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Charles Burles, Du si bémol au contre-fa...
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Charles Burles
A bâtons rompus. Du si bémol au contre-fa

Rodolphe.Photographie © Studio Sinclair
Comment t’est venu le goût du chant ?
J’ai eu la chance de naître dans une famille de mélomane. Je suis né dans le Quartier du Panier le 21 juin 1936 à Marseille. Ma grand mère était Corse, mon grand père de Bras, dans le Var.
Il était comique troupier au théâtre aux armées pendant la guerre de 14/18 et mon père travaillait au tram de Marseille. Il était directeur artistique du groupe et il faisait partie de l’orchestre. Il jouait de plusieurs instruments, en particulier du saxo ténor et de la clarinette. Au moment des fêtes de Noël, il faisait un numéro de clown avec un partenaire et parfois j’y participais. Passionné d’opéra, il a commencé à m’y emmener dès l’âge de 5 ans. Je me revois dans ses bras sur la place de l’opéra, nous venions de voir Carmen avec Lucienne Anduran, José Luccioni et Solange Delmas. Lucienne m’avait embrassé.
Je me rappelle vers 6 ou 7 ans être allé voir Les Pêcheurs de perles avec Traverso, Valère Blouse et peut être Solange Delmas, le lendemain je chantais « Je crois entendre encore » mon grand père me disait les paroles car j’avais retenu l’air mais pas les paroles. J’avais des parents exceptionnels. Je me rappelle aussi d’une représentation de La vie de bohème avec Raphaël Romagnoni et Jane Rinella. Quand on me disait : « Qu’est-ce que tu voudras faire plus tard ?»
Je répondais, « je serais ténor »
Mes parents m’avaient inscrit à un concours de chant, au parc Chanot. On m’avait hissé sur une chaise et j’avais chanté : « Flotte petit drapeau ». Le comique Perchic qui animait le concours avait dit au public : « vous entendrez parler de lui plus tard » et plus tard, au cours d’une représentation je l’ai retrouvé.
Alors tes premières leçons et tes premiers débuts ?
Mathilde Delmas m’a donné mes premières leçons de chant, quand je chantais à l’église du
Calvaire (c’était l’église de mon quartier). Elle était professeur au Conservatoire de Marseille. Il y avait aussi Fernande. Au cours d’une représentation que je donnais à Rouen, donc plusieurs années après, j’entends une voix qui ne m’était pas inconnue et je vois une grande femme rousse. C’était Fernande, la femme de monsieur Selligman, l’administrateur de l’Opéra de Rouen qui m’avait engagé. Nous n’avions pas fait le rapprochement. C’était des gens charmants.
Au conservatoire j’y suis resté un an avec Jean Paul Passéda ; on travaillait dans la classe du baryton Fernand Lagarde.
Mais dès l’âge de 16 ans j’ai travaillé en cours particulier avec mon professeur « italien » Léon Cazauran. En fait il était de Bilbao, c’était un Basque. Il habitait dans un petit appartement en haut de la rue Grignan face au palais de justice. C’est lui qui m’a enseigné la technique des vocalises, le placement et la projection de la voix. Mon père connaissait le baryton Marenchi, qui lui-même connaissait Cazauran, c’est comme ça que j’ai été présenté à lui. Il avait crée Werther en italien à Parme. Je me rappelle qu’en été il avait un complet blanc, et quand il se promenait on aurait dit un grand seigneur. C’était « mon Maître». Il faut l’entendre phraser Werther et Faust.
Il y a un autre ténor qui demeurera une référence pour moi : c’est Henry Legay. Il reste incomparable dans Nadir et Des Grieux. C’est en l’écoutant dans l’air de « la Tourterelle » du Postillon que je l’ai chanté de la même façon, avec plus de fioritures que sur la partition.
J’ai commencé à faire des auditions auprès de Michel Leduc, directeur de l’Opéra de Marseille.
Mon père connaissait une chanteuse, Marguerite Bellan, elle avait été la femme d’un directeur de l’Opéra et venait chanter à l’amicale des trams. Elle a été intéressée aussi bien par ma voix que par mon jeu et elle m’a fait chanter dans son théâtre au boulevard Boisson. Là j’ai chanté les premiers actes de La bohème, du Barbier avec Georges Borrot, de La Traviata, de Mignon. J’avais 19 ans.
J’ai connu aussi Etienne Bernard. Nous faisions partie de « la phalange du Lacydon »
Nous tournions dans plusieurs salles de spectacle. A la salle Mazenaud et au Boulevard Boisson. On ne faisait que de l’opéra. Madame Marguerite Bellan qui était directrice, mais aussi âgée, me faisait faire de la mise en scène. Tous ces spectacles étaient interprétés en costume. J’avais embrigadé mon frère pour chanter le rôle de Jarnot dans Mignon, il avait une voix de ténor et c’était un rôle de basse. C’était amusant.
