Warning: Cannot modify header information - headers already sent by (output started at /home/operadmin/public_html/header.php:32) in /home/operadmin/public_html/modules/Forums/includes/page_header.php on line 60 ODB opéra :: Voir le sujet - E.Gruberova - Tonhalle de Zurich - décembre 2008
Inscrit le: Mar 31, 2003 Messages: 8676 Localisation: Paris
Posté le: 16/Fév/2009 21:06 Sujet du message: E.Gruberova - Tonhalle de Zurich - décembre 2008
Concert à Zürich, Tonhalle, 28.12.2008
Edita Gruberova (soprano)
Württembergische Philharmonie
Ralf Weikert (direction)
A. Salieri, Cublai, gran Khan de' Tartari - Ouverture
W.A. Mozart, Don Giovanni, Recitatif et air de Donna Elvira
("In quali eccessi"... "Mi tradì")
W.A. Mozart, Idomeneo, Ballet - Pas Seul
W.A. Mozart, Idomeneo, Recitatif et air d'Elettra - Acte 1
("Estinto é Idomeneo"... "Tutte nel cor vi sento")
A. Salieri, Il giorno onomastico - 1er mouvement
W.A. Mozart, Idomeneo, Recitatif et air d'Elettra - Acte 3
("O smania! O furie!"... "D'Oreste, d'Aiace")
- -
G. Donizetti, Roberto Devereux - Sinfonia
G. Donizetti, Lucrezia Borgia, Aria de Lucrezia - Acte 1
("Tranquillo ei posa"... "Come è bello")
G. Rossini, Semiramis - Ouverture
V. Bellini, Il Pirata, Aria of Imogene - Acte 2
("Oh, s'io potessi"... "Col sorriso d'innocenza")
D'abord, une mise au point concernant le programme. Les airs choisis m'évoquent Montserrat Caballé car c'est la seule chanteuse qui me vient à l'esprit parmi celles qui ont chanté tous les rôles représentés de manière intégrale et en version scénique. Ce n'est donc pas un programme très aigu et pourtant, il trouve de réelles justifications historiques et vocales.
Edita Gruberova aborde pour la première lors de cette tournée suisse le grand air de Donna Elvira composé par Mozart à l'occasion de la création viennoise de l'oeuvre en 1788, c'est-à-dire non pas lors de la création mondiale à Prague mais dans un contexte un peu moins favorable (il ne jouissait de pas de la même notoriété dans son pays) et où l'interprète du rôle avait une voix plus ample et virtuose. Qu'un soprano aigu aborde la scène "In quali eccessi... Mi tradi" peut surprendre. Diana Damrau le fait dans son dernier album. Si le rôle de Donna Elvira n'a effectivement pas été composé à l'origine pour un soprano colorature stratosphérique (c'est un rôle presque bouffe qui a moins d'airs solistes que Zerlina), il acquiert un nouveau visage vocal lorsqu'il est confié à Vienne à Caterina Cavalieri, la fameuse créatrice du rôle de Konstanze dans l'Enlèvement au Sérail en 1782. Rares ont été les chanteuses qui ont abordé Konstanze et Elvira, alors que pour Mozart, passer de l'une à l'autre était une évolution naturelle.
La légitimité d'Edita Gruberova dans le rôle d'Elettra est tout aussi justifiée.
Elisabeth Wendling, la créatrice du rôle d'Elettra était certainement la dédicatrice de l'air de concert "Ma che vi fece o stelle... Sperai vicino il lido", morceau de bravoure d'une terrible difficulté qui culmine sur un contre-fa tenu. Edita Gruberova n'a abordé Elettra qu'en studio, pour une luxueuse intégrale Decca avec Luciano Pavarotti, Lucia Popp et Agnes Baltsa. Le disque n'est pas une référence absolue (mais aucune version de cet opéra l'est), notamment à cause de quelques problèmes musicologiques. Les nombreuses modifications apportées par Mozart avant la première munichoise en janvier 1781 et l'existence d'une version plus tardive avec un ténor dans le rôle d'Idamante ont servi de prétexte à pas mal de tripatouillages, encore de nos jours au Palais Garnier. Mozart avait composé une très belle scène pour le dernier air d'Elettra. Le grand air de fureur était précédé d'un récitatif plus calme, où le personnage se sent envahi par une tristesse sans fin avant de sombrer dans l'hystérie. La scène était trop longue et mal amenée dans le déroulement de l'action et Mozart a préféré réécrire un simple récitatif accompagné plus spectaculaire mais beaucoup moins émouvant. Au disque comme au concert, Edita Gruberova chante le second récitatif (qui est censé se suffire à lui seul) puis l'air de la première mouture. C'est une option non prévue par le compositeur qui à mon avis n'apporte rien, et qui est malgré tout retenue dans d'autres versions (à Garnier avec Mireille Delunsch, notamment, ou dans le récital Mozart de Cheryl Studer chez Philips).
