages de la partition », « un thème admirable est d’abord proposé par un cornet placé sous le théâtre, un trémolo suraigu de violons accompagne la voix, puis le thème du cornet reparaît et circule dans tout l’orchestre jusqu’au mot maudit ! qu’un horrible et sourd hurlement instrumental semble lancer de l’enfer ».

Berlioz est particulièrement touché par la fin du deuxième acte où Jean écoute sa mère endormie le bénir dans son sommeil : dans cette scène, « la voix de Fidès n’est point en réalité entendue du spectateur ; l’orchestre la représente, et les fragments de l’air précédent de la vieille mère, reproduits par le cor anglais sous une harmonie de violons en sourdine, prennent un caractère aussi mystérieux que tendrement solennel ». Il apprécie également la complainte de la mendiante au début du quatrième acte, « bien humble, bien triste et merveilleusement accompagné[e] par l’accent lugubre des clarinettes dans le chalumeau » ; outre le « tumulte musical admirablement combiné » de la scène du couronnement, il note que « la question de Jean : Suis-je ton fils ? se répète sur deux accords de l’effet le plus saisissant et le plus inattendu, auxquels l’association des timbres de la clarinette basse et des violons divisés en trémolo à l’aigu prête un caractère extraordinaire. »

Au deuxième acte, Fétis note quant à lui « un effet absolument neuf dans les rythmes croisés de deux bassons imitant des pas précipités et le galop des chevaux, sur un temps de marche moderato exécuté par les clarinettes, cors, violons, alto et basses. Cet effet est destiné à indiquer la fuite précipitée de Berthe et la course des soldats qui sont à sa poursuite ; il produit une véritable illusion. »

Meyerbeer aurait souhaité pouvoir utiliser le saxophone qui venait d’être inventé ; néanmoins, il dût y renoncer, l’instrument n’étant pas encore d’une facture suffisamment fiable au moment de la création de l’opéra.


Le saxophone est effectivement utilisé pour les représentations données à Essen.

Dans la correspondance de Meyerbeer (intégralement publiée sous la direction de Le Tellier), il y a celle avec Adolphe Sax (l'inventeur du saxophone, donc) au sujet des instruments modernes à utiliser pour remplacer les trompettes "anciennes" dans une exécution du Messie de Haendel (lesquels, pour la couleur ; combien, pour le volume sonore).
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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par MariaStuarda » 21 avr. 2017, 14:03

le premier nom qui me vient à l'idée lorsque l'on parle de compositeurs, grands orchestrateurs, c'est Richard Strauss évidemment.
Mais, je serai bien incapable, n'étant pas musicien de disséquer ça plus avant.

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par paco » 21 avr. 2017, 14:55

Oui Meyerbeer est un des grands orchestrateurs parmi les compositeurs d'opéras, incontestablement. Surtout en termes d'originalité pour son époque.

Mais il y a en réalité énormément d'excellents orchestrateurs dans le lyrique, pour peu que l'on prenne la peine d'analyser dans le détail les partitions. Même Verdi, injustement accusé de ploum-ploum par ceux qui se contentent des clichés, est un excellent orchestrateur ! (ce que, d'ailleurs, revendiquent/- aient Mortier, Liebermann - lui même compositeur-, Abbado, Karajan, Pappano, Gergiev, Jordan, ...)

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par xavierscriabine » 21 avr. 2017, 15:22

Meyerbeer et Verdi, moi je veux bien, mais alors il reste qui de moins bons?

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par PlacidoCarrerotti » 21 avr. 2017, 15:40

xavierscriabine a écrit :
21 avr. 2017, 15:22
Meyerbeer et Verdi, moi je veux bien, mais alors il reste qui de moins bons?
Bellini !

Mais je ne mettrais pas Verdi dans ma liste...
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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par Piero1809 » 21 avr. 2017, 18:07

Merci d'ouvrir ce fil.
L'orchestration apporte beaucoup à l'opéra. C'est évident. L'orchestre apporte sa contribution pour exprimer le non dit, parfois même il peut contredire les propos exprimés par les chanteurs. Lors que Zerline console Mazetto dans son premier air, un violoncelle solo chante une autre chanson pour suggérer la dualité du personnage.

Evidemment dans Salomé de Richard Strauss, l'orchestre joue un rôle particulièrement important. Quand Hérode grelotte de froid, les violons jouent des gammes chromatiques ultrarapides qui évoquent le vent que le tétrarque croit ressentir. Quand Hérode déploie tous les joyaux qu'il promet à Salomé, l'orchestre est particulièrement chatoyant. Une scène analogue se trouve dans Ariane et Barbe Bleue de Paul Dukas quand Ariane ouvre une des chambres secrètes de Barbe Bleue, une pluie de diamants est figurée de manière suggestive par un orchestre étincelant.

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par dge » 21 avr. 2017, 19:04

Et Puccini!
L'orchestration du Trittico en particulier est d'un grand raffinement.

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par Piero1809 » 21 avr. 2017, 20:10

dge a écrit :
21 avr. 2017, 19:04
Et Puccini!
L'orchestration du Trittico en particulier est d'un grand raffinement.
100% d'accord!
L'orchestre qui incorpore une sirène d'usine, et d'autres bruits urbains décrit admirablement le vieux Paris ouvrier du canal de l'Ourcq dans Il Tabarro, mon préféré des trois.
Dans Suor Angelica, l'orchestre est plus subtil, j'adore la scène avec la Princesse. Les gros cuivres intervenant avec parcimonie et douceur sont plus efficaces pour souligner cette terrible scène que les déchainements wagnériens!
J'ai souvent insisté sur le rôle éminent de l'orchestre dans l'évocation du personnage de Scarpia.
Evidemment le comble du raffinement se trouve dans Turandot et notamment dans le génial acte I. L'orchestre crée des atmosphères souvent mystérieuses et pour moi le sommet se trouve dans l'invocation à la lune au milieu de l'acte.

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par DieFeen » 21 avr. 2017, 21:02

Le premier nom qui ne me viendrait pas à l'esprit serait celui de Bellini ;-)

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Re: Les compositeurs d'opéra, grands orchestrateurs

Message par paco » 21 avr. 2017, 22:08

En fait, Placido, est-ce que ta question est simplement "grands orchestrateurs", ou bien "novateurs pour leur époque" ?
Parce que si c'est seulement "grands orchestrateurs", déjà avec le XXe siècle plusieurs pages n'y suffiraient pas...
Si c'est "novateurs pour leur époque", alors là c'est différent et ils sont moins nombreux (d'ailleurs, auquel cas je retire Verdi de ma liste).

Meyerbeer, par exemple, est clairement un novateur. Peu le sont dans l'opéra du XIXe siècle : Berlioz - quoi que je n'en sois pas convaincu en comparaison de Meyerbeer-, Wagner, Rimsky, Moussorgski, sont les noms qui me viennent à l'esprit si l'on se limite à l'innovation au XIXe siècle. J'y ajouterais Thomas pour Hamlet.

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