En 1963 Louis Ducreux m’engage dans la troupe de l’Opéra de Marseille pour chanter les rôles de ténor légers.

Almaviva, le 17 avril 1958. Photographie © Camera
Tes véritables débuts ont lieu à Toulon dans le Barbier de Séville ?
Mon père connaissait Monsieur Truphème, le directeur de l’Opéra de Toulon et il m’avait obtenu une audition. J’avais chanté Le Barbier et Les cloches de Corneville. Il m’appelle de la salle : « Burles qu’est ce que vous voulez chanter chez moi dans 15 jours Le barbier ou Les cloches ? » J’ai choisi Le barbier. Et c’est ainsi que je débute le 17 avril 1958 un jeudi après midi en matinée populaire dans le rôle d’Almaviva aux cotés de Thérèse Schmidt, Robert Vidal, Dominique Devercors, Guy Grinda et René Salsoni, c’était le maître Hendrick qui dirigeait. Truphème m’avait offert le costume, mais pas donné 1 franc, ni pour le spectacle ni pour le déplacement. Mais j’étais content de débuter. Guy Grinda chantait Pédrille (plus tard il sera directeur de l’Opéra de Toulon). Il m’avait prêté ses bottes pour le premier acte. Je mesure 1.70m et lui en faisait deux. Elles m’arrivaient sous le ventre et c’était du 46. J’allais chanter ce Barbier sans répétitions, sur un simple raccord la veille. J’avais tellement le trac que pour entrer en scène c’est un des artistes qui m’a poussé et je me suis oublié dans la botte ! Le lendemain Grinda qui chantait Tosca a dit : « Tiens Burles a transpiré du pied ». Deux mois après je partais faire mon service militaire en Algérie.
Tu as fait ton service militaire en Algérie. Ccomment s’est-il passé ?
Quand j’ai fait les grandes villes c’était la guerre ; et puis je suis arrivé à Oran. Là j’ai connu le directeur de l’Opéra monsieur Ribéra. Je pouvais venir quand je voulais au théâtre je pouvais répéter tous les jours avec la pianiste, Germaine Lemansans, je payais la leçon 6 francs. Ce que je gagnais à l’armée, je l’envoyais à ma femme et pour mon fils et je peignais des tableaux sur les valises en bois de mes copains ; ça me faisais un peu d’argent pour payer la pianiste. Je pouvais aller voir gratuitement tous les spectacles.
Après le régiment, Monsieur Ribéra m’a engagé pour une série de Cloches de Corneville. Il m’a présenté madame Sarade qui a été ma première impresario puis c’est Ribéra lui même qui l’a remplacée et comme je lui devais beaucoup du fait de sa gentillesse, je n’ai pas osé le quitter.
Ensuite j’ai travaillé avec Mr Rainer, c’était un imprésario moyen ; c’est pour ça que je n’ai pas trop fait carrière à l’étranger.
C’est après mon service militaire que j’ai fait Paillasse pour la télévision avec José Luccioni et Franca Duval. Monsieur Sorgel qui était le frère d’Adrien Legros dirigeait le théâtre de Constantine, il m’avait engagé pour La Veuve joyeuse.
Tu as chanté I Puritani à Gand, comment cela s’est il passé ?
C’est venu du directeur de l’Opéra de Gand qui m’aimait bien. C’est le baryton Jean Laffont qui lui avait parlé de moi, nous avions déjà chanté souvent ensemble. Le directeur avait pris contact avec mon imprésario et j’ai fait Les pécheurs, Lakmé avec Françoise Garner et Jean Laffont pendant plusieurs saisons, mais aussi Don Pasquale.
Alors il me dit « Je vais monter Les Puritains». Je lui réponds qu’en ce moment je travaille sur le contre fa du troisième acte. « Tu fais le contre fa, tu peux me le faire là devant moi » Il y avait Kan Koral avec moi « Charles fais-le ! ». On est allé chercher la partition et je lui ai chanté le final de l’acte. Voilà comment ça s’est passé et c’est parti pour 3 représentations qui ont eu lieu en janvier 1973. Bon, j’étais un peu inquiet, mais j’ai travaillé la partition et le rôle, ça a bien marché. Je l’ai chanté avec Maria Fléta qui est la petite fille du ténor Miguel Fléta, Marco Stecchi et Tadeuz Wierzbicki.