Après l'entracte, c'est le bel canto romantique qui est représenté, par Donizetti et Bellini, les compositeurs qui constituent le coeur du répertoire actuel d'Edita Gruberova. L'air d'entrée de Lucrezia Borgia n'est pas une nouveauté pour la soprano, qui se prépare au rôle depuis longtemps. Elle a enregistré "Tranquillo ei posa... Com'è bello", vraisemblablement lors d'un concert à Munich, pour son disque "Donizetti portraits" qui comprend également des scènes de Rosmonda d'Inghilterra, Gemma di Vergy, Emilia di Liverpool, Caterina Cornaro... des oeuvres qui m'évoquent encore Montserrat Caballé ou Joan Sutherland. J'avoue ne pas trouver ce disque d'un grand intérêt si on n'est pas fan d'Edita Gruberova. Seule la scène d'entrée de Rosmonda d'Inghilterra correspond réellement à sa voix haute et virtuose. Ce n'est d'ailleurs pas en très grande confiance que j'allais voir sa prise de rôle en concert de Lucrezia Borgia à Barcelone, il y a un an. Cela reste pourtant l'un de mes meilleurs souvenirs lyriques mais comme toujours, la chanteuse est sensiblement plus captivante en salle qu'au disque.
Sa technique est si délicate et exceptionnelle que ce n'est qu'en live qu'on en mesure la rareté : un legato jamais pris en défaut, de tels trilles, une telle perfection dans le messa di voce, une telle liberté dans le suraigu sonnent un peu démodés au disque. Alors qu'avec d'autres sopranos dans le même répertoire, il n'y a pas que l'aigu dans la vie et il faut montrer qu'on peut chanter en bougeant dans tous les sens, voire la tête à l'envers, bref être moderne et visuellement "entertaining", on assiste avec Edita Gruberova à un retour à l'âge d'or, où tout repose d'abord sur la maîtrise d'un éventail d'effets techniques qui peuvent sonner terriblement mécanique en studio mais qui provoquent l'émerveillement en concert.
J'insiste beaucoup sur cette opposition de perception disque/salle mais elle me paraît particulièrement pertinente pour Edita Gruberova, réputée en France bien plus intègre pour chanter Mozart que le bel canto romantique. Pourtant quel relief supplémentaire elle acquiert dans Donizetti !
Le programme se termine par la scène finale du Pirate de Bellini. Il avait été question dans quelques interviews qu'Edita Gruberova aborde le rôle entier mais il semble qu'aucun projet n'ait connu de stade avancé. On sait que le rôle du ténor est particulièrement difficile à distribuer (suraigu et assez dramatique à la fois) mais c'est sans doute un faible intérêt pour toute l'oeuvre elle-même qui a amené la soprano à préférer d'autre projets, comme cette Lucrezia Borgia qu'elle aborde sur scène à la fin du mois (diffusion de la première en direct sur Bayern 4 lundi prochain).
Pour l'heure, le grand air de folie d'Imogene et surtout la cabalette finale constituent une manière grandiose de terminer un concert. Pendant un instant, j'ai presque l'impression de perdre connaissance face au délire de l'héroïne, terrifiant et pathétique à la fois. Encore une fois, le live a un impact physique que le disque, pourtant écouté de très nombreuses fois, n'a jamais provoqué en moi.
Le récital est un triomphe et trois bis viendront récompenser un public très enthousiaste.
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