EdeB Basse


Inscrit le: Mar 08, 2003 Messages: 2064 Localisation: Ubi est JdeB ...
|
Posté le: 10/Fév/2006 01:30 Sujet du message: Sartorio - Giulio Cesare in Egitto - Cremonensi (CD ORF) |
|
|
Sartorio. Giulio Cesare in Egitto.
Livret de G F Bussani. (1676)
Alexandrina Pendatchanska - Giulio Cesare
Laura Alonso - Cleopatra
Dominique Visse -Tolomeo
Andries Cloete -Curio
Federico Sacchi -Achilla
Amel Brahim-Djelloul - Sesto Pompeo
María Cristina Kiehr - Nireno
Claire Brua - Cornelia
Steven Cole - Rodisbe
LA CETRA
Attilio CREMONESI
(enregistré au Festival d?Insbruck, 2004)
3 CD ORF Alte Musik.
Si le Giulio Cesare de Haendel a dépassé le statut de rareté lyrique pour faire désormais partie du répertoire relativement courant des théâtres lyriques, l?opéra de Sartorio, créée une petite cinquantaine d?années avant à Venise (au Teatro San Salvatore) ne serait sans doute restée qu?une ligne dans les dictionnaires, n?étaient les reprises modernes de Toronto puis d?Innsbruck. C?est cette dernière production de 2004 qui vient d?être éditée par ORF.
L??uvre eut un certain succès lors de sa création, puisqu?elle fut reprise à Naples et Milan, avant de céder la place à d?autres, pour ne ressurgir que dans les années 90 à la Yale University.
Sans doute la curiosité est-elle tout d?abord aiguisée par l?envie de savoir quelle fut la version originale qui servit de fondement au livret de Haym mis en musique par Haendel, un peu comme on se penche sur les diverses versions de Don Giovanni qui précédèrent celles de Mozart : c?est le défaut des ?uvres phares que d?occulter leurs prédécesseurs? Il ne faut cependant pas oublier que Jules César fut un héros antique qui inspira quelques opéras, qui ont malheureusement pratiquement tous disparu des mémoires? Mentionnons cependant Cesti (Cesare Amante, Venise, 1651), Freschi (Giulio Cesare trionfante, Venise 1682), Aldovrandini (Giulio Cesare in Alessandria, Naples, 1700), Novi (Giulio Cesare in Alessandria, Milan, 1703), Keiser (Giulio Cesare, Hambourg, 1710)...
Mais la satisfaction intellectuelle cède vite la place au plaisir pur de l?écoute : l??uvre est en effet foisonnante et variée, pleine de rythme (sans doute accentué par les coupures dans les récitatifs), avec une urgence dramatique, une énergie du jeu que l?on sent, que l?on entend au travers de la bande son. (C'est le grand avantage des bandes prises sur le vif, en dépit de quelques scories résiduelles.)
On se prend au jeu de ces personnages devenus familiers, mais qui restent exotiques dans une configuration textuelle qui leur donne un relief nouveau et des facettes souvent plus accentuées que la version handélienne.
Il faut dire que l??uvre est servie par un plateau soudé et relativement homogène :
Dominique Visse brûle les planches comme à son habitude et compose un de ces tyrans qu?on adore haïr (au théâtre, tout au moins) ; si la voix accuse désormais certaines aigreurs et duretés, le sens du théâtre emporte tout, même dans les passages un peu plus virtuoses qu?il attaque à la hussarde?
Sa s?ur est un cran en dessous : Laura Alonso manque un peu de sex-appeal vocal, à mon gré, mais sa composition se tient.
Aucune réserve pour le Cesare de Alexandrina Pendatchanska, digne conquérante de sa partie, autoritaire et pleine de flamme.
Composition hilarante de Stephen Cole en nourrice, prompte à lancer des aphorismes comme le veut son rôle.
Sesto m?a semblé un eu gamin sous les traits de Amel Brahim-Djelloul, mais bien séduisant tout de même ; cependant le côté obsessionnel du personnage m?a semblé moins mis en avant que nécessaire : la faute à certaines coupures ?
Par contre, j?ai été déçue par la Cornelia de Claire Brua : un mauvais soir sans doute, car la voix m?a parue par moment fatiguée et un peu grise. Même problème pour María Cristina Kiehr que j?ai trouvée en deçà de ses capacités habituelles. Mais c?est le risque des prises live.
Andries Cloete et Federico Sacchi remplissent avec autorité des rôles souvent négligés, mais auxquels ils donnent une vraie consistance.
Excellent soutient de la part de La Cetra et d'Atilio Cremonensi : nuances, dynamique et variations contribuent à la réussite de cet enregistrement.
La version présentée ici est composite : seule une version des airs sans accompagnement instrumental survit de la version vénitienne de l?oeuvre. Attilio Cremonensi a donc établi cette édition sur le livret imprimé de la première vénitienne, ainsi que sur une partition presque complète de la reprise napolitaine de 1680. Cette version de Naples a également fourni certains des airs de remplacement et quelques scènes comiques. Certains passages complètement perdus, ont été complétés par le chef qui a également réorchestré une partie de la partition, ajouté des ritournelles provenant d?autres opéras de Sartorio, et étoffé le continuo.
La partition a été coupée pour mieux se conformer aux impératifs de la scène : des 70 (environ) airs et ensembles, il n?en reste que 55 ; c?est fort dommage, mais telle qu?elle existe, cet version nous permet d?avoir une bonne approche de l??uvre et nous permet également de nous livrer au petit jeu des comparaisons avec Haendel, d?autant plus qu?une partie du livret est vraiment très similaire, et découvrir les scènes et personnages supprimés à Londres comme Rodisbe, nourrice de Cleopatra, tout à fait savoureu/se.
L?aspect le moins engageant du coffret est l?absence de livret papier si ce n?est une maigre plaquette comportant la liste des plages et un résumé de l?action et trois mots succincts sur l??uvre. Le livret se trouve sous forme PDF traductions anglaise et allemande uniquement disponibles) sur un disque catalogue bonus.
L?idée est détestable : tout d?abord parce qu?elle oblige à imprimer le texte si on ne souhaite pas écouter l??uvre en étant collé derrière un écran d?ordinateur. Ensuite parce qu?elle dématérialise et réduit tout l?appareil critique que l?on est en droit d?attendre d?un éditeur phonographique, et d?autant plus que l??uvre est très rare ! (On aurait bien aimé avoir le détail de la provenance des airs, par exemple?) Sans compter que le mélomane curieux ne possède pas forcément l?édition des livrets de Giacomo Francesco Bussani dans sa bibliothèque?
Plus qu?une curiosité, donc. (Et c?est en prix vert à la FNAC en ce moment?) |
|