J’ai aussi chanté Le Postillon. J’avais toujours beaucoup de succès à Gand ; le public m’aimait bien. Ces représentations des Puritains m’ont permis une ouverture sur l’Espagne. Le père de Maria Fléta qui était impresario et m’avait apprécié tant vocalement que pour l’aide que j’avais apporté à sa fille qui n’avait que 20 ans, m’a proposé de chanter à Saragosse où j’ai interprété trois ouvrages : Le Barbier, Les Pécheurs de perles (en italien) et Rigoletto. J’ai repris aussi les Puritains à La Haye avec Anna Maccianti.
Pourquoi n’y a-t-il pas eu de suite en France ?
J’aurais du demander aux directeurs de le faire et je ne l’ai pas fait. Et nul n’est prophète en son pays. Mais il n’y a pas que ça, au lieu de me faire chanter Andalousie et La Belle de Cadix, ils auraient mieux fait de me faire chanter des Mozart et des Rossini. Il fallait gagner sa vie et j’acceptais. Bon, La belle de Cadix ce n’est pas rien car j’adore Francis Lopez, qui m’avait proposé de venir chanter au Châtelet. J’ai refusé car s’en aurait été fini pour l’opéra. Au festival d’Aix je n’ai jamais chanté, mais on m’aurait proposé Don Giovanni je l’aurais fait. J’aurais certainement fait aussi bien que Luigi Alva. J’ai bien chanté l’Enlèvement au Sérail en français, mais si on me l’avait demandé en allemand je l’aurais appris. J’ai interprété La Fille du régiment et Don Pasquale de Donizetti mais j’aurais bien aimé aborder L’élixir d’amour. J’aurais dû chanter La Somnambule à Dijon, Pierre Filippi me l’avait proposé, mais je suis tombé malade.
Le rythme de travail était dur. Je chantais toutes les semaines. Lundi, mardi, mercredi répétition, jeudi générale, vendredi 1 ère représentation, samedi repos, dimanche 2 ème représentation quand tu n’en faisais pas deux le même jour. Au moment des fêtes de fin d’année c’était la folie.
Il faut savoir aussi qu’à cette époque, nous avions notre propre garde robe. Je faisais moi-même mes costumes, aidé de ma mère et de ma tante et comme j’étais décorateur de formation, je les décorais. Par exemple pour Le Barbier, j’avais confectionné un habit et des chaussures style Louis XV. Il nous arrivait aussi de les louer. Il fallait transporter les malles de costumes pour les déplacements, ce qui augmentait la fatigue.
Pour Le Pays du Sourire je le chantais avec le costume de Gustave Botiaux qu’il m’avait vendu à ma demande. Non seulement je l’avais vu et entendu dans ce rôle mais en plus c’était moi à l’époque qui aidait à le maquiller.
Aujourd’hui tu arrives les mains dans les poches, tu reçois à l’avance un descriptif de tes mensurations et le théâtre s’occupe de réaliser ton costume.
Quelques mots concernant La Fille du régiment donnée à l’Opéra-Comique et retransmise à la télévision.
Quand on regarde la vidéo, on croit que tout va bien, or pendant la pré-générale j’ai reçu un décor en bois et en fer sur la colonne vertébrale. Mais on a continué à répéter ; le docteur m’a donné des calmants qui m’ont altéré la voix. J’ai beaucoup souffert. C’est Mady Mesplé qui chantait Marie, elle était fatiguée, il y a eu du chahut dans la salle. J’ai pris sa défense ; ça a tourné aux coups de poing après le spectacle. Michel Cadiou, m’a rejoint dans le mouvement. Si bien qu’aux autres représentations quand j’entrais en scène j’étais accueilli par les sifflets d’un certain groupe du public.
Mais mon début à l’Opéra-Comique a été marqué aussi par un accident. Je chantais Les pécheurs à Dijon et nous faisions la dernière à Chalon. Après le spectacle nous rentrions à Paris dans la nuit, le lendemain il y avait la répétition générale de Zoroastre. Nous avons eu un accident de voiture ; elle a fait une chute de 6 mètres et plusieurs tonneaux. Anne Maria Miranda, qui était avec moi, a été blessée à la tête et moi j’avais la colonne vertébrale écrasée par la voiture. On nous a amené à l’hôpital de Besançon et après des radios j’ai pu partir à Paris, c’est Jean Pierre Laffarge qui est venu nous chercher. Mais il ne fallait surtout pas me toucher. Donc l’Opéra-Comique a commencé et fini par des accidents qui auraient pu me coûter la vie.
J’ai eu aussi à subir quelques jalousies. Par exemple à Marseille quand j’ai chanté Le Postillon j’attaquai l’air du rondeau en montant sur un tonneau ; quelqu’un avait fait en sorte que je tombe ; je me suis fait mal à la jambe. Pour Le Pays du sourire, toujours à Marseille, j’avais reçu des lettres de menaces. En fait, j’ai eu un triomphe. Je devais faire ombrage à quelqu’un.
Heureusement qu’il y a beaucoup de bons souvenirs !
Il y en a plein.
D’abord, Toulon qui va me lancer une nouvelle fois. Au cours de la saison
1967/1968, Ferdinand Aymé le directeur me fait chanter le rôle de Léopold dans La Juive aux cotés de Tony Poncet. Je remporte un triomphe et comme Aymé à plusieurs théâtres, Nîmes, Béziers, Montpellier j’en fais la tournée avec cette Juive toujours avec le même succès et là je suis vraiment propulsé.
J’ai participé aussi au bicentenaire de Boieldieu à Rouen en 1975 en chantant La Dame blanche avec maître Paul Ethuin, Françoise Garner, Danielle Perrier. Les Puritains à Gand, resteront des souvenirs inoubliables.

La Dame blanche. Marseille, mars 1966.
Avec E Sabran et F Dresse. Photographie © DR
Tu as participé à deux grandes reprises: La Dame Blanche et Le Postillon de Longjumeau
Alors, ma première Dame blanche fut un vrai calvaire. Il y avait une série de Dames dans la région parisienne pour l’inauguration du théâtre de Puteaux et on finissait aux Champs-Elysées. Michel Cadiou devait faire les huit premières et moi les huit autres. Cadiou tombe malade et je dois le remplacer. Je connaissais la partition, mais pas le texte et j’étais pris de court. Les organisateurs me disent, « Tu le feras, tu auras des souffleurs. ». Ils avaient mis deux souffleurs de chaque coté, cour et jardin. Ca s’est révélé d’une grande difficulté, d’autant que la veille de la première, j’avais chanté Les Pêcheurs à Saint Etienne. J’ai attaqué à 9 heures du matin pour répéter et j’ai terminé à minuit après la représentation. Tant bien que mal, je m’en suis sorti et j’ai appris le rôle en l’interprétant sur scène. Cette série de Dame blanche s’est terminée par une soirée de gala aux Champs-Elysées, là j’étais en super forme, je ne l’oublierais jamais. J’avais fais le contre-mi à la reprise de « Viens gentille dame ». La basse Térasson m’avait dit : « Comme Villabella »
Pour Le Postillon, c’est différent. C’est un de mes plus beaux souvenirs de ma vie d’artiste.
D’abord c’est Louis Ducreux à Marseille qui l’a monté exprès pour moi : « Charles, je vous donne Le Postillon, je le monte pour vous ». C’est lui qui nous l’a fait travailler, répéter et a réalisé la mise en scène. Avec Ducreux, c’était un vrai travail d’acteur.
Avant Marseille on l’a rodé à Arles et à Salon de Provence, ce qui nous a permis d’arriver à Marseille en connaissant le rôle aux bouts des doigts. Il y a eu aussi plus d’un mois de répétitions. La distribution ! Anne Marie Sanial, Jean Brun éblouissant, Jacques Doucet. J’avais avec moi tous les maîtres de l’univers. Après j’en ai fait un peu de partout, y compris à Toulouse et Dijon, où je faisais aussi la mise en scène. Je voulais garder la façon que nous avions d’évoluer dans l’ouvrage.
Et Le Jongleur de Notre Dame ! C’est le rôle de ma vie. J’avais une voix de ténor léger, j’aurais aimé chanter Werther, je le sentais ce rôle, mais trop large, trop d’orchestration. Je l’aurais peut être chanté comme Schipa, mais à l’époque je ne me sentais pas prêt. J’adore Massenet et là j’avais un vrai rôle dramatique.
C’est encore Toulon qui va m’offrir mon premier Jongleur avec Michel Carriere comme chef, Michel Dens dans le rôle de Boniface et un metteur en scène formidable Fernand L’Huillier qui me l’a fait travailler comme Ducreux pour Le Postillon. J’ai appris le rôle avec Marcelle Chadal, ma pianiste. En un mois je l’ai appris ; elle me donnait toutes les répliques, elle avait un sens inouï de la musicalité.
Je m’étais aussi préparé au cirque Montmartre à Paris pour apprendre à faire les roulades et à jongler. Ca a été un merveilleux succès. Au cours d’une représentation le baryton Kan Koral qui était dans la salle m’avait dit « Tu es comme Kraus dans Werther », et puis j’ai reçu aussi les éloges de monsieur Béssant-Massenet, le petit-fils du compositeur.
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